L'En Dehors


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Patrons, encore un effort,

Lu sur Oulala.net : "Dans une économie de marché, c'est le marché qui fixe le prix des choses. Si les producteurs sont tous indépendants, par exemple artisans, le prix qu'ils consentent aux marchands pour une certaine quantité de choses fabriquées est tel qu'ils en ont produit une partie pour rembourser les matières premières, une autre pour l'amortissement des outils et les frais de production, et enfin une partie pour eux. Le minimum de prix qu'ils peuvent accepter est ce qui ne leur laisse que de quoi survivre.

Dans l'économie capitaliste, le prix consenti est tel que les propriétaires du capital (bâtiments, outils, et capital financier) produisent une partie des marchandises pour amortir leurs frais, une autre pour payer leurs travailleurs et le restant pour leur bénéfice. Cela revient à dire que le travailleur travaille une partie du temps pour payer les frais de la production (amortissement des outils, matières premières, etc.), une autre pour lui (achetée par le propriétaire sous forme de salaire), et enfin une partie gratuitement, qui constitue pour le patron sa plus-value. Comme c'est le marché qui détermine le prix, la seule variable ajustable pour augmenter le profit est donc la part de travail gratuit fournie par le salarié. Pour augmenter cette part de travail gratuit, on peut améliorer la productivité (avec des outils plus performants, qu'il faut certes amortir, ou en augmentant les cadences), ou bien diminuer les salaires (par exemple en délocalisant).

Lorsqu'augmente la productivité, l'humaniste naïf pourrait espérer que cela profite au travailleur en lui faisant gagner du temps libre. Au contraire, celui-ci est invité à travailler autant (voire plus, sous prétexte que de meilleurs outils rendent le labeur moins pénible), ce qui augmente d'autant la part de travail gratuit qu'il fournit aux propriétaires du capital. Le progrès, en ce sens, ne profite jamais aux travailleurs. Il permet par contre d'augmenter la plus-value et de mettre au chômage une partie des producteurs, constituant ainsi un volant de réserve utile pour faire pression sur les salaires.

La délocalisation est un jeu plus subtil et pervers. Dans la mesure où les matières premières et les frais de production restent les mêmes, l'opération consistant à installer la production dans une région du monde à très faibles salaires, étant donné que les objets fabriqués sont destinés au marché d'origine des propriétaires du capital (souvent produits « sous douane », c'est-à-dire sans qu'aucun d'eux ne puisse atteindre le marché local), revient à augmenter la part de travail gratuit des producteurs. Payés en monnaie faible de leur pays pour fabriquer des objets vendus ailleurs en devises fortes, ils ne travaillent finalement pour eux qu'une part infime de leur temps (mais en comparaison avec leurs semblables qui travaillent pour le marché local, leurs salaires peuvent être plus élevés).

Pour les capitalistes, qui s'engraissent exclusivement du travail gratuit de leurs employés, toute diminution du temps de travail est vécue comme un arrachement. C'est pourquoi ils ont tant gémi à l'opération « RTT » dite des « 35 heures », organisée par le gouvernement prétendument socialiste de Lionel Jospin. En fait, telle qu'elle était organisée, cette réduction restait toute théorique. Mais justement, cette théorie fait peur aux propriétaires du capital, leur seule richesse étant le surtravail. La seule évocation d'une réduction du temps de travail en direction de sa valeur utile est pour eux un véritable cauchemar. Car le vol dont ils tirent leurs titres de propriété sur le travail des autres n'est possible qu'à condition de dissimuler la véritable valeur des produits du travail.

