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DELEGATION DE POUVOIR ET DEMOCRATIE
Le fonctionnement actuel et même passé de notre système politique, basé sur la délégation de pouvoir est une caricature de fonctionnement démocratique. La confiance qui devrait exister en l’élu-e et le citoyen n’existe quasiment plus. La situation est tellement dégradée que nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui refusent désormais la pratique de la délégation de pouvoir… se ralliant pour certains à une conception libertaire de démocratie directe, voire pour nombre d’entre elles à un désintéressement des affaires publiques. Pourtant, si le constat est exact, la réponse est loin d’être évidente.

Ce repli sur des positions de principes, tels ceux de la démocratie directe et de l’autogestion, qui ont pour but de préserver l’intégrité de pensée de chaque individu est tout à fait honorable et compréhensible. Cependant proclamer le principe de la « non délégation » comme la solution absolue et définitive au fonctionnement politique n’est pas, concrètement simple à réaliser ? En effet, dans toutes les époques de l’Histoire et en particulier celles au cours desquelles le fonctionnement démocratique de la collectivité a été « le plus démocratique qu’il soit »… en particulier l’Espagne des collectivités rurales.en 1936-37, le recours à une certaine délégation de pouvoir a été nécessaire.


PRINCIPES THEORIQUES ET CONTRAINTES PRATIQUES


« Que votre OUI soit OUI, que votre NON soit NON ». Ce principe de base de tout fonctionnement démocratique n’est pas simple à appliquer. Pourquoi ? Tout simplement, si l’on peut dire, parce que matériellement on ne peut consulter tout le monde à tout instant. Ceci n’est évidemment pas vrai pour de petites collectivités, mais dès que le nombre de participants augmente, le problème des modalités de la consultation se pose. Il est apparu logique, et ça l’est, de contourner cette difficulté en ayant recours au système de « représentation » : on délègue son pouvoir à une personne en laquelle on a confiance. Cette personne va bien entendu concentrer dans ses propres mains, le pouvoir (délégué) de plusieurs personnes et donc acquérir une légitimité (elle sera l’expression de ces personnes)… lui conférant ainsi un pouvoir dépassant celui de chaque personne qui lui a fait confiance.

Cette situation est-elle dangereuse ? Certainement, et même lourde de risque de dérives, ne serait que parce qu’il y a concentration de pouvoir en une seule personne… d’où risque d’abus, d’autonomisation et donc violation de la confiance de l’autre, de celle ou celui qui a délégué. C’est d’ailleurs cette dérive là qui a atteint la « représentation parlementaire » au point d’en faire une caricature de démocratie.

Cette dérive prend la forme d’une « confiscation démocratique du pouvoir »… c’est exactement ce que nous vivons dans les « pays démocratiques » ou l’accès au pouvoir est verrouillé par une bureaucratie politique qui s’assure de toute impossibilité de changement politique.

Cette situation est reconnue par le plus grand nombre mais faute de trouver/proposer un autre système et devant l’impossibilité d’organiser, par la voie légale, un contrôle et une limitation des mandats (jamais les élus en place ne l’accepteront… et pour cause) elle perdure en se dégradant.

Le recours à la « démocratie directe » qui éviterait toutes ces dérives est préconisée par certain. Une telle conception est bien sûr combattue par les profiteurs du système en place. Elle ne rencontre cependant pas de nombreux échos en dehors de la classe politique et inspire plutôt le scepticisme et la méfiance. Pourquoi ? Par ce que l’on ne voit pas très bien, du fait de la configuration de notre société comment on pourrait rendre opérationnel un tel système et d’autre part le système marchand se satisfait parfaitement de ce mode de fonctionnement.

Autrement dit, en l’absence d’un changement radical de notre mode d’existence sociale et d’une remise en question des rapports sociaux actuels, on ne voit pas très bien comment peut s’améliorer un système dit démocratique qui ne satisfait plus une bonne partie de la population résignée et fataliste.


RAPPORTS DE PRODUCTION ET FONCTIONNEMENT POLITIQUE


Bien évidemment, le problème du fonctionnement de la démocratie et en particulier du système d’exercice du pouvoir n’est pas qu’un problème technique, n’est pas qu’un problème d’organisation. Il est lié à la nature du rapport social qui le sous-tend.

Le rapport marchand est un rapport fondamentalement inégalitaire (voir l’article « LOGIQUE MARCHANDE OU LOGIQUE SOCIALE , FAUT CHOISIR ! ») qui ne saurait survivre à un fonctionnement véritablement démocratique de la société. De même que le système féodal ne pourrait fonctionner avec un système politique tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il y a donc un lien entre « nature du rapport de production » et « forme de l’organisation politique de la société ». Il est donc illusoire de vouloir changer en profondeur le fonctionnement politique du système marchand. Ceci ne veut évidemment pas dire qu’il ne faille pas être vigilant sur la défense et la préservation d’un certain nombre d’acquis (liberté d’expression,…).

