L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





Crée le 18 mai 2002

Pour nous contacter : endehors(a)no-log.org



Comment publier un article sur le site ?


Comment publier un commentaire à un article ?


Charte du site


D'où venons-nous ?


Nos références
( archives par thèmes )


Vous pouvez nous soutenir en commandant nos brochures :

Les éditions de L'En Dehors



Index des rubriques

Les collaborateurs et collaboratrices de l'En Dehors

Liens

A noter

Recherche

Archive : tous les articles

Session
Nom d'utilisateur
Mot de passe

Mot de passe oublié ?

Spezzano Albanese : l’expérience communaliste de la Fédération municipale de base
Lu sur Le Monde libertaire - Organe de la Fédération anarchiste : "Spezzano Albanese n’est pas une grande ville, mais, comparée aux autres villes de la Calabre, elle n’est pas non plus si petite : elle compte 10 000 habitants.Elle est située dans une zone principalement agricole. Ceux qui possèdent quelques parcelles de terrain peuvent vivre avec difficulté de leur travail en produisant des agrumes, des pêches ou des olives. Par contre, ceux qui n’ont rien vivent surtout de travail au noir pour les grands propriétaires terriens ou dans de petites structures de transformation et de commercialisation de la production agricole. Il y a aussi du travail au noir dans le bâtiment.Le secteur tertiaire est assez développé, Spezzano étant un centre autour duquel gravitent d’autres villages calabrais. Enfin, il n’y a pas d’industrie et le chômage est élevé. Naissance de la FMB de Spezzano Albanese :La Fédération municipale de base (FMB), est la résultante d’une présence anarchiste très enracinée sur le territoire depuis le début des années 70. À cette époque, l’administration de Spezzano Albanese était aux mains des communistes et elle n’avait rien à envier aux pratiques des démocrates-chrétiens dans le domaine de la corruption, du vol et du clientélisme. En ce qui concerne la répression, elle appliquait la logique des pays du « socialisme réel » (le maire interdisait les manifestations politiques sur la place centrale et n’accordait les salles municipales qu’au PC).

Le groupe anarchiste, qui venait de se constituer, s’est opposé d’une manière ferme à cette politique, pendant que les autres partis de la minorité du conseil (Démocratie chrétienne, parti socialiste italien et mouvement social italien), installés dans une situation qui leur procurait des faveurs, ne faisaient que défendre leur propre boutique.
À cette époque, les anarchistes ont commencé à favoriser la création de structures de base composées d’étudiants, de chômeurs et de travailleurs qui s’intéressaient particulièrement aux questions de santé, d’environnement et d’urbanisme.

Dans la deuxième moitié des années 70, naissait au sein du mouvement anarchiste italien la proposition de reconstruire l’Union syndicale italienne (USI). Au congrès de Gênes, en 1978, organisé dans ce but, deux positions se sont affrontées qui ont abouti à la fois à la constitution de l’USI et à celle des Comités d’action directe (CAD).

À Spezzano, en 1979, les structures de base se regroupent dans une organisation qui prend le nom d’USZ (Union syndicale de zone) qui n’adhèrent ni à l’USI ni aux CAD. Cette organisation, entre très vite en conflit avec la mairie du fait de son travail de contre-information par rapport aux décisions de celle-ci. Par exemple, les anarchistes de l’USZ n’ont pas eu à attendre la farce de la « révolution des mains propres » pour montrer, preuves à l’appui, la corruption et les scandales de l’administration. Ils portaient sur la place publique les décisions municipales, faisaient des expositions et des meetings publics pour dénoncer la gestion municipale.

Exemple de quelques luttes menées par l’USZ
? celle des veuves et des orphelins pour obtenir les aides qui leur étaient dues, mais étaient détournées par la mairie.
? dénonciation du fait que le maire percevait des indemnités qui auraient exigé un don d’ubiquité (le même jour, à la même heure et dans des lieux différents, il était supposé participer à une réunion en tant que maire et à une autre en tant que président de l’USL).
? dénonciation de la vente à des privés de terrains définis par le POS (Plan d’occupation des sols) comme espaces verts.
? lutte du quartier San Lorenzo contre la construction d’un bâtiment qui bloquait la sortie de deux routes du quartier.
? dénonciation de la constructions d’appartements, encore sur une zone prévues pour des espaces verts, dont deux étaient réservés au maire et à un de ses adjoints.
? lutte pour l’attribution de logements HLM.
? lutte pour la liberté de penser et d’expression et pour la reconquête de l’espace social.

