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L’Individualisme : une nouvelle vision du féminisme par Wendy McElroy

Les femmes sont les égales des hommes et doivent être traitées de même.Pour la plupart des gens la déclaration ci-dessus est le principe de base du féminisme. Mais que signifie égal ? Comment définissons-nous l’égalité ? Par exemple, est-ce que cela signifie l’égalité devant les lois existantes et la parité dans les institutions existantes ? Ou est-ce que cela comprend l’égalité socio-économique – une redistribution des richesses et du pouvoir – qui, à son tour, requiert de nouvelles lois et un renversement des institutions existantes.

Cela pourrait aussi impliquer l’égalité culturelle par laquelle on accorderait aux femmes le même degré de respect qu’aux hommes en ce qui concerne les lois sur le harcèlement sexuel, par exemple, en imposant ce respect.

La manière, selon laquelle le mot "égalité" se retrouve défini, est un test révélateur qui permet de différencier les mouvements féministes les uns des autres.

Au cours du 19ème siècle, le courant principal du féminisme définissait l’ « égalité » comme un traitement et une représentation égale des deux sexes au regard des lois et des institutions.
Les féministes les plus radicales protestèrent que les lois et institutions existantes étaient source d’injustices et, comme telles, ne pouvaient pas être réformées. Le système dans son entier devait être balayé pour que les droits des femmes puissent enfin être obtenus.

En bref, les deux traditions les plus révolutionnaires appartenaient au féminisme socialiste, duquel l’actuel radical féminisme s’inspire énormément, et le féminisme individualiste, qui est quelquefois appelé féminisme libertaire. Ces deux traditions diffèrent totalement dans leur approche de l’égalité.

Pour le féminisme socialiste, l’égalité devenait une issue socio-économique. Les femmes ne pouvant l’obtenir qu’à la condition que la propriété privée et les échanges économiques qu’elle engendrait – c'est-à-dire le capitalisme – ne disparaissent. L’égalité était aussi un objectif culturel. Un parallèle peut être tracé entre le 19ème et le 20ème s. dans la rébellion contre la culture masculine blanche – contre la pornographie par exemple – que l’on trouvera au 19ème s. sous forme de croisades puritaines pour la tempérance, modération. Ces croisades ou campagnes tentaient d’imposer la « vertu » – c'est-à-dire, imposer un comportement moral vertueux à la société au travers des forces légales – de manière très similaire au politiquement correct du féminisme actuel.

Pour le féminisme individualiste, la recherche égalitaire s’achevait quand les droits individuels des femmes étaient pleinement reconnus par les lois protégeant identiquement la propriété et la personne des hommes aussi bien que des femmes. Aucune référence à l’égalité économique ou sociale, seulement à une justice - traitant également femmes et hommes - gouvernant la société en protégeant les personnes et la propriété.

Dans une société idéale, le système légal ne ferait aucune distinction reposant sur des ca- ractéristiques secondaires, tel que le sexe, mais protègerait également les droits de chaque individu. Les femmes ne seraient ni opprimées, ni privilégiées, au regard de la loi. Cette société n’existe pas.

Aussi longtemps que les lois feront une distinction entre les sexes, les femmes devront se lever et réclamer leurs droits entiers et égaux. Rien de plus, rien de moins. Cette revendication est le fer de lance ( ou le point crucial NDT ) du féminisme individualiste.

Ce présent article converge sur deux formes de féminisme révolutionnaire qui sont radicalement opposés idéologiquement et définit les deux extrêmes du féminisme : le radical et l’individualiste.

Aujourd’hui, comment définissent-ils l’égalité ? Pour le Féminisme radical, l’égalité est socio-économique et culturelle . Ce qui veut dire que les distinctions de positions entre les genres doivent être éliminées afin qu’hommes et femmes puissent jouir d’une parité sociale, économique, politique et sexuelle. Obtenir cela signifie qu’il est nécessaire de balayer le patriarcat qui est une combinaison de la culture blanche masculine et du capitalisme.

