L'En Dehors


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Regarde, elle a les yeux grand ouverts
On est allé voir le film ( 1 ) qui raconte l'expérience vécue par des femmes du MLAC d'Aix - en – Provence inculpées et jugées pour avoir pratiqué elles-mêmes des avortements (procès du 10 mars 1977 ). Leur lutte, c'est non seulement de pratiquer des avortements mais aussi des accouchements à domicile. Parce-que selon elles (et on est plutôt d'accord!) l accouchement comme l'avortement peuvent et doivent être contrôlés et voulus par les femmes elles-mêmes. En arrière-plan de la lutte, s'inscrit une partie de la vie à la « Commune ». Plus qu'un débat sur la lutte du MLAC, c'est la vie « différente » qui se mène à la Commune, qui nous a interrogés. Qu'est-ce que la « commune » ? On a eu envie daller le demander à quelques-uns d'entre eux qui vivent maintenant à Lyon.



Sur quels principes s'est fondée la commune ?

Georges : au départ, il y a avait trois couples qui avaient chacun des enfants. On se connaissait beaucoup, on militait ensemble avant au PSU. Et puis on a été en rupture de bande avec le PSU. On a été exclu comme toute la fédération des Bouches du Rhône en 72.
Donc le départ, c'était
Arrêter de militer comme on militait auparavant parce que c'était trop contradictoire, parce que continuer, ça laissait les femmes à la maison et c'était pas correct. Pour échapper ça, on pensait plus efficace sur le plan militant de garder tous ensemble les enfants ( qu'on soit un homme ou une femme ) et cela permettait aux femmes de militer à égalité avec nous.
- S'occuper ensemble des enfants ( au lieu de le faire en ordre dispersé ).
- Remettre en cause concrètement à l'intérieur de la vie quotidienne la distinction entre hommes et femmes ( pas que dans la garde des enfants ).
- Mettre tout le fric en commun. II y avait des situations professionnelles très différentes. A ce moment-là le seul débat était la remise en cause de la valeur sociale du travail. Mais les couples restaient formés, les familles restaient entières. Tous les repas étaient pris ensemble. La maison était répartie : chaque couple avait une piaule fixe, les enfants une piaule commune.
Ça a tenu 6 mois. Au bout de 6 mois, on a vu qu'il fallait aller un peu plus loin. Ça ne suffisait pas d'avoir les moyens pour que tout le monde puisse militer, pour que ça arrive effectivement et tous les problèmes personnels et relationnels sont apparus.
Ce qui fait : sur ces trois couples-là, un est parti au bout de 6 mois lorsqu'on a dit clairement qu'il fallait arrêter cette espèce de relation d'exclusivité. Un autre coupla a éclaté : une partie est partie, une partie est restée. Le troisième couple est resté entier en acceptant de faire un pas, de ne plus être un « couple ».
Voilà c'est à peu près ça les bases de départ. Mais il y en avait quand même une autre ( importante et c'est venu assez vite ) : c'était le travail. On ne voulait pas du tout être une commune ni un nid de militants au service d'une organisation ou même de deux ( puisque les femmes faisaient un truc plus ou moins de femmes et les autres étaient restés au PSU ). Le but était d'être vraiment ancré dans la réalité. C'est-à-dire de travailler, ce qui impliquait que pour la plupart on change de boulot ; il y avait une assistante sociale, un ingénieur, un prof, un « petit technicien" , une femme au foyer, une éducatrice, un psychologue, il est apparu assez vite que tous ces boulots-là ne permettaient pas une véritable insertion sociale. Ceci avait plutôt tendance à refermer la commune sur ces milieux-là. Assez vite j'ai changé de boulot et dans la première année, on a tous réussi à changer de boulot, et on a pris des boulots non qualifiés.

Quels sont devenus les rapports entre vous ? Y avait-il des rapports privilégiés ?

