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Mensonges et manipulations langagières de Blair
--> par Robert Fisk
J'ai eu la chance d'étudier la linguistique à l'université de Lancaster. J'ai même lu les livres de Noam Chomsky, bien avant qu'il ne devienne un ami ; en fait, quand j'ai lu ses ouvrages, je pensais qu'il n'était plus de ce monde. Quel plaisir donc, de découvrir qu'il partageait le même monde que moi - et la même opinion sur Lord Blair de Kut al-Amara.
Mais je dois admettre un moment de regret ce week-end. Lord Blair s'en va. Ses mémoires suffisantes nous rappelleront, bien sûr, l'opinion sublime qu'il a de lui-même (que Dieu me pardonne : nous avons le même éditeur) mais je ne crois pas que ceux que Chomsky appelle des 'éléments indiciels' lui seront d'un grand secours. Un "élément indiciel", c'était quelque chose d'inhabituel, une phrase placée de telle manière qu'elle nous prévenait dun mensonge à venir.

Prenez par exemple George Tenet, le sosie de Ernest Borgnine à la CIA assis derrière Colin Powell quand le secrétaire d'état US déclamait tous ces mensonges sur les armes de destruction massive, en février 2003. Il paraît maintenant que George en veut beaucoup à la Maison Blanche. Pas pour leur présentation de l'existence d'Armes de Destruction Massive comme preuve absolue. Non, il parlait de la capacité du gouvernement US de persuader le peuple américain sur la base de ces mensonges. Autrement dit, il ne mentait pas au président américain. Il mentait seulement au peuple américain.
Cela m'a frappé le mois dernier quand j'ai rencontré l'un des mensonges de Blair dans un journal local de Beyrouth. Coincé sous un titre sur "l'occasion manquée des réformes saoudites" (certainement l'une des histoires les plus inutiles de la presse arabe), il citait notre cher premier ministre affirmant qu'il était très fâché qu'un comité l'avait empêché de déporter deux algériens dans leur pays d'origine parce leur gouvernement présentait un "système politique différent". L'élement "indiciel", bien sûr, c'est le mot "différent". C'est le mot qui contient le mensonge. Car la raison pour laquelle le comité a refusé de renvoyer ces hommes dans leur pays - ce que Blair sait très bien - ce n'est pas que le système politique de leur pays est "différent", mais parce que le "système" algérien autorise la torture des prisonniers jusqu'à la mort.
J'ai moi-même eu l'occasion d'interviewer des hommes et femmes de la police algérienne détraqués pour avoir assisté à des scènes de torture : une femme de la police m'a raconté qu'elle apprécie désormais les films d'horreur parce qu'ils lui rappellent les séances repoussantes de torture dont elle avait été témoin au commissariat de Chateauneuf à Alger - quand on gonflait les anus des prisonniers jusqu'à ce qu'ils en meurent. Je me souviens encore de la lettre insultante et méprisante que l'ambassadeur algérien à Londres à 'The Independent", raillant Saida Kheroui dont le pied avait été cassé sous la torture. Elle était une "terroriste", qu'il disait. Voila le système politique "différent" dont parle Blair. Mme Kheroui, d'ailleurs, n'est jamais sortie de prison. Elle a été assassinée par ses tortionnaires.
Blair sait que les forces de sécurité algérienne violent les femmes jusqu'à la mort. Il le sait. Comment peut-il oser mentir sur le système politique "différent" qui permet à des officiers de police de violer des femmes ? Nous autres européens avons désormais pris l'habitude de mentir à ce sujet. Prenez le gouvernement belge. Il a déporté Bouasria Ben Othman en Algérie le 15 juillet 1996 en prétextant qu'il ne courrait pas de danger si on le renvoyait dans son pays. Il est mort en détention policière à Moustaganem. Voila vraiment un système politique "différent".

J'ai maintenant devant moi le repoussant discours d' "au revoir" de Blair au britanniques, prononcé à Sedgefield [son bastion électoral NDT]. Faire passer le pays avant tout n'était pas la même chose que "agir correctement suivant la sagesse conventionnelle" (élément indiciel : conventionnel) ou "par consentement général" (élément indiciel : général). Il voulait dire : "ce que vous croyez véritablement être juste" (élément indiciel : véritablement). En fait, Lord Blair de Kut al-Amara voulait être "au côté" du plus vieil allié de la Grand Bretagne, supposé être les Etat-Unis (en fait c'est le Portugal, mais peu importe). "J'ai agi par conviction" voila ce qu'il nous dit. Elément indiciel : conviction.
Suis-je le seul à être dégoûté de tout cela ? "La politique est peut-être l'art du possible (élément indiciel : peut-être) mais, au moins dans la vraie vie, donnez une chance à l'impossible." Qu'est-ce que ça veut dire ? Que Blair est en train d'adopter la sainteté comme moyen vers une fin ? "La main sur le coeur, j'ai fait ce que je pensais être juste." Pardon ? C'est ça le message que Blair envoie aux familles de tous ces soldats morts - et à celles de ces milliers d'irakiens morts ? Cela fut un "honneur" de "servir" la Grande Bretagne nous dit l'homme. Il est gonflé.
C'est vrai, il y a l'Irlande du Nord. S'il c'était contenté de cette réussite. S'il avait seulement limité son rôle à l'arrêt de 800 ans de conflit anglo-irlandais. Mais non, il voulait être notre sauveur - et il a permis à George Bush de faire ce qu'Oliver Crowell pouvait trouver tout-à-fait normal. La Torture, le Meurtre, le Viol.
Mon père appelait ce genre de personnes des "andouilles". Mais Blair n'est pas une andouille. J'ai plutôt peur qu'il soit un petit vicieux. Et je ne peux que rappeler l'annonce de Cromwell au Parlement croupion en 1653, répété - avec tellement de sagesse - par Leo Amery à Chamberlain en 1940 : "Vous avez siégé ici pour plus de temps qu'il était nécessaire au bien que vous pouviez faire. Partez maintenant, je vous dit, débarrassez-nous. Au nom de Dieu, filez."

Robert Fisk

Texte paru en anglais dans The Independant du 19 mai 2007 et traduit par Borogove, adresse du texte original : http://comment.independent.co.uk/commentators/article2559969.ece

Ecrit par libertad, à 11:25 dans la rubrique "International".



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