Pour le Féminisme individualiste, l’égalité signifie aussi même traitement des deux sexes au regard des lois qui protègent individus et propriétés. Mais, Le Féminisme individualiste, ne dit rien au sujet de la richesse engrangée et de sa répartition égale entre les sexes. Ce genre de partage ne peut être achevé qu’à travers les lois, par intervention de l’Etat dans la vie des personnes et de leurs biens. C’est précisément le point d’opposition du Féminisme individualiste : le recours à l’Autorité dans la société.

Laissez-moi vous donner un exemple de pourquoi cet argument est aussi révolutionnaire. Considérons le mariage. Le courant principal du Féminisme dit : « Réformez les lois sur le divorce pour les rendre plus justes ». Le Féminisme individualiste dit : « la simple existence des lois sur le mariage/divorce est une injustice parce que l’Etat n’a pas autorité naturelle pour intervenir dans ce qui doit rester un contrat privé entre individus. »

Le mot "juste" entre en lice. Brièvement, je voudrais considérer comment ces deux formes de féminismes entendent le concept de justice.

Le Féminisme radical comprend la justice comme un but ; j’entends par là, qu’il apporte une image particulière de comment serait une société juste. Une société juste serait celle qui n’a ni patriarcat ou capitalisme, dans laquelle l’égalité socio-économique et culturelle des femmes s’exprimerait pleinement. En d’autres mots, la justice devient un objectif en soi dans lequel la société incarne une économie, une politique et des aménagements culturels, tous spécifiques. Cela signifie que les employeurs devront payer hommes et femmes à égalité, personne ne devra éditer de la pornographie et les commentaires sexistes seront interdits sur les lieux de travail.

Au contraire, l’approche de la justice par le Féminisme individualiste s’oriente sur les moyens : c'est-à-dire qu’il se réfère en premier à la méthodologie. Cette méthodologie est « quoique ce soit qui soit pacifique ». Le seul objectif envisagé par le Féminisme individualiste est la protections des personnes et des propriétés : ce qui signifie l’éradication de la contrainte et de la fraude dans la société.
Autrement dit, le concept de justice ne s’incarne pas dans un objectif particulier : quoique devienne la société, puisqu’elle est le choix de la volonté libre et paisible des individus qui la composent, elle sera, politiquement parlant, une société juste. Les aspects de cette société ne seront peut-être pas moraux et, les Féministes individualistes pourraient avoir à utiliser l’éducation, la revendication, le boycott et la conscientisation – l’éventail entier des stratégies convaincantes – pour tenter de modifier cela. Mais ce qu’elles ne feront pas, c’est utiliser la coercition légale afin de restreindre les choix sereins.

Les opinions contradictoires sur la justice entre Féminisme radical et Féminisme individualiste mettent en lumière une des majeures différences dans leurs approches des problèmes sociaux : à savoir, la volonté du Féminisme socialiste ou radical d’en appeler à l’Etat. Cette différence n’est pas surprenante quand vous réalisez que l’idéal de justice du Féminisme radical * peut * être établi par la contrainte de l’Etat. Vous pouvez, par exemple, imposer un arrangement économique spécial à la société. Vous pouvez sanctionnez des personnes pour dépassement de tarifs ou pour une infraction à l’embauche. Mais vous ne pourrez pas contraindre une société à naître authentiquement libre de ses options : ce serait contradictoire dans les termes.
*

Quittant la théorie, je désire apporter un aperçu de l’histoire unique du Féminisme individualiste en Amérique.

En tant que force organisée, le féminisme remonte au mouvement abolitionniste qui vit le jour au début de l’année 1830. Et les deux influences idéologiques dominantes sur le Féminisme qui débutait étaient le Quakerisme et l’individualisme. Bien des femmes courageuses améliorèrent le statut des femmes avant cette date. Citons, au 17ème s., Anne Hutchinson qui conduisit la première attaque organisée contre les Puritains orthodoxes du Massachussetts Bay Colony. Mais ces femmes-ci se faisaient entendre personnellement plutôt que comme militantes d’un mouvement qui serait consciemment voué à la défense des droits des femmes.