Georges : Oui, il y avait des rapports privilégiés par forcément fixes, pas exclusifs. Si l'on regarde les 8 années qui ont suivi ( la commune a commencé à Noël 70 ), il y a toujours eu des relations privilégiées.
Ghislaine : 11 y a toujours eu des relations privilégiées mais pas exclusives.
G : On ne peut pas dire que tout le monde avait des relations avec tout le monde. On fonctionnait le plus collectivement possible. Une fois par semaine il y avait une réunion où l'on décidait les tâches concrètes.
Deux ans après le MLAC est arrivé, on s'y est inséré. C'était l'ouverture qu'on attendait sur l'extérieur. Jusque là tout se passait à l'intérieur, on n'était pas à l'initiative de grand chose. Tout le monde commençait à tirer un bilan des groupes gauchistes et cherchait à militer autrement.

A partir de ce moment-là y-a-t-il des enfants qui sont nés à la commune ?

G : Le couple avait éclaté... et on a mis du temps avant de faire des enfants : trois ans après un môme est né sur les nouvelles bases, c'est-à-dire sans famille. Sa mère est connue évidemment ; toutes les femmes de la commune ont des relations de femmes avec lui, c'est pareil pour les mecs. On dit : ou bien il y a trois mères et deux pères, ou bien il n'y a pas de père, pas de mère dans le sens traditionnel du terme. Le terme « père » ou « mère » disparaît complètement. I I n'apparaît que sous la pression sociale extérieure. ( Si par exemple les gamins de l'extérieur en parlent ). Ceux de la commune, quand ils en parlent, c'est par jeu. Eux, ils ont complètement intégré cette façon de vivre, ils sont"paumés"quand autre chose arrive.

Y avait-il des enfants en âge scolaire ?

La plus grande a 13 ans. Au début, ils allaient à l'école : on ne voulait pas se couper de la réalité. Mais dès que ça a été possible, on a fait une école parallèle. Les moyens sont arrivés après trois ans du M LAC, et après deux ans de garderie le mercredi, d'une entreprise où travaillait une fille de la commune. On les ramassait en car; toute une série de relations chouettes avec les parents:.. Quand il y a eu autant de mômes venant de l'extérieur, que de mômes de la commune, on a pu se permettre de les déscolariser sans les marginaliser complètement, sans en faire un îlot.
Deux personnes qui ne travaillaient pas s'occupaient d'eux à la commune, et on a tourné autant que possible.

Les schémas que vous cherchiez à détruire, c'était la famille ? !

Plus que la famille, tous les rapports à la société : la domination ( du plus petit sur le plus grand ), la super consommation, etc...

Par qui était exprimé le désir d'avoir un enfant ?
Par une femme ? Par un homme ? Par un couple ?
Est-ce que ce désir était discuté devant la commune ? Est-ce que cette dernière exerçait un contrôle ?

La question ne se posait pas comme ça.

Comment se posait-elle ?

G : Si aucune femme ne désirait un enfant, la question ne se posait même pas.

Peut-on admettre qu'un homme n'ait pas le désir d'enfant ?

L'ensemble des gens qui vivaient à la commune désiraient des enfants dans la mesure des forces collectives. Ce désir, il ne tombe pas du ciel ! Bien sûr il y ale désir personnel lié à son corps, à son histoire. Mais il y avait aussi à considérer ce qu'on pouvait lui offrir, comment il allait vivre après. Pendant les périodes problématiques, le désir était moins mis en avant. II était lié à la perspective que tout le monde avait. Il y avait un consensus : le désir venait dans un climat général. La question est bien sûr posée directement à un moment donné comme toutes les décisions importantes.

Est-ce que la personne en question se soumettait à la décision de la commune ? Ce serait intéressant que vous nous disiez comment ça se passait réellement

C'est toujours la femme qui exprime le désir, c'est elle la première concernée.
II ne s'agit pas de se soumettre à quoi que ce soit. Il n'y a pas une autorité supérieure. Quand une femme exprimait son désir à tout le monde ( y compris aux enfants ), tout le monde s'en doutait. Ce désir va avec tout le reste de la vie du groupe. Les discussions portaient alors sur comment on s'organisait tous pour que la venue de l'enfant soit la meilleure possible par rapport à nos objectifs.

