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"Je ne suis pas une machine" a écrit Vicky Binet avant de se suicider
Lu sur Indymédia Nice : "Doit-on forcément être « brutale » pour que l'entreprise fonctionne mieux ? "Je ne suis pas une machine" a écrit Vicky Binet avant de se suicider en sautant du pont de la Brague, devant les locaux de son entreprise. Une lettre diffusée à sa demande par la section syndicale. Ce communiqué de la section syndicale d'Amadeus au sujet du décès d'une salariée a fait le tour des boites mail de la technopole aujourd'hui alors que les syndicats avaient appelé à une marche de soutien à 16 heures. Une marche qui partait des locaux d'Amadeus et allait jusqu'au pont de la Brague, quelques centaines de mètres plus loin, le pont d'où Vicky Binet s'était jetée samedi, après avoir, par lettre, accusé ses supérieurs de harcèlement moral.

La section syndicale d'Amadeus, dans son communiqué, a pris aussi le parti de publier in extenso la lettre de la désespérée, à sa demande et avec l'accord de la famille. Une lettre bouleversante qui a profondément ému toute la communauté high tech de la technopole. Cela d'autant plus que Vicky Binet, était mère de trois enfants et venait d'en adopter un quatrième, qu'elle était remarquablement brillante et qu'elle était connue pour son dévouement auprès des enfants malades de l'hôpital Lenval.

Dans cette lettre Vicky Binet pose quelques problèmes essentiels autour de la fonction des ressources humaines, des relations dans l'entreprise, de la sensibilité des êtres plongés dans le monde dur et parfois glacé de l'industrie high tech. "Doit-on forcément être « brutale » pour que l'entreprise fonctionne mieux ?" questionne Vicky Binet qui un peu plus loin s'exclame "Je ne suis pas une machine".

Pour la communauté high tech, devant ce gâchis épouvantable, ce n'est pas tant Amadeus qui est en question, l'entreprise n'étant pas connue pour une brutalité particulière de management. Même s'il semble y avoir eu dans ce cas, volontairement ou non, violence psychologique, ce qui a choqué c'est le fait que personne n'ait été à l'écoute de ce qui se passait. Au coeur même du service des ressources humaines ! Ce suicide, qu'on pourra toujours expliquer par un "état dépressif", montre aussi que même à Sophia, technopole réputée pour sa qualité de vie, le travail peut parfois être source de "mal vivre" et cela au point d'aller jusqu'à un acte fatal. Dans un contexte de l'emploi aujourd'hui dégradé, avec des plans de licenciements qui se sont multipliés ces derniers mois, la mort dramatique de Vicky Binet vient aussi aujourd'hui cristalliser les tensions et ne pouvait qu'interpeller profondément tout Sophia.

Le communiqué de la section syndicale Amadeus

"Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre collègue de travail, Vicky Binet. Vicky s'est jetée du pont de la Brague, route des Dolines samedi 25janvier 2003.Vous trouverez ci-dessous la lettre qu'elle a envoyée à Rosine Gomez, déléguée syndicale. Cette lettre est publiée à sa demande et avec l'accord de la famille de Vicky. On ne manquera pas de poser les questions qui s'imposent à l'entreprise. On ne peut pas en rester là".

La lettre de Vicky Binet : "Ce n'est pas par hasard si je fais ce geste ici, devant Amadeus ?"

Voici la lettre de Vicky Binet.

"Si je me suicide aujourd'hui c'est que, comme je l'ai souvent exprimé et à plusieurs personnes qui pourront en témoigner, je ne peux pas supporter l'idée de ré-intégrer mon poste dans les conditions proposées, c'est à dire exactement les mêmes que celles qui m'ont fait craquer et que je subis depuis janvier 2002, placardisation, manque de respect, humiliation (publique), souffrance morale, aucune reconnaissance professionnelle.

Je paye beaucoup trop cher mon temps partiel (pris entre autre et surtout pour m'occuper des enfants à Lenval), ma sensibilité, l'attachement à mes valeurs humanistes et de respect envers autrui, quel qu'il soit (même un DP, même un membre du CE qui s'oppose à la Direction), mon refus d'être un « bon soldat » (je suis pacifiste), mon refus d'être traitée brutalement (et oui, j'ai un affectif).

