L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





Crée le 18 mai 2002

Pour nous contacter : endehors(a)no-log.org



Comment publier un article sur le site ?


Comment publier un commentaire à un article ?


Charte du site


D'où venons-nous ?


Nos références
( archives par thèmes )


Vous pouvez nous soutenir en commandant nos brochures :

Les éditions de L'En Dehors



Index des rubriques

Les collaborateurs et collaboratrices de l'En Dehors

Liens

A noter

Recherche

Archive : tous les articles

Session
Nom d'utilisateur
Mot de passe

Mot de passe oublié ?

Il n'y a pas d'exploitation animale sans sadisme
En janvier et février 1995, plusieurs associa-tions se sont mobilisées en Angleterre puis en France pour sensibiliser l’opinion au sort des animaux de bou-cherie durant leur transport et leur abattage.Cette cam-pagne est parvenue à éveiller une laborieuse prise de conscience des souffrances que l’humanité impose aux espèces qu’elle asservit pour son confort. Ce sont de telles campagnes qui, depuis la fin du XIXe siècle, sti-mulent la lente évolution d’une législation qui impose par exemple peu à peu des techniques relativement indolores de mise à mort. À cette occasion, la diffusion de reportages télévisés révéla à un public surpris et choqué la cruauté avec laquelle étaient traités les animaux de boucherie à tous les stades de leur vie. L’idée que ce public en a globalement retirée demeure cependant qu’aussitôt réglés les derniers détails législatifs, le problème dispa-raîtra.
Pourtant, quiconque veut bien prendre la peine d’appliquer les acquis de la psychologie sociale à la relation entre humains et animaux exploités sera en mesure de prédire qu’aucune législation ne suffira à mettre fin aux mauvais traitements, sauf à interdire purement et simplement toute exploitation animale.
Un certain sadisme, inhérent aux pratiques d’exploitation de tout animal dont le sort sera tôt ou tard la boucherie, ne semble en effet pas avoir d’autre cause que la connaissance de ce destin par l’éleveur, le transporteur et le boucher. Encore vivant, l’animal est déjà de la viande par destination. Les vivisecteurs par exemple ont coûtume de dire que dès l'instant où cela ne choque personne d'utiliser un animal pour en faire de la viande, rien ne s'oppose à ce qu'on l'utilise également pour n'importe quel autre usage, même s'il est plus cruel. Franchir le cap de l’abattage semble donc ouvrir la porte au sadisme.
L’espoir des organisations qui militent pour l’amélioration du sort des animaux de boucherie risque donc de s’avérer utopique. Peut-être ces organisations se doutent-elles déjà que la seule réforme “ acceptable ” de l’exploitation serait... son abolition. Mais peut-être aussi ne l’affirment-elles pas encore, persuadées (à tort ou à raison) que seul un message édulcoré a pour le moment quelques chances d’être entendu.

L’expérience de Zimbardo
La plus remarquable expérience de psychologie sociale qui aie jamais simulé une relation de domination institutionnelle transposable à celle de l’humain qui élève, transporte et abat l’animal fut probablement celle de Zimbardo. En 1971 à Palo Alto, en Californie, dans l'enceinte du département de psychologie de l'université de Stanford, fut en effet menée, sous la direction de Philip Zimbardo, une expérience destinée à étudier les relations entre gardiens et prisonniers dans les institu-tions carcérales. Dix faux prisonniers et onze faux gar-diens furent sélectionnés, parmi soixante-quinze candi-dats masculins ayant répondu à une annonce, parmi les plus solides physiquement et moralement, les plus mûrs et les plus sociables. Participèrent également à l'expé-rience un surveillant, un directeur, un comité de libéra-tion sur parole et un comité de médiation. Initialement prévue pour durer quatorze jours, l'expérience dut être interrompue au bout de six jours tant le comportement des gardiens devint sadique. Même les plus doux et les plus pacifiques, qui se croyaient parfois auparavant incapables de maltraiter un être humain, se muèrent rapidement en brutes méconnaissables. On trouvera une description relativement détaillée de cette expérience dans L'esprit nu. L’ouvrage expose également certains enseignements tirés de cette expérience, (y compris par ceux qui y participèrent sur leur connaissance d'eux-mêmes) ainsi que quelques controverses qu'elle suscita. Sans entrer dans le détail, j'en retiendrai surtout que malgré quelques écarts dans l'interprétation des com-portements observés, elle confirma qu'ils étaient induits par le système pénitentiaire lui-même et nullement par un sadisme intrinsèque des participants. D'ailleurs, ce comportement s'observe à très peu de variantes près dans toute institution répressive, quelles que soient les personnes qui incarnent le système. Que ce point ne fasse plus maintenant de doutes est certainement l'ar-gument le plus important dans le débat sur le sadisme au sein de l’exploitation animale.

