L'En Dehors


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L'effort individuel dans le communisme par G. BUTAUD
"Quant à la question du travail en commun ‑ de la production ‑ je m'y associerais plus aisément, je ferais ma part et même au‑delà, si besoin était, à la condition essentielle cependant, que je sois en compagnie de camarades aussi consciencieux, animés du même état d'esprit ‑ sinon je préférerais alors oeuvrer individuellement ".

Que l'on médite cette phrase extraite d'un court article, paru dans le dernier numéro de la Vie sous la signature de Zisly. Zisly, le vieil ami de Paillette, l'auteur des Tablettes d'un lézard, son condisciple, qui a écrit de belles choses sur la liberté d'aimer, d'agir, d'être, de travailler,qui, je crois, dans un vers s'exprime ainsi ou à peu près " Que chacun " marne " comme il peut!".C'est le naturien Zisly, l'homme simple qui voudrait voir les gens s'ébattre dans les prés et les grands bois, l'ennemi de la civilisation industrielle qui abrutit l'homme par un surmenage intensif; c'est lui le doux apôtre de la vie normale dans la liberté,dans l'entraide, dans l'harmonique paix qui doit s'établir entre la nature féconde et l'homme débarrassé des lois, des contraintes et des préjugés c'est lui qui nous dit Je délaisse le communisme, si les autres ne grattent pas comme moi ".

Cela vous semble drôle, lecteur, c'est cependant ainsi. Oui, un camarade qui a 20 ans de propagande, qui a tenté de scruter toutes les théories sociales, qui a pris de‑ci, de‑là pour se créer une ligne de conduite, pour avoir des points de repère, qui croit savoir où il va et qui aboutit à la mesure de l'effort !

Pauvre Zisly, ne comprends‑tu pas que tu justifies ainsi la théorie bourgeoise, que tu prends à compte cette formule de toujours. " A chacun selon ses oeuvres ". Tu connais l'utilité de l'association des efforts, tu en as calculé toute l'économie, tu ne te refuses pas à constater sa puissance qui multiplie l'effort .individuel, mais tu dis que tes co‑associés doivent être aussi consciencieux que toi‑même. Quel rectificatif et quelle erreur initiale !
Le bourgeoisant quelconque, ouvrier ou capitaliste, ne raisonne pas autrement ; il constate qu'il est impossible d'harmoniser les efforts, que toute théorie peut se soutenir par la parole, par la plume, mais que la liberté est un mirage que sa pratique fait évanouir, parce que chacun entend jouir du résultat total de son effort.

Pauvre individualiste. Que n'as‑tu l'esprit de Brandt ! Pourquoi t'inquiètes‑tu des autres ? Avant que de marcher, déjà tu crains d'être victime ! Et voilà un de ceux qui parlent de faire marcher les autres, de les inciter à dépouiller le vieil homme, à être fiers, vaillants. Voilà un entraîneur qui stigmatise les foules pusillanimes, bassement intéressées, où chaque individu est un être amorphe, sans constance, sans volonté, qui règle sa marche sur l'arrière‑garde!

Et cependant Zisly est un camarade sérieux, actif, un bon compagnon, qui dépense tout son temps, tous les sous qu'il prélève sur son salaire pour publier sa pensée dans une feuille qui paraît aussi souvent qu'il le peut, qui, à part les gestes mécaniques de travailler, est totalement absorbé par l'étude des questions sociales, a toute sa volonté tendue vers un mieux‑être pour les autres. C'est lui, un des rares camarades qui militent inlassablement,, qui dit qu'il ne marcherait pas avec d'autres, s'ils ne marchaient pas du même pas.

Quelle inconséquence ! Mais Zisly, regarde‑toi donc et regarde donc les autres, tu t'actionnes dix fois plus qu'eux, tous tes gestes, toute ton activité démentent ta parole ‑ tu es pour l'action en avant des autres. Si tu es logique, tu dois t'arrêter court et te mettre en sommeil pour le reste de tes jours. Il n'existe pas un cent, non pas un cent d'anarchistes qui ne se dépensent gratuitement autant que toi ; entre nous, tu es une poire, tu continues alors que les autres n'en foutent pas le coup, faut‑il que tu sois naïf.

"Que les autres aient le même esprit que toi". Mais est‑ce que tous les anarchistes qui s'associeront avec toi ne prétendront pas être animés du même esprit que toi, c'est‑à‑dire du même amour fraternel, de la même tendance à la solidarité, à l'entr'aide ? Mais si, mon pauvre vieux, tous, tous, prétendront être et peut‑être au fond d'eux‑mêmes seront animés du même esprit que toi, mais leurs efforts et les tiens ne peuvent aboutir parce que malheureusement chacun, tu entends bien, chacun, comme toi, évalue son effort et le compare à celui des voisins, chacun se monte le coup sur soi‑même, parce que chacun ne peut se rendre compte exactement de l'effort d'autrui. Il est naturel qu'on soit partial, coulant pour son propre individu, et plus regardant, plus exigeant, plus sévère pour tout autre.