Bien sûr je manque d'ambition professionnelle, de volonté de « faire carrière », je ne cherche pas à être chef à la place du chef, j'ai d'autres « choses » dans ma vie qui équilibrent l'investissement que j'ai dans mon travail. Mais vous savez tous combien mon travail compte pour moi (j'ai abrégé mon congé d'adoption), cela fait un mois que je trépigne pour reprendre le travail. Mais à travers ce travail, surtout aux RH, j'ai envie de soulager la « souffrance humaine » et non pas d'en créer, j'ai besoin d'être utile à l'entreprise et non de travailler sur des projets qui n'aboutissent jamais par changement constant de décision « des chefs ».

Je n'accepte pas de mes chefs : ?

Le manque d'intelligence professionnelle : Sur quoi juge-t-on sur les résultats et les compétentes ou à la tête du client et aux phrases mal comprises ?

Me faire attendre 15 jours pour laisser le temps de « ré-organiser », 15 jours après on me propose (impose, je n'ai pas le choix) exactement le même poste que j'avais avant avec priorité 1 : finir les job descriptions, alors qu'on sait très bien qu'elles ne seront jamais finies ! On me remet dans le même contexte, avec les mêmes pièges alors qu'on m'a bien fait sentir que l'on n'était pas « content » de mes résultats ; « C'est pas ce qu'on attend d'un manager » 1) On n'a qu'à me donner à faire ce qu'on attend de moi, 2) Je ne suis pas un manager : ni dans les responsabilités qui me sont données, ni dans la reconnaissance de ma valeur, ni dans la position où on me met (voir l'organigramme !) Veut-on me remettre en situation d'échec ? Ou est-ce un manque d'intelligence impardonnable à ce niveau (de salaire ! ! ! ! !) ?

Le manque d'intelligence humaine : doit-on forcément être « brutale » pour que l'entreprise fonctionne mieux ? pour être respectée, reconnue aux RH ? Pourquoi ce manque de respect ? Pourquoi humilier ? Pourquoi faire passer des tests après 10 ans de boite. Pour connaître les compétences ! ? ! ? ! ? Et qu'a-t-on fait de ces tests ? (ie : « tu n'écoutes jamais rien, tu n'en fais qu'à ta tête » Alors que je ne connais personne de plus docile que moi, « pourquoi tu n'as pas pris tes RTT comme tout le monde ».Bien sur que je les ai pris, « Tu es trop sensible, ce n'est pas ce qu'on demande à un manager ». Heureusement qu'il existe des managers sensibles !

Il ne faut pas d'affectif au travail. Je ne suis pas une machine, et XXXX, quand elle pleure, ce n'est pas de l'affectif ? » Pourquoi n'a-t-on jamais d'excuses quand on est blessé et que la personne qui a blessé le sait ?

Alors je dis non, je ne reviendrai pas, certains acceptent l'humiliation, certains sont soumis, certains fuient dans d'autres services, l'ambiance du service est pleine de frustration (honnêtement qui, aux RH, ne cherche pas un poste ailleurs) moi j'arrête tout car je ne crois pas qu'une amélioration soit possible. J'aime beaucoup trop mes collègues et mon travail pour accepter ces conditions.

Je regrette de faire ce geste pour mes enfants, mais je ne leur imposerai pas une maman frustrée, humiliée.

Ce n'est pas par hasard si je fais ce geste ici, devant Amadeus ?".

source : http://www.sophianet.com"
Ecrit par libertad, à 22:15 dans la rubrique "Le privé est politique".

Commentaires :

  Anonyme
06-02-03
à 18:18

Ce fait divers est poignant

TERRIBLE. PENELOPE
Répondre à ce commentaire

  Picodor
06-02-03
à 23:42

Je ne retiendrais que ce morceau de phrase de la lettre ècrite par cette femme :

Bien sûr je manque d'ambition professionnelle, de volonté de « faire carrière », je ne cherche pas à être chef à la place du chef,

Sans que je ne puisse jamais plus savoir à quelle hauteur elle plaçait vraiment la barre.

Je lis, j'entends, mais je me garde d'en tirer la moindre conclusion.

Victime sans aucun doute, le bourreau ne me semble pas clairement désigné.

Répondre à ce commentaire

  libertad
07-02-03
à 00:22

le bourreau

Le bourreau ne serait-ce pas l'organisation du travail dans l'entreprise qui ne laisse guère de place à l'humanité mais beaucoup à l'arbitraire ?
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