Célébrer le travail comme vertu est essentiel à la religion de ceux qui en profitent. Jamais évidemment ils n'envisagent le calcul de l'économie sous l'angle pourtant évident de la gratuité d'une partie du travail fourni, mais en noyant ce fondement de leur richesse dans des moyennes comptables, ils escamotent le vol du travail sous forme de coûts. Aux capitaines qu'ils paient pour gérer leurs biens (PDG ou autres condottiere) ils versent en revanche des salaires qui excèdent évidemment de très loin le travail fourni (des salaires annuels de PDG, incluant primes et indemnités, peuvent atteindre plusieurs dizaines d'années de travail de plusieurs dizaines d'ouvriers). De sorte que ces mercenaires, en réinvestissant leurs parts de gâteaux dans le capital, sont dès lors très intéressés à perpétuer le système de vol du travail qui engraisse les actionnaires oisifs.

La proposition du gouvernement français de M. Raffarin de supprimer un jour férié a fait pousser des cris d'orfraie à tous les humanistes défenseurs de la soumission ouvrière : comment ! se sont-ils exclamés, on veut faire travailler gratuitement les gens ! Ce qu'ils oublient de dire, c'est que les gens travaillent déjà gratuitement une large partie de leur temps, et que c'est précisément cela, la source de la richesse du capital. Certes, ce n'est de l'esclavage qu'à temps partiel, puisque les travailleurs reçoivent quand même une rétribution, qui leur permet de revenir le mois suivant (au lieu que l'esclave reçoit sa pitance gratuitement chaque jour). Mais les maîtres du capital, isolés dans leurs réseaux et leurs rallyes privés comme les nobles dans leurs châteaux, sont comme tous les despotes : ils profitent du travail des autres.

Bien entendu, les gens de gauche se gardent bien de dévoiler le pot aux roses. Etant eux aussi candidats aux postes de gérance de l'économie, ils ne peuvent se permettre d'en saper les fondements. La seule différence de leur gouvernance réside dans le dosage des extorsions réalisées : un peu moins pour les actionnaires, tout autant pour les capitaines et un peu plus pour les gérants de la paix sociale (c'est-à-dire eux, et leurs amis syndicalistes). Les plus extrémistes, rescapés des épopées léninistes et staliniennes, voudraient encore d'un capitalisme d'Etat, où le travail gratuitement fourni par les travailleurs est planifié à l'échelle nationale (dans ce système, ce sont les capitaines qui deviennent, au nom de l'Etat, l'équivalent des actionnaires dans le système privé). En tout état de cause, les soi-disant représentants du peuple se gardent bien, tous autant qu'ils sont, d'expliquer à leurs publics comment s'y prennent les dirigeants du monde pour vivre dans le luxe sur une planète où la misère prolifère. Au contraire, ils en profitent pour en rajouter sur l'air de : retroussons les manches, camarades....

Rien ne fait tant plaisir aux maîtres du capital (privé ou public) qu'un travailleur en train de travailler. Surtout s'il s'en trouve heureux. Et rien ne les effraie tant que le refus de produire. « Il faut, disait le fameux stalinien Maurice Thorez, savoir terminer une grève ». Car le refus de travailler ne doit durer qu'un temps, celui de reconsolider les relations entre les protagonistes de l'extorsion de vie qu'on appelle travail.

Tout ce qui peut réduire la part de travail gratuit dont les capitalistes et leurs alliés tirent bénéfice leur fait horreur. Mais comme c'est le marché qui détermine les prix, et que sa tendance est de tout rendre monnayable, y compris l'air pur, l'art, le plaisir et le temps libre, il se trouve que les fabriquants de réclames, autrement appelés agents de communication, utilisent aussi le désir d'oisiveté comme argument de vente. Ainsi la pub fait-elle l'éloge d'un style de vie réservé aux oisifs actionnaires, en même temps que la propagande d'Etat utilise l'école, le discours politique, la religion et la télévision, pour condamner tout ce qui peut porter atteinte à la vertu du travail auprès des masses laborieuses (ainsi nommées car elles écrasent sous elles les individus qui les constituent). Ces contradictions dans le discours nourrissent les comportements ambigus d'une population qui répète les leçons de ses maîtres en célébrant le travail comme expression de la dignité humaine, et en même temps cherche par tous les moyens à s'affranchir de ses servitudes. Les jeunes générations, abreuvées de ces discours contradictoires, noyées d'informations fragmentaires qui ne leur permettent jamais de savoir dans quel système elles se trouvent, ont de la sorte développé un comportement quasi schizophrène, tissé à la fois de désir de promotion sociale par le travail et d'une apologie du plaisir que ne satisfont jamais les produits accessibles sur le marché. Cette schizophrénie, entretenue par le discours politique et les miroirs aux alouettes de la pub, fait de la masse laborieuse un espace de servilité jamais atteint dans l'Histoire, en même temps qu'une zone dangereuse, où prolifèrent les déviations, les perversions, les attitudes imprévisibles, en un grouillement peu visible, parce que travesti sous des conduites apparemment conformes (les normes sont tellement contradictoires que tout et son contraire y sont équivalents).

