L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





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Manifeste sous le signe du désir
Lu sur infos.samizdat.net : "J'avais envie de parler de Désir... Parce que malgré le monde qui tourne mal, il le fait tourner quand même.Parce que je suis émue par le Désir des squatters qui s'acharnent à faire vivre l'art dans les quartiers et à faire vivre leurs oeuvres, malgré les démolisseurs et les rouleaux compresseurs. Parce qu'il est chez tout le monde, et même chez tous ceux qu'on (et en particulier les Sarkozy et Raffarin) montre du doigt, ces indésirables de la société : les étrangers, les sans-papiers, les sans-abris, les mendiants, les prostituées, les gens du voyage... « Français, Je vous ai compris ! » (alors moi, je suis désolée, mais je ne me sens plus Française). Il y a quelques jours, le gouvernement a décidé d'accroître la pénalisation des « désordres » de voie publique. Il y avait la France d'en Bas, les classes populaires, maintenant il y a les classes dangereuses.

La travailleuse du sexe sera condamnée pour délit et non plus contrevenue, les mendiants seront punis de « délit de mendicité », les gens du voyage seront punis de « délit d'installation illicite sur une propriété publique ou publique », les squatters seront punis de « violation de propriété », les étrangers « qui troublent l'ordre public » pourront faire l'objet d'une reconduction rapide à la frontière, et les nuisances dont ils seront soupçonnés (on est pas loin d'une certaine période sombre de l'histoire) seront passibles de prison. Ah, j'ai oublié aussi les sauvageons, ces jeunes désúuvrés qui hantent les cages d'escaliers. Malheur à eux ! Ils pourront être punis pour bruits et tapages, de jour comme de nuit. Et si ils ont le malheur de s'absenter plus de quatre demi-journées sans motif, leurs parents pourront être condamnés à 2 000 euros d'amende. Il parait que c'est pour prévenir la délinquance des mineurs.

Tous sont des troubleurs de l'ordre public, qu'il faut sévèrement punir. Pleins pouvoirs aux policiers, ils pourront encore plus surveiller, contrôler, réprimer, coller des amendes, mépriser, tabasser, humilier toutes ces dites minorités, et en plus accéder aux fichiers des organismes privés et publics.

Un ministre de l'intérieur qui fait de la procédure pénale (alors qu'il incombe normalement au ministère de la Justice), on en est là. Et pour couronner le tout, il y a le projet Perben : plus de cinq milliards d'euros débloqués pour les prisons, non pas pour améliorer les conditions de vie ou bien pour enlever des mouroirs les prisonniers en fin de vie ou grabataires, mais pour multiplier les places et faire des centres fermés pour les délinquants.

On est où là ?

1660 : Sauval décrit les douze Cours de Miracles dans Paris. Il en existait au moins une dans chaque grande ville. « La Cour est située en une place d'une grandeur très considérable et en un très grand cul-de-sac puant, beaucoup irrégulier, et qui n'est pas pavé. Pour y venir, il se faut souvent égarer dans de petites rues vilaines et détournées ; pour y entrer, il faut descendre une assez longue pente tortue, raboteuse et inégale. J'y ai vu une maison de boue à demi enterrée, toute chancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas quatre toises en carré, et où logent néanmoins plus de cinquante ménages, chargés d'une infinité de petits enfants légitimes, naturels, ou dérobés. On m'a assuré qu'en cette cour habitaient plus de cinq cents familles entassées les unes sur les autres. Elle était autrefois encore plus grande ; et là, on se nourrissait de brigandage, on s'engraissait dans l'oisiveté, dans la gourmandise, et dans toutes sortes de vices et de crimes. Là, sans aucun soin de l'avenir, chacun jouissait à son aise du présent, et mangeait le soir avec plaisir ce qu'avec bien de la peine et souvent avec bien des coups il avait gagné pendant le jour ; car on y appelait gagner ce qu'ailleurs on appelle dérober ; et c'était une des lois fondamentales de la Cour des Miracles, de ne rien garder pour le lendemain. Chacun y vivait dans une grande licence ; personne n'y avait ni foi ni loi. On n'y connaissait ni baptême, ni mariage, ni sacrements. »

Et dans cet univers dégénéré, on avait divisé tout ce petit peuple en classes... Il suffit de peu qu'on revienne aussi à la Nef des Fous, ces bateaux-ivres errants qui excluaient tous les anormaux du système...

Alors moi, je voulais parler du désir.

Il fut un temps, où la vie culturelle et associative était intense, où les artistes, certains, étaient devenus des anges médiateurs, guérisseurs des plaies de la société. Souvent, la dernière bouée de sauvetage à laquelle on s'accroche. Et maintenant ? Ils sont là, encore plus forts et prêts à se battre.

Violences, exclusions, insécurités : aucun de ces problèmes, Messieurs les politiques, ne peuvent trouver de solutions profondes et durables dans l'ordre sécuritaire et carcéral. Aucuns. Ils se trouvent dans l'espace de l'ALTERITE, cet espace de participation où je me reconnais être humain, avec cet Autre, vous savez celui qui vous est si étranger, que vous ne pouvez même pas voir, qui ne mobilise pas votre Désir si empêtré dans son corset et dans son blindage. Il se trouve dans cette recherche du sens, dans la rencontre inter-humaine... Parfois ce Désir, il n'a jamais été mis en action ou il s' est cassé, purement et simplement à cause d'histoires qui ne font pas rêver et qui se terminent mal. Des histoires comme ça, je pourrais vous en raconter par centaines... Mais il est là, il couve, il attend sa résurrection. Il attend des oreilles à l'écoute, des yeux qui brillent, des mains qui le prenne par la main et qui ne le lâche pas jusqu'à temps qu'il surgisse. Ca prend du temps, tout ça, parfois même des années. Parfois, il vient et il s'en va, aussi vite qu'une étincelle, alors il faut recommencer à zéro. Parfois, il vient et il reste... Et c'est que du bonheur, pour celui qui le vit et pour celui (ou ceux ) qui le regarde vivre.

Les enseignants, les artistes, les éducateurs, les associatifs, les culturels, les psys, les médicaux, tous ceux qui se battent sur le terrain social, éducatif, artistique savent de quoi je parle. Alors, Messieurs les politiques, ne cassez pas notre travail, ne casser pas pour toujours ce fil tenu de Désir, laissez nous et donnez nous les moyens d'agir, dans ces territoires du Désir où tout est possible, si on y croit fort, comme l'Amour.

27/09/02 PAR LAURENCE KONIECZNY

Ecrit par libertad, à 22:19 dans la rubrique "Pour comprendre".



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