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MOBILITE ET IMMOBILISATION EN REGIME GLOBALITAIRE
Lu sur No Pasaran : "A lire ou à entendre les coryphées (1) du « nouvel ordre mondial » né sur les ruines de l'« Empire du Mal », ou, pour nous en tenir à notre continent, les chantres de l'« Europe unifiée », nos contemporains seraient les heureux témoins de l'avènement d'un « monde ouvert ». Outre la communication directe et immédiate avec leurs semblables rendue possible par la « révolution informatique », la conjugaison des progrès techniques réalisés en matière de moyens de transport et de l'ouverture progressive des frontières nationales donnerait à chaque humain la possibilité de devenir le « citoyen » véritable d'un monde qu'il pourrait désormais parcourir à sa guise.Il en va de la citoyenneté mondiale comme de l'égalité affichée dans les constitutions de ces oxymores que sont les « États démocratiques » : certains individus seront assurément plus « citoyens » que d'autres. Car la « distance », que « l'homme » aurait « vaincue » grâce à son inventivité scientifique et technique, n'est pas une réalité objective et impersonnelle, une donnée naturelle. Elle est un produit social : sa longueur varie en fonction de la vitesse grâce à laquelle elle peut être parcourue, et, donc, dans une économie monétaire, en fonction du coût représenté par la possibilité d'atteindre cette vitesse. Autant dire que la « victoire du temps sur l'espace » qui aurait aboli les distances n'est pas à la portée de toutes les bourses

En dépit de la bonne nouvelle proclamée urbi et orbi selon laquelle « nous vivons dorénavant dans un seul monde », la liberté d'y aller et venir en toute liberté est et restera réservée à une minorité. Du moins, tant que la majorité ne se sera pas mise en peine de le changer. En attendant, tout se passe comme si la mobilité accrue permise aux uns devait aller de pair avec l'immobilisation forcée des autres.


« La liberté de circulation devient le principal facteur de différenciation sociale »

Loin d'entraîner une homogénéisation des modes de vie, la diminution sinon l'annulation des distances spatio-temporelles a pour effet de les opposer. D'une part, elle émancipe certains êtres humains des contraintes territoriales, marquant pour eux le début d'une ère nouvelle, caractérisée par une indépendance jusque-là inconnue à l'égard des obstacles physiques, et par la possibilité grisante de se déplacer comme bon leur semble et surtout d'agir à distance. D'autre part, en vidant de leur substance les économies et les sociétés « locales », à la merci, dorénavant, de la puissance d'un capital désormais « déterritorialisé », l'effacement des distances prive d'autres êtres humains, majoritaires, de toute possibilité d'action à partir du territoire auquel ils continuent, bon gré mal gré, à être rattachés,

Comme toutes les sociétés de classes, celles du capitalisme « globalisé » sont des sociétés stratifiées. Mais ce qui les différencie des précédentes, ce sont les critères de cette stratification. À une époque où la mobilité est érigée en valeur suprême — « bouger », dans toutes les sens du terme, est devenu le nouvel impératif catégorique —, la liberté de circulation, qui, depuis les temps les plus reculés de l'histoire, a constitué un avantage rare et inégalement distribué, devient le principal facteur de différenciation sociale. Ce qui distingue aujourd'hui, avant tout, les gens d'« en haut » de ceux d'« en bas », pour user d'une formulation redevenue à la mode, c'est leur degré de mobilité, c'est-à-dire leur liberté de choisir l'endroit où ils veulent être. Quoiqu'en disent les apologistes stipendiés du « monde unifié » qui serait désormais le nôtre, cette nouvelle hiérarchie de la mobilité a clivé l'humanité en deux mondes sociaux qui ont de plus en plus de mal à entrer en communication, bien qu'ils soient structurellement interdépendants.

