L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





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Dialogue Place Beauvau
Michel Onfray: Comment en êtes-vous arrivé à Sénèque?
Nicolas Sarkozy: Par un ami... Ce livre au milieu des épreuves m'a touché parce qu'il était à la fois très simple et très profond, tout simplement beau.


M.O.: En voilà un qui a vu le pouvoir de près avec Néron...

N.S.: Effectivement, Sénèque était dans l'entourage de Néron et trouvait quelques vertus dans cet abominable type qui couchait avec sa mère et se vautrait dans des orgies sanguinaires...

M.O.: Vous avez une passion pour Albert Cohen?
Un échange courtois, vraiment. On se dit que ces deux-là aiment bien causer philo. C'est leur droit. Mais voilà, la scène se passe Place Beauvau, au ministère de l'Intérieur. Entre un charter et une rafle, une charge de CRS et un contrôle au faciès, Nicolas Sarkozy s'offrait, privilège du roi, la venue d'un vrai philosophe: Michel Onfray. Un entretien évidemment très médiatique qui revient à l'initiative du journal Philosophie Magazine.'
A la lecture de l'article, j'ai le sentiment que Sarkozy prend l'avantage sur Onfray, du simple fait que celui-ci vienne sur son terrain, que le ministre marque encore un bon point dans les médias, qu'il se paye le luxe de « se faire » un philosophe, et "libertaire" en plus!
Mais je ne juge pas les gens sur leur qualité stratégique ou démagogique, que l'un utilise l'autre dans le cadre d'une campagne présidentielle ne m'intéresse guère. Et si nous avions, au contraire, assisté à une véritable déculottée philosophique de Sarkozy, je n'aurais pas éprouvé pour autant un quelconque sentiment de victoire.
Parce que, quelle que soit la qualité, ou l'absence de qualité, de l'échange, nous sommes Place Beauvau... Et si l'on est libertaire, c'est déjà en soi une défaite. Pas un libertaire ne peut envisager une seconde une telle situation, même lors d'une soirée bien arrosée pour déconner! Durruti ne prenait pas le thé avec Franco! May Picqueray lorsqu'elle rencontra Trotski, refusa de lui serrer la main! Viscéralement, les libertaires n'aiment pas la flicaille, alors vous pensez, le premier flic de France! Quand un "libertaire" accepte un petit déjeuner Place Beauvau, avec un ministre, il se prend deux guillemets
Parce que, dans cette époque de toutes les confusions et de tous les renoncements, je pense qu'il faut affirmer que les mots ont un sens, une histoire. Et l'histoire des libertaires est définie par un ensemble d'idées, de principes, qui reposent sur un socle commun, des principes de base: rejet de l'Etat, du capitalisme, de l'autorité et donc, en positif, l'aspiration à une société libre, égalitaire.
On ne peut-être libertaire et capitaliste (on dit libéral à notre époque) ou encore libertaire et renforcer le pouvoir. Et c'est ce que rappelle Sarkozy, avec sans doute un plaisir pervers, à son hôte "libertaire" « lors de ce mémorable entretien: [ ...] En acceptant de jouer le jeu du scrutin démocratique, le Parti communiste a cessé d'être révolutionnaire. Tout adversaire de la République qui se plie aux règles de nos institutions, les renforce ».
Les " révolutionnaires " présidentiables devraient méditer là-dessus! Mais Michel Onfray, il est vrai, ne se dit ni révolutionnaire, ni contre l'Etat, ni contre le capital... Et d'ailleurs il affiche volontiers une distance, voir un mépris pour les anarchistes de notre espèce. Vous savez, ce vieil anarchisme social, ouvrier, de lutte de classes, qui veut la peau du capital et la révolution sociale, qui sent le ranci et qu'il faudrait dépoussiérer, rénover, moderniser, réformer... Michel Onfray devait trouver il y a encore quelques jours plus libertaire d'oser Bové... Devait... Car aujourd'hui il semble que libertaire se conjugue pour lui avec le 100 % à gauche des trotskistes de la LCR! (que Michel Onfray se rassure, le "R" c'est juste pour la déco)

N.S.: C'est ça qui est sympathique chez vous: vous êtes à la recherche de sentiments forts en permanence. Ecoutez, j'ai le regret de vous dire qu'on pourrait partir en vacances ensemble!

M.O. :Vous plaisantez!
N.S.: On ne part pas en vacances avec quelqu'un parce qu'on est d'accord avec lui sur le problème de la Sécurité sociale... Au fond, le plus important, c'est le style, j'en suis persuadé.

M.O. : Je ne crois qu'à ça... Tout ne serait donc qu'une question de style. J'en causerai à mes voisins ou amis ouvriers, chômeurs, précaires, immigrés... Une question de style!
De la Place Beauvau à ma ville, en banlieue, il n'y a peut-être que quelques kilomètres et un périphérique, mais en réalité un océan sépare ces deux mondes: celui de la société de classes. Entre Michel Onfray et Nicolas Sarkozy il y avait la distance d'un pas-de-porte.

Laurent
Groupe libertaire dIvry-sur-Seine de la Fédération anarchiste
faivry@no-log.org

1- Philosophie Magazine, mensuel, avril 2007, N° 8
Les extraits du dialogue proviennent donc de cette revue où on les retrouvera dans leur contexte.

Le Monde libertaire #1474 du 19 au 25 avril 2007
Ecrit par libertad, à 09:36 dans la rubrique "Actualité".



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