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La tornade électorale américaine et le regard de Noam Chomsky. Par Ronald

Lu sur la ML RA-Forum :
Il suffit de se plonger dans un journal américain du dix-neuvième siècle pour constater à quel point les élections présidentielles ressemblent à une tornade qui balaie toute l'actualité à son seul profit. Tout le sort du pays semble suspendu entre deux ou trois noms. Puis arrive le dénouement prévisible : un rituel d'investiture paraît redonner au pays une innocence nouvelle.

C'est une évidence que les élections de 2004 représentent un paroxysme de cet événement climatique. C'en est une autre qu'aujourd'hui plus que jamais le reste de la planète l'observe passionnément.

A ce titre, comme tout événement d'actualité, la campagne électorale sert aussi de pince à linge pour exposer des points de vue à un public soudain plus concerné.

C'est ainsi que s'est diffusée la nouvelle que le philosophe linguiste Noam Chomsky se portait au secours de l'un des prétendants, John Kerry. Une interview au Left Hook puis, le 20 mars 2004, un titre à la une du Guardian, porte parole d'une certaine gauche britannique et phare pour une certaine gauche française, diffusait le scoop : "Chomsky soutient la candidature de Kerry, 'un Bush en plus léger'." [1]

Il allait de soi que la nouvelle allait être utilisée pour détruire la crédibilité de Chomsky, ébranler l'opinion anarchiste, et présenter l'agenda
politique de tel ou tel groupe. Des amis qui nous veulent du bien, par exemple le Comité International de la Quatrième Internationale, ont sauté sur l'occasion pour reprocher à Chomsky d'épouser l'une des factions de la classe dirigeante. Citant un texte tronqué d'une interview antérieure, ils insistent sur le fait que Chomsky avait déjà pris position en faveur de cette candidature. [2]

Sur cela, d'autres ont surenchéri en reprochant aux anarchistes d'annexer un Chomsky qui, en fait, se conduit en bon bourgeois.

Il va de soi que l'intéressé ne soutient absolument aucune candidature. Il l'a dit et répété.

Et comme il le rappelle, il y a une mauvaise et une bonne manière de connaître ses idées. La mauvaise est de lire ce qu'en disent les journaux. La bonne est de lire les textes mêmes de l'auteur. Il va donc de soi que les interprétations que je présente ici n'engagent que moi.

En fait, sur ce sujet, qu'il considère fort peu important, Chomsky s'est rarement exprimé. Voici, pour permettre à chacun de se faire une idée, quelques citations textuelles de Chomsky à la revue Democracy Now [3]. Elles seront suivies d'un résumé commenté qui, je le répète, n'exprime que ma perception personnelle.

AMY GOODMAN : La semaine passée, je suis allée à Cambridge pour parler avec le Professeur Noam Chomsky. Je me suis rendue à ses bureaux au Massachusetts Institute of Technology.

NOAM CHOMSKY : Nous sommes confrontés dans ce pays à de graves problèmes. Un de ceux-ci est la quasi totale désillusion, la disparition des bases d'une société démocratique. Je veux dire que si nous comparons, disons, cette élection avec celles du second plus grand pays dans l'hémisphère, le Brésil, nous devrions avoir honte. Ils ont des élections réelles, où il y a des enjeux, où ils élisent quelques organisations populaires de masse. Il leur est possible d'élire pour Président quelqu'un issu de leurs rangs, un homme d'origine paysanne, un ouvrier de la sidérurgie, un responsable syndical, quelqu'un sans éducation universitaire ni personnalité très impressionnante.
Ils peuvent réaliser cela en dépit de handicaps bien plus grands que ceux qui existent ici.

Je veux dire qu'ici nous avons quelque chose qu'on appelle "élections", qui consiste dans le choix entre deux hommes, tous deux nés dans des familles de grande fortune et influence politique, qui sont allés dans les mêmes écoles privées, de haut standing, les mêmes universités élitistes, qui ont rejoint la même société secrète où l'on entraîne les gens à devenir des membres de la classe dirigeante. Ils peuvent se présenter aux élections parce qu'ils sont financés par à peu près les mêmes regroupements privés du pouvoir.

Tous deux comprennent que l'élection est censée se tenir à l'écart des enjeux. C'est que ces élections sont conduites par l'industrie des relations publiques, et elles sont menées d'une manière qui est conçue pour en écarter le public. Elles mettent l'accent sur ce qu'elles nomment les qualités : Est-il un meneur, un type sympa ? Est-ce qu'il lui arrive de se lamenter, ce genre de choses. La campagne électorale consiste en cela.

