--> Suite au jugement de Toulouse, le tribunal de Riom a reconnu le caractère collectif et volontaire du fauchage de maïs transgénique.
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L'Humanité : "Riom (Puy-de-Dôme). « Le tribunal donne acte à 167 personnes de leur comparution volontaire et renvoie l’affaire à l’audience du 8 mars. » Dans la salle du tribunal de grande instance de Riom, les « faucheurs volontaires » d’organismes génétiquement modifiés (OGM), auteurs, collectivement, à visages découverts et au grand jour, de l’arrachage, le 14 août dernier, d’un hectare et demi d’essais en plein champ de maïs transgénique, explosent de joie. Les six militants, poursuivis seuls dans ce premier temps pour « destruction volontaire en réunion », pour « violence volontaire » ou pour « responsabilités » dans l’organisation de cette « réunion », embrassent leurs avocats et, rapidement, tout le monde se retrouve, en battant des mains, au centre du tribunal pour permettre aux photographes d’immortaliser l’instant.
Après le premier jugement prononcé à Toulouse début novembre, les « faucheurs volontaires » réussissent ainsi le doublé à Riom : 173 personnes revendiquent leur participation à une action de désobéissance civique, et le tribunal leur reconnaît à toutes le droit de comparaître. « On est en train de construire une belle jurisprudence, exulte Marie-Christine Etelin, une des avocates des "faucheurs volontaires". Je pense que le garde des Sceaux doit commencer à se tracasser beaucoup. On nous disait que la chancellerie avait travaillé, que la comparution de tous les faucheurs volontaires allait être repoussée à Riom et puis non ! Comme à Toulouse, on a gagné. Ces deux décisions, émanant de tribunaux indépendants, démontrent que les juges du siège n’acceptent plus la façon de faire du parquet général : ils trouvent inadmissibles que l’accusation essaie de saucissonner les procès. » François Roux appuie dans le même sens. « C’est toujours extraordinaire d’entendre un tribunal rappeler le droit à un procureur, lance-t-il. Non, on n’a pas le droit de prendre quelques otages et de refuser d’entendre les autres. C’est une victoire du droit qui se confirme et qui ne vaut pas seulement pour les luttes anti-OGM. »
Sur la place, où près de 1 500 sympathisants participent aux débats, se gavent des marrons grillés et font la fête, José Bové nage dans le bonheur. « Nous sommes en train d’élaborer un bouleversement radical dans le droit, glisse-t-il. C’est une reconnaissance de la désobéissance civique pour tout le monde : pour les agents d’EDF qui rétablissent, dans des actions coordonnées par leurs syndicats, le courant pour des familles où il a été coupé. Ou encore pour des contrôleurs qui, dans les trains, décideraient de faire la grève de la "pince". Car c’est aussi une manière de mener les luttes en associant les usagers et les populations. » Cantonnée au départ à l’intérieur de la lutte anti-OGM, la désobéissance civique commence à se répandre en dehors ; au-delà des fauchages, les arrêtés municipaux interdisant les OGM, les coupures d’électricité et les expulsions, encombrent considérablement la justice administrative. Derniers en date, les intermittents, dont quelques-uns sont aujourd’hui poursuivis, par exemple, pour leur intrusion sur le plateau de la Star Academy, devraient utiliser la même procédure de « comparution volontaire » que les faucheurs.
Thomas Lemahieu
à 17:32