L'En Dehors


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La ferme de la Coume
Après 15 ans de biodynamie en Alsace, Benoît et Véronique Thiry ont décidé de s'installer dans les Hautes-Pyrénées pour mettre en place une structure agricole qui favorisera l'implantation de jeunes.
Benoît Thiry est d'origine belge. Véronique est Allemande, de la région de la Forêt Noire. Ils se sont rencontrés dans un stage d'un an de formation pratique en biodynamie en Champagne. La biodynamie est une manière de faire de l'agriculture biologique qui essaie &être la plus globale possible et la plus proche de la nature et l'environnement.

Première installation

Ils s'installent d'abord dans les Pyrénées-Atlantiques sur trois hectares
maraîchage, petit élevage et boulangerie artisanale avec vente sur les marchés. Avec cinq autres producteurs locaux, ils fondent le marché biologique de Pau. La construction d'un lac collinaire qui innonde 50% des terres disponibles du village et le souci de rejoindre la proximité d'une école Steiner pour les enfants les font partir à la recherche d'une autre structure de travail agricole.

Deuxième installation

Ils rejoignent en Alsace une exploitation maraichère et laitière (25 vaches) de trois hectares. Ils participent à la structuration du mouvement biodynamique en Alsace et s'impliquent dans la mise en place d'une formation BPA polyculture élevage adaptée à la biodynamie pour adultes avec un centre d'Obernai (1). Cette formation existe depuis 1990 et dure deux ans. En tant que président du mouvement biodynamique d'Alsace, Benoît Thiry participe à la sélection des candidats à cette formation. Aujourd'hui, cette formation est renommée et il y a 80 candidats à chaque début de session pour seulement vingt places.
Le contact avec ces candidats à l'entrée
en agriculture biodynamique leur permet de prendre conscience de la difficulté qu'il y a à s'installer aujourd'hui, en dehors de quelques niches très spécialisées et demandant peu de terrain. Permettre une installation dans le contexte agricole d'aujourd'hui est un véritable défi.
Ils réfléchissent alors à un nouveau projet avec une structure telle que l'agriculteur ne serait plus propriétaire des terres ce qui en permettrait la transmissibilité par simple remplacement dans la structure agricole. Afin d'assurer une continuité à cette structure, ils pensent à l'associer avec les consommateurs, lesquels sont invités à participer à une "autre relation à la terre" : apporter une aide financière en adoptant une bête, en participant aux investissements, etc.
Pour créer ce projet, ils négocient leur départ du GAEC alsacien; groupement agricole d'exploitation en commun, qui comprenait alors sept salariés, et cherchent un nouveau lieu. En 2003, à 40 ans, avec quatre enfants, une nouvelle aventure commence.

Créer un lieu transmissible et durable

Ils n'avaient pas d'a priori sur le lieu recherché. C'est par un agriculteur local, ami biodynamiste, qu'ils apprennent qu'une ferme va être mise en vente par la Safer (2) dans la région des Baronnies, au pied des Pyrénées (3). S'il y a des terres, il n'y a qu'un immense hangar agricole moderne, neuf granges, plusieurs ruisseaux, mais aucune maison d'habitation. Avec des terrains assez pentus, aux expositions variées, avec des surfaces boisées et d'autres à l'abandon, le lieu présente une forte potentialité pour y développer une agriculture en symbiose avec la nature. Au total, il y a une trentaine d'hectares.
L:exploitation est alors achetée sous forme d'une SCI, société civile immobilière, dans laquelle ils investissent leurs parts retirées du précédent GAEC et ils mettent ainsi une option sur l'achat de cette ferme. Ils procèdent ensuite à une recherche de capitaux auprès de sympathisants... et comme ils sont connus en Alsace, la majorité des capitaux viendra de cette région. Quand le capital est réuni, les statuts permettent la rétrocession de leurs propres parts de manière à permettre à de nouvelles personnes de s'impliquer dans le projet. A la différence d'un GFA, groupement foncier agricole, la SCI est plus souple: chacun peut prendre et revendre des parts et peut même en faire don à une association (dans un GFA, il n'y a que des individus).
Ici, l'association immobilière de la biodynamie (à Colmar) est actionnaire et peut recevoir des dons de ceux qui veulent se désengager sans revendre leurs parts (4) et accueille tout autre don lié au projet.
La SCI, propriétaire, loue les lieux à une SCEA, société civile d'exploitation agricole, dont le fonctionnement est assez proche des GAEC à la différence que cette structure est plus facilement ouverte à des investissements non-issus des personnes salariées de la structure. Le bail est un bail d'usage, c'est-à-dire que le locataire s'engage à payer l'ensemble des frais d'entretien et d'investissement dans les lieux (y compris les impôts), en échange de quoi, il ne paie pas de loyer. Ainsi la SCI est propriétaire, mais ne fait pas de bénéfices sur le dos du locataire (5).
Pour démarrer l'activité, ils louent une maison dans le village voisin en attendant de pouvoir aménager une des granges en habitation. Ils en choisissent une en léger surplomb du hangar 'et la rénovent en respectant au mieux les critères de l'habitat écologique. Ils quittent leur maison au village pendant l'été 2005 et campent à côté de leur future maison encore en chantier, maison qu'ils n'intégreront qu'à l'automne.
Il y a deux autres fermes en biodynamie dans le voisinage, et l'exploitant de l'une d'elles est proche de la retraite.
Ce montage financier doit permettre à de nouveaux agriculteurs qui voudraient s'installer sur place, ou à proximité, de bénéficier d'une structure, la SCI, qui peut augmenter son capital pour acquérir de nouvelles terres et d'une structure d'exploitation, la SCEA, qui dispose du matériel et des bêtes et qui peut aussi ouvrir son capital.
A noter que l'amélioration du paysage, du patrimoine commun, des terres bénéficie en principe à la SCI et ne change pas la valeur de la SCEA.
Au fur et à mesure que des personnes se montrent intéressées en investissant dans la SCI, Benoît et Véronique peuvent rétrocéder leurs parts (importantes au départ) et dégager pour eux de nouvelles ressources... pour éventuellement les investir dans la SCEA.