Très peu de gens connaissent leur position. En fait, il y a eu un sondage Gallup il y a environ une semaine, au cours duquel les électeurs ont été interrogés sur les raisons pour lesquels ils votent pour Bush ou Kerry. J'ai trouvé cela très frappant. Je veux dire qu'une des questions concernait leur prise de position quant aux enjeux. Vous savez, les programmes, les politiques. Cela tournait autour de 10%. Si l'on avait interrogé les gens, ils n'auraient pas su quoi répondre.

C'est comme cela que les choses sont supposées devoir se passer. Ceci est le symbole de quelque chose d'extrêmement grave. En fait, enjeu après enjeu, ce pays est très bien sondé. On sait beaucoup de choses sur les attitudes et opinions des gens. Elles sont essentiellement écartées de ce qui est à l'ordre du jour. On ne les discute pas ; elles sont radicalement différentes du consensus de l'élite. Elles ne font tout simplement pas partie du système politique. Ceci est un problème majeur.

Ces attitudes des gens ne sont pas mauvaises. En même temps que tout cela, il Il y a beaucoup de militantisme, à un très haut niveau, peut-être plus élevé que jamais. Il est désorganisé. C'est la manière dont fonctionne le pays, tout est morcelé, désorganisé, nul ne sait ce qui se passe de l'autre côté de la ville. Mais il y a beaucoup d'actions en cours, bien plus que dans le passé.

AMY GOODMAN : Pourtant vous dites que ces deux candidats diffèrent fort peu l'un de l'autre.

NOAM CHOMSKY : La population a été soigneusement exclue de l'arène politique, de la culture générale, de la culture dominante générale. Ce n'est pas un hasard. Cela a requis une énorme quantité de travail. Les élites étaient terrifiées par les années soixante, cette explosion de participation populaire à la démocratie et ainsi de suite. Et il y a une immense campagne pour contrecarrer cela. Elle se manifeste de toutes sortes de façons. Depuis ce qu'on appelle le néo-libéralisme - l'ouverture du système financier à des flux financiers libérés, qui sont bien compris comme étant une arme qui empêche les gouvernements de faire des choix, une arme contre la démocratie.
De cela et jusqu'à l'énorme expansion des lobbies à Washington, jusqu'aux groupes d'experts (think tanks) de l'extrême-droite. Tout ce que l'on peut concevoir, tout ce qui est possible, a consisté en un effort pour remettre la démocratie dans le trou qui lui revient.

AMY GOODMAN : Pourtant, la personne qui souligne cela, vous, Ralph Nader, vous et Howard Zinn, et d'autres, avez signé à la surprise de beaucoup une lettre qui disait : "Ne votez pas pour lui".

NOAM CHOMSKY : Nous n'avons pas dit cela. En fait, je suis un peu surpris de cette surprise. J'ai adopté exactement la même position que celle que j'avais prise en 2000, à savoir que l'élection est une affaire marginale, qu'elle ne devrait pas nous distraire du travail sérieux qui consiste à changer la société , et la culture et les institutions, de créer une culture démocratique. C'est sur cela que vous travaillez.

Vous ne pouvez pas méconnaître l'élection. Elle est là. Mais elle est essentiellement conçue comme une méthode pour marginaliser la population. C'est une immense campagne de propagande pour amener les gens à se centrer sur ces grands spectacles personnalités et les amener à penser "C'est cela la politique".

Eh bien, ce ne l'est pas. Ce n'est qu'une partie marginale de la politique et, ici, une partie très marginale. Donc la chose essentielle est de
poursuivre votre travail.

Vous ne pouvez pas la méconnaître. Vous devriez dépenser cinq minutes, peut-être, pour penser à ce que vous devriez faire. Durant ces cinq minutes, vous devriez reconnaître qu'il y a quelque différence entre les deux groupes qui se disputent le pouvoir, que l'un des deux se trouve être vraiment extrêmiste et extrêmement dangereux, et qu'il a déjà causé beaucoup de troubles et peut en causer bien plus. L'autre est mauvais, mais moins extrême et moins dangereux. Donc dans les cinq minutes que vous consacrez au sujet, vous devriez aboutir à la conclusion rationnelle, si c'est un Etat en ballotage, protégez-vous des plus mauvais. Si c'est un autre Etat, faîtes comme vous le sentez. C'est la même chose que j'avais dite en l'an 2000 durant les cinq minutes que j'ai consacrées à cette question."

