L'En Dehors


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Chaos : propagande de l’anarchisme ontologique

Lu sur Kaosphorus : "Cet ouvrage a pour ambition de proposer aux lecteurs francophones, un panel de textes, dont certains traduits pour la première fois en français, en espérant qu’ils leur permettront de pénétrer la pensée fascinante de l’un des auteurs les plus « contre-culture » de la fin du 20e siècle.

Peter Lamborn Wilson, dit Hakim Bey (signifiant « M. le Juge » en turc), est un écrivain politique et poète se qualifiant lui-même d’« anarchiste ontologiste ». Wilson aurait passé deux ans en Inde, au Pakistan et en Afghanistan, puis 7 ans en Iran, avant d’être contraint de quitter le pays à la chute du Shah Mohammad Reza Pahlavi, en 1979 ; ses textes sont imprégnés par le soufisme et le tantrisme, ou Voie de la main gauche dans la philosophie bouddhiste.

Dès les années 80, il est connu pour ses incitations au terrorisme poétique et sa théorisation des TAZ (Zones d’Autonomie Temporaires), phénomènes qui se sont notamment propagés dans les universités françaises, lors du mouvement anti CPE de 2006, les manifestations spontanées et éphémères ainsi que les occupations festives s’étant avérées particulièrement efficaces pour que le mouvement reste dynamique.

Il se peut qu’Hakim Bey soit une identité partagée par plusieurs auteurs à tendance anarchiste, dont Wilson, l’objectif étant de mettre en avant moins leurs auteurs que les idées elles-mêmes. Et c’est également notre but ici.

Mais avant de vous laisser plonger dans ces œuvres, il nous faut répondre, en tant que traducteur, à deux accusations devenues presque classiques :

Selon certains, la TAZ ne serait qu’un cheval de Troie visant à répandre et/ou justifier la pédophilie. C’est du moins ce que l’on doit comprendre en lisant certains articles sur le net. Elle serait le laboratoire privilégié d’une conspiration pro-pédophilie, évidemment mondiale et digne de celle des illuminati – mais en plus fort, car nettement plus silencieuse et pernicieuse. Elle n’aurait même d’autre but que de soumettre la volonté de ses participants. Pour y arriver, rien de plus simple : intoxiquer les esprits non critiques des anarchistes et autres libertaires ; les convaincre que l’anarchisme est le droit de violer les enfants, et le tour est joué.

Modeste traducteur des œuvres de Bey, je ne peux que constater qu’il évoque, dans certains textes, son amour pour de « jeunes garçons » et son goût pour l’esthétique des corps d’éphèbes. Cela suffit-il à lire Zones Autonomes Temporaires comme un pamphlet pro-pédophile ? Je ne le crois pas. Et ceux qui le pensent doivent avoir un léger problème d’accommodation. Car condamner une œuvre sur la base d’extraits soigneusement choisis, de rumeurs douteuses, ou des penchants supposés de l’auteur, fait la belle affaire de ceux que nous combattons. On se débarrasse ainsi de l’homme et de ses idées, & quoi de mieux si ce sont les anarchistes qui font le travail à la place du pouvoir ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Effacer Bey de la mémoire collective par un procès de Moscou rapidement mené, où accusateurs, juges et défenseurs ne pourraient qu’être d’accord sur le verdict ! « Enfin, monsieur, toucher un enfant, cela ne suffit-il pas à justifier l’autodafé ? »

Or il me semble capital, en premier lieu, de différencier le message du messager, d’autant que Bey ne demande à personne, et il suffit de le lire pour s’en convaincre, de le suivre sur ce terrain. Ensuite, si nous apprécions Sade, Céline ou Ezra Pound, si nous lisons les œuvres de Kadhafi, celles de Bakounine avec un esprit ouvert et critique, pourquoi ne pourrions-nous faire de même avec Hakim Bey ? Je veux croire le lecteur capable de se faire sa propre opinion.

Autre accusation que l’on rencontre couramment : les lecteurs de Bey ne seraient que des idolâtres sans jugeote, d’exécrables adulateurs & de vulgaires chasseurs d’autographes écrits avec le sperme de l’auteur.

Si je ne doute nullement que certains agitent le vide de leur pensée au moulin de la TAZ, leur médiocrité ne fait pas de tous les lecteurs de Bey, des décérébrés porteurs de bannières fermées à leur propre intellect. Les anarchistes n’échappent certes pas au besoin humain de se forger des idoles, de s’attacher à un livre saint et de psalmodier slogans et vœux pieux mais, personnellement, je ne connais aucun beyolâtre junkie des taz et autres paz.

Hakim Bey et sa TAZ ne seraient-ils, alors, que des idoles des Temps modernes pour activistes de salon ? De faciles justifications à l’inaction de pseudo-libertaires embourgeoisés ? Sans doute, en partie – dans l’absolu tout est vrai et possible, mais c’est oublier que Bey et la TAZ sont, avant tout, des outils et aucunement des fins !