Est-ce que l'homme qui fait un enfant avec cette femme n'a pas le désir d'avoir un enfant ?

G : Mais qu'est-ce que ça veut dire « avoir » un enfant ? Avoir ça n'a aucun sens.

On peut changer le terme si tu veux. Ce que je veux dire : est-ce que l'attitude de désirer un enfant n'existe pas chez un homme ?

Ghislaine : Je ne le crois pas ( rires ).
Georges : Pour moi je ne le crois pas. Je parlerais plutôt du désir de vivre avec des enfants, donc forcément de les faire. Pas seulement les fabriquer et ne pas s'en occuper, mais les faire et s'en occuper à part entière. Autant que n'importe quel homme et quelle femme qui fait des enfants. II est à ce niveau-là le désir.

Ça t'est à peu près indifférent de faire un enfant avec n'importe quelle femme ?

Georges : Pas tout à fait non plus. Tu as raison. Mais dans ces conditions le désir d'avoir un enfant est effectivement lié à la réussite du projet. Si on sent que ce que l'on est en train de vivre, ça va donner des chances extraordinaires â nous mêmes et à des mômes, pour moi, l'envie elle vient de là. A part les envies qu'on peut traîner avec nous depuis notre éducation antérieure.

C'est difficile de s'en séparer de ces envies-là...

Georges : Oui, mais ce qu'on peut faire c'est lutter contre et essayer de les remplacer par quelque chose de plus correct. Moi, des enfants"j'en ai fait''avant, quand j'étais en couple, même si on ne vivait pas traditionnellement. Une fois dans la commune ça prend un sens complètement différent. Ça part du désir personnel de la femme qui veut faire un enfant, l'assumer personnellement, et du désir de l'ensemble des gens qui sont là.
Si on s'était trouvé dans un moment où la commune ne marchait pas bien, où il y avait des dissensions remettant en cause éventuellement l'existence de la commune, si à ce moment-là, deux personnes se mettent à vouloir faire un enfant, forcément lorsque l'on veut changer les choses, on hésite à prendre le risque. Parce que si la commune se casse la gueule six mois après, tu te retrouves avec le môme dans une situation traditionnelle.
Donc le désir se posait effectivement autrement à partir du moment où la commune existait vraiment.
Ce n'est pas un hasard si Nicole a attendu un certain temps si toi tu as attendu pas mal.Ça se posait quand même après une certaine maturation. Ce qu'il faut introduire comme bémol, c'est que ce n'est ni un désir tout collectif, ni un désir tout personnel. Parce que les désirs sont liés à ce que tu vis collectivement, individuellement y compris ton passé. A ce que tu vis dans les relations différentes dans la commune, les plus chaudes, les plus fortes pour toi mais pas forcément uniques. Tu as des relations plus fortes que d'autres, notamment les relations sexuelles qui sont parfois uniques, parfois multiples. Mais pas forcément avec tout le monde. Ça peut changer et évoluer.
Moi, je désirais vivre avec des enfants, qu'il y ait des enfants dans la commune. Pendant 4 ans j'ai été le permanent de la commune ( pas par choix mais parce que les autres ne pouvaient pas se libérer ) et j'étais vraiment content d'être toute la journée avec des mômes. Je crois qu'on ne peut pas vraiment être « révolutionnaire » sans vivre avec des enfants.

Enfin, ce qu'on voudrait savoir, c'est comment se faisait le choix de la personne avec laquelle se faisait l'enfant ?

Ghislaine : Ça c'est pas posé pour Nicole et pas pour moi en tout cas.

Georges : L'enfant se faisait avec les relations sexuelles que la femme, qui choisissait d'avoir un enfant, avait à ce moment-là.

C'est-à-dire, si une femme émettait le désir d'avoir un enfant, un homme savait que sil avait des rapports sexuels avec elle à ce moment-là ....

Georges : II pouvait être le géniteur. Bien sûr. Une femme qui désire un enfant, ça ne tombe pas du jour au lendemain. Ça entre dans le cadre de ses relations...