La disponibilité en temps du citoyen joue également un rôle important dans l’exercice de la démocratie. Une population indisponible, manquant de temps, obligée d’être au travail une bonne partie de la journée aura tendance à « déléguer » son pouvoir à des représentants qui feront « fonctionner la société ». Or la présence au travail, l’organisation du travail, le partage du travail n’est pas un problème technique, il est avant tout et essentiellement un problème d’organisation économique et sociale, un problème politique surtout dans notre société ou les capacités de production ont atteint un niveau susceptible, à la fois de répondre aux besoins humains et libérer les femmes et les hommes d’un certain nombre de tâches.

La classe politique a donc tout intérêt à ce que la majorité de la population soit « occupée » afin de se réserver le monopole de l’exercice du politique. Bien évidemment les choses ne sont jamais présentées de la sorte, et l’incitation au travail est justifiée par un soit disant impératif à produire toujours plus ( ???)… logique dont on sait ce qu’elle donne (voir l’article « CROISSANCE, QUELLE CROISSANCE ? »)


UNE NOUVELLE PRATIQUE SOCIALE POUR UNE NOUVELLE PRATIQUE POLITIQUE


Ce n’est donc pas à partir d’une amélioration, un réforme du système politique actuel que l’on pourra mettre en place un système véritablement démocratique.

Tous les discours officiels sur la « modernisation de la démocratie » ne sont que des aménagements de circonstances en vue de donner l’illusion d’un accroissement du pouvoir des citoyen-ne-s… on sait ce qu’il en est dans les faits.

Le véritable fonctionnement démocratique ne peut se faire que sur une base constituée de rapports de production qui ne seront pas fondés sur l’instrumentalisation de l’individu, mais dans lesquels, la concertation tiendra lieu de principe de fonctionnement. Cette condition, si elle est nécessaire n’est cependant pas tout à fait suffisante. Au moins deux autres conditions doivent être réalisées :

- constituer de petites unités de vie pour éviter toute concentration de pouvoir… ce qui ne veut, bien entendu, pas dire une vie autarcique de ces unités,
- mise en place d’un système de délégation temporelle de pouvoir, non renouvelable et en permanence sous contrôle.

C’est donc à un bouleversement complet de la manière de produire, de consommer, de se déplacer que nous devons procéder pour établir une véritable démocratie. (voir l’article « TRANSITION »). Alors la délégation de pouvoir apparaîtra non plus comme une pratique perverse, ce qu’elle est aujourd’hui, mais une commodité de fonctionnement politique ainsi qu’un véritable engagement citoyen de chacune et chacun.



Certain-e-s trouveront dans cette perspective un brin d’utopie… pourquoi pas ? Encore que cela paraisse utopique en référence au système dans lequel nous vivons actuellement. Cette perspective n’est pas plus utopique que celle qui aurait consisté à parler de liberté syndicale à des esclaves de l’Antiquité.

Patrick MIGNARD
Ecrit par , à 12:24 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  Anonyme
10-12-04
à 15:22

Deux principes fondamentaux sont oubliés: le mandat impératif et la révocabilité des mandatés
Répondre à ce commentaire

  marchal
10-12-04
à 19:22

Re:

Et bien alors vas-y lance le débat !
Je viens de me taper :
LOGIQUE MARCHANDE OU LOGIQUE SOCIALE , FAUT CHOISIR !
CROISSANCE, QUELLE CROISSANCE ?
TRANSITION
Mis à part ton commentaire ci-dessus, pour le reste 0. C'est trop facile, trop difficile à lire, personne n'est intéressé ? Moi je fatigue…
Répondre à ce commentaire

  Anonyme
11-12-04
à 10:00

Re: Re:

Marchal, que veux dire ton commentaire ? C’est une réaction à 15h22 (Je ne suis pas 15h22) ?

Attention parce que autant la fonction commentaire est intéressante, autant des lecteurs occasionnels du site peuvent ne pas piger certains commentaires si ces derniers sont réservés à des « anciens », des « initiés », du site.