Pour réprimer ce type d’initiatives, faire taire les anarchistes et diviser le mouvement libertaire, la mairie utilise différentes formes de répression : chantage, menaces, clientélisme, plaintes pour occupation abusive de la place publique et de la salle du conseil municipal.
En 1992, survient un vrai tremblement de terre politique. L’administration communale (PCI) est décapitée par la magistrature pour avoir embauché un employé de l’école d’une manière illégale. Cette situation est le symbole pour l’opinion publique de la justesse de toutes les mobilisations menées par les anarchistes jusque là.

L’USZ avait disparu à cause de la répression qu’elle avait subie, mais une organisation anarchiste existait toujours. Après un meeting anarchiste très suivi, est née dans la ville une forte exigence de construire une alternative face à la gestion scandaleuse de ceux qui exerçaient des responsabilités publiques depuis 20 ans. Il fut alors proposé aux anarchistes de créer une liste alternative. Ceux-ci, qui avaient mené de nombreuses campagnes abstentionnistes, face à cette situation, ne voulurent pas proposer un abstentionnisme seulement idéologique. Et c’est alors qu’après de nombreuses discussion naît l’idée de la FMB (Fédération municipale de base).
Et pendant que les partis politiques préparent leurs listes en vue de recueillir les suffrages de la population, les anarchistes commencent à expliquer encore une fois pourquoi ils ne veulent pas se présenter et proposent une structure communaliste de base à la fois alternative à l’administration communale pour la résolution des problèmes de la ville et alternative au syndicalisme institutionnel pour la défense et l’avancée des intérêts des travailleurs, des chômeurs, des étudiants et des retraités.
Ils proposent en définitive une structure autogestionnaire de contre-pouvoir à tous ceux qui voulaient se retrouver, discuter et trouver des solutions alternatives aux problèmes sociaux avec une méthodologie de base et libertaire.

Pendant la campagne électorale, ils font la proposition de créer un comité pour promouvoir une fédération municipale de base. Lors d’une assemblée générale, ils commencent à recueillir des adhésions à la FMB, non seulement parmi les anarchistes et leurs sympathisants mais aussi parmi des personnes qui, si elles ne rejetaient pas les élections, étaient d’accord avec la proposition de la création de la FMB, parce qu’elles ne voulaient pas donner des chèques en blanc aux candidats et sentaient la nécessité de s’auto-organiser pour les contrôler.

La FMB est née ainsi. Elle s’est constituée comme contre-pouvoir, alternative autogestionnaire, germe d’autogouvernement face à la gestion institutionnelle et verticale du territoire et du social.


Quelle est la structure de la FMB et qui sont ses adhérents ?
L’adhésion à la FMB ne se fait pas sur la base d’une idéologie politique spécifique, sur la race, le sexe, la religion, une vision philosophique, mais comme travailleurs, chômeurs, étudiants, retraités et citoyens. La seule exigence est celle de l’acceptation des méthodes libertaires et de la praxis autogestionnaire. La FMB n’est pas une organisation liée à un parti. Dans les campagnes électorales, elle ne prend parti pour personne et ne présente pas de liste. Ses membres qui ont des charges publiques ou de direction dans d’autres organisations ou qui se présentent aux élections ne peuvent pas avoir des charges exécutives dans la FMB.

Actuellement, les travailleurs adhérents de la FMB viennent principalement de l’enseignement, de l’administration, de l’agriculture, du bâtiment, d’entreprises de nettoyage, de l’informatique. Elle compte également parmi ses membres un certain nombre de retraités.
La FMB est divisée en unions professionnelles qui agissent sur le monde du travail et en unions civiques qui travaillent sur les problématiques territoriales comme l’urbanisme, l’environnement, les services, etc. Sur toutes ces problématiques, les unions de la FMB discutent publiquement en assemblées qui débouchent sur des propositions dont doivent tenir compte, qu’ils le veuillent ou non, les élus.
La FMB, étant une structure autogérée, n’a pas d’organismes dirigeants. Les décisions y sont prises de manière autonome dans les assemblées de chacune des unions. L’assemblée générale des membres de la FMB a lieu une fois par an. Elle discute et coordonne les décisions déjà prises dans les unions professionnelles et dans l’union civique. Elle élit un comité exécutif qui a pour charge de coordonner et exécuter les décisions prises dans les assemblées. Les décisions y sont prises à la majorité. La minorité peut ne pas exécuter les décisions et exprimer publiquement son désaccord même par des initiatives publiques. Par contre, elle ne peut empêcher l’exécution des décisions prises par la majorité. La différence entre la FMB et les organisations de masse institutionnelles est qu’alors que les secondes délèguent aux institutions hiérarchiques la gestion politique du social en se limitant aux luttes revendicatives, la première refuse de déléguer aux autres la gestion du social. Elle mène des luttes revendicatives mais met également en œuvre des expérimentations autogestionnaires pour arriver à une alternative sociale communaliste, fédéraliste et libertaire.