Et ça n'a pas entraîné de conflits ?

Mais non, au contraire c'était essentiel.

Mais il arrive quand même que des gens qui ont une démarche un peu comme la vôtre, ne puissent vivre ce qu'ils voudraient vivre : qu'il y a un hiatus entre ce qu'ils pensent et ce qu'ils sentent.

Georges : Mais ces réticences-là étaient déjà apparues dans le fait qu'il n'y avait plus de relations de couple.
Mais faire un enfant, c'est aller encore un peu plus loins.
Georges : C'est le problème de la paternité que tu poses. II me paraît assez capital de la remettre en cause. Qu'il n'y ait pas de père, parce que c'est le summum de la propriété.

Est-ce que la maternité ce n'est pas la même chose ?

Georges : Je pense que la maternité ça peut être exactement la même chose. Sauf qu'on ne peut pas nier qu'on vient d'une certaine mère.
Ghislaine : On ne peut pas nier 9 mois de gestation.

Est-ce que les mères n'ont pas une possession plus grande vis-à-vis de leur propre enfant ?

Ghislaine : C'est un peu vrai ce que tu dis. Je peux parler de mon expérience personnelle. Je voulais faire un enfant comme tout le monde, mais je savais, avant d'arriver à la commune, que je ne voulais pas le faire n'importe comment et surtout pas dans une relation de couple. Quand je suis arrivée à la commune il fallait tellement se changer soi-même, réfléchir à des tas de trucs qu'on avait dans la tête. II y avait tout un boulot aussi bien personnel que collectif qui fait que j'ai attendu quand même trois ans avant de me sentir capable de faire un enfant, dans les conditions de la commune, conditions que j'acceptais totalement. Qu'il n'y ait pas un père déterminé pour le môme, ça me plaisait beaucoup, je ne sais pas trop pourquoi. Et j'étais tout à fait d'accord pour essayer de me battre contre moi-même par rapport à une relation effectivement de possession.
Ça n'a pas été simple du tout parce que on a, je crois, une histoire pas facile à bousculer. Le fait d'être un collectif assez fort à ce moment-là m'a beaucoup aidé. Tu te remets en cause assez souvent et tu changes au fur et à mesure des jours.
J'ai des rapports privilégiés avec mes mômes mais j'ai des rapports aussi privilégiés avec des tas de mômes avec qui j'ai vécu. II y a une espèce de reconnaissance vis-à vis de la môme qui est sortie de mon ventre, et réciproquement, mais ce n'est pas quelque chose de lourd.
Georges : Ça c'est possible, par ce qu'il y a tout autour. Si on ne tenait compte que de ses forces personnelles, je crois qu'on n'y arriverait pas. Les mômes eux-mêmes l'imposent. Ils forment un groupe et ils ont une vie complètement indépendante. Ça fait pas mal d'années qu'ils vivent ensemble et ils ont une force incroyable.

Au niveau légal, les enfant sont déclarés fils de... ?

Les deux : au nom de la mère. Même quand la mère est mariée, le petit prend le nom de sa mère. Parce que des fois, ça n'a pas été utile de divorcer. On est parfois resté mariés officiellement.

Vous avez été obligés de déclarer les enfants ?

Oui, autrement ils n'existeraient même pas socialement, ils ne pourraient pas aller à l'école, ils n'auraient jamais de sécu, ils seraient emmerdés après.

C'est une chose qu'on aurait pu à la limite envisager.

Nous on ne voulait pas faire courir de risques aux mômes. Par contre on les a descolarisés.

L'école était donc à la commune ?

