L'En Dehors


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Prêt‑à‑penser et bon pour cogner au menu du jour
Largement développé sous le gouvernement de la «gauche plurielle», le «politiquement correct» imprègne plus que jamais de nombreux esprits, et conduit à des modes d'action traduisant bien davantage une demande de prise en charge par les institutions en place qu'une affirmation d'autonomie individuelle. De plus, l'attitude consistant à se poser simplement face à ces institutions en « victime» de telle ou telle injustice   que ce soit par rapport à une « catastrophe naturelle », à des « violences conjugales » ou à un « plan social »  , donc à les considérer comme le seul recours possible devant le potentiellement inmaîtrisable, contribue à leur renforcement quand il s'agirait plutôt de les détruire.


LA JOUISSANCE DANS LA CONSOMMATION POUR LES UN E S...


À travers un carcan de recommandations les plus diverses   ne pas circuler en voiture pour cause de «journée rouge», ne pas sortir les trop jeunes ou les trop vieux pour cause de « pic de pollution », ne pas prendre le soleil ou une cigarette pour cause de cancer de la peau ou des poumons  , le pouvoir enferme les personnes dans des attitudes socialement « correctes », autrement dit « citoyennes », la transgression de telles recommandations relevant de plus en plus du délit de droit commun. II maintient ainsi dans l'«opinion publique» un état d'infantilisation maximale en entretenant un désir d'assurance absolue contre le moindre faux pas susceptible de rider l'apparente surface de sérénité qui recouvre les rapports sociaux... ou, plus exactement, il pare au mieux la menace de troubles, toujours nuisibles aux intérêts des capitalistes. Résultat: pour prévenir une dérive procédurière à l'américaine, la Météo nationale ouvre un parapluie géant contre les possibles désagréments liés aux intempéries; les laboratoires pharmaceutiques n'auront bientôt plus de place sur la notice des médicaments pour dresser la liste de leurs éventuels effets secondaires sur les organismes, et tout à l'avenant!


Moyennant le choix raisonnable de cette soumission volontaire, le «bonheur» est accessible aux familles par le biais des produits de consommation «vus à la télé». (On note par exemple la montée en force, dans une « presse féminine » déjà très florissante, de « magazines de consommation » s'adressant « à des jeunes femmes urbaines, instruites sans être cultivées, qui ont une consommation frénétique et la culture de l'audiovisuel, et dont le comportement est assez homogène, explique un de leurs directeurs: elles achètent sans complexe de nouveaux "concepts" de mode et de beauté sans alibi sociétal » sic!) Et la consommation télévisuelle elle même est jouissive: voir le succès des « Star Académie» (7 millions de spectateur rite s quotidiens) et autres «télé réalité», sources d'énormes profits par le biais des appels téléphoniques et produits dérivés. À noter un nouveau jeu de TF1 qui promet, «La Ferme», où les participant e s devront vivre dans une ferme comme au XVllle siècle, paraît il, « sans eau courante, sans électricité, sans Internet» (on compatit par avance devant aussi insupportable dénuement et terribles dangers...), jeu qui correspond d'après la direction de la chaîne à la réalisation d'un fantasme: «L'homme heureux dans la nature » ! On le voit, la beaufitude décrite par Renaud voici trente ans dans ses chansons L'Hexagone et Télé Foot demeure d'actualité; quant à la spécificité française en matière de gastronomie, elle s'accommode assez bien, finalement, de son environnement macdonalisé puisque la clientèle des grands restaurants a les moyens d'ignorer ce genre de pollution stomacale. Et puis, nouvel ordre mondial oblige...


Les campagnes médiatiques tous azimuts sur le tabac ont le succès que l'on connaît parce qu'elles s'accompagnent à la fois d' arguments » financiers   coût élevé d'un paquet ou d'une amende   et d'un matraquage à coups de sondages par les médias, efficacement relayé par un bouche à oreille de l'entourage tant familial que professionnel sur le mode moralisateur. On ne dira jamais assez le soutien actif que la presse apporte à la politique gouvernementale. Pour ne parler que de la circulation routière, elle suit et salue en décembre dernier la mise en place de radars... «Moins de 6000 tués en 2003 [...] les conducteurs ont changé de comportement sur les routes et commettent moins d'infractions», titre par exemple Le Monde... favorisant l'installation de nouveaux radars qu'approuvent bien évidemment « les Français, en particulier les femmes, les vieux et même les jeunes », selon un sondage IFOP Paris-Match cité par le quotidien...