Comment la FMB agit dans le social : quelques exemples d’intervention territoriale
• Monde du travail et services
La FMB n’a jamais été de ceux qui défendent aveuglement les services sociaux de l’État tout en ne défendant pas non plus le système néo-libéral. Elle sait que les deux systèmes sont porteurs de clientélisme, corruption, profit et exploitation. La FMB soutient et pratique l’alternative autogestionnaire. À l’organisation du travail capitaliste ou étatique, elle oppose l’organisation du travail coopératif. Elle ne se réfère pas au système coopératif qui s’est développé dans la société capitaliste, système comprenant d’énormes structures et basé sur le profit et l’exploitation. Au contraire, elle se réfère au concept originel du mouvement coopératif basé sur la solidarité, le mutualisme et l’égalité.
• La coopérative « Arcobaleno »
Quand la mairie a rendu public son intention de privatiser le service de ramassage des ordures, et de licencier le personnel, la FMB s’est publiquement opposée au projet et a créé, avec le personnel devant être licencié, une coopérative de production et de service, la coopérative Arcobaleno, qu’ont rejoint depuis d’autres jeunes au chômage. Aujourd’hui, les activités de la coopérative vont de la peinture au nettoyage, en passant par divers services.
• Taxe communale
Des assemblées publiques appelées par la FMB se réunissent avant la discussion du budget municipal. Y sont discuté l’importance des impôts et leur utilisation. Le but est de faire des contrepropositions à celle de la mairie. Certaines de ces assemblées ont considéré comme illégitimes les décisions municipales.
• Le district
D’autres initiatives de la FMB ont consisté à faire des assemblées, où étaient présents les maires des différentes communes, pour discuter de propositions sur la gestion des services, la production et l’environnement dans le cadre du district.
• Contre la construction d’un tunnel pour débarrasser les wagons de chemin de fer de l’amiante
La lutte qui a le plus rassemblé la communauté du district a été sans doute celle contre la construction d’un tunnel pour débarrasser les wagons de chemin de fer de l’amiante, wagons qui servaient pour tout le sud de l’Italie. L’entreprise Niagara de Carpi di Modena voulait construire ce tunnel dans la gare de Spezzano à quelques kilomètres des thermes, au milieu d’une agriculture florissante d’agrumes, de pêchers et d’oliviers. Les appels à l’unité d’action lancés par la FMB ont culminé dans une grande assemblée populaire organisé par le comité citoyen contre l’amiante. Ils ont obligé le maire de la commune de Spezzano Albanese à refuser la construction du tunnel. Cette mobilisation a également obligé l’entreprise Niagara à faire ses valises. La communauté du district a obtenu cette victoire par l’action directe.
• Pour une gestion communautaire des thermes
Les thermes ne sont pas un problème nouveau pour Spezzano. Le 3 mars 1923, la mairie de l’époque a donné à un privé la concession de la source d’eau minérale de Spezzano. Jusqu’à aujourd’hui, les diverses équipes municipales se sont désintéressés des thermes qui ont toujours été gérés par des privés, plus soucieux de récupérer des financements publics que de développer cette richesse. Plusieurs fois, le mécontentement de la population face à cette situation s’est manifesté, stimulé le plus souvent par la présence anarchiste. Mais des compromis entre la mairie et les successifs gestionnaires des thermes ont toujours permis d’étouffer ce mécontentement. Dans les derniers temps, la FMB a reposé le problème avec des manifestations publiques, des expos, des meetings et des assemblées où a été proposée la municipalisation des thermes et leur gestion collective et coopérative par les différentes communes du district. Un important débat a encore lieu aujourd’hui sur cette question et la faillite de la société thermale lui donne une grande actualité.

Cette expérience peut-elle être transposée dans une plus grande ville ?
Dans une petite ville, il est sans doute beaucoup plus facile d’avoir une vision complète des problèmes qu’affronte la collectivité. Il suffit qu’une initiative parte d’un petit groupe pour toucher l’ensemble de la population. Dans une grande ville, la situation est différente. Il est déjà difficile pour un petit groupe d’avoir une vision claire, détaillée et globale de toute la problématique sociale et, pour ce qui est de toucher toute la population, c’est encore plus dur. Mais si un groupe ou encore mieux des groupes commençaient à intervenir sur les problématiques de quartiers, ils pourraient certainement, avec le temps, toucher tous les habitants. Au fond, une petite ville ne correspond-elle pas à un quartier dans un grand centre urbain ? Donc commencer à intervenir dans une zone déterminée pour après s’élargir aux autres zones devrait permettre d’arriver au même résultat que celui que réussit à avoir une communauté de 8 000 personnes. Sur notre territoire, du district et de la province, l’expérience de la FMB est en train de susciter un grand intérêt : à San Lorenzo del Vallo, pays proche de Spezzano, s’est constituée il y a peu une FMB. Dans le même temps, nous sommes sollicités par d’autres groupes de citoyens de la province de Cosenza intéressés par le discours municipaliste de base. L’expérience de la FMB suscite un vif intérêt : dans différentes localités d’Italie ont eu lieu des rencontres sur le thème du municipalisme. Par ailleurs, la présence de la FMB dans certains congrès nationaux consacrés au municipalisme est significative. Des interviews sont réalisées par des revues et journaux libertaires, tant nationaux qu’internationaux.

