L'En Dehors


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Des municipalités... à la commune libertaire de Merlieux
Lu sur Incervables anarchistes : "Merlieux, un petit village du Nord de la France entre Soisson et Laon.Un village foncièrement rural, disposant de peu de moyens financiers, avec une population vieillissante, pas particulièrement progressiste dans la manière de vivre mais qui, du fait de la position politique de l'ancien maire (communiste avouant être passé par l'anarchisme), a déjà été amenée à faire œuvre collective (construction d'un foyer…). C'est là qu'en 1973, Dominique (du groupe Kropotkine de la FA) et ses "complices anarchistes" fondent la Communauté anarchiste du Moulin de Paris avec un souci d'intégration et de participation active à la vie de la commune. La porte étant toujours ouverte, elle devient rapidement le lieu de débat politique du village.
De ces rencontres (Merlieux, la politique, Daniel créateur d'une exploitation d'agriculture biologique et futur maire, la Communauté anarchiste…), naît la tentative de faire revivre le village : un projet de revitalisation du milieu rural tentant aussi de faire participer directement la population à la vie communale.

Révolution à la Mairie

Après de multiples réunions publiques, les candidats aux élections municipales s'engagent sur 3 points : 1°) étudier les projets de revitalisation du village ;
2°) associer directement la population aux décisions et partager le pouvoir le plus largement possible avec un souci permanent d'information ;
3°) défendre l'intérêt collectif à l'exclusion de tout intérêt individuel pour les mandatés.
Il n'est pas question pour Dominique, anarchiste depuis toujours, de devenir maire ou conseiller municipal : " Dès le départ, on a convenu que notre participation active ? à la réalisation, au "faire" mais non aux instances de décision ? était soumise à des conditions notamment celle d'être le plus proche de nos idées politiques. D'où l'obtention que toutes les commissions municipales soient ouvertes…
J'aurais voulu que le conseil municipal ne soit qu'une chambre d'enregistrement des décisions qui seraient prises lors d'assemblées générales de la population. "
Toujours est-il que petit à petit, le rôle des élus change. Jusqu'alors Merlieux gérait simplement le quotidien au rythme des trois réunions annuelles obligatoires, il y avait très peu de projets parce que pas d'argent, ni de capacité à les élaborer, parce qu'être élu au conseil municipal constituait avant toute une reconnaissance sociale.
" Maintenant on ne demandait plus à l'élu d'être un notable, on lui demandait d'être pendant 6 ans un citoyen de la commune parmi d'autres qui s'était dévoué à en faire plus que les autres : il était là pour bosser. Ça change complètement " explique Dominique. La transition se fait, malgré tout, sans heurts, " parce que les membres de l'ancien conseil municipal voyaient un tas de choses se mettre en place ".

Des projets par centaines

Des projets, Merlieux en a à profusion : rouvrir l'école, créer emplois, commerce et habitat… Mais avant, il faut résoudre les problèmes d'infrastructures dégradées avec le minimum de moyens financiers, de façon à ne pas condamner le futur. Des projets modestes financièrement permettent ensuite de mobiliser la commune : les feux de la saint Jean, les repas communaux. Pour tout ce qu'ils entreprennent, les habitants de Merlieux doivent à la fois ruser pour trouver des financements et mettre la main à la pâte.
Pour les canalisations, ils se débrouillent pour faire financer leur réparation par le bassin Seine Normandie dans le cadre d'une étude de suivi d'infiltration de nitrate dans les nappes phréatiques (ce qui impliquait de changer les cultures coupables…) "
Pour l'église c'est pareil.
Le toit s'écroulait ; personnellement ça ne me dérange pas… Mais bon, on n'avait pas de locaux. L'église c'était quand même une surface intéressante… On a monté une association de sauvegarde de l'église, descendu les vieilles tuiles et on les a vendues, on a fait des spectacles… et avec cela on a pu rembourser l'emprunt contracté par la mairie ; on a même ramené quelques sous pour d'autres projets… " Du point de vue de l'organisation, le bureau du foyer assure la coordination et les habitants de Merlieux, regroupés par petits groupes de projet, sont responsables. La population a pu ainsi se connaître et la mobilisation réussir.

