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La Ruche une expérience d'éducation libertaire avant 1914
Lu sur Increvables anarchistes : "Les expériences d'éducation libertaire se multiplière avant 1914 :l'orphelinat de Cempuis de Paul Robin, l'Ecole moderne de Francisco Ferrer, l'Avenir social de Madeleine Vernet, la Ruche de Sébastien Faure sont les références les plus cités des différentes expériences pédagogiques libertaires, réalisées au début de ce siècle. Nous nous intéresserons aujourd'hui à la Ruche.

Cette école, située dans la campagne autour de Rambouillet, accueillit en moyenne une cinquantaine d'enfants de tout âge. Son fondateur et " directeur ", le célèbre conférencier anarchiste Sébastien Faure assura au départ sa trésorerie par le produit de ses conférences et fit en sorte, à partir de 1907, que l'école s'autofinance en se transformant en coopérative intégrale. La Ruche s'inscrivait dans le projet d'autoformation du prolétariat développé quelques années auparavant par. l'animateur des Bourses du travail, Femand Pelloutier. Elle prônait l'éducation intégrale, expérimentée par Paul Robin et l'éducation permanente, une des idées forces de Proudhon. Sa pédagogie prenait en compte l'autonomie de l'enfant, la méthode positive, l'absence de classement, la coéducation et l'éducation sexuelle. Les textes de Sébastien Faure présentés ici sont extraits de l'Encyclopédie anarchiste, encyclopédie publiée en 1934 et dont l'animateur fut le toujours infatigable Sébastien Faure.

l'éducation à la ruche selon Sébastien Faure

Le rôle de l'éducation, c'est de porter au maximum le développement toutes les facultés de l'enfant : physiques, intellectuelles et morales. Le devoir de l'éducateur, c'est de favoriser le plein épanouissement de cet ensemble d'énergies et d'aptitudes qu'on rencontre chez tous. Et je dis qu'en dotant les enfants qui nous sont confiés de toute la culture générale qu'ils sont aptes à recevoir et de l'entraînement technique vers lequel les porteront le plus leurs goûts . et leurs forces, nous aurons accompli à leur égard notre devoir, tout notre devoir. Car, nous aurons, ainsi, formé des êtres complets.
Des êtres complets !
De nos jours, on en trouve fort peu ; je pourrai même dire qu'on n'en trouve pas. Et c'est là une des conséquences fatales de l'organisation sociale et des méthodes éducatives qui en découlent. Ici, c'est un fils de bourgeois dont les parents ambitionnent de faire un fort en thème ou un calé en mathématiques, mais qui croiraient donner à leur rejeton une éducation indigne de leur rang et de la situation sociale à laquelle ils destinent ce rejeton, s'il apprenait à travailler de ses mains le métal, le bois ou la terre. Là, c'est un fils de prolétaire plus ou moins besogneux, que la famille arrache, à l'âge de douze à treize ans, à l'école. Il sait tout juste lire, écrire et compter ; il est à l'âge où l'intelligence s'ouvre à la compréhension, où la mémoire commence à emmagasiner, où le jugement se forme ; n'importe ! Il faut qu'il aille à l'atelier ou aux champs ; il est temps qu'il travaille.
" Et puis, disent les parents, est-il " utile qu'il devienne un savant, pour faire un paysan ou un ouvrier ? Qu'advient-il ?
Le premier de ces deux garçons arrivera peut-être à un degré appréciable de culture intellectuelle : artiste, savant, littérateur, philosophe, il aura sa valeur, je ne le conteste pas ; mais il sera d'une ignorance lamentable et d'une maladresse, dès qu'il s'agira de raboter une planche, de frapper un coup de marteau, de réparer ou de manier un outil, en un mot de se livrer à un travail manuel quelconque.
Le second sera peut-être, dans sa partie, un travailleur suffisant : mécanique, tailleur, maçon ; je n'en disconviens pas ; mais, en dehors de son métier, il sera d'une ignorance crasse et d'une déplorable incompréhension. L'un et l'autre se seront convenablement développés dans un sens, mais ils auront totalement négligé de se développer dans l'autre.
Le premier sera un théoricien, non un praticien ; le second sera un praticien, non un théoricien. L'un saura se servir de son cerveau, pas de ses bras ; l'autre saura se servir de ses bras, pas de son cerveau.
Le fils de bourgeois sera enclin à considérer comme indigne de lui le travail manuel et comme inférieurs à lui ceux en vivent ; le fils de prolétaires sera porté à s'incliner devant la supériorité du travail intellectuel et à s'humilier, admiratif respectueux et soumis, devant ceux qui l'exercent.
Résultat : au point de vue individuel, aucun d'eux ne sera un être complet ; celui-ci : muscles vigoureux, cerveau débile ; celui là : cerveau vigoureux, muscles débiles : l'un et l'autre, hommes incomplets, moitié d'hommes, tronçons d'humanité.
Au point de vue social : rivalité entre travailleurs manuels et intellectuels ; labeur intellectuel plus considéré et mieux rétribue que le labeur manuel ; celui-ci continuant indéfiniment d'être infériorisé, mal rétribué et humilié. L'éducation doit avoir pour objet et pour résultat de former des êtres aussi complets que possible, capables, en dépit de leur spécialisation accoutumée, quand les circonstances le permettent ou le nécessitent. travailleurs manuels, d'aborder l'étude d'un problème scientifique, d'apprécier une oeuvre d'art, de concevoir ou d'exécuter un plan, voire de participer d une discussion philosophique ; travailleurs intellectuels de mettre la main à la patte, de se servir avec dextérité de leurs bras, de faire, à l'usine ou aux champs, figure convenable et besogne utile.
La Ruche a la haute ambition et la ferme volonté de lancer dans la circulation quelques types de cette espèce. C'est pourquoi on y mène de front l'instruction générale et l'enseignement technique et professionnel.