Pendant l'école, qui est toujours à la commune, il y avait soit à faire la bouffe, soit à faire la vaisselle, à ranger ce qu'ils avaient utilisé et puis il y avait du bricolage, des activités sportives (on faisait beaucoup de sport, de plein air) et puis les connaissances. On lisait le journal tous les matins et petit à petit, soit en discutant, soit en écrivant, soit en dessinant, ils ont appris à écrire et à lire plus ou moins bien selon les mômes, mais le but n'était pas d'apprendre des connaissances. Le but était d'apprendre à vivre. II y a eu une confrontation entre les mômes qui vivaient en famille et ceux qui vivaient à la commune. Les môrces de la commune s'apercevaient que d'autres mômes vivaient autrement, ils racontaient de tas de trucs. Les autres apportaient leurs conneries ( la fille s'écrasait et le mec jouait ). Par contre les mômes de la commune étaient assez forts pour apporter autre chose à la place. Et c'est ça qui était gagnant, c'était ça le moteur de l'école. Parce que c'est pas l'adulte qui va imposer un nouveau système.

Est-ce qu'il n'y avait pas de problème, pour les enfants qui venaient de l'extérieur, à retourner chez eux ?

Georges : mais si bien sûr, ça bouleversait pas mal la vie des familles en général.
Ghislaine : Les mômes de l'extérieur qui sont venus à la commune c'est surtout des mômes qui avaient des problèmes dingues à l'école traditionnelle où très souvent les parents étaient devant un choix qui n'en était pas un : le môme n'était plus accepté à l'école ou il fallait qu'il double. Petit à petit ces enfants de l'extérieur ont imposé des choses à leurs parents.

Pourquoi y avait-il si peu d'hommes à la commune ? N'y a-t-il pas de raisons profondes à ça ? Ce qu'on veut dire, ce qu'on a senti, c'est que le film était vraiment une apologie de la maternité. A un moment d'ailleurs, une des femmes qui sont autour du lit ( au moment d'un accouchement ) dit : « si on prenait conscience de la puissance qu'est la maternité, on ne se soumettrait plus, on ferait tout péter ensuite. »
Alors la question est : est-ce que cette puissance ne peut pas être angoissante pour un homme ? Et est-ce que, en face de cette puissance, il ne se sont pas sentis exclus, et ils sont partis ?
Est-ce que ça ne veut pas dire aussi que chaque fois que les fermes ont un pouvoir quelque part, les hommes ne peuvent plus trouver le moyen d'exister, c'est-à-dire est-ce que les hommes ne peuvent exister qu'en ayant le pouvoir, un plus grand pouvoir ?

Ghislaine : Je crois que c'est une remarque par rapport à la société. On ne veut pas être sexiste ou je sais pas quoi. Ce que dit Nicole dans le film c'est : tout est fait dans la société actuelle pour que la femme, en particulier au moment de l'accoucherhent qui est un moment parmi les plus forts de sa vie, soit complètement canalisée ( sa force, sa puissance ), soit réduite à néant et nous, c'est contre ça qu'on a envie de se bagarrer.
S'il y avait si peu de mecs à la commune, c'est pas un hasard non plus : c'est que ça leur demande une remise en cause encore plus forte que pour les femmes. C'est vrai qu'on n'a jamais rencontré et qu'on rencontre pas, même à l'heure actuelle, des hommes qui ont envie de changer et de renoncer au pouvoir social qu'ils ont. L'aliénation de l'homme est encore plus dingue que l'aliénation de la femme.
Georges : Derrière la remise en question des femmes il y a un mouvement qui lui donne beaucoup plus de puissance. En contre partie chez l'homme Ça n'existe pas.
Ghislaine : Oui il faut qu'ils inventent.
Georges : Moi ce qui me semble la différence c'est que dans la société, il y a beuacoup plus de choses qui intègrent les hommes et qui les intègrent à un niveau idéologique bien supérieur à celui de la femme. La société intègre les hommes en leur donnant une parcelle de pouvoir. Pour la femme cette parcelle est beaucoup plus infime, elle ne participe pas beaucoup à la reproduction du système. A part transmettre l'éducation traditionnelle aux enfants et puis un petit peu dans le travail. La société fait jouer aux hommes le rôle de reproducteur, directeur de la société capitaliste.
C'est ce qui explique que les femmes qui veulent changer ça, ont, à mon avis, tout de suite un point de vue plus radical. Ce qui explique qu'il y ait moins d'hommes.