Ces lignes, mais aussi les textes que l'on peut retrouver sur le site anglais de ZNet [4] permettent de résumer une partie des positions de
Chomsky dans les points suivants.

1° Le système électoral est un grand spectacle, sans lien avec les problèmes réels de la nation.

2° La différence entre les candidats est minime, mais on ne peut nier qu'elle peut affecter les victimes présentes et potentielles à l'intérieur et hors de la nation. Par exemple, s'il fallait choisir entre Hitler et Bush, le résultat du vote ne serait pas indifférent et il serait préférable de
voter pour Bush, du moins dans les Etats où il y aurait ballotage.

3° Les bases mêmes de la démocratie sont absentes de tout ce fatras, et les enjeux véritables sont volontairement écartés. Aussi ne faut-il ni sacraliser le fait de voter ni en faire fi, pas plus qu'on ne peut faire fi d'un ouragan.

4° Plutôt qu'un regard sur les candidats, il faut rechercher les intérêts qu'ils représentent.

5° La tâche véritable est de construire au jour le jour un mouvement populaire assez puissant pour forcer la prise en compte des enjeux réels de la société.

Il est sans intérêt de discuter si ces opinions sont anarchistes ou non, à moins de se considérer comme les gardiens de l'orthodoxie : laissons cela aux papabile. Il faut par contre noter que cette analyse s'adresse à un public qui, pour l'instant et dans sa grande majorité, est incapable d'entendre une pensée politique sans référence à la démocratie.

Il est donc essentiel de voir comment celle-ci est définie. Celle que propose Chomsky, fondée sur le mouvement social et les enjeux cruciaux, peut laisser sur leur faim ceux qui voudraient aussi lui voir définir des procédures différentes des pratiques actuelles. Il ne s'exprime pas, à ma connaissance, sur l'importante question des contraintes qu'une majorité peux exercer sur une minorité. Néanmoins, le refus de toute société hiérarchique exprime implicitement des valeurs que même un mouvement social majoritaire doit respecter. Il n'en est pas moins vrai que, sans ouvrir la porte à des manipulations éventuelles, aucun dogme ne peut être décrété dans l'abstrait... et pour les autres. Chaque situation a son moment de vérité, qui requiert et l'attention et l'humilité collectives.

Pour les anarchistes se pose une question de fond : qui décide que l'acte de voter signifie reconnaître la légitimité des institutions démocratiques ? Et qu'en est-il de celui qui demande à l'Etat une carte d'identité ou un visa ?

--------------------------------------------------------------------------------

[1] "Chomsky Backs 'Bush-lite' Kerry" article de Matthew Tempest.

[2] Voici le paragraphe complet, paru dans Left Hook : "Au demeurant, quoique les différences ne sont pas très grandes, elles existent en fait. Les candidats actuels peuvent créer des dommages graves, peut-être irréparables, si on leur donne une nouvelle mainmise sur le pouvoir - une mainmise très mince, mais qu'ils utiliseront pour accomplir leurs très sales et très dangereux objectifs.

Dans un Etat qui dispose d'une grande puissance, de petites différences peuvent se traduire en des effets très substantiels pour les victimes, dans le pays et à l'étranger. Ce n'est pas faire une faveur à ceux qui souffrent, et peuvent affronter le pire à venir, que de fermer les yeux sur cela. Ecarter le cercle de Bush signifie se boucher le nez et voter pour quelque démocrate, mais là n'est pas le dernier mot de l'histoire. Il faut construire, reconstruire en partie, la culture et les institutions de base d'une démocratie, et vaincre une clique extrêmement dangereuse dans la course présidentielle n'est qu'une toute petite portion de cette tâche."

[3] Parus dans Democracy Now

[4] Voir en particulier "Bush or Kerry ?" où l'on retrouve à quelques mots près une partie de ce texte

Ecrit par Cercamon, à 23:11 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  Anonyme
28-10-04
à 00:38

Je n’ai jamais (C’est perso) « aimé » Chosmky, son travail n’est basé que sur ce qui est (L’état, son mécanisme … ) mais jamais sur de « véritable » questions de fond sur le système ; Il travaille sur les symptômes, pas sur la maladie… Zerzan, s’il est aussi parfois à côté de ses pompes, n’arrête pas la question « au narratif » à ce qu’il en comprend et en déduis, il va à l’essence « du mal ».