L’abolitionnisme était le mouvement radical anti-esclavage qui réclamait l’arrêt immédiat de l’esclavage arguant que chaque être humain s’appartenait à lui-même : chaque humain ayant la compétence morale sur sa personne.

Progressivement, les femmes abolitionnistes commencèrent à appliquer le principe de propriété de sa personne à elles-mêmes. Abbie Kelley, féministe abolitionniste remarquât : « Soyons reconnaissantes à l’esclave dont nous avons embrassé la juste cause pour les bénéfices obtenus par nous-mêmes, en travaillant pour lui. En luttant pour lui ôter les chaînes, nous avons découvert que nous étions également menottées. »

Dans le milieu abolitionniste, les droits des femmes activaient de brûlants débats. Il se peut que l’avocat des droits des femmes le plus déterminé fut le libertaire William Lloyd Garrison, éditeur du Liberator, insistant sur le fait que l’abolition de l’esclavage était une bataille pour les droits humains, pas seulement les droits masculins.

C’est alors que se produisit un évènement décisif : la Conférence mondiale de 1840 sur l’anti- esclavage à Londres en Angleterre. La féministe abolitionniste Elizabeth Cady Stanton, qui participait à cette Conférence, fut mortifiée par le rejet hautain que les femmes durent essuyer de la part d’hommes Anglais moins progressistes. Garrison, présent lui aussi, fut si courroucé qu’il quittât la salle principale pour l’alcôve fermée de rideaux où l’on avait reléguée les femmes.

Plus tard, avec la Quaker Lucretia Mott, Stanton conçut la Convention Seneca Falls de 1848 débattant des droits des femmes. C’est là que la question pour le vote des femmes fut introduite : « Considérant, qu’il est du devoir des femmes de ce pays d’obtenir pour elles-mêmes le droit inviolable et exclusif d’accéder aux urnes ». La proposition rencontrat une sévère résistance de la part de Mott et autres membres de la vieille garde des féministes abolitionnistes qui étaient profondément opposées à ce que l’on fasse usage du gouvernement pour résoudre des problématiques sociales. Mais la résolution passât.

Malheureusement pour la tradition individualiste américaine – dans toutes ces manifestations – la Guerre Civile surgit. Si « la guerre est la richesse de l’état » comme le clamait Randolph Bourne, il n’en reste pas moins que c’est la mort de l’individualisme. Il y a plusieurs raisons à cela ; l’une d’elles étant que l’individualisme est, par ses racines, une idéologie anti-étatique, et que la guerre implique, elle, l’accroissement du pouvoir de l’Etat, lequel pouvoir ne semble jamais revenir à son niveau d’avant-guerre lorsque la paix est déclarée.

Après la guerre, le point clé du féminisme devint la Constitution ; les femmes souhaitaient prendre part dans la formulation des 14ème et 15ème amendements ayant pour but d’assurer la liberté des Noirs. Le 14ème amendement introduisait le mot "mâle" dans la Constitution des Etats-Unis. Le 15ème amendement certifiait que le droit de vote ne pourrait être abrogé pour des raisons de « race, couleur, ou la précédente condition de servage ». Il ne faisait aucune référence au sexe. Les femmes abolitionnistes se sentir trahies. Susan B. Antony écrivit, « Nous bannissons la consultation masculine à jamais ». Cette occasion devint le pivot à partir duquel le courant principal du féminisme se détachât définitivement des hommes.

A ce point critique, le mouvement féministe se diversifiât, le principal courant concentrant ses efforts sur le droit de vote. Les autres féministes restant sceptiques sur les solutions politiques applicables aux problèmes sociaux.