Force du communalisme par rapport à d’autres propositions de fédéralisme et de gouvernement local
Le problème à résoudre vis-à-vis des différentes propositions de fédéralisme et de gouvernement local qui naissent aujourd’hui dans différents lieux est sans doute celui de comprendre lesquelles proposent un réel fédéralisme et lesquelles ne proposent qu’une décentralisation ou une tendance à la sécession. Le municipalisme de base, ou mieux le communalisme, est sans doute la proposition la plus cohérente. Le communalisme représente une réelle alternative autogestionnaire à la société de domination. L’initiative part de la base, aussi bien au niveau professionnel qu’au niveau territorial avec pour but la construction d’une société horizontale et autogouvernée, capable de remplacer la société étatique et verticale par un réseau de communes libres fédérées dans une coopération solidaire et mutualiste. Le communalisme se base sur une pratique libertaire liée à l’idée du gradualisme révolutionnaire : il ne fuit pas les contradictions et les conflits générés par la société de domination, au contraire il s’insère dans le terrain de la lutte sociale pour la défense des intérêts immédiats des classes exploitées. Il a pour but, dans le même temps, de commencer à construire ici et maintenant les fondements de la société libre de demain.

Expériences proches de celle de Spezzano en Italie et ailleurs : affinités et différences
Des expériences différentes et diversifiées de l’autogestion sont présentes en Italie et dans d’autres pays. Ces expériences ne sont pas vraiment analogues à celle de la FMB mais elles en sont certainement similaires par certaines caractéristiques.
Présentes dans le champ économique, politique et social, elles constituent un archipel alternatif à l’organisation hiérarchique de la société de domination. Notre expérience communaliste, à la différence des autres expériences proches auxquelles on prête une attention critique, ne croit pas à la possibilité de construire le municipalisme autogestionnaire par la participation aux élections.

Nous pensons que le communalisme, comme projet révolutionnaire professant l’action directe pour résoudre les problèmes sociaux, ne peut pas être conçu comme un parti ou un mouvement qui vise à être élu pour imposer son programme. Penser que le communalisme puisse contribuer à la construction d’un grand mouvement autogestionnaire et fédéraliste en participant aux élections est, à notre avis, une illusion, pire un paradoxe. Nous sommes convaincus que ces pratiques amèneraient les toutes jeunes structures communalistes sur le terrain de l’ennemi (l’État) contre lesquelles elles se sont formées. Rentrer dans les méandres de la légalité étatique mènerait ces structures au suicide. Par contre, nous ne pensons pas que le communalisme doit utiliser l’abstentionnisme comme « principe ».
Qu’est-ce qui est le plus utile pour la pratique communaliste : que beaucoup de gens n’aillent pas voter, comme du reste ça se passe déjà dans de nombreuses démocraties occidentales, mais s’isolent chez eux en laissant toute faculté au pouvoir de faire ce qu’il veut ? Ou, au contraire, que beaucoup de ceux qui vont voter, convaincus pourtant de ne pas donner des chèques en blanc, se joignent aux structures autogestionnaires ?

En somme, nous sommes convaincus que l’activité communaliste doit se tenir à l’écart des logiques électorales et abstentionnistes, pas des débats qui agitent la commune. En effet, c’est seulement à travers sa propre activité sociale sur les problèmes collectifs et territoriaux, faite de propositions et initiatives réellement alternatives à la démagogie du rituel de la délégation, qu’elle pourra contribuer de manière cohérente à la construction d’une pratique fédéraliste libertaire. Enfin, selon nous, la praxis communaliste doit refuser à la fois la logique du révolutionnarisme millénariste et les logiques qui peuvent aboutir au réformisme. Elle doit se projeter dans le quotidien pour briser le pouvoir et l’exploitation par la construction graduelle du fédéralisme libertaire, ici et maintenant.

Fédération municipale de base de Spezzano Albanese".
Ecrit par libertad, à 19:15 dans la rubrique "International".



Modèle de mise en page par Milouse - Version  XML   atom