Pour les habitants du premier monde, un monde de plus en plus cosmopolite et extraterritorial, l'espace n'est effectivement plus une contrainte. Ils peuvent s'y déplacer aisément grâce à l'autoroute, au TGV ou au « jet », et aussi aux divers « réseaux de connaissances » grâce auxquels, même à l'étranger, ils se sentiront toujours chez eux. De même que les frontières sont peu à peu démantelées pour laisser passer les flux de capitaux, d'informations ou de distractions médiatisées, les barrières nationales tombent pour les bénéficiaires de la mondialisation capitaliste : hommes d'affaires, dirigeants politiques, diplomates et hauts fonctionnaires, mais aussi cadres performants et ingénieurs-techniciens « pointus », universitaires et chercheurs de renom, professionnels de la culture ou de ce qui en tient lieu (vedettes du show-biz, stars du complexe médiatico-pensant, sportifs « de haut niveau »), sans oublier les touristes aisés…

Pour les habitants du second monde, du monde de ceux qui ne peuvent se déplacer et qui doivent donc subir, impuissants, tous les bouleversements que connaît la localité dont ils ne peuvent pas partir, l'espace reste celui de l'enfermement, borné par des limites qu'ils ne pourront franchir, sinon à leurs risques et périls, car les murs dressés par les contrôles de l'immigration, les autorisations de séjour et les politiques de répression de la « déviance », délinquante ou non, sont de jour en jour plus élevés.

Ainsi, tandis que certains individus ou groupes sociaux deviennent vraiment « mondiaux », d'autres restent englués dans le « local », un sort désagréable et même insupportable dans un monde dont la tonalité générale et les règles sont définies par les « mondiaux », c'est-à-dire les élites transnationales. Ne pouvoir exister que localement dans un univers mondialisé est un signe de dégradation et de dépossession sociale, ainsi que le ressentent amèrement en France, par exemple, les « lascars » des zones de relégation urbaine, condamnés à « tenir les murs » dans les « cités pourries » où ils sont assignés à résidence.


Des barrières en tout genre

Accolée à certaines organisations para-gouvernementales (« Médecins sans frontières », « Reporters sans frontières »…) chargées de diffuser la morale de l'Occident dans les pays pourvus de régimes non encore ralliés à lui, l'expression « sans frontières » ne vaut que pour les déplacements des privilégiés mentionnés plus haut. Pour les autres, c'est-à-dire pour le plus grand nombre, la possibilité de se transporter sur de longues distances est un luxe inaccessible. Beaucoup ne sont jamais parvenus, faute de ressources suffisantes, à quitter le sol national ni, même, à sortir de leur ville ou de leur village. Et pas seulement dans les pays que l'on dit « moins avancés ». Dans la France « socialiste » de 2001, près d'un quart des familles ne sont pas parties, faute de moyens, en vacances durant l'été. Parmi les gens condamnés à survivre là où ils sont nés, il en est, cependant, qui, pour ne pas risquer d'y périr aussi, se décident à franchir le pas et à partir.

Il existe, en effet, une catégorie de voyageurs au long cours d'un genre particulier que l'on appelle « immigrés ». Sous-prolétaires ressortissants de pays ruinés par les « ajustements structurels » ou la guerre civile, celle-ci pouvant, d'ailleurs, être l'effet de ceux-là, comme dans l'ex-Yougoslavie ou nombre d'États d'Afrique noire, ils n'ont plus pour tout « choix de vie » que l'exil ou la mort lente dans le dénuement. À la différence des globe-trotteurs plus ou moins « riches et célèbres », reçus à bras ouverts et avec force sourires, ces visiteurs poussés par la nécessité sont considérés la plupart du temps comme indésirables dans les pays « d'accueil ». Après avoir dû souvent s'en remettre au bon vouloir de « passeurs » maffieux et de policiers corrompus, ils seront accueillis par des grognements ou des injures, les plus malchanceux étant arrêtés dès leur arrivée, parqués dans des camps ou des zones de « rétention » avant d'être expulsés. Quant à ceux qui auront pu se faufiler à travers les mailles, de plus en plus resserrées, du filet de protection dont on a enrobé le continent, ce sera pour venir grossir les rangs des soutiers, clandestins ou non, de la « société de communication » ou du nouveau lumpenprolétariat formé par ceux qu'elle a marginalisés.