Participation au projet

Pour inciter des personnes à participer au projet, même en n'étant pas agriculteur, la ferme a été organisée pour favoriser les rencontres : des chantiers d'amélioration sont organisés régulièrement avec des visiteurs qui échangent leur travail contre l'hébergement et la nourriture. Un des premiers chantiers a consisté à mettre en place un parcours qui fasse découvrir les différentes parties de la ferme (adret, ubac, culture, prairies, maraîchage, forêts...). Une association culturelle a vu le jour pour organiser des activités artistiques avec des personnes locales. Pour cela, sous le hangar d'origine, une salle voûtée a vu le jour à la suite d'un chantier avec une personne qui a appris au groupe à faire une voûte selon les techniques afghanes. Enfin, dans la mesure du possible, IX vente directe à la ferme permet de rencontrer des personnes qui, avant d'acheter, sont invitées à faire le parcours de découverte. Cette vente est complétée par la présence sur deux marchés locaux à Lannemezan et Bagnières-de-Bigorre. En été, les ventes à la ferme représentent 40% du chiffre d'affaires, moins pendant le reste de l'année. Tout au long de l'année, des paniers de légumes sont proposés à des familles locales. Une vingtaine de paniers sont actuellement distribués chaque semaine.
Benoît et Véronique bénéficient d'une bonne connaissance du monde associatif et ont su très rapidement dynamiser les relations locales. De même, ils reçoivent régulièrement des jeunes en formation ou de jeunes volontaires qui se logent dans une autre des granges et moins de deux ans après leur arrivée, la ferme fonctionne déjà bien avec un maraîchage installé sur un replat avec de grandes serres, un élevage de brebis installé dans le hangar
le troupeau comprend 70 brebis, mais également trois chèvres et sept vaches plus cinq porcs gascons plein air défricheurs, transformés en charcuterie. De nombreux champs ont été débroussaillés, dont un à destination d'un camping à la ferme. Une opération de parrainage a permis de faire adopter 80 arbres fruitiers par des personnes qui soutiennent l'initiative. Ces fruitiers ont été placés le long des chemins, du côté sud, afin que leurs ombres portent sur les chemins et non sur les prairies. Un important compostage permet de dynamiser les cultures. Un potager permet d'assurer l'alimentation sur place. Une fromagerie aux normes permet la production de fromages.