la RUCHE SELON SÉBASTIEN FAURE

Par la vie au grand air, par un régime régulier, l'hygiène, la propreté, la promenade, les sports et le mouvement, nous formons des êtres sains, vigoureux et beaux. Par un enseignement rationnel, par l'étude attrayante, par l'observation, la discussion et l'esprit critique, nous formons des intelligences cultivées. Par l'exemple, par la douceur, la persuasion et la tendresse, nous formons des consciences droites, des volontés fermes et des coeurs affectueux.
" La Ruche " n'est subventionnée ni par l'Etat, ni par le département, ni par la commune. C'est aux hommes de coeur et d'intelligence à nous seconder, chacun dans la mesure de ses moyens.

Les trois écoles.
A l'heure où les deux écoles qui se disputent, en France, le coeur et l'esprit de nos enfants, se livrent un combat acharné, dont le plus clair résultat, jusqu'ici, est de faire éclater aux yeux des moins prévenus les tares, les imperfections et l'insuffisance de l'une et de l'autre, il est particulièrement utile que soit fondée une troisième école.
* L'école chrétienne, c'est l'école du passé, organisée par l'Eglise et pour elle ;
* l'école laïque, c'est l'école du présent, organisée par l'Etat et pour lui ;
* La Ruche ; c'est l'école de l'avenir, " l'Ecole tout court ", organisée pour l'enfant, afin que, cessant d'être le bien, la chose, la propriété de la religion ou de l'Etat, il s'appartienne à lui-même et trouve à l'école le pain, le savoir et la tendresse dont ont besoin son corps, son cerveau et son coeur.