L’explication psychologique
Quant à l'explication psychologique du phéno-mène, si elle ne peut bénéficier des mêmes certitudes issues de l'observation, elle n'en demeure pas moins intéressante.
L'expérience a tout d'abord mis en évidence le plaisir de dominer, même chez ceux de la part de qui on s'y attendait le moins.
Mais il existe à mon sens une seconde raison, au fond évidente, au développement du sadisme dans toute forme de domination institutionalisée. Imaginez que pendant la seconde guerre mondiale, vous ayez, en tant qu'officier allemand, été affecté contre votre volon-té dans un camp d'extermination. Puisque vous n'aviez pas le courage de déserter, voilà que votre fonction sociale devint celle de tuer des juifs, des tziganes, des communiste et des homosexuels. Il vous fut évidem-ment impossible d'assumer cette fonction sociale dans l'indifférence. Comment vous justifier à vos propres yeux ? Suis-je un salaud ? Pour éviter cette idée, il n'existe qu'une issue psychologique : les salopes, ce sont mes victimes. C'est la seule justification possible à mon rôle de bourreau. Plus je serai sadique avec elles, plus je les considèrerai comme haïssables et plus je me justifie-rai à mes propres yeux. Un ami dentiste m'a raconté avoir été amené au cours de ses études à opérer des mâchoires de cadavres. La réaction de beaucoup d'étu-diants était alors de manifester une cruauté apparem-ment gratuite à l'encontre du corps de ces malheureux qui venaient de trépasser, en leur crevant les yeux par exemple. Cela ne relève-t-il pas du même phénomène ? Si l'on vous demandait de découper le corps de quel-qu'un qui vient de mourir et envers qui vous n'éprouvez aucune animosité, pourriez-vous le faire sans la moindre gêne ? Ne serait-ce pas plus facile si ce corps était celui d'un salaud ? Alors puisque vous êtes en position de dominant, c'est le jeu que vous allez jouer. Si vous êtes maintenant payés pour tuer cinquante cochons par jour, au lieu de les poser par terre sans leur faire mal en les sortant du camion, vous allez les laisser tomber de deux mètres de haut pour qu'ils se cassent la colonne verté-brale, et comme cela ne suffira pas encore, vous allez leur décocher un grand coup de pied dans les côtes. Vous n'avez guère le choix : sinon c'est vous qui allez vous considérer comme un salaud. On reproche souvent aux vivisecteurs leur cruauté “ gratuite ”. Non contents d'effectuer sur les animaux des tests et des opérations sans anesthésies, ils les manipulent sadiquement, les laissent cruellement souffrir sur une table d'opération pendant leur repas etc. Ne trouvant pas d'explication à cette cruauté, certains sous-entendent volontier que tout individu normalement constitué éviterait ces tortu-res inutiles et que le comportement de ceux-là prouve qu'ils sont des monstres. C'est ne pas comprendre qu'il s'agit pour eux de la seule issue psychologique à la cruauté qu'implique leur rôle social et que chacun de nous serait très fortement tenté d’adopter le même comportement dans une situation semblable.

Comment ne pas en conclure qu’à l'échelle de notre société il est utopique de vouloir mettre fin à ce type de sadisme sans renoncer à l'exploitation animale elle-même ?

Philippe LAPORTE
Ecrit par libertad, à 21:13 dans la rubrique "Le privé est politique".

Commentaires :

  Fabrice Dant
10-09-05
à 22:12

Alors, végétarien?

Pour ma part, je suis végétarien. L'explication sur ce sadisme bestial m'apparaît assez convaincant, à ceci près que je pense qu'on en veut en fait d'autant plus sadiquement à notre victime que, quelque part, au fond de nous même, cela nous fait aussi mal de faire du mal. Je revois encore le regard crispé de mon institutrice de CM1 lorsqu'elle me donnait des baffes. Moi-même, cela me fait mal d'infliger le mal. Le sadisme n'est pas détaché du masochisme.
Ce mal qu'on inflige à l'autre comme à soi, on en impute la cause à l'autre et plus que de se tolérer mauvais, méchant, en colère, en souffrance, on finit aussi par tourner cette douleur en plaisir. C'est sadique et pervers, quoi.
Au départ, cela fait toujours mal de tuer un animal, c'est vrai...
Répondre à ce commentaire

  10
02-11-05
à 18:59

nfgt@hotmail.bg

Good blog!
Répondre à ce commentaire



Modèle de mise en page par Milouse - Version  XML   atom