Au bout du compte, les patrons de l'économie sont en train de transformer l'ensemble de la population en un gigantesque dépôt d'esclaves, tenant à la fois du camp de travail et du camp de loisir organisé (c'est pourquoi l'urbanisme des lieux de stockage de la main d'oeuvre et celui des lieux de loisirs concentrationnaires se ressemblent tant, construits sur le modèle de base de la caserne). Mais le problème pour les maîtres de ce monde est qu'ils ne savent jamais ce qui s'y passe vraiment, pour la raison que leurs informateurs eux-mêmes sont victimes des outils de leur propagande. Il faut en effet une grande liberté d'esprit pour prendre le recul nécessaire à l'intelligence d'un univers dominé par le travestissement de la réalité. Quand la servitude prend nom de liberté et que la confiscation de la parole s'autoproclame démocratique, tous les mots se retournent contre eux-mêmes. Peu de gens se rendent compte de ce qui se passe. Encore moins dans l'entourage des décideurs et des dirigeants. Heureusement pour les millions de gens qui, peu ou prou, s'émancipent pratiquement des mainmises de la propagande, la théorie de ce qu'ils font n'est pas accessible aux organisateurs du mensonge médiatique. Les espaces de liberté sont invisibles aux yeux des dictateurs multiples qui, de l'entreprise à l'école en passant par les églises et les supermarchés, jouent aux maîtres d'esclaves avec la masse des travailleurs. Certes, ils deviennent de plus en plus arrogants, sûr d'eux-mêmes, prêts à toutes les vilenies. Mais ils ne savent rien de ce qui fomente sous leurs pieds, à portée de leurs regards, car leurs yeux et leurs oreilles ont été murées par leurs propres mensonges. Lorsqu'ils le comprendront, il sera trop tard.

Comprenne qui pourra...

Paul Castella

(Reproduction possible)

Illustration : René Bouschet

Ecrit par libertad, à 23:36 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  omar
02-11-03
à 13:09

Se libérer du connu

C'est remarquable à quel point les idées présentes dans ce texte sont semblables à celles du grand philosophe Indien Jiddu Krishnamurti qui postulait que la seule révolution qui vaille, et dont découlent toutes les autres est la révolution intérieure.

Une fois commencé l'entreprise de déconditionnement on perd toutes ses illusions peu à peu et on se retrouve bien seul, face à notre propre vacuité. Ce grand homme s'est attaqué au capitalisme mais aussi à quasiment tous les problèmes de l'humanité, sans jugements à l'emporte pièce ni comdamnations.

Schématisée très grossièrement, ses discours me faisait penser que le profit, la rapine, la violence et autres fléaux sont cultivés en chacun de nous à divers degrés, accompagnés parfois de sursauts de conscience, de petites illuminations très passagères pendant lesquelles on comprenait les problématiques humaines, puis on retombait invariablement dans l'obscurité, faute d'un esprit suffisamment aiguisé pour déjouer les pièges de notre propre pensée, notre conditionnement.

Moralité, on perpétue inconsciemment de nombreux travers contre lesquels on se bat officiellement, même avec la meilleur volonté du monde, d'où l'impasse que l'on sait.
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