Autogestion à l'école
Ouvrir une école à Merlieux, oui mais en faisant en sorte qu'on n'aille pas fermer une école deux villages plus loin : la majorité des parents s'engagent à mettre leurs enfants à Merlieux, sauf certains enfants qui restent à Anisy-le-Château par exemple.
Dominique raconte : " Pour arriver à avoir cette école, on a trouvé la faille : les instituteurs formés à l'IUFM vont enseigner pour la plupart en milieu rural or les classes d'application, c'est-à-dire les classes où les instituteurs vont faire leur stage, sont toutes en milieu urbain. " Merlieux propose la première école d'application en milieu rural… "
Mais il fallait encore la fabriquer dans ses vieux murs. Même si la réouverture de l'école devait être financée à 50 % par l'Etat, 50 % de travaux sur un petit budget communal, c'était impossible à gérer. Le maire a expliqué la situation : "L'entreprise met une semaine pour tout enlever à l'intérieur et demande 15 briques pour cela, plus les 15 briques pour faire la peinture. Si on est capable de faire le nettoyage et la peinture, on peut financer le projet." Les gens se sont engagés à faire ces travaux : on a fait les plannings, on a réquisitionné pelles et brouettes. Trois jours après, le bâtiment avait été nettoyé… L'entreprise a fait le gros œuvre et les habitants ont continué. 50 personnes ont participé à la réalisation matérielle de l'école.
L'école est devenue l'école de toute la population.
Mais aussi le lieu où il n'y aura jamais de dissension. " Grâce à cette motivation et cette mobilisation, l'école primaire a pu rouvrir : aujourd'hui, elle accueille 30 élèves répartis en deux classes. Une convention permet aux enfants de manger à la cantine du CPIE (2), organisme recevant des classes vertes. Le soir, une étude est assurée à l'école dans l'attente du retour des parents. C'est à l'école, entre les deux classes, qu'on trouve la bibliothèque du village.
Si jusqu'à 15 h 30, elle sert aux enfants de centre de documentation, après ils voient des adultes venir chercher des livres et donc qu'on ne lit pas qu'à l'école ! La bibliothèque a débuté, sur l'initiative de Dominique, avec des livres privés, dans un local privé attenant à la communauté, en accord avec le foyer rural. E
lle a eu un tel succès qu'aujourd'hui, ses 5 000 livres tous neufs et ses nombreuses revues sont installés dans les locaux publics. L'équipe bénévole, fonctionnant de façon autonome, a inventé un système de souscription lui permettant d'avoir un fond important de revues : un tiers de l'abonnement à une revue est financé par la bibliothèque et le reste est payé par les personnes qui souhaitent s'y abonner. Une telle dynamique d'autogestion se retrouve à l'intérieur de l'école : quand les enfants de l'école de Merlieux veulent faire un voyage en Allemagne, ils présentent leur projet au conseil municipal qui accepte mais leur demande de participer.
Les habitants leurs construisent une cuisine à leur dimension, et voilà les enfants de Merlieux, faisant les courses, la cuisine et se baladant dans les rues pour prendre les commandes de gâteaux… " Ça a été un très bon support pédagogique et leurs différentes activités ont ramené 5 000 F. "

À l'école de l'autogestion

De même, les différents projets du village sont financés par les fêtes communales. La création de la fête du Livre allie le désir de ne pas tomber dans la facilité des fêtes traditionnelles, à l'envie de continuer l'action sur la lecture. Celle-ci draine aujourd'hui entre 15 000 et 20 000 personnes. Une fête qui mélange une fête populaire avec ses manèges, ses barbes à papa… avec des stands de livres organisés par pôle (science fiction, littérature générale, littérature jeunesse…), la librairie du Monde Libertaire, mais aussi des artisans du livre (relieurs…) et bien sûr des écrivains connus et moins connus. " En fait, notre volonté n'était pas d'attirer des gens déjà sensibles au livre.
On voulait toucher ce qu'on appelle le public non-lecteur…
Merlieux n'est pas un énième salon.
C'est quelque chose qui est à part, quelque chose de convivial… toute la population est là et se met au service de la fête ". Une fête qui vient couronner une année de travail : projet d'affiche faite par des élèves des classes d'écoles graphiques, prix Yves Gibeau décerné par les élèves des écoles parmi 5 romans d'auteurs édités en livre de poche, vivants et qui viennent à la fête pour rencontrer les enfants… "
C'est important de développer une dynamique avec les enfants… ils deviendront des citoyens plus responsables et moins suivistes que les autres et en tant que libertaire ça m'apparaît important de privilégier ce genre de démarche. " Mais les enfants grandissent vite et si la population ne se renouvelle pas, la réouverture de l'école aura été vaine…
Construire des habitations locatives (à loyer modéré) répondait à ce besoin d'apport de nouvelles personnes actives et de rotation de population. Il a fallu ruser parce que la politique du conseil général est de construire des habitations à loyer modéré uniquement en bordure de ville. Pour obtenir un financement de l'Etat qui obligeait aussi le conseil général à faire un effort, le projet devait être innovant : au niveau de l'organisation : habitat groupé autogéré (c'est-à-dire que les futurs locataires étaient associés au projet de construction), au niveau de la structure avec une architecture bois, un chauffage par le sol basse température et un équipement de domotique…
Dans ce complexe, a été construit une salle polyvalente avec cuisine, jeux… qui est utilisée tous les jours. Initialement, le projet de revitalisation prévoyait la création d'emplois.
Aujourd'hui " on ne peut pas dire que ce soit probant " : une seule famille d'agriculteurs, une dizaine d'emplois au CPIE, quelques emplois-jeunes pour la commune et les deux postes d'instituteurs. Les tentatives d'ouvrir une épicerie, un relais Mousquetaires ont échoué. Le foyer rural déjà existant abrite un atelier de télétravail (géré par plusieurs associations successivement et ayant créé 4 emplois).
Mais aujourd'hui on cherche un repreneur. L'ouverture du café-musique (bar, concert, gîte rural, maison du livre) en mai 1999 apporte quelques emplois et en apportera d'autres. Cette réalisation est un bon exemple du travail de Merlieux sur l'intercommunalité pour ouvrir ses projets aux villages alentours. Si la réussite des réalisations de Merlieux peut donner des idées (aux libertaires notamment), elle fait aussi des envieux.

