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Benoît Broutchoux 1879 / 1944

Lu sur Increvables anarchistes : 1906 à Courrières : Le comité de grève pose devant l'entrée de la mine. Au centre (assis) Benoît Broutchoux. "PARLEZ de Benoît Broutchoux à un vieux mineur du Pas-de-Calais, cela éveillera sûrement quelque chose en lui : " Ah ! oui, Broutchoux ! Un drôle de syndicaliste qui grimpait aux réverbères pour haranguer le populo, et pis les flics le tiraient par les pieds... Ha ! ha ! un sacré numéro ch'tilà, un peu anarchiste, hein ?" Non, je l'ai pas connu, c'était plutôt l'époque de mon père, mais on m'a raconté... Un sacré personnage, Benoît Broutchoux. Un anarcho-syndicaliste, militant de la C.G.T. d'avant 1914. Mais ni la C.G.T., ni les anarchistes ne se souviennent très bien de lui. Broutchoux fait pourtant partie de ces individus qui marquent leur époque par une action directe concrète, par leur vitalité aussi, leur personnalité.

Broutchoux (1879-1944) incarnait un personnage populaire et sympathique, une vedette du pays minier, un moment de l'histoire syndicale des mineurs. " Ah ! dis donc y viennent encore emmerder l'Benoît " grondait le populo des corons de Lens, quand les cognes venaient alpaguer Benoît Broutchoux. Et la foule s'attroupait devant le domicile de Benoît pour l'acclamer et insulter les pandores. Oui, au début de ce siècle, Benoît Broutchoux était un véritable héros populaire dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Anarchosyndicaliste, il se bagarra sans trêves contre l'ordre des compagnies minières et la mollesse des militants socialistes.
Militant original et gouailleur, Benoît dirigea, en 1906, la grande grève qui suivit la catastrophe de Courrière (1 100 victimes). Mais c'est Monatte, syndicaliste révolutionnaire de la C.G.T. d'avant 1914, puis trotskyste de l'entre-deux-guerres, qui a le mieux défini l'esprit de Benoît Broutchoux : " Son anarchisme n'était pas doctrinaire. Il était fait de syndicalisme, d'antiparlementarisme, de Libre pensée, d'amour libre, de néo-malthusianisme et de beaucoup de gouaille.
Pour tous, amis et adversaires, il était Benoît, Benoît tout court ". Broutchoux se montra toujours tolérant, ouvert, non sectaire. Dans son journal, L'action syndicale, il laissait s'exprimer tous les courants du syndicalisme et de l'anarchisme.

A force d'éviter les chapelles, de refuser tout sectarisme, Benoît se retrouva le cul entre deux chaises : d'un côté les pontes de la C.G.T., de l'autre les partisans de l'individualisme libertaire. Benoît durcit alors sa position. Il se proclama communiste révolutionnaire (pas au sens marxiste, plutôt dans l'esprit de Bakounine). Après la Révolution russe, faisant toujours preuve d'optimisme et d'ouverture, Broutchoux voulut concilier libertaires et bolchéviques. La déception fut rude.
Il rejoignit l'Union anarchiste et participa, au côté de Sébastien Faure et de Louis Lecoin, à la tentative du Libertaire quotidien. Au moral, Broutchoux était un curieux mélange de rigorisme révolutionnaire et de gouaille populaire. S'il ne cultivait pas l'austérité constipée de certains militants de la C.G.T., Benoît était quand même empreint d'un certain moralisme.
Autodidacte, il croyait aux vertus révolutionnaires de l'éducation pour le peuple : Anti-alcoolique, il ne buvait que du lait, du thé et un peu de bière. Néo-malthusien, il se bagarrait pour la limitation des naissances. Cela ne l'empêchait pas de conserver son côté " folklo " et brouillon, de composer son. canard à la dernière minute, de louper tous ses trains, d'écrire des poèmes un peu fleur bleue et de signer ses papiers de pseudonymes croquignolets, tels : " A. Serbe " ; " Adultérine " ; ou " C. Lexion ". " Accueillant et généreux ".
Son logement, rue Emile-Zola à Lens, était chichement meublé de caisses recouvertes de cretonne et de planches où s'entassaient une vaisselle hétéroclite et des monceaux de bouquins. On y entrait comme dans un moulin. Benoît, toujours accueillant et généreux, tenait table ouverte pour les camarades de passage. C'est donc cette espèce de " pied-nickelé " au service de la Sociale que le Monde libertaire vous présente cette semaine, et ceci d'après la bande dessinée réalisée en 1980 par Phil et Cal'ens (ouvrage aujourd'hui malheureusement épuisé).
Benoît Broutchoux, comme beaucoup de militants anarchistes, a été amené à prendre position sur la nature et les objectifs du syndicalisme.

