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L'ETAT LIBERAL
--> Matière à réflexion

L’expression semble être contradictoire dans ses termes… pourtant, paradoxalement la présence de l’Etat, dans ses fonctions régaliennes, se fait de plus en plus pressante alors que les libéraux nous annoncent de moins et moins d’Etat. Alors ?

En fait, ce problème renvoie à la nature de l’Etat.

 

L’ETAT EST-IL NEUTRE ?

Disons le tout de suite : non, mais les apparences sont trompeuses. D’ailleurs l’Etat joue sur ces apparences pour paraître autrement que ce qu’il est en réalité.


L’Etat a une fonction qui peut se résumer à : il est garant du système en place. Ceci est vrai pour tous les Etats à toutes les époques de l’Histoire.


D’où vient l’apparente neutralité de l’Etat ? Du fait justement qu’il est le garant du système. En effet, celui-ci étant considéré officiellement comme un état de fait immuable et définitif, l’institution qui garantie sa pérennité ne peut-être que neutre… comme serait neutre le physicien au regard des lois de la physique.


Tous les systèmes économiques et politiques, dans l’Histoire, ont entretenu ce mythe de leur caractère « naturel » et « définitif »,… l’Etat ne faisant qu’incarner sur le plan institutionnel, cette « qualité ».


« Origine naturelle » et « caractère définitif » veut dire que le système est exempt de contradictions fondamentales qui, un jour ou l’autre, entraîneraient sa perte. L’Etat, donc, gère le système selon les principes qui le fondent, résolvant les conflits qui apparaissent, et le menacent, comme de simples dysfonctionnements passagers et techniques, et qui ne peuvent trouver de solution qu’en son sein.


Si l’on part de l’hypothèse qu’un système économique et politique est « socialement neutre », correspond à une rationalité (laïque ou religieuse), bref, si l’on fait l’hypothèse du caractère « naturel » d’un système alors, l’Etat, dans ce sens, est neutre. L’Etat n’est que l’instrument technique de la résolution de ses dysfonctionnements.


La faille de tout ce raisonnement c’est qu’un système économique n’est pas un « produit naturel ». L’organisation économique et sociale n’est pas « dictée » par la Nature, elle est une production humaine.

Un système économique est une organisation sociale issue de rapports de forces, de conflits de pouvoirs et d’intérêts, fondé sur des valeurs, des règles, des lois imposées par ceux qui ont, à un moment donné, imposé leur domination.

L’Etat est l’instrument de la cohésion à défaut de cohérence de cet édifice social. A ce titre il n’est bien évidemment pas neutre. Il représente l’intérêt du groupe dominant, c'est-à-dire celui qui détient les moyens de vie, les moyens qui permettent aux hommes et aux femmes de physiquement exister.

Aujourd’hui l’Etat est le garant de l’existence d’un système social particulier, le salariat, il a pour cela des règles, des lois qu’il entend faire respecter. Il est totalement exclu pour lui de les remettre en question et toutes les solutions qu’il propose pour résoudre les conflits (économiques comme politiques) ne peuvent se concevoir que dans le cadre du système qu’il représente et garanti. Ceci explique que rien ne change et rien ne peut changer, même si à la tête de l’Etat on change le personnel.

 

 
ETAT DU LIBERALISME…

Qu’est ce que le libéralisme ?


Ce n’est pas un système, mais il est le fondement du système marchand (voir l’article « LES HABITS FRIPES DE L’ANTILIBERALISME »).


Le système marchand s’est développé en Europe à partir du 11e siècle et s’est impose comme système dominant à partir du 19e siècle.


La marchandise s’est imposée en tant que fondement d’un rapport social par le développement des échanges marchands aboutissant à la valorisation des richesses considérables accumulées au cours des échanges : le capital.


Contrairement à l’Ancien Régime fondé essentiellement sur la possession de la terre et la production agricole, le système marchand appelé aussi capitalisme, s’est fondé sur la libre circulation du capital, circulation uniquement motivé par la réalisation de gains, le profit.


L’utilisation marchande de la force de travail a, dans ce cadre, donné naissance à un nouveau rapport social, le salariat, qui s’est imposé comme rapport social dominant dès le 19e siècle.