Les masques tombent Après ces années de militantisme communal à Merlieux, Dominique dresse le bilan : " Au fil des années on s'aperçoit qu'on est reconnu (la communauté anarchiste avait les clés de l'école, de l'église, de la mairie…) et qu'on devient franchement incontournable… Au départ l'anarchie, c'est le bordel pour 90 % des personnes.
Mais au village on a vu que les anarchistes étaient des gens sérieux, à qui on pouvait confier des dossiers, sur lesquels on pouvait compter… J'ai pu m'apercevoir du retour des choses, lorsque j'ai été licencié et que toute la population a signé une pétition en ma faveur et pourtant j'étais militant libertaire, barbu, chevelu et sur le toit de la maison flottait un drapeau noir. " Au départ, il existait bien une volonté d'annihiler le pouvoir en faisant en sorte qu'il soit largement distribué. " Pour consolider les acquis et permettre aux expériences d'aller jusqu'au bout ", parce que les gens se fatiguent et que peu à peu ce sont toujours les mêmes qui font voire qui " arrivent avec des dossiers déjà construits " ? et deviennent des spécialistes, parce qu'on " renouvelle la confiance aux gens qui ont fait leur preuve "…
le pouvoir communal reprend le dessus : " Peu à peu, les rivalités anciennes reviennent et les personnes dont les positions seraient un peu divergentes sur certains points deviennent des emmerdeurs. " Malgré tout, " il est intéressant pour un anarchiste de pouvoir mettre en œuvre ses idées, parce qu'il en restera toujours quelque chose.
Mais on ne peut s'abstraire de la réalité : il n'est pas possible de faire un îlot d'autogestion dans un océan capitaliste…
Est-ce qu'on ne perd pas un peu de son âme d'anarchiste à participer à ce genre d'expérience ?
Est-ce qu'on n'édulcore pas à force d'être pris dans la gestion ?
Finalement, on accepte pour l'efficacité un tas de choses et on n'est pas loin, disons… de renoncer un petit peu à nos idées.
Mon militantisme au niveau communal a fait en sorte que j'ai renoncé à un militantisme traditionnel. J'ai investi tout mon temps et mon énergie au niveau communal et en fait les gens oublient que c'est parce que je suis anarchiste, parce que je défends des idées anarchistes. […] Donc, je pense prendre un peu de recul par rapport à cette expérience.
J'arrive à la même analyse que Louise Michel. Elle disait que s'il était possible de créer un gouvernement qui marche, qui pourrait représenter une société, ça serait la Commune de Paris parce que les hommes qui l'ont faite, étaient intègres, dévoués, qu'ils ont donné leur vie pour la collectivité et pourtant ça n'a pas marché.
Elle concluait que c'est le pouvoir qui pervertit tout : le pouvoir est maudit c'est pourquoi je suis anarchiste. " Confronter la théorie à la pratique permet de jauger nos capacités à organiser les pratiques libertaires en dénonçant les rouages capitalistes qui nous entravent. Confronter la pratique à la théorie nous évite l'enlisement et d'inutiles concessions. Allier pratique et théorie permet une dynamique pertinente pour aller vers un autre futur anarchiste. Aujourd'hui, il me paraît important de rechercher un équilibre judicieux entre militantisme communal et militantisme traditionnel. C'est ce à quoi je vais tendre ces prochains mois. "

Danièle Akrich et Sylvie Di Costanzo groupe Louise Michel

(1) La Commune de Merlieux édite une information communale ponctuellement, une à deux pages voire dix s'il le faut (534 numéros au 5 juin 1999)
(2) CPIE : Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement.
Ecrit par libertad, à 16:42 dans la rubrique "Pour comprendre".



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