Le Féminisme individualiste trouvât son expression dans une variété de mouvements sociaux, particulièrement l’amour libre, la libre pensée, et l’anarchie. Là, les féministes fonctionnaient comme segment radical où elles représentaient et poursuivaient les intérêts des femmes.

Le vecteur le plus important était le mouvement de l’Amour Libre qui cherchait à séparer l’Etat des questions sexuelles comme le mariage, l’adultère, le divorce et le contrôle des naissances. L’amour Libre réclamait que ces affaires soient laissées à la responsabilité des concernées. Considérons l’amour libre, très brièvement…

En 1889, une femme qui venait de risquer sa vie dans une fausse-couche qu’elle avait provoquée écrivît au périodique libertaire, Lucifer le Porteur de Lumière, s’excusant : « Je sais que je suis terriblement perverse, mais je suis certaine d’avoir été obligée de risquer ma vie pour être libre, et je ne peux le supporter. Connaissez-vous n’importe quel dispositif qui m’évitera de concevoir à nouveau ? S’il existe une telle chose fiable, vous sauverez ma vie en me le disant. »

Cette femme écrivit à Lucifer – publié et édité par Moses Harman – car, à la fin de l’année 1800, c’était l’un des peu nombreux forums qui encourageaient ouvertement le contrôle des naissances. Moses Harman affirmait qu’une femme s’appartenant à elle-même le faisait en totale connaissance de cause et dans toutes les mesures sexuelles.

Coup du sort, Harman vînt à se heurter à la loi Comstock (1873), qui interdisait les courriers contenant des questions jugées obscènes, mais sans définir en quoi consistait l’obscénité. Quoique ce fût, cela incluait précisément l’information sur les contraceptifs et le contrôle des naissances. Une chasse aux sorcières commençât.

C’est sur cet arrière-plan, qu’Harman commençât sa politique de la « parole libre » par laquelle il se refusait à ne pas publier les courriers qui contenaient un langage explicite. Harman soutenait : « Les mots ne sont pas les faits, et ce n’est pas du ressort de la loi civile d’entreprendre des mesures préventives contre de lointaines ou possibles conséquences de ces écrits, quelque soit leur violence ou leur subversivité ». Et continuât à débattre ouvertement de la contraception.

En 1887, l’équipe du Lucifer fut arrêtée pour la publication de trois lettres et inculpée sur la base de 270 chefs d’obscénité. Une des lettres décrivait la condition d’une femme dont le mari l’obligeait à avoir des rapports malgré le déchirement des coutures suite d’une récente opération. C’est un des tout premiers cas de sexe par contrainte reconnu comme un viol.

Les combats légaux d’Harman contre les lois Comstock se poursuivirent de 1887 à 1906. Lors de son dernier emprisonnement, pendant lequel il passât un an aux travaux forcés, cassant souvent des pierres huit heures par jour dans la neige de l’Illinois, il était âgé de 75 ans.

Curieusement, quand les autorités vinrent arrêter Harman en 1887, sa fille de 16 ans n’était pas présente. Elle était elle-même en prison, ayant été interpellée parce que s'étant mariée clandestinement, c'est-à-dire un mariage privé où ni l’Eglise, ni l’Etat n’avait de rôle à jouer. A cette même cérémonie, Moses avait refusé l’usage commun de donner sa fille en mariage, précisant qu’elle était la propriétaire de sa propre personne.

L’épisode Harman n’est pas devenu un récit du F individualiste parce qu’il s’était fait l’avocat du contrôle des naissances. Nombre de traditions l’ont fait. Harman était un F individualiste à cause de l’idéologie et de la méthodologie qu’il utilisait. Ses arguments étaient basés sur l’appropriation par les femmes de leurs corps et de ses fonctions, sexuelles et économiques. Il refusait toute ingérence de l’Etat dans les relations personnelles parce qu’il considérait cela comme l’institutionnalisation de la contrainte légale dans la société.