On aura compris que, pour ces populations aux abois que la mondialisation a transformé en vagabonds planétaires, les frontières n'ont pas disparu. Bien au contraire. Afin de prémunir contre l'« invasion » des gueux des pays qui, pour être réputés riches, ne sauraient, néanmoins, « accueillir toute la misère du monde », des barrières en tout genre (matérielles, juridiques, humaines — si l'on peut dire, s'agissant de douaniers, de policiers et de militaires —) sont créées jour après jour. Des obstacles que les damnés de la terre ou de la ville doivent surmonter, parfois, au prix de leur vie, comme dans le cas de ces passagers clandestins venus du Maroc qui se noient avant d'atteindre la côte espagnole, de ces jeunes Africains que dont on retrouve, de temps à autre, les corps congelés dans le train d'atterrissage d'un avion, ou de ces Kurdes ou ces Turcs dérivant sur des vaisseaux fantômes tenant à peine la mer, et menacés d'être jetés par dessus-bord en cas de récriminations de leur part sur leurs effroyables conditions de voyage.

Le sort des réfugiés politiques n'est guère plus enviable, surtout s'ils appartiennent à des pays « amis », comme la Tunisie de Ben Ali. Beaucoup seront alors suspectés d'être des réfugiés « économiques », étant entendu que la perspective de mourir de faim ou de maladie non soignée ne saurait, aux yeux des représentants d'une population repue, constituer un mobile légitime pour émigrer. D'où la réticence manifestée depuis peu par les autorités européennes à l'égard des fuyards venus de l'Est qui semblent ne pas avoir su apprécier à sa juste valeur l'événement miraculeux que constitua, aux yeux des citoyens des « sociétés démocratiques », l'implosion du « système totalitaire soviétique » et la « transition » qui s'ensuivit vers « l'économie de marché ».

Il est vrai qu'au sein même desdites sociétés, certains individus s'entêtent à ne pas partager l'enthousiasme qu'elles devraient susciter, au point de les contester et, pour les plus radicaux, de vouloir oeuvrer à leur remplacement. Alors qu'ils peuvent goûter, dès leur naissance, au bonheur auquel donne droit le statut de « consommateur », ces « asociaux » ont le toupet de le juger méprisable et avilissant. D'autres, et parfois les mêmes, ne voient, pas pourquoi, en outre, même si ce statut officiellement si prisé ne constitue pas leur tasse de thé, celui-ci devrait rester inaccessible aux étrangers qui, parce qu'ils sont pauvres et, surtout, jugés « inemployables », se voient refuser de droit d'entrée dans l'espace protégé de l'« Europe unie ». D'où la nécessité, pour les gardiens de la forteresse de surveiller voire de contrôler de près les allées et venues en son sein de ces « extrémistes » qui se font fort de transgresser les frontières instituées, qu'elles soient de classe, ethniques culturelles ou nationales, en allant se solidariser avec les démunis venus d'ailleurs.

« La guerre contre les pauvres »

Au cours des années 70, lorsque les ministres de l'Intérieur des six pays qui constituaient alors l'Europe commencèrent à se coordonner pour mettre en place un « espace judiciaire européen », de nombreuse voix s'étaient élevées, dans la gauche institutionnelle, pour condamner la gestation d'une « Europe des polices » et d'un « marché commun de la répression ». Officiellement, le but principal de cette collaboration multinationale entre juges et magistrats était d'améliorer la traque de la criminalité organisée (trafic de stupéfiants, armes ou de voitures volées, blanchiment d'argent, etc.) et du terrorisme, principalement d'extrême gauche, à l'époque.

