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Marcella IACUB et le féminisme libertaire
A la lecture des forums féministes, on peut constater qu’il y a une tendance chez les féministes à clouer Marcella Iacub au pilori et à vouloir la mettre sur le bûcher. Elle est tantôt considérée comme une machiste, tantôt comme une masculiniste, voire comme une simple opportuniste qui vend ses bouquins en disant du mal des féministes dans les médias. Pourtant elle se considère elle-même comme féministe. Et en analysant plus attentivement son discours, en ne s’arrêtant pas à son ton provocateur à l’égard de certaines féministes, à son manque de diplomatie et parfois à une certaine mauvaise foi, on peut constater qu’elle tient effectivement un discours profondément féministe, qu’elle développe des revendications que l’on retrouve chez TOUTES les féministes.

Dans une interview au Monde, elle dit par exemple que "La maternité précarise. Les femmes sacrifient leur destin personnel à la reproduction de la société". En effet, la maternité est probablement la plus grande cause de discrimination entre les femmes et les hommes. Combien de femmes intelligentes, diplômées, compétentes, mettent soudainement leur carrière entre parenthèse pour s’occuper de leurs enfants et pour permettre indirectement à leur compagnon de poursuivre sa carrière professionnelle ? Mais en dehors des forums et réunions de féministes, ces propos sont très peu tenus dans la société. Au contraire, une femme qui déclarerait qu'elle ne veut pas d'enfant susciterait (au mieux) l'incompréhension la plus totale.
Dénoncer froidement cette situation dans le Monde, et pas uniquement sur un forum féministe, contribue donc à l’avancée des idées féministes.
Et pourtant Iacub n’est pas appréciée de la plupart des féministes. N'importe quelle femme (qui ne s'appellerait pas Iacub ) qui dirait sur un forum féministe "je n'ai pas envie d'enfant, je trouve qu'il y a bien plus de choses intéressantes dans la vie" se verrait approuvée et encouragée par les autres féministes. Quasiment tout le monde lui dirait, avec raison, "c'est vrai, tu as raison, c'est la société patriarcale qui réduit les femmes au rôle de mère ou de putain", et chacun-e irait dans son sens en racontant son expérience personnelle, en développement une plus longue analyse sur ce thème, en cherchant des chiffres, des références, des études sur ce sujet, en démontant les discours sur "l'instinct maternel", etc.
Mais si celle qui dit ça s'appelle Iacub, on lui répond "et bien elle fait comme moi pas de gosses et elle lache les autres" et on lui reproche de culpabiliser les femmes qui ont des enfants.
Pendant longtemps, j’ai eu du mal à comprendre cette haine des féministes envers Iacub. Les discours anti-Iacub sur les forums féministes me mettent extrêmement mal à l’aise, tout comme je suis très mal à l'aise quand je lis les critiques de Iacub à l'égard des "féministes traditionnelles" (j'insiste sur les guillemets ). Après avoir longuement réfléchit, j’ai l’impression qu’il y a si pas deux courants, au moins deux tendances dans le féminisme actuel et qu’elle fait, selon moi, partie d'un de ces courants.

Les deux courants féministes

Les deux courants partent du même constat.
Dans les années 70, il y a eu une libération sexuelle. Mais 30 ans plus tard, les féministes font le constat que les hommes et les femmes n'ont pas bénéficié de cette libération de façon égale: les hommes ont obtenu une liberté sexuelle très grande, tandis que la liberté sexuelle des femmes est restée relativement limitée, malgré la contraception et l'avortement. Alors que la sexualité d'un homme n'aura quasiment aucune influence sur sa vie sociale et sur le respect que la société lui octroie, une femme se verra toujours plus ou moins "jugée" sur sa vie sexuelle: les insultes "pute", "salope"; "traînée", toujours actuelles, renvoient directement à la sexualité "sale" d'une femme; il vaut mieux qu'une femme connaisse suffisamment ses interlocuteurs-trices avant de leur annoncer qu'elle est une collectionneuse d'amants, sans quoi elle risque de s'attirer une certaine opprobre voire certains ennuis.

Partant de ce constat, les deux courants divergent:
- un courant (plutôt dominant, que je qualifierais de "féminisme social") remet en question cette libération sexuelle, estimant qu'elle est néfaste aux femmes. Pour ce courant, la liberté sexuelle de référence est l'actuelle liberté des femmes. Leur but est de réduire la liberté sexuelle des hommes pour la "ramener" au niveau de celle des femmes. Ce courant s'attaque donc aux "privilèges" des hommes : leur sexualité « débridée », la pornographie, le fait qu'ils peuvent payer une femme en échange de relations sexuelles, etc. Inversement, ce courant va prôner la protection des femmes, même s'il faut limiter leur liberté (d'où l'appellation de "féminisme social" que je donne à ce courant) illustrée dans leur position abolitionniste sur la prostitution.
- un courant (que je qualifierais de "féminisme libertaire") estime que cette libération sexuelle est en soi une bonne chose et que les femmes doivent donc y avoir accès comme les hommes. Pour ce courant, la liberté sexuelle de référence est l'actuelle liberté des hommes. Leur but est d'ôter toutes les barrières psychologiques, culturelles, éducatives, sociétales, etc, qui entravent la liberté sexuelle des femmes pour les amener au même niveau de liberté des hommes. Ces féministes vont donc mettre en avant d’une part la capacité des femmes à donner un consentement valable (quand on peut dire "oui" ou "non" et que les autres respectent ce "oui" et ce "non", on est libre. Le consentement est donc une conditio sine qua non de la liberté) et d’autre part la libre disposition pour les femmes de leur corps et de leur sexe. Et ce courant va donc prendre position pour la réglementation de la prostitution libre, la production de la pornographie féminine etc. Et Marcella Iacub fait partie de ce courant.