L’article m’a encore une fois fait penser au fait que la description du fonctionnement démocratique anarchiste n’est plus très compréhensible car autant il est précis sur les « petites unités » autant il est trop vague sur la coordination démocratique de ces collectivités. A mon sens le plus gros problème est celui de l’organisation de la production, il y a des impératifs de fluidité, et en fait de planification. Hormis des hypothèses primitivistes qui elles ne nécessitent pas ou peu de planification, l’anarchisme doit être plus clair sur ce point. Je crois qu’il est tout à l’avantage de l’anarchisme de penser global,ou en terme de réelle autonomie, pour l’économie (encore qu’il n’y a pas que l’organisation de la production qui pose problème si on fait trop l’impasse théorique sur le global, même si elle reste la première contrainte à l’ouverture) . On voit bien que le texte se retranche vite derrière le local,le terrain favori.

Répondre à ce commentaire

  Anonym3
11-12-04
à 16:06

Re:

  • Deux principes fondamentaux sont oubliés: le mandat impératif et la révocabilité des mandatés
Il y a cette partie qui va un peu dans ce sens :

"- mise en place d’un système de délégation temporelle de pouvoir, non renouvelable et en permanence sous contrôle."

Mais c'est pas trés précis, mais le texte défend la démocratie directe, pas l'anarchie politique. Je pense avoir compris que ce texte est déstiné à des individus sans connaissance préalable aux questions "politiques" ou/et à des partisans de la démocratie directe. Mais je me trompe peut-être...
Répondre à ce commentaire

  Anonym3
11-12-04
à 17:08

Re: Re: Re:

  • A mon sens le plus gros problème est celui de l’organisation de la production, il y a des impératifs de fluidité, et en fait de planification.
Mais cela dépend surtout si tu organises la production en réponse aux besoins, de maniére individualiste, collectiviste ou communiste. le résultat n'est politiquement pas le même... D'aprés mes connaissances, les individualistes veulent organiser la production de maniéres diverses, entre une gestion de la posséssion individuelle et collective par mutuellisation ; les collectivistes veulent organiser la production de maniére globale en planifiant par des organisations de production, le probléme qui avait été montré (par les anarchistes communistes aux collectivistes libertaires), dans les années 1870's, était la spécialisation technicienne de ce mode de production, et le possible pouvoir d'une élite technicienne ; les communistes veulent organiser la production de maniére locale ou/et globale en partant des besoins pour produire le nécéssaire avec les moyens et capacités à disposition en fédérant des unités de productions.
Par rapport à l'article, sur la délégation de pouvoir, je pense que le fonctionnement individualiste et communiste, au contraire du collectivisme, évite "l’instrumentalisation de l’individu" par des organisations ou par une logique économiste qui a pu être experimenté en d'autres époques et d'autres lieux, et qui semble être à nouveau posé comme indispensable par certaines organisations dites "anarcho"-syndicalistes et qui maintenant se revendiquent juste "syndicaliste révolutionnaire".
En aparté, à ce sujet, j'ai trouvé cet article qui me semble important de mettre à lire dans les milieux libertaires, car à part le fait que j'avais de gros soupçons de par mon expérience, sur l'entrisme de trotskos dans certaines orgas "anars" (et que j'avais exprimé dans des commentaires, autre part), j'y trouve une confirmation de ces doutes dans cet article.
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  marchal
11-12-04
à 17:47

Trois copier/coller manquaient, il me fallait aussi un commentaire : 15h22.

Tu as raison il faut prendre garde aux commentaires, mais il y a tellement déjà de morts : de cadavres ! D'autres qui s'attardent sur des vétilles. J'ai même vu 600 déserteurs… C'est pourquoi je n'hésite pas à donner du bâton comme j'en ai donné aux " paysans "
Je ne peux savoir qui tu es l'Anonyme, et tu ne peux savoir qui je suis, il faudrait pour cela que nous puissions rencontrer nos " regards ". Mais puisque tu parles global, dis-toi bien que j'en suis.
Maintenant voyons : il y a véritablement un flou quant à la description du fonctionnement démocratique anarchiste, en conséquence il existe aussi ailleurs...
Tu me dis que de petites unités en ont une conception plus précise (je n'en sais rien, je les connais pas) Il serait à mon sens intéressant qu'elles s'expriment clairement à ce sujet, pour ici mais aussi pour ailleurs. S'il y a aussi un problème de coordination démocratique de ces collectivités, c'est un autre point à analyser afin d'y mettre un terme rapidement pour que le " local " puisse véritablement penser " global ".
C'est d'autant plus urgent, vu l'actualité, que des " tests de répressions " se réitèrent sans que les populations en prennent conscience. Bien au contraire, les médias, dont nous connaissons le fonctionnement, participent activement à l'endormissement, présentant toutes actions comme étant marginales. Très dangereux à mon sens.
Nous avons actuellement un allié : l'environnement. De lointain, le voilà devenu proche. Il serait dommageable, que cela se retourne contre nous.
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  marchal
11-12-04
à 17:51

Re: Re: Re: Re:

Très intéressant cet article.
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