N'as‑tu pas entendu de tes propres oreilles, ces propos : Que les maîtresses de maison ont donc de peine à guider leurs grossières et inintelligentes domestiques, qu'il est pénible de répéter toujours la même chose, d'avoir l'oeil à tout, et pour le linge et pour la cuisine, et pour la propreté, et pour les multiples travaux d'une maison bien ordonnée. Le patron absorbé par ses affaires a‑t‑il toujours une juste rétribution du résultat de son activité commerciale ? Le maître compagnon n'est‑il pas le sous‑officier de l'armée du travail et son travail de surveillance ne seconde‑t‑il pas admirablement le travail de direction ! Et le compagnon lui‑même ne donne‑t‑il pas un effort de qualité supérieure à celui de son manoeuvre ! Est‑ce que du général au soldat de 2° classe chacun ne prétend pas avoir droit à une rétribution en rapport avec la quantité de l'effort fourni ? voilà l'argumentation générale qui confine à la tienne.


Dans le communisme chacun apporte son effort et chacun prend au tas chacun produit selon sa personnalité,c'est‑à‑dire que la production 'individuelle est la résultante d'une foule d'influences accumulées chez un camarade, qui consomme selon sa personnalité,influencée, constituée à cet égard de la même façon. Que veux‑tu de mieux pour la liberté individuelle. où peut‑elle mieux s'épandre ?

Avant de vivre dans le communisme, l'individu existait dans des conditions qui n'ont rien de bien charmant, qui ne lui conviennent point, puisque c'est un révolté contre l'ordre social, il vient vivre dans un milieu où certaines conditions matérielles, morales ou intellectuelles lui semblent
plus favorables et il vit dans le communisme tant que ces conditions lui agréent. Du jour où ces conditions ne lui conviennent plus il abandonne la pratique du communisme. C'est logique.

Mais ce qui est illogique, c'est que l'on abandonne un milieu communiste pour retourner à l'ordure de la propriété individuelle, parce que certains communistes sont inférieurs comme conscience productrice. Pourquoi l'humanité entière ne vit‑elle pas le communisme ? Mais parce que chacun craint d'être " arrangé" par les autres. La propriété individuelle,c'est la sauvegarde de l'effort !

Ainsi, c'est l'idée de défense qui engendre le crime. L a peur d'être volé, la peur de ne pas posséder tout ce que l'on prétend avoir produit, la peur du lendemain arme,tous les hommes les uns contre les autres le faisceau du licteur, c'est bien l'emblème de la défense collective,c'est l'arsenal où chaque citoyen a déposé son arme remise à la communauté, sur laquelle s'est greffée toute l'organisation actuelle.

Un groupement communiste n'est pas surtout la réunion d'individus qui se connaissent personnellement, qui ont des affinités les uns pour les autres, cela peut être un peu cela, mais c'est avant toute chose la réunion d'individus qui admettant que la société capitaliste actuelle,basée sur la propriété individuelle, sur l'autorité, est une société abominable, établissent une société basée sur la propriété commune, sur la liberté et tant que la propriété reste commune,ils continuent à vivre associés. Fonder une association par apports des affinités individuelles, mais c'est limiter une association à un nombre infime de participants. Ne sais‑tu donc pas, Zisly que pour bien connaître une personne,il faut avoir mangé avec elle un boisseau de sel! L'amitié est une chose que le temps noue, puis presque toujours dénoue; un camarade aujourd'hui, dans certaines conditions est très sympathique, il est plus sympathique qu'il était hier, demain les conditions étant autres, il le sera moins ce n'est donc pas sur une question de sentiments personnels que l'on peut fonder quelque chose de précis, de consistant, de positif, de collectif, de social.

C'est sur un principe que l'on s'établit et si les individus qui se sont rencontrés pour asseoir leur société sur le principe de la liberté admettent que la conscience dans la production doit être égale chez tous, à quoi aboutissons‑nous ? Quelle sera la mesure de l'évaluation de cette conscience ? Nous ferions des appréciations non basées positivement. Que chacun, par ce qu'il voit, par ce qu'il sait ou croit savoir, porte en lui une appréciation sur l'activité de tel ou tel, très bien, rien de plus naturel. Naturel, ai‑je dit, je devrais dire rien de plus instinctif. L'homme le plus développé, le plus affiné, n'y eut‑il aucun intérêt, est toujours porté à apprécier l'activité de ses voisins,à plus forte raison si ces voisins sont ses co‑associés.