Les « alternances » politiciennes n'ont, comme chacun sait, pas enrayé le processus. Tout au long des années qui se sont écoulées depuis lors, cette nouvelle Internationale n'a cessé de se renforcer : ses effectifs se sont multipliés, ses moyens, électroniques, en particulier, se sont développés, ses réseaux se sont ramifiés, ses aires action se sont étendues, grâce à l'intégration de nouveaux membres dans la « communauté européenne » et, hégémonie étasunienne aidant, dans l'OTAN. C'est pourquoi, si les frontières internes de l'espace européen se sont ouvertes — de manière très sélective —, ceux qui transitent par elles sont plus surveillés que jamais. La liberté relative de circulation tant vantée au sein du « grand marché » européen ne saurait donc faire oublier son corollaire : la multiplication en tout lieu des « vérifications d'identité », pour ne rien dire du flicage de plus en plus systématique du cyberspace pour détecter les « sites hostiles » et leurs utilisateurs.

Outre les délinquants évoqués plus haut et les non ressortissants de l'Europe du capital, délinquants à leur tour s'ils prétendent pénétrer dans le magic kingdom consumériste sans être munis de « papiers » en règle, de nouvelles variétés de délinquants, au moins potentiels, ont fait leur apparition dans la nomenclature des garants de la « tranquillité publique » et de la « paix civile » : mendiants, sans abri, zonards, « sauvageons », prostituées, gens du voyage… Ceux que l'on n'enferme pas, sous un prétexte ou un autre, seront néanmoins soumis à un mode de contrôle plus ou moins permanent à ciel ouvert. Pour le désigner, les stratèges étasuniens de la guerre contre les pauvres, qui ont précédé les Européens dans l'abandon de la lutte contre la pauvreté, parlent de containment. Un terme que l'on pourrait traduire par « confinement ». Il s'agit effectivement de contenir et de cantonner une population qualifiée en haut lieu de surnuméraire parce qu'on ne sait plus trop quoi en faire, le capital n'ayant plus autant besoin que naguère, du moins dans les sociétés « avancées », de main d'oeuvre à exploiter. L'heure n'est plus tant, par conséquent, à la mobilisation de la force de travail, qu'à l'immobilisation d'une partie d'entre elle lorsqu'elle vient à être « excédentaire ».

Assainir la ville

Dès lors, parallèlement et corrélativement à la « maîtrise des flux migratoires » aux frontières, un nouvel impératif se fait jour pour les responsables de la « qualité de la vie » dans les métropoles du capital : la maîtrise, dans l'espace urbain, des flux que l'on pourrait qualifier de « giratoires ». Ils sont constitués, en effet, par des gens qui semblent « tourner en rond » dans les villes — ou de villes en villes —, faute de pouvoir ou de vouloir s'y comporter comme des citadins à part entière. À défaut de parvenir à « fixer » tous ces errants qui, conscients de l'apartheid de fait auquel ils sont soumis, se considèrent, sur le mode de la dérision, comme des « citadins tout à fait à part », on peut au moins contrôler leurs déplacements. Ou, même, les déplacer manu militari, au besoin, s'ils ont le mauvais goût de squatter indûment les « lieux publics » qui contrairement à ce que cette appellation avait longtemps laissé entendre, n'ont pas vocation à accueillir n'importe quel public.

Quadrillage policier renforcé des quartiers « sensibles », c'est-à-dire populaires, généralisations de la vidéosurveillance, couvre-feu pour les mineurs non accompagnés, arrêtés municipaux anti-prostitution, anti-mendicité et antibivouac [sic], amendes et « travaux d'intérêt général » pour les auteurs de tags, poursuites contre l'affichage dit « sauvage » pour le distinguer de la publicité, quintessence de la civilisation marchande, qui s'affiche partout, incarcération des fraudeurs récidivistes dans les transports en commun, pénalisation du stationnement des groupes d'adolescents dans les halls d'immeubles, bracelet électronique pour pallier l'engorgement des prisons déjà surpeuplées, architecture dite « de prévention situationnelle », à savoir aménagement de l'espace urbain pour le rendre « dissuasif » à l'égard des délinquants et faciliter la répression s'ils passent à l'acte, « implication citoyenne » des habitants dans la « coproduction de sécurité », c'est-à-dire dans la surveillance et la délation en étroite collaboration avec la police…

