L'En Dehors


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Lettre aux femmes du XXIe siècle
« L'éternel féminin »...Qu'est-ce que l'éternité ? Deux mots vides, creux, mensongers. Deux mots qui ne recouvrent rien, rien qu'on puisse expérimenter, rien de réel.<font color=Lilith" /> Et pourtant, comme les êtres humains sont fascinés par ces mots. Comme ils y croient. Comme ils en parlent, de LA femme, la première femme, l'archétype de toutes les autres... Quoi?... Que dites-vous?... Ève? Ève, la première femme? Une esclave, un objet sexuel fabriqué par Dieu pour le plaisir d'Adam, oui! Hein? Vous n'êtes pas 'au courant? Mais c'est moi, la première femme, nom de Satan! Remarquez, c'est vrai qu'on m'a tellement décriée, discréditée, diffamée, que je ne peux pas vous en vouloir d'avoir succombé à la propagande des .religieux. Bon, laissez-moi vous expliquer ...



Je suis l'égale d'Adam

La Bible a caché mon rôle lors de la Genèse, c'est dans la tradition juive qu'il faut chercher ma trace. Comme le dit le Zohar (XIVe siècle)
« Lorsque Jéhovah créa Adam, il créa en même temps une femme, Lilith, comme lui tirée de la terre. » La tradition talmudique affirme même que nous avons été créés unis par le dos. Me voici donc, formée à partir d'argile, tout comme le premier homme. Je suis sa première compagne, et on aurait pu s'entendre, vivre en harmonie, en paix... si ce premier homme n'avait pas été le premier macho de l'histoire de l'humanité (on peut dire qu'elle a mal commencé). Pour les détails de l'histoire, il faut lire l'Alphabet de Ben Sira, un livre kabbalistique probablement rédigé autour du XIe siècle. Ce pauvre Adam... si peu sûr de son pouvoir qu'il ne voulait pas faire l'amour en dehors d'un nombre limité de positions! Et celle qu'il préférait entre toutes, ce puritain, c'était la position «du missionnaire »..Voici ce qu'il me disait, avec tout le mépris dont il pouvait user envers une femme: « Je ne me coucherai pas en dessous de toi, mais seulement au-dessus. Car tu es faite uniquement pour être dans la position soumise, car je suis ton supérieur. » Comme quoi les questions sexuelles cachent souvent des enjeux de domination... Bref, j'ai eu beau clamer qu'il n'était pas mon maître, car je ne voulais pas de maître, car j'étais son égale; lui ne voulait rien entendre. La situation risquait de s'aggraver: je résolus alors d'en appeler au créateur qui nous avait conçus égaux. Et qui me donna des ailes pour fuir hors du jardin d'Éden. Je ne vous raconte pas la colère d'Adam... Penaud, il alla se plaindre au créateur, avec toute la servilité dont il savait user envers son Dieu :
« Souverain de l'univers, la femme, que Tu m'a donnée s'est envolée! » Le créateur m'avait octroyé des ailes: n'était-ce pas pour que j'en use? Cependant, Adam se plaignit tant et si bien que l'Autre, apitoyé, envoya trois anges à ma poursuite: Snwy, Snsnwy et Snglf, afin de me ramener au domicile conjugal. Retourner là-bas, auprès d'un maître? jamais! Dieu se fit menaçant: si je m'entêtais, je devrais me résoudre à voir mourir chaque jour cent de mes enfants. La sentence tomba comme un coup... Je pensai me jeter dans la mer Rouge. Puis j'entrai dans une colère noire: je voulais vivre, et vivre libre quel que soit le prix à payer - la liberté n'est pas négociable. Ni maître ni Dieu, donc!

Toujours rebelle, et de retour

Comme j'ai refusé de jouer le jeu de l'oppression, je suis restée dans le désert où j'ai rejoint le premier exilé : Samaël, le premier des anges déchus. Bien m'en a pris, car du côté de celui qu'on appelle aussi Lucifer (ce qui signifie: « porteur de lumière »), on est moins obscurantiste en matière d'égalité entre les sexes. En Samaël, j'ai trouvé mon égal. La question de nos positions respectives ne se pose pas: tantôt dessus, tantôt dessous, à côté, ou autrement, nous échangeons nos rôles au gré du plaisir...
Tandis qu'Ève devenait LA référence en matière féminine, tour à tour épouse soumise, femme tentatrice, responsable du péché originel et mère du genre humain... j'étais, moi Lilith, crainte, insultée, attaquée. On a prétendu que je rendais visite aux femmes en couches pour étrangler leurs nouveau-nés. On a dit que je venais, la nuit, jouer avec les enfants (ceux qui sourient dans leur sommeil) pour tenter de les séduire. On m'a accusée d'avoir des relations avec les hommes qui dorment seuls la nuit, et de donner aux femmes des orgasmes... Tout cela est faux, je vous le dis... et pourtant, comme j'aimerais l'avoir fait!
Oui, quand vous, enfants, souriez la nuit, vous pensez à moi et rêvez de liberté. Quand vous, les femmes, jouissez de vos corps, je suis avec vous. Avec vous aussi, les hommes, quand vous cherchez votre plaisir, sans volonté de domination. Partout où il y a plaisir et joie, je suis là. N'ayez plus peur de moi, humains, n'ayez plus peur de vos désirs et des pulsions enfouies au plus profond de vous-mêmes. Nul démon ailé ne viendra vous emporter dans ses serres si vous avez joui!
On ne me connaît pas. On me représente souvent assise sur une terre, vêtue de noir. Ce n'est pas la couleur de la nuit, de l'obscurité, mais la couleur de la révolte contre l'autorité. Mon nom même d'ailleurs semble venir d'un mot assyro-babylonien qui signifie « esprit du vent » : le vent de la révolution? Le vent, en tout cas, qui soulève tous les voiles et fait voler en éclat les idées reçues.
Femmes, je n'en peux plus de vous voir soumises, acquises, conquises, dociles, serviles, fragiles, subalternes, ternies, prosternées, cernées, obéissantes, reconnaissantes, impuissantes, absentes, résignées, méprisées, siliconées, épilées, déguisées, cachées, maltraitées, excisées, lapidées, brûlées, battues, abattues, violentées, violées, etc. Femmes, ne baissez plus les yeux devant vos égaux, les hommes; ne cachez plus vos cheveux sous des voiles; ne taisez plus vos désirs sous des mensonges. Vous croyez être des filles d'Ève: oubliez-la, et rappelez-vous que vous êtes mes soeurs. Je sais, ce n'est pas facile - et qui suisje pour vous parler de liberté alors que vous avez la peur au ventre? Je viens juste vous dire que vous n'êtes pas seules. Refusez l'autorité de vos frères, de vos pères, de vos dieux; élevez-vous contre l'ordre patriarcal: comme moi, vous sentirez des ailes vous pousser, et vous saurez, alors, combien il est beau d'être femme, une femme. Ne laissez plus les autres décider à votre place. Vous seules pouvez dire « Je suis une femme! on me connaît. »

Lilith
aux bons soins de la commission femmes de la FA

Le Monde libertaire #1392 du 31 mars au 6 avril 2005

Ecrit par libertad, à 23:26 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  Lilith
31-01-06
à 18:50

Ahh! que ta parole se répande sur ce monde et se fasse entendre de tous!
Ce n'est pas un hasard si je t'ai "emprunté" ton nom...
Répondre à ce commentaire

  delphine314
03-04-07
à 22:17

Re:

Sur tous les murs j'écris et je réecris ton nom, Lilith !
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