Je ne suit pas toujours la logique de son résonnement, notamment sur la « gestion » « technologique », mais entre « la voiture c’est bien » et « pausons-nous la question de savoir comment faire maintenant »…

Ceci dit aussi, je n’ai jamais aussi compris pourquoi Noam Chomsky aie pus cautionné le bouquin (Ou le mémoire je ne sais plus) d’un Faurrison… Bull shit ! Les révisionnistes !

Je m’emballe…
« L'indéfectible solidarité de Noam Chomsky avec les révisionnistes… »
"Si scandaleuses que soient vos idées, si vous n'avez pas le droit de les exprimer, vous perdez ce qui fait l'essentiel de la démocratie et de la liberté." N.Chomsky (in Le Monde, 1er septembre 1998)

Le site de Werner Cohn (En anglois) « Pour comprendre »

http://www.wernercohn.com/Chomsky.html

P.s : La carte d’identité, « on » me la « donne » (Et elle reste à la « maison ». Elle est un résidu obligatoire du « passage » du national socialisme dans beaucoup de pays d’Europe… On l’oublie souvent ! Car elle n’existait pas avant !)

Le Visa est une des multiples formes de la répression…
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  Anonyme
28-10-04
à 06:23

Re:

"un état en ballotage" ! La belle formule policée !

C'est encore et toujours la meme recette spectaculaire qui porte ses fruits : on égare les gens en criant "Au loup!" (ou encore au "ballotage", ou encore à "coca-cola"). Tout cela est confusionnisme : comme remarqué plus haut mais sans toutefois la profondeur qu'il convient, la carte d'identité est donnée, le vote c'est le contraire -on donne sa voix-. Il est profondément inutile de crier "Au loup!" pour avoir sa carte d'identité, par contre il est bon de crier au loup le pen pour que les jeunes prennent leurs cartes d'électeur. On a pu aussi en france exiger que les certains jeunes issus d'immigrations demande la nationalité française ; mais alors on n'a pas cherché à faire peur, on a voulu leur faire sentir tout l'honneur qu'il convient d'avoir lorsqu'on est français...

Pour l'histoire, il me semble que les cartes d'identité sont apparues bien avant hitler, pour répondre à la nécessité de permettre aux familles de reconnaître les cadavres et d'emporter les corps.
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  Anonyme
28-10-04
à 12:57

Re: Re:

Tu aura noté sans doute que je ne spécifie pas un pays en particulier, je pense que tu fais évidemment référence à la France ; Les Pays-Bas et la Belgique ont adopter le principe de l’obligation pour toutes et tous, et du « port obligatoire » du document, après, j’insiste, la guerre dite moderne de 39/40 (La Hollande, en 1994…).

En France, me semble t-il, les papiers faisant fonction « d’identité », avant la guerre, était à demander en mairie, et faisait plutôt office de passeport. Le document que tu cite était la copie de la fiche d’état civil, là aussi résidu d’un « passage », celui de l’administration Napoléonienne (Tout comme le cadastre etc.)

Le « Royaume Unis » n’ayant jamais été envahi, et hormis le passeport, l’« anglois » n’a d’autre fiche que le PK…
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  Anonyme
28-10-04
à 14:21

Re: Re: Re:

Il existe d’ailleurs peu de documents sur l’« histoire » de la C.I. Interpol, à sa grande époque, sous l’égide la SIPO, et autres polices politique nazie, a concrétisé l’emploi de ce système de fichage dans tous les pays occupés… L’exigence de l’« Ausweiss bite ! » n’est pas le fruit du hasard ! Et j’affirme que l’exigence de l’emploi du document d’identité (Tel qu’on le connaît aujourd’hui) est un résidu obligatoire du « passage » du national socialisme dans beaucoup de pays d’Europe !
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  Anonyme
28-10-04
à 14:39

Re: Re: Re: Re:

De plus, il n’y a pas de carte d’identité aux « States », c’est généralement un autre document qui en fait office ; le permis de conduire… (Ou parfois la carte liée à son organisme de sécurité social)
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  Anonyme
04-11-04
à 15:47

Re: Re: Re: Re: Re:

encore un moyen de se differencié......... Divisé pour mieux regner!
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