La Ruche répondit à la double préoccupation formulée ci-dessous : préparer des enfants, dès leurs premiers pas dans la vie, aux pratiques de travail, d'indépendance, de dignité et de pratiques de travail, d'indépendance, de dignité et de solidarité d'une société libre et fraternelle.
Prouver par le fait, que l'individu n'étant que le reflet, l'image et la résultante du milieu dans lequel il se développe, tant vaut le milieu, tant vaut l'individu, et que, à une éducation nouvelle, à des exemples différents, à des conditions de vie active, indépendante, digne et solidaire, correspondra un être nouveau : actif, indépendant, digne, solidaire, en un mot contraire à celui dont nous avons sous les yeux le triste spectacle.

la guerre a tué la Ruche

La Guerre infâme et maudite a tué " la Ruche " (elle a tué tant de gens et tant de choses ). Seul, le produit de mes conférences la faisait vivre et, durant les hostilités, il était ordonné aux uns de tuer ou de se faire tuer et interdit aux autres de parler. Aussi longtemps que nous l'avons pu, nous avons, mes collaborateurs, Nos enfants et moi, prolongé l'existence de " la Ruche ", bien que cette existence soit devenu de jour en jour plus difficile et plus précaire.
Mais, dès le commencement de l'hiver 1916-l9l7, il paraît certain que, de cette lutte obstinée, nous sortirions définitivement vaincus. Les produits de toute nature indispensables à la vie de la population, se raréfiaient de mois en mois.
Paris soutirait du rationnement, encore que la capitale fût suffisamment ravitaillée, pour que les habitants de l'agglomération parisienne ne fussent pas poussé à l'insurrection.
Il en était de même des grands centres de province, dont le gouvernement pouvait appréhender le soulèvement ; mais la population rurale, dont les pouvoirs publics estimaient n'avoir rien à redouter, était de plus en plus sacrifiée.
A " la Ruche ", il devenait impossible de se ravitailler suffisamment, notamment en charbon, et il nous fallait réserver aux besoins de la cuisine le peu de ce produit qu'il nous était possible de nous procurer. Notre chère et familiale demeure ne pouvait plus lutter contre la rigueur d'une température hivernale et, dés que la nuit tombait, nos enfants, pour échapper au froid dont ils eussent souffert, se blottissaient sous l'épaisseur des chaudes couvertures dont, par bonheur, nous possédions un suffisant approvisionnement. Il fallut bien se rendre à l'évidence et nous séparer d'eux. Ceux qui avaient encore une famille regagnèrent celle-ci. Je pris toutes dispositions nécessaires pour que les, autres trouvent asile dans des milieux amis. Aucun d'eux ne resta à l'abandon.
Un à un, nos collaborateurs se dispersèrent. Ce fut, pour tous, petits et grands, une douloureuse séparation. Mais il faut bien subir l'inévitable et la fin de " la Ruche " était devenue une fatalité, tant par suite des difficultés de ravitaillement que par suite de l'insuffisance de nos ressources.

En février 1917, " la Ruche " mourut, victime, comme tant d'autres oeuvres amoureusement édifiées, de la Guerre à jamais abhorrée. Si j'étais à l'âge où il est raisonnablement permis d'envisager l'avenir avec confiance, je n'hésiterais pas à jeter les bases d'une nouvelle " Ruche ".
J'avais 46 ans quand j'ai fondé cette oeuvre de solidarité et d'éducation. Près de trente années me séparent de cette époque et ce n'est pas à mon âge qu'on s'aventure dans une telle entreprise. Mais je nourris l'espérance que d'autres, plus jeunes, un jour prochain, remuant les cendres de ces souvenirs, sur lesquelles mon vieux coeur souffle, y trouveront encore quelque chaleur, en feront jaillir quelques étincelles, en raviveront la flamme et essaieront de mettre sur pied et de mener à bien une nouvelle " Ruche ".
L'expérience qu'in tenteront leur sera facilitée par les indications qu'in trouveront ici ; j'aime à espérer qu'ils seront secondés par des circonstances plus favorables et que " la Ruche " de demain sera le creuset précieux où s'élaboreront, en petit, les formes de la société de bien-être, de liberté et d'harmonie à l'avènement de laquelle les militants libertaires consacrent le meilleur d'eux-mêmes.

Sébastien FAURE
Ecrit par libertad, à 22:06 dans la rubrique "Pour comprendre".



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