Cette notion de liberté que revendique à son origine le système marchand est donc liée à sa genèse. Dès lors, la liberté de circulation du capital, la liberté des affaires deviendra la règle de ce système.

Pourtant, les conditions historiques et géographiques du développement de ce système ont fait que ce principe de liberté a subi des aléas :

 

- le développement concurrentiel des « capitaux locaux » dans le cadre de l’Etat-nation a imposé des règles pour sauvegarder les intérêts nationaux de ces capitaux.

- les conflits nés du salariat ont imposé des limites, des réglementations pour les désamorcer et sauver l’essentiel : le système.


Ainsi l’Etat, tout en préservant la pérennité du système a imposé des règles qui ont donné l’illusion de son indépendance et sa neutralité à son égard. De fait, l’interventionnisme de l’Etat n’a été que de circonstance.


… LIBERALISME DE L’ETAT


L’institution garante du système marchand, autrement dit l’Etat est fondamentalement d’essence libérale. Pourquoi ? Mais parce que le système marchand l’est. Seules, des conditions particulières ont fait que l’Etat a été ou non interventionniste, un « état providence »,… mais il n’est pas dans sa nature de l’être… S’il l’est, c’est par nécessité pour sauvegarder les intérêts historiques du capital.


La mondialisation marchande apporte une confirmation sans ambiguïté à cette affirmation. En effet :

 

- comment expliquer la démission progressive de l’Etat au profit des exigences du capital aujourd’hui largement mondialisé ?

- comment expliquer que les Etats acceptent, dans le cadre de l’OMC, la déréglementation progressive des économies ?

 

Le capital n’a aujourd’hui plus besoin de béquilles institutionnelles qui puissent garantir ses intérêts – la seule chose dont il ai besoin c’est d’un « Etat gendarme », c'est-à-dire d’une institution qui garantisse par la force la soumission de la « force de travail » à ses intérêts – l’Etat devient, ce qu’il a d’ailleurs toujours été, mais sous des formes plus sociales – le gardien du système marchand.


VIA L’ETAT, POINT DE SALUT


On comprend que, dans ces conditions, le recours à l’Etat, comme ce fut le cas pendant des décennies, pour régler les problèmes d’inégalité, de protection sociale, de retraites, de garanties d’emploi,… est voué à l’échec.


Si l’Etat a joué ce rôle « protecteur » c’est parce qu’il y allait, à un moment donné, de l’intérêt du capital, ne serait ce que pour apaiser les conflits nés de la condition salariale et en fonction d’un rapport de force favorable aux salariés.

Le recours à l’Etat comme éventuel arbitre ou régulateur est donc aujourd’hui extrêmement problématique. Les salariés veulent aujourd’hui faire jouer à l’Etat un rôle qu’il ne veut plus jouer… C’est ce qui explique l’impression d’abandon, de trahison, d’incompétence dans l’esprit des citoyens à l’égard d’un Etat qui n’agit plus dans le sens de leurs intérêts. Encore faut-il comprendre que l’Etat n’a jamais joué fondamentalement que dans le sens des intérêts du capital et que, quand ces derniers coïncidaient avec les intérêts immédiats des salariés, l’illusion était parfaite.


L’essentiel du « pouvoir » n’est plus aujourd’hui dans l’appareil de l’Etat mais entre les mains du capital qui s’est affranchi en grande partie des limites des Etats, ne connaît aucune frontière et a des moyens de pressions économiques et sociaux sans commune mesure avec ceux, limités des Etats-nation.


C’est donc toute une culture politique qu’il nous faut remettre en question, toute une stratégie obsolète qui était et est toujours fondée sur des faux semblants entretenus par des organisations syndicales et politiques sur la prétendue neutralité de l’Etat et la croyance naïve que si on accédait à ses rennes, on pourrait changer la société.


 Patrick MIGNARD


Voir aussi les articles « ILS NE CEDERONT PLUS RIEN »


« FORMES DE LUTTE EN PERIODE DE DECADENCE »

Ecrit par , à 12:19 dans la rubrique "Pour comprendre".



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