L'acte de fumer, d'abord «nocif pour la santé » (et la société à travers le déficit galopant de la Sécurité sociale), «tue» maintenant et, surtout, il n'est pas BIEN. On est loin de la virilité triomphante, parce que valorisée sexuellement, que révélait naguère la présence d'un cigare entre les lèvres pulpeuses d'un Clark Gable dans Autant en emporte le vent (beaucoup plus attirant que la chique et son glaviot dans un crachoir, semble t il). Fumer, c'est même devenu si mal que l'on préfère désormais dans nombre de milieux s'intoxiquer au portable, en allumant ce gadget branché en voie de banalisation partout où la dope régnait autrefois... jusqu'à ce que la découverte de quelque nouveau cancer découlant de son usage frénétique vienne freiner un peu les enthousiasmes envers ce nouveau signe de haute modernité?


Les mobilisations dont on nous parle dans les médias se situent de plus en plus au niveau des comportements : la démarche de type association de consommateurs et défense de nos droits hérités de la Révolution française donne l'illusion d'être acteur ou actrice, dans une société qui s'attache à la forme bien plus qu'au fond. (Être rebaptisé «technicien de surface » ne change rien aux conditions de travail et à la rémunération du balayeur, donc à son exploitation, mais peut le faire se hausser du col à bon marché s'il est attaché aux apparences.) Un « bon sujet » est estimé avant tout à sa valeur spectaculaire ou scandaleuse par rapport à l'ordre public qu'il perturbe. Accidents de la route: vitesse? nombre de victimes? Canicule: température? nombre de victimes?... Restructurations et licenciements ne peuvent de ce fait espérer une « couverture » avoisinante que s'ils s'accompagnent de quelque délit sortant de l'ordinaire: prise d'otage d'un directeur, menace de répandre des produits toxiques dans une rivière (davantage que déversement de purin devant une préfecture, action plus fréquente mais jugée trop triviale?)... Cependant, si faire bombance à Noël se pratique chez les pauvres comme chez les riches, le «caviar» de chez Leader Price vient sans doute, aujourd'hui comme hier, d'une autre planète que celui de chez Fauchon.


Sur le terrain plus ouvertement politique, le mode de discours ne varie guère puisque les atteintes au « service public » aussi bien qu'aux femmes, aux homosexuels ou aux handicapés se voient préconiser un traitement étatique. Remède à tous les maux, ll'intervention du pouvoir doit en effet guérir du machisme autant que «tempérer» certains effets, certes négatifs mais inéluctables, du « monde moderne». Sans lui, point de salut, assurent les bien pensants de gôche... rejoints par la mouvance altermondialiste, qui s'oppose seulement à la mondialisation économique et financière d'inspiration « néolibérale ». On remarquera d'ailleurs qu'elle aussi s'attache facilement à la forme plutôt qu'au fond: si elle se rapproche des libertaires par des pratiques affirmées, sinon vécues... n'est ce pas, les gens d'ATTAC?   de « démocratie directe» ( refus de la délégation et de la hiérarchie, méfiance par rapport aux appareils partisans et syndicaux, préférence pour les dispositifs informels et décentralisés), elle s'organise à partir de relations interpersonnelles établies sur le mode de la «famille» et de son goût immodéré pour Internet   un outil « révolutionnaire » qui autorise pourtant toutes les prises de pouvoir et fonctionnements antidémocratiques.


Quoi qu'il en soit, cet attentisme par rapport à l'État gardien des consciences, chargé de les encadrer et de les guider dans la bonne direction, n'est plus l'apanage d'un courant politique. On le constate dans la surenchère du «bien penser» que se livrent la droite et la gauche. Par exemple, les socialistes s'enorgueillissaient d'avoir été à l'initiative de la parité dans les fonctions publiques votée le 6 juin 2000 (parité qui rencontre tant de résistances dans tous les partis que l'Observatoire «surveillant» ses progrès préconise un alourdissement des pénalités pour la faire respecter). Alors, désireux de leur couper l'herbe sous les pieds sur le terrain de l'homophobie, Chirac s'est engagé auprès de la communauté gay, pendant sa dernière campagne électorale, à prendre des mesures contre. Pour l'instant, L'UMP boude la proposition de loi faite en ce sens par le socialiste Patrick Bloche :l'ajout de nouveaux motifs de délits aggravés   sexe, état de santé, handicap, moeurs, orientation sexuelle à la loi de 1881 sur la liberté de la presse et les propos discriminatoires (qui portaient jusque là sur l'origine ethnique ou encore la religion). Cependant, la modification passera sans doute car l'Élysée le veut... et elle n'aura, sans doute aussi, guère plus d'effet que celle « en faveur des femmes », parce qu'elle tient du voeu pieux ou de la démagogie bien plus qu'elle ne reflète une volonté de remettre en question les normes sexuelles.


