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Han Ryner : Petit Manuel Individualiste, chapitre I
--> De l'individualisme et de quelques individualistes

Notes Préliminaires

J'ai adopté la forme par demandes et par réponses si commode pour l'exposition rapide. Elle n'exprime ici aucune prétention dogmatique. Il n'y a pas ici un maître qui interroge et un disciple qui répond. Il y a un individualiste qui se questionne lui-même. J'ai voulu indiquer dans la première ligne qu'il s'agit d'un dialogue intérieur. Tandis que le catéchisme demande : "Etes-vous chrétien ?", je dis : "Suis-je individualiste ?". Mais, prolongé, le procédé n'irait pas sans inconvénients et, une fois mon intention marquée, je me suis souvenu que le soliloque emploie fréquemment la seconde personne.

*
*   *

On trouvera pêle-mêle dans ce petit livre des vérités qui sont certaines - mais dont on ne peut d'ailleurs découvrir qu'en soi-même la certitude - et des opinions qui sont probables. Il y a des problèmes qui admettent plusieurs réponses. D'autres - en dehors de la solution héroïque, qu'on peut conseiller seulement lorsque tout le reste est crime - n'ont pas de solution tout à fait satisfaisante et les à peu près que je propose ne sont pas supérieurs à d'autres à peu près. Je n'insiste pas. Le lecteur qui ne saurait point faire le départ et, acquiesçant aux vérités, trouver des probabilités analogues à mes probabilités et souvent plus harmonieuses à lui-même, serait indigne, du nom d'individualiste.

*
*   *

Faute de développement ou pour d'autres raisons, je laisserai souvent insatisfait l'esprit même le plus fraternel. Je ne puis que recommander aux hommes de bonne volonté la lecture assidue du Manuel d'Epictète. Là, mieux que partout ailleurs, se trouve la réponse à nos inquiétudes et à nos doutes. Là plus que partout ailleurs, celui qui est capable du vrai courage, puisera le courage.

*
*   *

A Epictète, à d'autres aussi, j'ai emprunté des formules, sans croire toujours nécessaire d'indiquer mes dettes. Dans un travail de la nature de celui-ci, les choses importent, non leur origine et on mange plus d'un fruit sans demander au jardinier le nom du fleuve ou du ruisseau qui féconde son jardin.

 
Chapitre premier : De l'individualisme et de quelques individualistes


Suis-je individualiste ?

Je suis individualiste.

Qu'est-ce que j'entends par individualisme ?

J'entends par individualisme la doctrine morale qui, ne s'appuyant sur aucun dogme, sur aucune tradition, sur aucune volonté extérieure, ne fait appel qu'à la conscience individuelle.

Le mot individualisme n'a-t-il jamais désigné que cette doctrine ?

On a souvent donné le nom d'individualisme à des apparences de doctrines destinées à couvrir d'un masque philosophique l'égoïsme lâche ou l'égoïsme conquérant et agressif.

Citez un égoïste lâche qu'on appelle quelquefois individualiste.

Montaigne.

Connaissez-vous des égoïstes conquérants et agressifs qui se proclament individualistes ?

Tous ceux qui étendent aux relations des hommes entre eux la loi brutale du combat pour la vie.

Citez des noms.

Stendhal, Nietzsche [1].

Nommez quelques vrais individualistes.

Socrate, Epicure, Jésus, Epictète.

Pourquoi aimez-vous Socrate ?

Il n'enseignait pas une vérité extérieure à ceux qui l'écoutaient, mais il leur apprenait à trouver la vérité en eux-mêmes.

Comment mourut Socrate ?

Il mourut condamné par les lois et par les juges, assassiné par la Cité, martyr de l'individualisme.

De quoi l'accusait-on ?

De ne pas honorer les dieux que la Cité honorait et de corrompre la jeunesse.

Que signifiait ce dernier grief ?

Il signifiait que Socrate professait des opinions désagréables au pouvoir.

Pourquoi aimes-vous Epicure ?

Sous son élégance nonchalante, il fut un héros.

Citez une parole ingénieuse de Sénèque sur Epicure :

Sénèque appelle Epicure " un héros déguisé en femme ".

Quel bien fit Epicure ?

Il délivra ses disciples de la crainte des dieux ou de Dieu, qui est le commencement de la folie.

Quelle fut la grande vertu d'Epicure ?

La tempérance. II distinguait entre les besoins naturels et les besoins imaginaires. Il montrait qu'il faut bien peu de chose pour satisfaire la faim et la soif, pour se défendre contre le chaud et le froid. Et il se libérait de tous les autres besoins, c'est-à-dire de presque tous les désirs et de presque toutes les craintes qui asservissent les hommes.

