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Patriarcat, matriarcat et féminisme libertaire, ou de la sagesse des éléphants…
« Si l’on en croit les préhistoriens, les groupements matrilinéaires auraient confié la responsabilité clanique aux femmes en valorisant leur maternité. Les sociétés patrilinéaires en revanche, attribuent l’autorité aux seuls mâles. Quelque soit leur évolution, matriarcat et patriarcat se fondent principalement sur l’activité reproductrice. Du point de vue biologique, le sexe originel est féminin chez les espèces XY, et seule une petite proportion du chromosome Y modifie la physionomie pour construire le sexe mâle. Même le codage de la testostérone est situé sur le chromosome X et c’est l’existence d’organes testiculaires qui produit la différence de quantité de cette hormone « mâle ». Chez beaucoup d’espèces et notamment chez les animaux vivipares, la reproduction connait cependant une division des tâches qui attribue aux seules femelles le soin de la progéniture tandis que les mâles y contribuent plus irrégulièrement. Ainsi, les mâles sont souvent incapables d’activité de lactation. Il est alors tentant d’identifier cette distribution des fonctions reproductrices à une « division du travail » dont un des genres serait le dépositaire dominant.

Ce que le féminisme a révélé, c’est que l’inféodation des femmes se réalise sous le seul argument de la discrimination des genres. Ainsi le sexisme s’apparente au racisme ou au « jeunisme » qui utilisent un argument a priori physique (biologique et culturel) pour justifier la domination de l’un par l’autre. A la division des tâches reproductrices succède une domination économique. Le patriarcat légitime une phallocratie, de même que le matriarcat en tant qu’organisation sociale pourrait appuyer une gynocratie. Nous ne voulons ni de l’un, ni de l’autre.

Si la subordination des femmes est organisée par le monde patriarcal, elle est clairement aggravée par l’économie marchande et le système d’exploitation capitaliste comme l’a été le racisme. Un ensemble de constructions mentales dites « culturelles » s’ajoute pour circonscrire une étroite identité des genres compatibles avec l’économie marchande. Ces structurations ne sont évidemment pas indépendantes de la société marchande et prétendent fonder le mode « normal », c'est-à-dire organisent l’exclusion des différences et confinent les femmes dans un travail maternel. Aussi, loin de s’avérer une revendication sectorielle, le féminisme doit rester une préoccupation majeure des luttes sociales.

Fondamentalement, l’économie marchande ou le capitalisme ne constituent pas un système libéral d’échange qui dégage des richesses à partir d’un support indifférencié. Il faut se méfier de ce qu’on nous dit. L’énigme du capitalisme réside dans le projet que s’octroient les marchands en prélevant une rançon du simple fait de l’échange. Le secret de cette malversation, où l’on peut s’enrichir en dormant, est bien sûr que ce rançonnage s’opère sur le travail des autres. L’économie marchande est ainsi essentiellement une exploitation des autres et le travail salarié est le moyen de cette exploitation que le capitalisme a froidement organisé en un système impersonnel. Dans ce système, les individus subissent d’autant plus facilement l’oppression que leur subordination est déjà légitimée par la société. Les différences de physique (âge, sexe) aussi bien que de statut (pauvreté) ou d’origine (ethnie) étayent l’organisation de l’exploitation. Le système dénature la différence pour en faire une inégalité. La dévalorisation sert alors à légitimer le travail gratuit ou sous-payé.

Revenons. La plupart des mammifères sauvages présentent une organisation sociale fondée sur une forme de patriarcat avec délocalisation des mâles lors de la dispersion des jeunes. Même chez les espèces les plus solitaires, le système est souvent interprété comme un système de domination par les mâles, les femelles assurant souvent seules le soin aux jeunes. Mais cette « domination » n’inclut pas une exploitation des femelles bien que certains mâles puissent parfois réussir à profiter de leur position dominante. Bien sûr, certaines formes d’autorité des mâles s’avèrent franchement dictatoriales, comme chez les otaries par exemple. Mais il existe aussi beaucoup d’espèces caractérisées par une inversion de dominance à la reproduction. Ainsi, le renard apporte la nourriture à la femelle durant l’allaitement et n’a plus accès au gîte. Même les lionnes peuvent vertement réprimander un mâle trop arrogant.

En fait, l’organisation sociale n’est évidemment pas liée à la seule reproduction et la situation est souvent beaucoup plus complexe que ce qu’une observation superficielle pourrait laisser supposer. Mais les observateurs (non neutres) ont souvent décrit la hiérarchie apparente en se fondant sur ces phases reproductrices. Il existe aussi des espèces dont le fondement social peut être compris comme matriarcal, les femelles contribuant d’une manière majoritaire à l’organisation et à la régulation des interactions sociales.