Il y a deux points communs à ces deux courants:
- la volonté d'atteindre l'égalité homme-femme (indépendamment du degré de liberté sexuelle accordé à chaque individu-e)
- chaque courant se considère comme étant le "vrai" féminisme et considère l'autre courant comme non féministe. Les partisanes du "féminisme social" disent de l'autre courant "comment peut-on se dire féministe sans remettre en question les privilèges des hommes?" et les "féministes libertaires" disent "comment peut-on se dire féministe et maintenir les femmes dans une situation de victime?". Et cette incompréhension mutuelle rend les relations entre les féministes des deux courants assez explosives, quand elles ne tournent pas simplement à l'insulte.

Enfin, entre ces deux courants, il y a toute une série de nuances possibles qui font que chaque féministe défend des idées tantôt d'un courant, tantôt de l'autre (on peut augmenter la liberté des femmes tout en diminuant celle des hommes pour arriver à un équilibre entre les deux situations actuelles).

Donc quand on fait partie du "courant féministe libertaire", on aime beaucoup Iacub. Et quand on fait partie du "courant féministe social", on déteste Iacub. Mais Iacub est bel et bien féministe.

Quelques commentaires rapides sur les livres de Marcella IACUB

Voici une petite critique de deux de ses livres :
"Le crime était presque sexuel", c'est de la doctrine juridique (Marcella Iacub est juriste). Elle analyse un sujet assez peu abordé par les juristes: le sexe. Et à travers l’analyse du droit relatif au sexe, elle met en évidence la façon dont la société considère le sexe. Pour ce faire, elle prend chaque fois des situations un peu "à la marge" pour mettre en évidence les contradictions du droit sur le sexe (ex: les relations sexuelles des personnes handicapées) et de cette façon elle décelle les tabous encore très présents dans la société. C'est parfois assez subversif. Mais j'aime bien. Enfin une juriste qui donne un bon coup de pied dans un discours bien ronronnant et conservateur ! Et quand c'est en plus écrit dans une perspective féministe en prônant l'égalité homme-femmes en matière sexuelle, je ne peux qu'apprécier.

Mais ce livre est écrit sur le mode "les juristes parlent aux juristes": il fait référence à des notions juridiques, à des lois, de la jurisprudence, à des principes généraux de droit, c'est plein de raisonnements juridiques parfois longs de plusieurs pages, mais inversement, c'est assez complet, nuancé et référencé. Disons que je le conseille plutôt aux juristes ou du moins à des personnes ayant suffisamment de connaissances en droit et familières avec ce langage parfois très froid et très abrupte (comme peut l'être un langage d'économiste).

"Qu'avez-vous fait de la révolution sexuelle?" est en quelque sorte une version vulgarisée de son livre précédant. Qui dit vulgarisation, dit simplification. Il faut donc le lire avec un a priori positif qui consiste à essayer de comprendre sa manière de penser et son féminisme, et en ne s'arrêtant pas à certaines généralisations abusives, à ses provocations à l'égard d'autres courants féministes et à son discours assez subversif.

Mwana Muke
Ecrit par Mwana Muke, à 22:33 dans la rubrique "Le privé est politique".

Commentaires :

  Daniellou Isabelle
28-02-05
à 11:55

Vous avez dit "féminisme libertaire" ?

Bonjour
Je ne peux que m'inscrire en faux pour ce qui concerne la définition que vous donnez du "féminisme libertaire".
Autant je suis d'accord avec Marcella Iacub quand elle critique la position des femmes en état de domination lié au fait qu'elles enfantent, autant pour moi, la notion de liberté sexuelle intrinsèque à toute personne qu'elle soit homme ou femme, hétéro, bi, homosexuelle n'a rien à voir avec la notion marchande de la prostitution et est en contradiction complète avec la notion libertaire liée à une critique féroce de la société marchande et donc de toute marchandisation y compris des corps.
D'autre part, quand Marcella Iacub critique la position des femmes ayant des enfants, elle se place dans un contexte politique capitaliste, où les hommes ne prennent pas leurs responsabilités éducatives à égalité avec les femmes. Or, dans une société libertaire, c'est cette égalité qui est revendiquée.
Je pense que vous confondez le terme libertaire avec le terme libéral, ce qui est normal dans la mesure où le capitalisme s'est emparé de cette notion pour en faire ses "choux gras".
Ayant lu "Le deuxième sexe", je ne peux que m'inscrire en faux contre l'analyse que vous faites de Simone de Beauvoir que vous assimilez à Elizabeth Badinter dont j'ai lu quelques livres mais pas le dernier. Simone de Beauvoir était une féministe marxiste mais qui reconnaissait, à l'inverse de bien des marxistes (surtout les hommes) qu'un changement de société ne suffirait pas à une reconnaissance de la place des femmes à l'égal de celle des hommes. Christine Delphy s'inscrit dans la droite ligne de cette philosophe.
J'espère que mes propos ne vous ont pas heurtée mais qu'ils ont contribué à approfondir votre pensée, au même titre que votre article qui m'a beaucoup intéressé.
Avec ma sympathie Is@
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  Anonyme
25-09-06
à 14:48

Re: Vous avez dit

Quoique éloigné un peu du sujet, je voudrais savoir comment Mme. Iacub traite/traitera l'adultère ?! A quel point la transparence entre le couple est nécessaire pour elle ?
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  Anonyme
18-04-07
à 01:11

Re: Vous avez dit

libérale ou libertaire Iacub? Faut-il y voir du sérieux dans ses provocations?...
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