Est-ce que pour arriver à un équilibre, tu penses que les femmes ne disposent que du seul moyen de la maternité ?

Pas du tout, pourquoi ?
Après le film la question se posait de savoir si pour faire pendant à la phallocratie, il fallait utiliser l'argument de la maternité ? Est-ce qu'il n'y a pas d'autres façons de rétablir l'équilibre ?
Pour revenir sur ce qu'a dit Ghislaine ( je ne pense pas que les hommes aient un désir d'enfant J, pourrait-on avoir plus d'éclaircissements ?

Ghislaine : Je ne sais pas répondre en fait. Je suis d'accord avec ce qu'a dit Georges. Je réagis vachement quand j'entends un mec dire : « je veux un enfant » , car je sens vachement l'appropriation.

Et tu la sens pas dans l'autre sens ?

Ghislaine : Oui, mais à la limite, une femme qui a ce désir là, moi j'ai rien à dire là-dessus, même si j'en pense pas moins. Je ne me sens pas le droit de réagir.
Georges : Pour compléter ça, si une femme fait un môme por des raisons criticables ou a des rapports qui ne remettent rien en cause, qui reproduisent tout ce qu'on a envie de détruire, c'est une chose ; mais si un mec, en plus dit la même chose, y a un cran de plus : non seulement il s'approprie le môme mais en plus il s'approprie la domination sur sa femme.

Mais ça se voit dans les deux sens. Ça existe le cas d'une femme qui fait un môme pour garder un mec.

Non seulement ils s'approprient le môme mais ils s'approprient aussi leur femme.
Georges : J'ai vu des couples où l'homme disait : nous sommes enceints.
Actuellement je repère à peu près deux tendances au sujet de la maternité :
- Une qui date d'assez longtemps : la femme fait un môme pour exister elle ( c'est une affiramtion de puissance ) le môme étant presque secondaire. Le plus important dans ce cas : être enceinte et « avoir » un môme ( s'occuper de lui, le sortir, le langer etc... ). Ce qui entraîne une autonomie assez difficile du môme. II y a là une appropriation réelle.
C'est important de montrer qu'on peut vouloir faire des mômes pour d'autres raisons. Pour soi, mais aussi vachement pour eux. Ils seront plus heureux, ils arriveront
à changer la société également.
- L'autre tendance qui est alors là assez dangeureuse et qu'on voit en général dans les milieux militants qui ont passé 68 : on fait un môme parce que on a échoué politiquement partout. On ne sait plus quoi faire, tout fout le camp, mais on ne change rien dans sa vie personnelle.
Une autre situation dans ce même milieu c'est qu'on refuse les enfants parce que c'est l'aliénation de la femme, c'est trop féminin quoi !
Le fait de vouloir faire des enfants, ça se rencontre beaucoup chez les femmes seules qui disent : je veux vivre seule, rompre le couple, je « me » fais un môme. Ça donne en général des résultats catastrophiques. II vaut mieux vivre en famille là ! ( au moins il y a une relation à trois ).
L'autre, le refus d'enfant ( dans le courant librairie des femmes) : on refuse l'homme et on refuse l'enfant qui vient de l'homme.
Par rapport à toutes ces tendances-là, très dangereuses, par rapport aux espoirs qu'on peut avoir de changer la société ( on n'en est plus à croire au grand mouvement social : crac, on ale pouvoir et demain tout est changé ), nos mômes forcément vont se bagarrer en même temps que nous ( ce n'est pas qu'on fait des mômes pour qu'ils fassent la révolution ), mais si toutes les perspectives qu'on a, on n'arrive pas à les inscrire concrètement dans nos vies personnelles, et donc dans les vies qu'on offre aux mômes, c'est qu'on a échoué et qu'on n'arrivera à rien.
C'est dans la même logique, ( vouloir une maternité comme on le montre dans le film )que s'apercevoir que vouloir la révolution et changer les choses au fond, c'est commencer à changer les choses personnellement.