Il y a de grands vides dans les écrits de Bey, mais surtout une incompréhension des intentions de l’auteur. Bey ne désire pas notifier un système figé indestructible, tout-puissant. Il expose une vision poétique de la critique du monde, dans le sens surréaliste et situationniste. Il pose les jalons d’une formulation physique de la contestation – charnelle, car Bey nous demande de « bouger », non de fonder des syndicats, des partis politiques ou antipolitiques. Il nous adjure de lire le monde avec des yeux différents. De le décrypter avec nos tripes, avec notre sang, avec notre foutre ! Pas de tergiverser sans fin sur les modalités structurelles d’une révolution illusoire !

Le Grand Soir serait que nous soyons tous nus dans la rue à nous foutre de la gueule des étoiles, car Bey n’est pas Bakounine, Bey n’est pas Marx, Bey n’est pas Lénine ! Bey est, avant tout, un poète qui nous propose une image de l’homme, de la société – ou de sa fin, une vision festive de l’insurrection, là où nos bons révolutionnaires posent les principes de la violence et de la mort, Bey établit les principes de la Vie et de la Joie !

Ses écrits sont une boîte à outils dont je me sers quand et comme je le désire. Si je suis un petit bourgeois avec le cul coincé dans mon fauteuil, cela me regarde. Mais si Bey me demande de me lever et d’essayer de changer non le monde, non l’homme, mais la vision du monde, de l’homme et de la vie en général. S’il me le demande, de manière incomplète et maladroite, il se peut que je me lève et que j’agisse de manière spontanée et autonome. Il se peut que je vienne pisser dans votre boîte aux lettres pour terroriser poétiquement votre glacis de pensées ! Il se peut que je me barre sur les routes pour fonder des Tongs aux buts aussi cryptiques que la pensée intime de Bey elle-même. Il se peut que tout se puisse.

Spartakus FreeMann, septembre 2008 e.v., au Nadir de Libertalia.

Pour vous procurer une copie papier de l’ouvrage complet :

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Ce que ceci vous raconte n’est pas de la prose. Il peut être affiché, mais reste vivant & existant. Il ne veut pas vous séduire, à moins que vous ne soyez extrêmement jeune & bien foutu(e) (envoyez-nous une photo récente).

Hakim Bey vit dans un hôtel chinois malfamé où le propriétaire épingle partout des journaux & des publicités pour l’Opéra de Pékin. Le ventilateur du plafond tourne en une danse derviche lascive – la sueur coule sur les pages – le caftan du poète élimé, répandant de la poussière sur la couverture – son monologue semble décousu & légèrement sinistre – derrière les fenêtres fermées, le barrio (Quartier Latin) se transforme en un lieu de palmiers, d’océan bleu… la philosophie du tropicalisme.

Le long de l’autoroute, quelque part à l’est de Baltimore, vous arrivez à un camping-car avec un énorme logo sur la pelouse « LECTURES SPIRITUELLES » & l’image crue d’une main noire sur un fond rouge. À l’intérieur vous remarquez une disposition de livres de rêves, d’innombrables livres, des pamphlets sur le HooDoo & la Santeria, de vieux magazines poussiéreux sur le nudisme, une pile de « Boy’s Life », des traités sur les combats de coqs & ce livre, Chaos. Tels des mots parlés en un rêve, présages, divinatoires, évanescents, se transformant en parfums, oiseaux & couleurs, de la musique oubliée…

Ce livre se distancie de lui-même par une impassibilité de surface, presque une vitrosité. Il n’agite pas la queue & il n’aboie pas, mais il mord & bouffe les meubles. Il n’a pas d’ISBN & il ne désire pas que vous soyez un disciple, mais il se pourrait qu’il kidnappe vos enfants.

Ce livre est nerveux comme du café ou la malaria – il dispose un réseau de courts-circuits & de blancs de sécurité entre lui & ses lecteurs – mais il est si manifeste & littéral qu’il s’encode pratiquement lui-même en une stupeur.

Un masque, une auto-mythologie, une carte sans territoire – rigide comme une peinture égyptienne – pourtant, ce livre parvient à caresser un visage & se retrouve soudain dehors dans la rue, dans un corps, habillé de lumière, marchant, éveillé, presque satisfait.

New York, 1er mai – 4 juillet 1984

Gnu GPL


P.-S.

Traduction & adaptation française par Spartakus FreeMann avril- 2005 - septembre 2008 e.v., Zénith de Libertalia.

Autonomedia Anti-copyright, 1985, 1991. Peut être librement pirate & diffusé & détruit & peut servir à emballer le poisson du vendredi.

Autonomedia - P. O. Box 568, Williamsburgh Station, Brooklyn, NY 11211-0568

Ecrit par libertad, à 22:01 dans la rubrique "Pour comprendre".



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