B. Broutchoux toujours présent dans le Nord.

Voici ce qu'il écrivit en 1909 dans Terre libre :
"
Dans tous les degrés et sur tous les tons de l'arc-en-ciel confédéral, on nous a rabâché pendant trop longtemps que le parti syndicaliste est un groupement d'intérêts et que les partis politiques sont des groupements d'opinions. Comme beaucoup de copains, j'ai cru à cette foutaise, mais maintenant je n'y crois plus.
Le syndicalisme, qui est le produit de l'industrialisation, s'il veut vivre pour accomplir sa tâche, doit évoluer tout comme notre pauvre humanité et même faire avancer cette dernière. S'il veut supprimer le salariat et le patronat, comme c'est indiqué au premier psaume de la Bible confédéraliste -pour laquelle j'ai la plus grande foi- il doit faire une guerre acharnée, impitoyable contre le patronat et les soutiens de ce dernier, non pas seulement pour obtenir des augmentations de salaire, des diminutions d'heures de travail, de moins mauvaises conditions de servage, mais pour diminuer l'exploitation capitaliste, la supprimer.
Un groupement d'opinion Le syndicalisme n'est pas et ne peut pas être seulement un groupement d'intérêts corporatifs, il est aussi un groupement d'opinions, quoi qu'en disent les plus autorisés de nos oncles cégétistes. (...)
Les prolos qui adhérent aux syndicats rouges le font dans le but d'adoucir et de supprimer leur enfer, spécial à chaque métier et préparer le paradis terrestre pour tous. En général, ces syndiqués-là ne croient plus en la prêtaille, détestent la gradaille, la gouvernance et toute la haute saloperie. (...)
La plupart des militants syndicalistes regardent la question sociale à un point de vue particulièrement faux. C'est ce qu'on appelle le " dédoublement " ou le mystère de la dualité d'un individu en deux personnes : le syndiqué et le citoyen. Il y a des camarades qui prétendent sans rire qu'au syndicat on doit être syndicaliste, et qu'en dehors du syndicat on peut être déiste ou athée, patriote ou internationaliste, votard ou antivotard. (...)
La " neutralité syndicale " L'esprit religieux (soumission des ouvriers) doit être combattu énergiquement par l'esprit syndicaliste (révolte des ouvriers). Le syndicat doit aussi lutter contre les abrutisseurs de l'école laïque qui, entre autres bourdes, enseignent le respect aux lois votées par nos respectables Quinze Mille, et aussi le respect de la propriété, c'est-à-dire les rapines commises à notre détriment par nos ennemis de classe.
Ces explications peuvent paraître saugrenues aux partisans de la " neutralité syndicale ". le leur demanderai si le patron et le parasite sont neutres, eux ? Ne s'appuient-ils pas sur les abrutisseurs religieux ou laïques pour conserver ou augmenter leur omnipotence ? A mon avis, les ouvriers seraient niais s'ils s'attaquaient seulement à l'effet sans combattre les causes. "
Benoît Broutchoux ( Terre libre, 1909)

Ecrit par libertad, à 23:07 dans la rubrique "Pour comprendre".



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