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Le réveil des chats noirs
--> par Bénédicte Rallu
Lu sur Politis : "La Confédération nationale du Travail (CNT) connaît un renouveau, dû notamment à la désaffection pour les grandes centrales. Rencontre avec les membres de ce syndicat qui revendique l’autogestion et l’action directe.



Un chat noir au poil hérissé, qui fait le gros dos en signe de colère... Dans les manifestations du mois de mars, on a vu flotter le célèbre drapeau noir et rouge de la Confédération nationale du travail (CNT). On a pu remarquer aussi le nombre important de manifestants dans ses rangs, et notamment de jeunes. Un renouveau sensible, qui réjouit les anciens du mouvement et donne du poids à leurs arguments.

« Si personne ne travaille à ta place, personne ne décide à ta place. » Ce slogan résume le fonctionnement de la CNT pour Étienne Dechamps, militant depuis 1968 du syndicat révolutionnaire. Pas de hiérarchie, « chaque adhérent a le même pouvoir ». Autogestion et démocratie directe sont ses préceptes. L’assemblée générale est souveraine. « Elle est une forme de contrôle de chacun sur chacun, les individus ne peuvent pas travailler pour le patron », traduit Fabrice Noël, secrétaire régional d’Île-de-France. « Tout est sujet à débat, y compris des sujets qui, peut-être, ne le méritent pas », analyse Étienne. Chaque décision est prise par consensus. « Et ça rend dur le militantisme ! Mais ce qui peut tuer la CNT, c’est de devenir monolithique. »

Être adhérent à la CNT n’est pas de tout repos. Réunions, réflexions, actions, autant d’activités réalisées en dehors des horaires de travail. La CNT se passe de permanents, par refus de professionnaliser le syndicalisme et de se couper de la base. Chaque adhérent apporte sa pierre. Le syndicat forme ceux qui ne sont pas habitués à militer. La CNT sert aussi à « rendre chaque individu plus autonome », se réjouit Paco Munoz, retraité et adhérent depuis quatre décennies, après une enfance baignée dans l’anarcho-syndicalisme espagnol : ses parents étaient des opposants à Franco. « La finalité, c’est l’amélioration des conditions matérielles et morales, mais aussi de créer des espaces d’émancipation. »

Paradoxalement, le danger pour l’avenir de la CNT serait un développement trop rapide. Cela compliquerait son fonctionnement démocratique. Avec 4 000 militants, la confédération reste groupusculaire. Mais elle l’est de moins en moins. « Plus on est nombreux, plus le consensus est difficile à atteindre, plus il est difficile d’être démocratique, car le nombre d’intermédiaires augmente », déplore Étienne.

Pourtant, la CNT pourrait attirer de plus en plus de militants, divorcés des centrales syndicales classiques. « Dans les dix ans à venir, il va y avoir une recomposition du syndicalisme de lutte dans laquelle la CNT pourrait jouer un rôle », prédit Emmanuel Coral, 46ans, ancien de la CFDT. Ils sont beaucoup, comme Emmanuel, à critiquer « ces conglomérats de notables corrompus ». Les appareils ont professionnalisé des syndicalistes qui prêchent plus pour leur condition que pour celle de leurs adhérents. Lorsque Emmanuel a été licencié, il s’est senti abandonné par son syndicat, la CFDT. « Je ne les intéressais plus car je n’étais plus dans une entreprise, j’étais un chômeur. Or, la CFDT est peu impliquée dans le combat des chômeurs. »

Le secrétaire confédéral de la CNT, Jean-François Grez, a ressenti la même chose en 1988 lors des grèves des PTT. Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, avait traité les membres de la CNT de « moutons noirs ».

Éric Derennes est à la CNT depuis janvier 2002. Militant politique depuis longtemps, il s’est rapproché un temps de la CFTC. Mais, au moment d’adhérer, il a ressenti un milieu hostile, peu ouvert aux nouveaux venus : « J’avais l’impression de déranger. »

Tous ont trouvé à la CNT un espace de liberté, ouvert, où les militants se rencontrent souvent (du fait de l’absence de hiérarchie), antiautoritaire et surtout indépendant des partis comme des organisations quelles qu’elles soient. La Fédération anarchiste tente bien de les récupérer de temps à autre, mais la CNT ne se définit pas comme anarchiste. Seulement révolutionnaire, accueillant des libertaires. « Ceux-ci ne constituent pas une majorité », précise Jean-François Grez, pour contrer ce cliché de syndicat anarchiste qui colle à la CNT depuis des années.

La confusion remonte à l’histoire même de la CNT. Héritière de la CGT révolutionnaire française et de l’anarcho-syndicalisme de la CNT espagnole du début du XXe siècle, la confédération abrite les deux tendances depuis sa création en 1946 et a « servi de couverture juridique à l’organisation espagnole », explique Étienne Dechamps. Or, du côté espagnol, la Fédération anarchiste ibérique (FAI) a exercé un contrôle politique de l’organisation syndicale, et « le syndicalisme espagnol s’est ainsi affirmé en inventant le projet de société communiste libertaire », explique-t-on sur le site Internet de la CNT.