On a l'impression que ça apparaît un peu évident tout ça et on se dit pourtant que dans la réalité ça doit être très compliqué.
Est-ce que du jour au lendemain on peut laisser tomber ces notions de paternité et maternité ?

Georges : Il faut vachement payer de soi dans ce genre de projets. 10 ans de vie et de lutte personnelles concentrées, c'est difficile à raconter. II y a eu des séparations, des éclatements de couples ou des fois rien du tout : une espèce de consensus s'installe (le couple reste ensemble mais avec une certaine liberté de chacun ). Notre chance, c'était le support collectif extraordinaire. Quelle force !
N'importe qui pouvait se permettre de flancher pendant quinze jours, d'être plus ou moins absent, ça n'empêchait pas le truc de continuer. On avait les moyens de régler personnellement ses problèmes, car il ne fallait pas compter sur le collectif pour tout résoudre. Si tu ne prends pas en charge tes problèmes personnels tu ne t'en sors pas. Mais avec les mômes tu ne peux pas te permettre de flancher complètement. Ils te remettent à l'essentiel. Lorsqu'il y avait des conflits entre adultes, ils le sentaient vite avant qu'ils ne soient dits entre adultes. Tu étais alors obligé de te situer.

Avez-vous l'impression d'être arrivés à un stade où les difficultés qui se posent dans les relations homme/femme sont c résolues » ? Depuis 10 ans une progression S'est faite et certains problèmes n'en sont peut-être plus pour vous ? Y a-t-il' des acquis ou êtes-vous confrontés de nouveau à des rapports de possession, de jalousie ? Est-ce que cette chose reste toujours suspendue en l'air ?

Ghislaine : Ce n'est pas des problèmes résolus à jamais. Ils sont posés à tout le monde mais pas dans les mêmes termes.
Georges : l'acquis, s'il fallait le fixer, représente plus de la moitié. Le reste continuera se reposer.
On verra pour les mômes qui ont été élevés autrement. Mais comment je ne sais pas.
Pour la part qui reste de remise en cause permanente, on a les moyens d'en parler plus que dans un couple traditionnel. Par ex. : s'il y a une engueulade qui se fait sur un sujet apparemment fictif , on reconnaît que le fond de la question est ailleurs. Ce qu'on peut appeler la jalousie au sens large . Le problème ne se pose d'ailleurs plus tellement dans les termes mec/nana.

La répartition des tâches existait-elle réellement ?

Oui, il n'y avait pas de problème.
A propos de la répartition des taches, il faut aussi se méfier : ici par exemple, se sont les femmes qui restent à la maison et moi qui bosse. Celà entraîne une distribution « obligatoire » de certaines tâches. La réalité transforme les choses et dans le cas présent nous fait revenir en arrière.
II faudra faire en sorte que ça change.

La séparation d'avec Aix, c'est quel choix ?

C'est un peu compliqué : c'est un peu comme on voit Nicole partir dans le film. Dans le MLAC et dans la commune, on était arrivé à une situation où ceux qui étaient là depuis le début avaient un statut trop important. On s'est dit : on va casser ça, en partant ; vers des gens qu'on connaît pour commencer ailleurs d'autres projets. En fait, l'expérience d'Aix n'a pas de raison d'être localisée qu'à Aix. Et il existe en embryon, beaucoup de gens qui veulent faire ça ou autre chose.

Nous ...................................................................................

Impression de satisfaction, d'évidence, sans doute liée aux limites de l'interview ( et l'ambiance était sympa ). La réalité est-elle si idyllique... ? Plusieurs questions demeurent dans nos têtes.

Qu'en pensez-vous ?

Nous troi(e)s + un

Notes

1 ) Le film passe actuellement au cinéma « Le Familia », 262 rue Duguesclin, Lyon-Part-Dieu, tel. 860.39.02 jusqu'au premier avril.

2 ) Les permanences du MLAAC se tiennent tous les jeudis à 18H30 au CEP, 44 rue St. Georges Lyon 5ème...

IRL journal d'expression libertaire #33 avril 1980
Ecrit par libertad, à 23:34 dans la rubrique "Le privé est politique".



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