L'En Dehors


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NE PAS CONFONDRE GAUCHE ET MOUVEMENT SOCIAL

Sur bien des points, la gauche ne se distingue guère de la droite. Elle est un mythe savamment entretenu par ses organisations, qui piège aujourd’hui la réflexion et l’action politique. Ce constat oblige à poser la question du changement.

Dans la plupart des discours, des débats, des forums, des tribunes il apparaît comme « naturel » et « logique » de lier l’avenir de la gauche au devenir du mouvement social et de faire dépendre le changement social d’une renaissance de la gauche. Singulière attitude qui oublie ce qu’est la gauche et ce qu’est un changement social.



S’il s’agit simplement de faire jouer une alternance politique avec la droite, alors la gauche suffit largement, ça ne bouleverse pas grand-chose et l’on est sûr du résultat. S’il s’agit par contre de poser une nouvelle conception de l’organisation sociale, de nouveaux rapports de production et de distribution des richesses entre les individus de la société, alors on fait fausse route. À quoi peut bien servir la gauche ? On a aujourd’hui une réponse, claire, précise et argumentée par près de vingt ans d’expérience.
La gauche est-elle une référence en matière de valeurs ? Par rapport à la droite, certainement pas, je ne prendrai pour exemple que l’appel à voter pour Chirac face à Le Pen, appel (juste politiquement et électoralement) qui s’est fait au nom des « valeurs républicaines ». Il y a donc bien les mêmes valeurs entre la droite et la gauche. Sur quoi porte alors la différence ? Bonne question. La gauche est-elle une référence en matière d’économie ? S’il s’agit de préserver et de gérer le système marchand, la gauche en est parfaitement capable (la Bourse ne s’est jamais aussi bien portée que sous la gauche), la pauvreté a progressé comme avec la droite, les licenciements, le chômage, les délocalisations et les profits.

Le salariat, qui est un système inégalitaire basé sur l’instrumentalisation de l’individu (j’en ai besoin, je le prends, je n’en ai plus besoin, je le vire !), a parfaitement été préservé. Sans parler des privatisations. La gauche est-elle une référence en matière de social ? L’écart entre les plus riches et les plus pauvres s’est accru comme sous la droite... Extension de la pauvreté, des sans-logis, des exclus. Les 35 heures ont été appliquées de manière complètement débile, quant aux retraites on n’a même pas osé y toucher (de peur d’avoir les mêmes solutions que la droite ?). La marchandisation de la santé et du social s’est « normalement » développée. La gauche est-elle une référence en matière d’écologie ? Avec un (le) parti écologiste au pouvoir, on allait voir ce que l’on allait voir. On n’a rien vu. Si, excusez-moi, on a emmerdé les chasseurs (je ne le suis pas), mais à part ça : usines pourries, nucléaire, bateaux poubelles, marées noires... Rien n’a vraiment changé. Le seul avantage de la gauche, c’est de pouvoir faire passer facilement des réformes impopulaires que la droite ne pourrait faire passer. Les autres soi-disant « démocraties modernes » procèdent de manière semblable. Quand on sait de plus que la gauche est composée de partis, instruments de promotion sociale de toute une bureaucratie qui ne vit qu’au rythme des sondages et des élections, on se demande bien ce qu’il y a à réformer ou à reconstruire, et s’il y a quelque chose à réinventer ce n’est certainement pas ça, ni avec ces gens-là. Il y a donc un mythe de la gauche, savamment entretenu par ses organisations, qui piège aujourd’hui la réflexion et l’action politique.
Je pense que changement ne veut pas dire « réformes permettant de supporter une situation qui, fondamentalement, instrumentalise l’individu et le soumet à des lois (celles du marché) qui ne vont absolument pas dans le sens de ses besoins ». Or, c’est cette situation qui est la nôtre, à l’échelle mondiale. Le système marchand a une logique, des lois, qu’il s’agit de remettre en question. Ce n’est donc pas la mondialisation libérale ou néolibérale qui est à remettre en question, mais bien la mondialisation marchande. Or, on peut le constater tous les jours, les organisations politiques, voire les organisations antimondialistes, ne remettent jamais en question la mondialisation marchande. Pourquoi ? Le rapport marchand, ou rapport salarial, est considéré comme un acquis définitif qui ne saurait être remis en question. C’est ce qui explique que, dans des « défilés de mode » comme Porto Alegre, des politiciens de droite comme de gauche puissent venir faire la « danse du ventre » devant les médias internationaux. Changement social veut dire changer les relations entre les individus dans l’acte de production et de redistribution des richesses.

L’Histoire nous montre qu’un changement de rapports sociaux ne se fait que lorsque de nouveaux rapports sociaux prennent concrètement, et même idéologiquement, le relais. Ce n’est pas la possession de l’État qui permet ce changement, de même que le volontarisme politique n’est pas suffisant pour changer les rapports sociaux (voir l’échec de l’expérience soviétique). C’est donc un remaniement total de nos conceptions, de nos pratiques politiques que nous devons faire. C’est à une analyse des limites du salariat que nous devons procéder. L’organisation politique, au sens large, n’est qu’un moyen dont l’objectif est la mise en place concrète de nouvelles relations économiques et sociales : des pratiques concrètes d’échanges, de production, de nouveaux rapports producteurs-consommateurs, dans le domaine agricole en particulier, la généralisation de ce que l’on appelle le commerce équitable sont probablement les moyens les plus efficaces pour porter des coups déterminants au système marchand. C’est en repensant la forme des luttes, par la remise en question de la marchandise (dans les services, par exemple, la lutte pour la gratuité), que l’on développera la conscience collective de tous les acteurs de ces luttes et même des usagers, autrement dit des citoyens-nes. C’est à cette pratique économico-sociale concrète que nous devons nous atteler pour prévoir le changement... pas en faisant confiance aux politiciens démagogues.

Patrick MIGNARD

Texte paru dans « POLITIS » en février 2003

Ecrit par , à 21:37 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  libertad
23-06-04
à 21:59

Ce texte a été transmis aujourd'hui par PM pour expliquer plus clairement sa position par rapport aux sujets en discussion sur L'En Dehors.
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