Moses Harman – tout comme Voltairine de Cleyre – sont les figures proéminentes du 19ème s. Dans leur propre époque, des personnes comme Harman étaient accrédités par leurs radicaux contemporains. Emma Goldman, dans son autobiographie « Vivre ma vie » le reconnaissait comme un pionnier qui lui permit de réaliser librement son travail sur le contrôle des naissances.

En 1907, quand on demandât à Georges Bernard Shaw pourquoi il ne visitait pas l’ Amérique, répliquât que si les « brigands » pouvaient emprisonner Moses Harman pour l’expression de ce qui était après tout la même vision qu’il portait sur scène, dans sa pièce, « Man et Superman » il ne ressentait aucun enthousiasme à y aller tester sa chance. C’est peut-être la raison pour laquelle il est oublié aujourd’hui. (cette dernière phrase est très approximative dans sa traduc. NDT )

Maintenant, après ce petit intermède historique, retournons à la théorie.

Indubitablement, le plus important des concepts du féminisme d’aujourd’hui est la position sociétale. Il y a des hommes, il y a des femmes, ils sont dans des positions différentes…c’est ainsi que la théorie l’établit.

Ce dernier point de vue est différent de la traditionnelle « guerre des sexes ». Cette guerre se réfère au fait que, dans les mêmes circonstances, les hommes et les femmes désirent des choses différentes et, ainsi, entrent en conflit. Par exemple, lors d’un rendez-vous, il est couramment admis que les hommes sont branchés sexe alors que les femmes recherchent plutôt une relation plus complice, dialectique. Ce n’est pas à ce différend que je me réfère. Je parle de la guerre des genres.

Une position sociétale n’est rien de plus que le groupement arbitraire d’entités qui partagent les mêmes caractéristiques, comme déterminé d’un point de vue épistémologique soit disant infaillible. En clair, ce qui constitue une position ou classe de gens est défini par les intentions, les objectifs du dit définisseur. Par exemple, un chercheur qui étudie l’accoutumance aux drogues pourrait classer la société en utilisateurs et non-utilisateurs des drogues. Les positions peuvent être ainsi définis par n’importe quel facteur prépondérant au yeux du définisseur.

Pour les féministes radicales, le genre est le facteur prépondérant. Bien des tentatives d’investigation se servent de la biologie comme d’une ligne séparatrice. Par exemple, la médecine sépare souvent les sexes en vue de leur trouver des traitements et techniques différentes. Chez les femmes on recherche le cancer du sein et chez les hommes les problèmes de prostate. La différence est que la médecine ne proclame pas que les intérêts de base des deux sexes sont en conflit ou même divergent. Les deux sexes partagent une base biologique qui requiert la même approche en ce qui concerne la nutrition, les pratiques, et les choix de vie raisonnables. En résumé, bien que la biologie des sexes ne soit pas identique, ils partagent les mêmes objectifs de bonne santé, qui peuvent être envisagés et pratiqués approximativement de la même manière.

Par contre, le Féminisme radical défend la théorie de conflits fondamentaux de classes reposant sur le genre. Elle proclame que les hommes ne partagent pas seulement l’identité biologique, mais aussi l’identité politique et sociale. Les intérêts politiques des hommes sont donc nécessairement en conflit avec ceux des femmes.

La conception du conflit des classes est largement associée avec Karl Marx, qui la popularisat comme outil de prévision des comportements sociaux et des intérêts politiques des individus. Une fois que l’on connaissait la classe à laquelle l’individu appartenait, son comportement devenait prévisible. Pour Marx, le point prépondérant pour définir l’appartenance d’un individu à une classe était l’interaction qu’elle entretenait avec les moyens de production : était-ce un capitaliste ou un ouvrier ? Voici une forme d’analyse de la relation de classes en termes d’inter-activité avec l’institution.

