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MODELE SOCIAL ET MODE DE PRODUCTION
Il est de bon ton, aujourd’hui, d’affirmer que le « modèle social » français, n’est plus du tout adapté aux conditions des exigences de l’économie… et de là, à le remettre en question, il n’y a qu’un pas que les politiciens et leurs « experts » hésitent de moins en moins à franchir.

  QU’EST-CE QU’UN MODELE SOCIAL ?

  C’est une ensemble de dispositifs, d’institutions et de législations qui organisent la vie sociale, qui permettent la création d’un lien social assurant une relative harmonie dans la redistribution des richesses et une organisation de services fondamentaux (transports, énergie, santé, logement…) dans le sens de l’intérêt général.

 La mise en place d’un tel dispositif, qui nous paraît logique aujourd’hui, n’a en fait rien d’évident dans l’émergence d’un mode de production, c'est-à-dire dans la constitution d’une organisation économique de la société.

 Ainsi, au 19e siècle, en pleine montée du capitalisme en Europe,… il n’y a pas de « modèle social », on vit alors une période de « capitalisme sauvage », dans laquelle tous les excès, de la part des possédants, sont permis : travail des enfants, travail de nuit généralisé, pas de protection sociale, pas de législation du travail, pas de retraite, pas de salaire minimum, pas d’aide aux chômeurs,… Le conflit social se règle alors par la grève et l’émeute ! (Revoir l’histoire du mouvement ouvrier en Europe et aux USA). C’est par les luttes sociales et à l’occasion de circonstances historiques particulières (Front Populaire, Libération) que s’est construit en France ce que l’on appelle le « modèle social » aujourd’hui en péril.

Ainsi, au USA aujourd’hui, pays développé s’il en est, le modèle social est très en retrait par rapport au modèle social français : système de protection de santé coûteux et inégalitaire, peu d’encadrement législatif du marché du travail, système de retraite par capitalisation cher et aléatoire dans le temps, plus de 40 millions de pauvres en 2011,…. La charité remplace largement la solidarité.

Il n’y a pas de modèle social général,… chaque pays a le sien, en fonction de sa culture, de son histoire, des luttes sociales qui s’y sont déroulées…

CAPITALISME CONTRE MODELE SOCIAL ?

 C’est donc en fonction des différentes variables nationales que s’est structuré, et a évolué, le modèle social de chaque nation.

 Les conflits sociaux nés dans le capitalisme ont obligé les classes possédantes à faire des concessions aux salariés pour préserver et maintenir un minimum de cohésion sociale. Les améliorations des conditions de vie, de travail des salariés ont peu à peu constitué un ensemble de dispositifs et de législations garantissant la pérennité des conquêtes sociales. C’est à ce prix que la paix sociale a permis au capitalisme de perdurer. Si ces conquêtes sont apparues rapidement, pour les salariés et les générations qui ont suivi, comme des acquis définitifs, il n’en a pas été de même pour les classes possédantes toujours à l’affût pour remettre en question ces acquis. Le capitalisme n’a jamais eu pour objectif de satisfaire les besoins sociaux des salariés et il s’en tient à sa seule finalité : faire des profits.

C’est donc tout à fait logiquement que le mode de production capitaliste – par l'intermédiaire de ses gestionnaires - a remis en question les acquis sociaux qu’il avait concédés dès que le rapport des forces entre salariés et capital a évolué à l'avantage de ce dernier. Ce moment, béni pour lui, se produit avec l’ouverture du Monde au Capital, au moment où la géopolitique mondiale (décolonisation), et le développement des moyens de transports et de communications permettent au capital de sortir des frontières qui l’ont vu naître et de se mondialiser sous toutes ses formes, production et financiarisation. 

LA FIN PROGRAMMEE DU MODELE SOCIAL

 
 Produit d’un rapport de forces entre le capital et le travail, le modèle social n’est en rien un acquis définitif… il évolue avec celui-ci. Aujourd’hui, la mondialisation du capital libère celui-ci des contraintes imposées par les frontières nationales et plus particulièrement des législations nationales qui in fine  garantissent le modèle social.  

Un choix absurde et scandaleux est proposé aux salariés des pays qui avaient conquis des acquis sociaux : des emplois à des conditions sociales dégradées ou maintien temporaire du modèle social irrémédiablement condamné par la fuite des emplois. Ce n’est plus un choix, c’est un véritable chantage imposé par le capital aux salariés affaiblis dans leur lutte par la désindustrialisation massive de l'économie et qui n’ont même plus la possibilité de demander à l’Etat la garantie de leur condition, celui-ci étant dépassé (et souvent complice) par les exigences du capital mondialisé.

Ceci explique la chute vertigineuse de tous les acquis sociaux des salariés. Non seulement ils n’en conquièrent pas de nouveaux, mais ils sont dans l’incapacité sociale et politique de garantir ceux qui existent encore : conditions de travail, salaires, retraites, protection sociale,…

 Nous vivons aujourd’hui la fin d’un cycle durant lequel le capital récupère toutes les conquêtes que les salariés lui avaient arrachées. Si nous ne réagissons pas, nous sommes en passe de céder sur toutes ses exigences anti-sociales, mais aussi environnementales…

 Il n’y a plus désormais d’avenir dans le mode de production qu’est le capitalisme… Ne pas le comprendre c’est courir au désastre.

 

7 novembre 2014                                                                                      Patrick MIGNARD

 

Ecrit par , à 20:42 dans la rubrique "Pour comprendre".



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