Comment mourut Epicure ?

Il mourut d'une longue et douloureuse maladie en se vantant d'un parfait bonheur.

Connaît-on généralement le véritable Epicure ?

Non. Des disciples infidèles ont couvert leurs vices de sa doctrine, comme on cache un ulcère sous un manteau volé.

Epicure est il coupable de ce que de faux disciples lui ont fait dire ?

On n'est jamais coupable de la sottise ou de la perfidie d'autrui.

La déformation de la doctrine d'Epicure est elle un phénomène exceptionnel ?

Toute parole de vérité, si elle est écoutée de beaucoup d'hommes, est transformée en mensonge par les superficiels, par les habiles et par les charlatans.

Pourquoi aimez-vous Jésus ?

Il vécut libre et errant, étranger à tout lien social. Il fut l'ennemi des prêtres, des cultes extérieurs et, en général, de toutes les organisations.

Comment mourut-il ?

Poursuivi par les prêtres, abandonné par l'autorité judiciaire, il mourut cloué sur la croix par les soldats. Il est, avec Socrate, la plus célèbre victime de la Religion, le plus illustre martyr de l'individualisme.

Connaît-on généralement le véritable Jésus ?

Non. Les prêtres ont crucifié sa doctrine comme son corps. Ils ont transformé en poison le breuvage vivifiant. Sur les paroles faussées de l'ennemi des organisations et des cultes extérieurs, ils ont fondé la plus organisée et la plus pompeusement vide des religions.

Jésus est-il coupable de ce que les disciples et les prêtres ont fait de sa doctrine ?

On n'est jamais coupable de la sottise ou de la perfidie d'autrui.

Pourquoi aimez-vous Epictète ?

Le stoïcien Epictète supporta courageusement la pauvreté et l'esclavage. Il fut parfaitement heureux dans les situations les plus pénibles aux hommes ordinaires.

Comment connaissons-nous la doctrine d'Epictète ?

Son disciple Arrien a recueilli quelques-unes de ses paroles dans un petit livret intitulé Manuel d'Epictète.

Que pensez-vous du Manuel d'Epictète ?

Sa noblesse précise et sans défaillance, sa simplicité exempte de tout charlatanisme me le rendent beaucoup plus précieux que les Evangiles. Le Manuel d'Epictète est le plus beau et le plus libérateur de tous les livres.

N'y a-t-il pas dans l'histoire d'autres individualistes célèbres ?

Il y en a d'autres. Mais ceux que j'ai nommés sont les plus purs et les plus faciles à comprendre.

Pourquoi ne nommez-vous pas les cyniques Antisthène et Diogène ?

Parce que la doctrine cynique est l'ébauche de la doctrine stoïcienne.

Pourquoi ne nommez-vous pas Zénon de Cittium, le fondateur du stoïcisme ?

Sa vie fut admirable et, selon les témoignages anciens, ne cessa de ressembler à sa philosophie. Mais aujourd'hui il est moins connu que ceux que j'ai nommés.

Pourquoi ne nommez-vous pas le stoïcien Marc-Aurèle ?

Parce qu'il fut empereur.

Pourquoi ne nommez-vous pas Descartes ?

Descartes fut un individualiste intellectuel. Il ne fut pas assez nettement un individualiste moral. Sa véritable morale paraît avoir été stoïcienne. Mais il n'osa pas la rendre publique. Il fit connaître seulement une "morale provisoire" dans laquelle il se recommande d'obéir aux lois et coutumes de son pays, ce qui est le contraire de l'individualisme. Il semble d'ailleurs avoir manqué de courage philosophique en d'autres circonstances.

Pourquoi ne nommez-vous pas Spinoza ?

La vie de Spinoza fut admirable. II vivait sobrement, de quelques grains de gruau ou d'un peu de soupe au lait. Refusant les chaires qu'on lui offrit, il gagna toujours sa nourriture par un travail manuel. Sa doctrine morale est un mysticisme stoïcien. Mais, trop exclusivement intellectuel, il professe une étrange politique absolutiste et ne réserve contre le pouvoir que la liberté de penser. Son nom fait d'ailleurs songer à une grande puissance métaphysique plus encore qu'à une grande beauté morale.

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NOTES
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[1] Le Petit Manuel individualiste ne nomme pas de vivants. Retour au texte

Han Ryner

Ecrit par Cercamon, à 19:03 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  10
23-02-06
à 07:18

blog123@yahoo.com

Very nice blog!
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