Les Bonobos sont de ceux-là. Ce qui a fait la célébrité de cette espèce si proche de l’homme, c’est son usage de la sexualité pour la régulation sociale. Contrairement aux Chimpanzés, la philosophie des Bonobos consiste à substituer l’amour à l’agressivité, fonder un « peace and love ». Il est alors tentant de présupposer une corrélation entre leur organisation matriarcale et la réduction des conflits. Pourtant, cela n’est pas exact. D’autres espèces de mammifères présentent une structure de type matriarcal sans pour cela évacuer les conflits. Les Hyènes manifestent ainsi une gynocratie parfaitement autoritaire où les mâles du groupe subissent la domination des femelles. Même chez les pacifiques Bonobos, l’agressivité des femelles peut être sévère, souvent à travers des coalitions provisoires. Les Eléphants aussi confient aux femelles l’organisation du groupe et la régulation des conflits qui restent rares et d’ampleur généralement limitée. Cependant, le pouvoir matriarcal des Eléphants consiste le plus souvent à prendre des décisions de déplacement mais repose principalement sur l’organisation solitaire des grands mâles reproducteurs. Ainsi, l’apparente sagesse des Eléphants est d’abord fondée sur les habitudes solitaires des mâles et on ignore si cette situation résulte d’une exclusion gynocratique ou d’un choix délibéré. Quoiqu’il en soit, chez ces espèces matriarcales, le soin au jeune reste réservé aux seules femelles contrairement aux espèces plus monogames où le mâle contribue davantage à l’élevage.

Non, ce n’est pas dans la nature que nous trouverons une réponse à l’oppression de l’économie marchande. Les manifestations de la socialité animale ou de l’exclusion des autres répondent provisoirement aux contraintes particulières de la formation des écosystèmes mais n’en sont pas prisonnières. L’évolution continue et la formation des sexes s’est avérée d’une grande importance évolutive mais il n’est pas si facile de se débarrasser du conflit des sexes. L’homme est un animal complexe, comme bien d’autres espèces. Au cours de son parcours évolutif propre, il peut faire émerger une socialité qui régule ses antagonismes spécifiques et s’affranchisse de l’économie marchande. Au contraire, la peur de la différence, l’exclusion ont été valorisées par des sociétés malades qui privilégient l’exploitation des autres.

Paradoxalement, c’est l’économie marchande qui favorise une loi de la jungle, où chacun persiste à être le concurrent de l’autre. Les salariés sont les victimes de cette compétition paranoïaque arrangée par le monde marchand. Dès l’école, la différence est utilisée pour fabriquer une inégalité. Le système marchand prône l’avantage de l’exclusion et de l’exploitation des autres et profite des différences de sexe, de couleur, de statut pour amplifier son système d’oppression. Le féminisme n’est pas une revendication partielle ou l’introduction d’un conflit matriarcal contre les hommes. Le féminisme n’est pas non plus une solution définitive, mais comme l’antiracisme, c’est une exigence insuffisante mais nécessaire, il faut le répéter.

La construction de l’état s’est réalisée pour protéger une économie marchande balbutiante, comme les religions se sont érigées pour justifier la phallocratie. Certes, le capitalisme moderne parait avoir moins besoin de l’état qui bride sa prétention planétaire, mais appelle toujours plus de police pour contrôler les exploités. L’état est la structure de soutènement de l’économie marchande et de l’exploitation des serfs puis des salariés. C’est bien l’état et l’économie marchande qui contraignent l’humanité, cette humanité qui émerge chaque jour à travers nos luttes. Chacune de nos batailles révèle un peu plus de l’humanité en train de se construire. Chaque résistance est une page nouvelle sur l’apparition de l’humanité.

N’en doutons pas, femmes, hommes, l’anarchie est une nécessité, c’est un autre monde qu’il faut inventer. »


Thierry Lodé et Voltairine de Serque

Extrait modifié du texte « Un des documents les plus récents sur l’apparition de l’humanité » 1993
Eds Petites Idées Noires.

Références complémentaires ;
Th Lodé « la guerre des sexes chez les animaux » 2006. Eds O Jacob. Paris
Ecrit par libertad, à 23:02 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  satya
16-09-08
à 23:08

gynocratique??

bonjour,
j'ai cherché mais je n'ai pas réussi à trouver la définition du mot gynocratique, une petite définition serait bienvenue.
merci et mes excuses pour cette ignorance :)
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  Rakshasa
17-09-08
à 14:58

Re: gynocratique??

Sur Wikipédia: gynocratie
"Une gynocratie ou gynécocratie est un régime politique dans lequel le pouvoir politique est exercé par des femmes."
La suite ICI
Au passage le patriarcat est une androcratie...

Répondre à ce commentaire

  satya
17-09-08
à 15:11

Re: gynocratique??

merci beaucoup, je n'avais pas pensé à wikipédia !!
:)
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  satya
17-09-08
à 15:18

Re: gynocratique??

j'aurais du penser à la gynécologie, ce sont les mêmes racines !!

par contre intéressant sur la wiki ils disent que l'antonyme de gynocratie est pallocratie :)
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  Rakshasa
17-09-08
à 15:59

Re: gynocratique??

"par contre intéressant sur la wiki ils disent que l'antonyme de gynocratie est pallocratie :)"
Je me demande si ce n'est pas une erreur. En ethnologie, a priori, il me semble que l'antonyme est bien "androcratie", phallocratie étant plus utilisé pour la domination précise d'hommes sur des femmes. Voir Androcracy

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  satya
17-09-08
à 16:07

Re: gynocratique??

ah tous ces mots qui vont finir par me rendre chèvre ;)))

donc:
- patriarcat  -  matriarcat

- androcratie -  gynecocratie ou gynocratie

hum et
- phallocratie  -  mammographie ??? :D :D :D
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