Au lieu de tendre à comparer ses efforts avec ceux des autres communistes, il‑ faut au contraire, lutter contre son propre instinct pour s'efforcer de ne jamais comparer son effort à ceux des autres. Personnellement je m'y emploie, je lutte contre cet atavisme qui me porte à j'ose le dire, je n'y arrive que tout à fait incomplètement : la brute en moi combat l'idéaliste. Je cherche constamment à oeuvrer, à vivre sans me soucier si les autres apportent au but commun la même activité, la même initiative, le même acharnement à vouloir aider la communauté dans sa marche vers plus de liberté, plus de bien‑être, plus de grandeur.

S'activer sans se soucier de la qualité et de la quantité de l'effort des autres, c'est‑à‑dire prendre le contre‑pied de la méthode de la foule autoritaire, c'est le bon principe communiste. Connaître les efforts individuels seulement pour les harmoniser en vue du rapport collectif, c'est le secret de la perfection du communiste, du libertaire. Marcher dans le communisme, avec les communistes, à son pas, sans crainte d'être en avance sur autrui est bien préférable à déserter la troupe communiste, parce que certains ne vont pas assez vite.

L'échec, l'avortement plutôt, des tentatives communistes provient surtout de ce qu'au moment où un nouveau camarade vient grossir les rangs de la phalange, au même moment, un autre abandonne.

Quelle force le communisme n'acquerrait‑il pas, si chaque jour un nouveau compagnon désertant le milieu bourgeois, passait au communisme, sans qu'en même temps, pour un autre compagnon le phénomène inverse ne se produisit!
Et la raison, les raisons qui déterminent le départ du communisme ne se résument‑elles pas à ceci que les "autres " n'ont pas agi avec le même esprit que soi ?

Communistes ! quand dans l'oeuvre communiste, chacun s'efforcera de réparer les erreurs, les faiblesses, les manques d'initiative des autres, le communisme triomphera. Le communisme ne peut se développer quand les éléments supérieurs, ou se croyant tels, s'en retirent. C'est justement parce que l'on croit son activité intéressante que l'on doit la porter tout entière au développement de la liberté communiste, car, se retirer, c'est engager les autres à en faire autant, c'est abandonner le combat contre la nature dans la liberté, par l'association, pour le poursuivre dans l'esclavage, dans la désunion, par l'opposition des intérêts particuliers, pesés à la balance faussée de la loi.

Les hommes qui viennent au communisme ont un apprentissage à faire, l'apprentissage de la liberté ! Toujours ils ont été dans un milieu qui a dirigé leurs efforts pour l'obtention d'avantages individuels, comment est‑il possible que du jour au lendemain, ils soient capables d'oeuvrer en vue du bien collectif. Et c'est parce qu'ils sont encore incapables, qu'ils abandonneraient l'application de leur méthode ?

Zisly, j'ai du mal à te comprendre. Ce que tu ferais dans notre colonie, si tu y vivais, c'est ce que tu fais actuellement, tu dépenserais ton effort sans compter, tu serais entraîneur, tout en faisant ton apprentissage de la liberté, tu ne plaquerais pas parce que les efforts seraient mal coordonnés, parce qu'à ta convenance, parce que apprentis de la liberté, nous manquerions de savoir, d'ordre de méthode; tu sais bien que l'homme a besoin du concours du temps pour se transformer et s'adapter matériellement, physiquement, au milieu voulu et créer par suite de notre développement mental. Le communisme anarchique s'approche d'autant plus de la perfection que nous lui accordons qu'il est pratiqué par plus de gens, par plus de groupes et que ses pratiquants sont plus évolués et plus consciencieux. Le communisme anarchique ne peut être abandonné par un compagnon on peut quitter un groupe parce que l'on n'y pratique plus le communisme dans la liberté, pour des raisons personnelles, ou parce que matériellement on y est insatisfait, ses ressources étant trop limitées : on ne le quitte pas parce qu'on croit les autres inférieurs moralement, ce serait le contraire qui peut‑être serait vrai.

G.BUTAUD.

in LA VIE ANARCHISTE, n°4, 20 mai 1913.
Ecrit par libertad, à 22:18 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  Anonym3
21-08-04
à 22:54

L.S.D

Texte et réfléxions excellentes, que certains dits "libertaire" médiatiques devraient lire, plutot que de proner un capitalisme libertaire. Mais certains "philosophes" hédonistes et "rebelles" semblent plutot vouloir jouer aux "libertaires plus libres que moi tu meurs" plutot que de proner la liberté politique, "liberté politique" qu'analyse bien G.Butaud, en balayant les délires métaphysiques de liberté idéale dans lesquels certains semblent vouloir nager, sans se noyer... et pourtant...
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