L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





Crée le 18 mai 2002

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Charte En dehors

Charte de l'En dehors

Voici un texte publié par E. Armand, le fondateur de l'En Dehors des années 30, puis de l'Unique après guerre. Ce texte décrit le fonctionnement de l'Unique et peut servir de charte pour l'En Dehors actuel.


Que « s'occuper de ses propres affaires » soit le seul code moral qu'implique pour l'individu le sens an-archiste de la vie, c'est ce dont aucun individualiste ne saurait douter. II est évident, quand il s'agit de la façon dont sont confectionnés les périodiques qui se réclament de l'anarchisme, qu'il n'appartient à personne de se mêler du programme que se trace ou réalise chaque animateur ou directeur ou propriétaire (à quoi bon chicaner sur les mots) d'un de ces organes. Ce préambule est bien inutile en ce qui concerne « l'Unique », car on ne peut lui reprocher le « crime » d'être intervenu dans les affaires des autres feuilles anarchistes. On est d'avis ici qu'il appartient au lecteur de juger par lui-même si la manière dont est rédigé le journal qu'il reçoit, est ou non de son goût, à l'exclusion de toute immixtion ou pression extérieure et d'en tirer toutes conséquences. En passant, on me permettra de remarquer qu'il n'est ni d'un bon camarade, ni d'une élémentaire loyauté de continuer à recevoir un périodique du genre de celui qui nous occupe, sans avertir son administration qu'on a cessé de s'y intéresser. Les journaux, du genre du nôtre - surtout du nôtre - ne circulent que dans un milieu qu'on suppose a priori épouser des idées non conformistes, tout au moins, milieu qui n'ignore point les difficultés financières que peut rencontrer une publication qui n'est soutenue ni par de la publicité, ni par aucune subvention d'un genre ou d'un autre. S'insoucier des dates de réabonnement, ne répondre que par le silence aux rappels de règlement d'arriérés, etc., sans fournir la moindre explication de ce comportement est une attitude plus qu'incompréhensible de la part de gens dénonçant véhémentement et à tous propos la malhonnêteté le manque de conscience ou la fourberie des meneurs d'une société basée sur l'exploitation de la peine d'autrui ou indifférente à l'effort individuel.


Il y a plusieurs façons, de concevoir la confection d'un périodique de l'espèce du nôtre. II peut être l'émanation d'une rédaction collective choisie par un groupement ou un Congrès pour une durée déterminée, et responsable devant lui - le travail en commun d'une équipe de rédacteurs responsables uniquement à eux-mêmes de la marche de leur oeuvre - le fruit d'une initiative personnelle, le fondateur n'étant responsable qu'envers lui-même de ce qu'on appelle «la cuisine.» de sa publication (1).

Ce sont des réalisations très différentes l'une de l'autre dont la compréhension raisonnée éviterait bien des malentendus si l'on voulait se soucier d'y réfléchir sérieusement.

Tels que Liberty de Tucker, l'en dehors d'avant guerre et l'actuel Unique ne sont ni l'émanation d'une rédaction choisie par une assemblée quelconque, ni celle d'une équipe de rédacteurs, mais une création personnelle. Celui qui assume la publication d'un périodique de ce genre le considère comme son moyen de production intellectuelle dont il propose le produit à ses risques et périls à un certain nombre de personnes qu'il suppose susceptibles de s'intéresser à son initiative, demandant simplement que l'avertissent celles d'entre elles que sa tentative laisse indifférentes.

Liberty, l'en dehors, l'Unique étant considérés comme la propriété de leur fondateur, il s'ensuit que celui-ci jouit de la faculté absolue d'accepter ou refuser l'insertion des articles qu'on lui envoie sans qu'il les ait demandés, de se séparer de ceux de ses collaborateurs qui ne lui paraissent plus d'accord avec la tendance qu'il désire imprimer à son oeuvre, de les remplacer par d'autres, etc. De même il décide s'il est utile de continuer ou de terminer une polémique ou discussion d'idées qu'il estime sans objet ou fastidieuse pour les lecteurs de son périodique, - de cesser de s'occuper de telle, ou telle entreprise apparentée à la sienne, de répondre ou non aux attaques dont son oeuvre peut être l'objet. Et même de faire subir une évolution à la tendance qu'au début de son initiative, il avait conférée à sa production. II lui appartiendra encore de déterminer à quel moment il conviendra d'interrompre ou de cesser son initiative. Ou de la reprendre sur d'autres bases. Toutes ces questions ont été longuement examinées jadis dans Liberty : naturellement, elles ont toujours été résolues en faveur du producteur, de l'initiateur. Une production intellectuelle personnelle - sous la forme de publication périodique - n'est pas une « Tribune libre » et celui qui en est l'auteur est fondé à résister à toute tentative d'intrusion ou d'infiltration dans la façon dont est conçue sa rédaction ou son administration. Dans la pratique, les collaborateurs qui se séparaient de Liberty ou dont cet organe se séparaient créaient d'autres publications ou exposaient leurs points de vue dans d'autres journaux.