Le F radical a adapté cette théorie. Catherine MacKinnon se réfère à cette adaptation comme « post-Marxist ». Elle entend par cela que le F radical comprend beaucoup d’aspects du Marxisme mais rejette son insistance à ce que le statut économique, et non le genre, soit le facteur politique prédominant qui détermine une classe. Ainsi, le Féminisme radical se constitue avec des idées Marxiste/socialiste comme le « travail excédentaire » au travers duquel une classe est sous-entendue utiliser la mondialisation pour commettre un vol économique sur une autre. (Un exemple de travail excédentaire en Féminisme radical est le travail ménager non rétribué). La classification « homme » devient si signifiante qu’elle prédit et détermine comment les individus de cette classe se comporteront. C'est pourquoi, les Féministes radicales se permettent de traiter des hommes non-violents de « violeurs » car ils bénéficient de la « culture du viol » établit par le patriarcat.

Afin de prévenir l’oppression des femmes, il se révèle nécessaire de déconstruire les institutions qui contrôlent les femmes au travers des hommes – des institutions comme l’ouverture des marchés ( mondialisation sous réserve, NDT ).

Cette analyse de la relation de classes n’a pas de signification dans le cadre du Féminisme individualiste qui proclame lui que tous les humains ont des intérêts politiques communs.

L’individualisme a une longue et divergente tradition d’analyse des relations de classes à son actif. Le facteur prédominant par lequel elle catégorise les personnes est l’usage qui est fait ou non de l’exploitation sur les individus vivant en société. Obtiennent-ils leurs ressources ou pouvoir grâce au mérite et à leur propre productivité ou utilisent-ils l’agression, sous forme légale, pour s’approprier les ressources et le pouvoir des autres ? Exprimer simplement, le Féminisme individualiste demande : « faites-vous partie des dirigeants ou des dirigés » ? Ceci est également une forme d’analyse des relations de classe parce que la question qui se pose est : « Quel est votre interaction, votre relation à l’Etat » ?

L’analyse des relations de classe du Féminisme individualiste n’a pas pour objectif de prévoir les comportements des individus. Les femmes comme les hommes peuvent utiliser les voies politiques. Un individu peut changer de classe à volonté, rejetant l’exploitation de ses semblables pour utiliser d’autres formes de rentabilité. En bref, les positions de classe dans le Féminisme individualiste sont mouvantes. Ce n’est pas le cas dans l’analyse du Féminisme radical qui est fondée sur la biologie. Dans le féminisme radical, les classes sont figées.

Cette différence suppose plusieurs conséquences. L’une d’entre elles est que l’analyse de classe du Féminisme individualiste n’offre aucune valeur de prévision. Le fait qu’un individu aura été membre d’une classe politique dans le passé n’offre aucune garantie de ce qu’il ou elle continuera à y adhérer dans le futur.

Cette malléabilité possède une autre conséquence. A savoir : il n’y a pas nécessairement de conflit de genres. Le fait que les hommes aient opprimé les femmes dans le passé ne veut pas dire qu’ils le feront obligatoirement dans le futur. Savoir si un individu masculin est oppresseur ou ami dépend de savoir comment il se situe lui politiquement, choix dont il a la responsabilité consciente. Les hommes ne sont pas l’ennemi.


Conclusion

Les féminismes radical et individualiste sont les deux extrêmes du mouvement féministe. L’un défend le contrôle par l’Etat ; l’autre, le contrôle par soi-même. L’un considère les hommes comme l’ennemi, l’autre les considère comme des partenaires estimables.

Mais la marque la plus importante de l’idéologie divergente est l’insistance du Féminisme individualiste qui applique le principe personnel fondamental « corps de femme, droit de femme » contre vents et marées, dans toutes les circonstances.

Wendy McElroy

Traduction par E.C.

Le texte original "Individualism: A New View Of Feminism" se trouve ici

Ecrit par libertad, à 21:52 dans la rubrique "Le privé est politique".



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