De New York à Madrid, en passant par Londres et Paris, pour ne citer que des capitales, car le sécuritarisme a gagné des agglomérations de moindre envergure, les édiles se targuent aujourd'hui, toutes couleurs politiciennes confondues, de « rendre nos villes propres et sûres ». Cette conjonction d'objectifs où l'on fait rimer propreté et sécurité, explique que, pour définir les « opérations » ou les « campagnes » — termes dont la connotation militaire est déjà significative — menées pour restaurer l'« urbanité » et la « civilité », on ait recours à un même vocable : le « nettoyage ». Le maire « socialiste » de Lyon, qui prend pour modèle son ex-homologue de New York, Rudolph Giuliani, parle d'« assainissement ». Une purification écologique qui s'applique aussi bien aux détritus de la société de consommation qu'aux déchets humains que celle-ci rejette après les avoir fabriqués.

Ces adeptes cyniques de l'antipollution urbaine, nouvelle manière, n'ont qu'un idéal en tête : faire en sorte que citadin ne soit pas tenté, dans sa relation à la Cité, de s'y affirmer comme un sujet politique, c'est-à-dire, un acteur, mais de ne plus s'y mouvoir, désormais, qu'en tant que spectateur-consommateur. Autrement dit, en touriste. Or, il va de soi que, pour assurer la libre circulation des touristes — ceux du dedans comme ceux du dehors —, et du capital, par la même occasion, il convient de restreindre celle des gens sans feu ni lieu, et de la supprimer totalement pour les plus dangereux d'entre eux : ceux qui sont sans foi ni loi.

Inutile, dans ces conditions, de gloser plus longtemps, comme se plaisent à le faire quelques idéologues aussi fourbus que grassement rétribués, sur la « ville de demain » : elle se profile déjà dans ses grandes lignes au travers de celles que nous avons aujourd'hui sous les yeux. D'un côté, une minorité de résidents privilégiés, claquemurés, entre deux voyages professionnels ou d'agrément, dans leurs « communautés encloses » ou, version française made in France, leurs « résidences sécurisées ». Du reste de la ville, ils ne connaîtront que ses centres commerciaux ou « d'affaires », eux aussi de plus en plus protégés de l'intrusion des importuns, ainsi que ses quartiers « historiques » où l'histoire aura été muséifiée, une fois le peuple, qui en fut souvent le protagoniste, déporté dans de lointains ghettos périphériques. De l'autre côté, si l'on peut dire, car ils encombrent encore en trop grand nombre les « beaux quartiers », les vagabonds des temps post-modernes ou plutôt post-progressistes.

« En trop », déplaisants, inquiétants voire menaçants, leur présence est perçue comme « déplacée » dans un paysage urbain aseptisé par les « rénovations », « réhabilitations » et autre « requalifications » censées le « mettre en valeur », expression — logique du profit oblige ! — à prendre dans sa double acception. D'où le dilemme auquel se trouvent confrontées les autorités. Faut-il limiter les déplacements de ces citadins « de seconde zone », pour ne pas dire de la zone tout court, afin de faciliter la libre circulation des citadins honorables ? Ou, au contraire, « confiner » à leur tour ceux-ci dans quelques endroits très fermés — les ghettos du gotha ! —, pour leur éviter la promiscuité de ceux-là ? Encore que les deux solutions ne soient pas incompatibles comme le montre le redécoupage en cours de l'espace urbain : quartiers de haute sécurité pour les nantis, quartiers sous haute surveillance pour les démunis. Car si, comme le note ironiquement un sociologue non inféodé aux pouvoirs, « il n'est pas possible de laisser les touristes en liberté, si on n'enferme pas les vagabonds », rien n'empêche également d'enfermer aussi les premiers pour qu'ils ne courent pas le risque de rencontrer les seconds.

par Jean-Pierre Garnier*


* Chercheur au Cnrs en sociologie urbaine, spécialiste… il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Le nouvel ordre local. Gouverner la violence », L'Harmattan, 1999

(1) Porte-parole d'un groupe, d'une secte, etc
Ecrit par libertad, à 16:05 dans la rubrique "Pour comprendre".



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