On s'est toujours efforcé à l'Unique d'éviter toute mécompréhension en répétant à chaque fascicule .les termes du contrat soumis à tous ceux qui se résolvent à nous envoyer des manuscrits NON SOLLICITES.

[Nous rappelons à nos lecteurs que les avis consignés dans la rubrique TENIR COMPTE ne sont pas le résultat de caprices ou de fantaisies; mais ont été rédigés pour être lus.]

Donc nous prévenons nos collaborateurs éventuels que pour éviter toute correspondance superflue, il ne sera donné suite à aucune réclamation - quelle qu'en soit la provenance - concernant la non publication des manuscrits non sollicités ou leur insertion avec corrections, de même qu'au sujet de la date de leur publication.

Nul n'est pris en traître et personne n'a à gémir si sa copie n'est pas insérée ou si on ne retient que partie de cette copie ou si on condense un texte genre tirage à la ligne, présentant cependant un certain intérêt.

D'ailleurs nous retournons toujours toute copie non insérée à son auteur dès qu'il en exprime le désir et nous envoie le montant de l'affranchissement que ce renvoi comporte.

Quelques lignes concernant cette question : je ne me suis jamais senti diminué ni amoindri quand pour des motifs d'espace disponible ou autres raisons de mise en pages; on me demandait de limiter à 80, 100, 120 lignes une collaboration même sollicitée. Plus j'avance en âge et plus me parait sotte vanité de se refuser à comprendre les impératifs qui peuvent amener le responsable personnel d'un périodique à assigner telle ou telle dimension aux articles qu'i1 y insère.


L'Unique ne se présente pas non plus comme une production incohérente, ouverte à toutes les élucubrations, sans boussole ni ligne de conduite. L'individualisme an-archiste de l'Unique - qui peut différer d'autres aspects. de l'individualisme tout aussi intéressants et même ne concorder en rien avec eux - s'exprime dans un exposé qui paraît dans chaque fascicule (Principales tendances de « l'Unique » et des «individualistes à sa façon »). Ce résumé a été rédigé après mûres réflexions - ce dont nos lecteurs ne se doutent peut-être pas. Il est évident que poursuivant une propagande bien définie, on ne saurait insérer ici des articles ou études allant à l'encontre de ces tendances. On peut publier des articles ou études à titre documentaire, aux fins d'information, par exemple, mais à condition qu'ils ne visent pas à battre en brèche les énoncés de ces tendances. Voici par exemple celle de la fidélité à la parole donnée et aux clauses des pactes librement « consentis, et ce dans tous les domaines. » Il ne saurait être question d'ouvrir les colonnes de « l'Unique » à des affirmations contraires. On peut discuter des possibilités des conditions de préavis dans lesquelles un pacte peut être résilié, etc., mais non exploiter l'accès de notre revue pour combattre la notion de contrat in se. De même en ce qui concerne l'élimination de la souffrance dans « les rapports conditionnés par l'amitié ou la camaraderie », on peut insister sur les difficultés que présente l'élimination de cette souffrance, mais non profiter de l'accueil de « l'Unique » pour proclamer que l'amitié ou la camaraderie doivent inévitablement s'accompagner de souffrance. Dans de tels cas, on ne doit pas s'étonner du refus auquel s'expose le protagoniste de thèses décidément hostiles à celles qui sont la raison d'être de l'existence de notre périodique.

Je ne dis pas que ne puisse se concevoir et publier un périodique individualiste sans tendances affirmées, acceptant d'insérer sans discernement tout ce que ses rédacteurs occasionnels peuvent et veulent lui faire parvenir, dont les articles se contredisent à plaisir, où l'on décore du nom d' «éclectisme » l'allure désordonnée. Ce n'est pas le point de vue de « l'Unique », voilà tout.

Ce point de vue nous a conduit à travers tant de tribulations, à ne jamais négliger d'offrir à nos abonnés la possibilité d'entrer en relations utiles les uns avec les autres par le truchement des « Trois Mots aux Amis ». Cela vaut bien la prolongation de polémiques où discussions qui n'en finissent pas et qui, s'il n'y prenait pas garde, réduirait su rôle de domestique - afin de satisfaire un amour-propre égratigné - celui qui assume la responsabilité de la rédaction de « l'Unique ».


E. Armand


  1. On peut concevoir un périodique dont le fondateur, serait le seul rédacteur (genre Josiah Warren) ou qui se bornerait à la traduction d'articles parus à l'extérieur. Ou qui se confinerait à des extraits d'ouvrages concordant avec la propagande qu'il poursuit ; à ce propos, ne pas oublier que la « propagande » de « 1'Unique » est plutôt destinée à l'intérieur qu'à l'extérieur, plus « intimiste » qu'« expansionniste »


L'Unique #79-80 décembre1953-janvier 1954



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