Recherche de réseaux

Interrogé sur sa vision de la biodynamie, Benoît insiste sur le fait que c'est une volonté de recherche permanente de sens avec la nature. Si au départ, il y a un siècle, la biodynamie a été théorisée par Rudolf Steiner, aujourd'hui chaque agriculteur mène ses propres expériences et échange ses résultats avec les autres. Il n'y a donc pas de dogme. La biodynamieest une oeuvre d'imagination qui intègre les connaissances acquises en agriculture biologique, en particulier dans le domaine de la dynamisation des préparations et la réalisation des composts.
Lagriculture doit être aussi recherche de liens. Ici, du fait de l'altitude (800 m) et de l'absence de champs plats, il n'y a pas de culture de céréales : le seigle serait possible, mais il faudrait le récolter à la main. II a donc fallu prendre contact avec des agriculteurs de la plaine de Vic-enBigorre. Cela s'est fait par le biais de l'association biodynamique de Gascogne qui de Bordeaux à l'Ariège fédère une quinzaine de fermes (6).
Une ferme en polyculture-élevage, reconvertie récemment à la biodynamie, cherchait des débouchés supplémentaires pour ses céréales. Elle produisait surtout du maïs et du soja destinés à une coopérative céréalière. Du fait du partenariat avec la ferme de la Coume et d'autres fermes locales, elle va pouvoir diversifier ses céréales. Cela va lui permettre également de fournir des boulangers bio locaux qui faisaient venir les céréales de plus loin et répondre à une demande locale en épautre, orge, millet, blé, lentilles.
Le travail en réseau a aussi permis de rencontrer un jeune qui utilise ses vaches pour des travaux de trait. Il est venu pour aider à des chantiers de déboisement où les tracteurs n'ont pas accès.
Ce travail en réseau qui se veut le plus local possible a également permis la naissance d'une association de fait "Les Coquelicots jaunes" dont les activités sont extrêmement diverses (7).
Benoît pense qu'une des raisons du déclin de l'agriculture traditionnelle vient de la perte de l'échange entre paysans. L:individualisme a rendu le métier impossible, alors que l'entraide permet de dépasser ses propres limites, de s'enrichir mutuellement, de renouveler son imaginaire, de faire sans cesse de nouvelles découvertes.

Un résultat encore fragile

La première année, une femme de la ville est venue s'installer avec eux pour essayer de créer son activité d'accueil. Elle n'a pas supporté la charge de travail. Ce n'est donc pas évident. Un jeune apiculteur rénove une grange et prépare sa préinstallation avec cinquante ruches sur la ferme. Une néo-paysanne, diplômée, développe l'atelier cochon gascon sur dix hectares de parcours en vue de rejoindre la SCEA.
Afin de redynamiser le tissu rural et répondre à la demande de produits du terroir, la ferme de la Coume aimerait concrètement pouvoir accompagner un autre jeune ayant déjà une expérience agricole et être prêt à intervenir, une ferme du voisinage étant libre depuis l'été 2005.
Alors que la SCI peut permettre de préempter régulièrement de nouvelles terres, il y a une forte concurrence avec les vacanciers, en particulier des Anglais, qui n'hésitent pas à payer le prix fort pour s'emparer des terres. Rien qu'en 2004, trois maisons se sont vendues dans l'entourage pour des résidences secondaires
les élus laissent faire car le plus souvent, ils ne croient plus à la possibilité de trouver des repreneurs dans le milieu agricole.
En octobre 2005, la ferme de la Coume a organisé une première rencontre des petites initiatives foncières, agricoles, alternatives pour toujours stimuler l'imagination et essayer de surmonter le côté défaitiste des institutions. 25 personnes étaient présentes, impliquées dans plusieurs projets innovants, certains depuis 20 ans.
Une heure de promenade sur le sentier "pédagogique" de la ferme fait prendre conscience du potentiel énorme que l'on peut développer si l'on bénéficie d'un bon réseau et si l'on n'a pas peur de prendre des risques. A découvrir si vous vous aventurez dans les Baronnies.

MB

La ferme de la Coume, Benoit et Véronique Thiry, 65200 Banios, tel : 05 62 91 03 47.


(1)Centre de formation pour adultes d'Obernai, CFPPA, 44, boulevard de l'Europe, 67212 Obernai cedex, tel : 03 88 49 99 29.
(2)Safer, Société d'aménagement foncier et d'établissement rural, chargée de contrôler la vente des terres agricoles.
(3)Les Baronnies, entre Bagnières-de-Bigorre et Lannemezan, sur les piémonts des Pyrénées, offre un incroyable entrelac de petites routes complexes qui les protège encore du tourisme.
(4)Cette association a vocation à gérer des biens immobiliers dans le ,cadre de l'agriculture biodynamique et possède ainsi également le 5, rue de la Gare à Colmar où se trouvent plusieurs associations comme le mouvement d'agriculture biodynamique, la revue Biodynamis
(5)Les locaux qui hébergent Silence et huit autres associations fonctionnent sur le même modèle.
(6)Association biodynamique de Gascogne, Ferme Guillot (Nauta), Saint-Arailles, 32350 Sers.
(7)Voir article p15.

S!lence #331 janvier 2006
Ecrit par libertad, à 22:49 dans la rubrique "Projets alternatifs".



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