Par ses positions radicales (refus des comités d’entreprises, des délégués du personnel et de la cogestion) au sortir de la guerre, la CNT a alimenté cette image anarchiste. Quasiment défunte dans les années 1960, malgré un petit sursaut en 1968, la CNT frôle la disparition en 1974. Son état plus que groupusculaire nourrit aussi le cliché. Sa réapparition à la fin des années 1970 n’y mettra pas un terme. D’autant plus qu’un autre cliché est associé à celui d’un syndicalisme anarchiste : la CNT est vue comme une machine violente. Les militants, comme Étienne Dechamps, s’insurgent contre cette idée reçue. « Où est la violence lorsque 2 000 à 3 000 personnes meurent chaque année au travail ? » Pour Éric Derennes, « la CNT n’est pas violente, elle génère la violence car elle a d’autres idées que les grandes centrales syndicales. La distribution de tracts, le collage d’affiches peuvent être perçus comme des activités violentes par les autres syndicats car cela trouble leur inactivité. Mais cela n’est pas une violence physique. » Il reconnaît cependant que, lors des manifestations, le service d’ordre peut faire peur. Certains militants en jouent d’ailleurs dans leurs rapports avec les patrons. « En six ans à la CNT, je ne me suis jamais battu, soutient Fabrice Noël. Mais certains patrons pensent qu’il faut faire attention à nous car nous sommes violents. Nous les laissons dans cette idée », poursuit-il avec malice.

Le principe de l’action directe (occupations de locaux, tracts, etc.) revendiqué par la CNT n’embellit pas le portrait. L’action dans les entreprises est décidée par les salariés eux-mêmes, en assemblée générale. Le syndicat ne leur impose pas de ligne de conduite. Il assure seulement la cohérence entre les actions, sans préjuger de la forme de l’action. « Nous revendiquons par exemple le sabotage », lance Étienne Dechamps...

Le renouveau de la confédération doit beaucoup à la jeunesse. Depuis les premières batailles universitaires en 1986, mais surtout en 1995 et dans les années 2000, de nombreux étudiants ont rejoint la CNT. Celle-ci a d’ailleurs encouragé la création de sections universitaires, les lycées restant moins concernés. « Espace de liberté, discours radical, rôle formateur » : autant d’explications possibles à ces adhésions, selon Étienne Dechamps.

Peut-être aussi la recherche d’un idéal révolutionnaire. Car, si elle refuse les adjectifs « anarchiste » et « violent », la CNT revendique celui de « révolutionnaire ». Sans attendre le grand soir, les militants parlent plutôt de « transformer la société pour que chacun puisse participer, que chacun soit acteur de sa propre vie », précise Fabrice Noël. « La révolution, ce n’est pas imposer un autre système, c’est travailler avec tous les éléments du groupe et prendre une décision ensemble », théorise Éric Derennes.

Prendre une décision ensemble, mais sans collaborer avec le patronat. La CNT rejette la cogestion et a refusé pendant longtemps de participer aux élections de délégués du personnel. Les comités d’entreprises sont une institution trop compromise. Sauf cas exceptionnels, elle préfère rester en dehors. Ce débat lui a valu une scission avec la CNT-AIT (qui se revendique de l’Association internationale des travailleurs), organisation encore plus groupusculaire que la CNT (dite CNT Vignolles car domiciliée 33, rue des Vignolles à Paris).

La compromission avec le patronat, c’est ce que reproche la CNT aux autres syndicats, qui le lui rendent bien en la rejetant. Aucune relation n’est possible avec les hiérarchies des grandes centrales. Si intersyndicales il y a parfois, c’est le fait des adhérents de la base. « Cela repose souvent sur quelques personnes », explique Éric Derennes. « Mais cela se passe bien sur le terrain. » Sauf lorsqu’il s’agit de représentativité. Car la CNT n’est pas reconnue par l’État, dans les négociations, comme les « grands » syndicats CFDT, CGT, FO et autres. Les altercations sont permanentes. La CNT est bien souvent « exclue des tables de négociations pour la préparation des cortèges », indique Étienne Dechamps. En 2001, elle avait même eu l’interdiction de défiler pour le 1er Mai.

« Ce serait évidemment plus commode si la CNT avait la représentativité, explique Jean-François Grez. Mais cela m’étonnerait qu’on nous la donne. Il faudrait aller jusque devant les instances européennes, comme SUD l’a fait. Car le patronat est contre. » Un dossier avait été monté à la fin des années 1990. Mais il est resté en suspens. L’essentiel pour la CNT est ailleurs : dans les luttes quotidiennes des travailleurs. La représentativité attendra.

Confédération nationale du travail, 33, rue des Vignolles, 75020 Paris. Tél. : 0 810 000 367.

www.cnt-f.org
Ecrit par libertad, à 22:14 dans la rubrique "Actualité".



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