... POLICE PARTOUT, JUSTICE NULLE PART POUR LES AUTRES!


Afin que tout un chacun e puisse consommer en paix   dès lors qu'il elle reste à la place lui revenant, bien sûr  et que les capitalistes continuent de s'engraisser sans problème, il est absolument nécessaire que règne l'ordre public. De là le développement d'une politique sécuritaire   dispositifs policiers et judiciaires concernant tous les secteurs de la vie et tous les âges de la population   auquel s'emploie activement la droite au pouvoir... avec d'autant moins de difficultés que la « gauche plurielle » lui a balisé la route en son temps. La loi sur la sécurité intérieure, entrée en vigueur le 18 mars 2003 et punissant (jusqu'à 3 750 euros d'amende et deux mois d'emprisonnement) pour délit d'entrave à la circulation dans les halls d'immeuble, fait suite à la loi sur la sécurité quotidienne du socialiste Daniel Vaillant votée le 15 novembre 2001, qui réprimait les rassemblements dans les entrées d'immeuble en autorisant le recours à la police « pour rétablir la jouissance paisible » des lieux. (Entre quatre et vingtquatre mois de prison ferme ont même été infligés le 7 janvier dernier à Troyes lors d'un des premiers procès sur les halls.)


Le catalogue répressif déjà bien fourni (construction de nouvelles prisons, criminalisation des prostitué e s...  voir notamment CA n° 127) va s'enrichir sous peu de nouveaux textes sur la criminalité et la prévention de la délinquance ainsi que sur le code pénal. En voici un petit aperçu, très alléchant:

- La loi sur la prévention de la délinquance, que son maître d'oeuvre Sarkozy vient de présenter en conseil des ministres, augmente le pouvoir des maires et la vidéosurveillance dans les lieux publics ainsi que les immeubles (avec visionnage par les flics eux mêmes? élaboration de fichiers nominatifs sur cette base... ? A débattre au Parlement?) pour « contribuer à l'amélioration durable de la sécurité». On y trouve entre autres: le possible remplacement des officiers de police judiciai€e et huissiers par les bailleurs afin de constater le moindre trouble; la création d'un « avertissement judiciaire » pour les contraventions et délits inscrits au casier judiciaire et prononcés par le juge de proximité; le développement des « cellules de veille éducative »   mises en place par le précédent gouvernement   pour repérer et « assister » les jeunes ayant quitté le système scolaire sans qualification; l'obligation pour les chefs d'établissement scolaire de transmettre aux maires et présidents des conseils généraux un état trimestriel des élèves aux absences insuffisamment justifiées (de même, concernant l'enseignement à distance: le CNED leur donnera « une information régulière sur les élèves dont le manque d'assiduité dans les devoirs relève d'un problème social et non d'un état de santé ou professionnel connu»); l'instauration d'un «brevet civique» au collège sur les principales règles républicaines et notions simplifiées de droit pénal, ainsi que de stages d'instruction civique pour les délinquants, de comités « pour le respect des devoirs et droits des familles » présidés par les maires... Une vigoureuse mise au pas des voyous qui traînent dans les rues au lieu d'user leur fond de culotte à s'instruire est donc au programme de la nouvelle année.

- La loi sur la réforme du code pénal présentée par le garde des Sceaux Perban a été votée jusqu'ici par les seuls député e s UMP le 27 novembre 2003, mais sera définitivement adoptée elle aussi à la fin de ce mois ci. Elle vise à faire reprendre en main par les parquets l'ensemble du système judiciaire, et accroît beaucoup la dépendance des magistrats par rapport à l'exécutif. Modifiant en profondeur le droit pénal et la procédure ellemême, elle mobilise contre elle avocats et juges, ainsi que les organisations de gauche et de défense des droits de l'Homme, qui dénoncent la restriction des droits de la défense et un glissement vers la délation. En effet, elle contient un allongement de la garde à vue (quatre vingt seize heures au lieu de soixante douze  y compris pour les mineures de 16 à 18 ans dans un trafic de stupéfiants  , sans compter les vingt heures au dépôt) et de l'enquête en flag (de huit à quinze jours); une multiplication des écoutes, des perquisitions de nuit, des micros et caméras vidéo dans les lieux et véhicules privés; la rémunération des indics, le recours aux « repentis ». Et aussi une nouvelle, donc très « chic » disposition: le « plaider coupable », par lequel le procureur négocie directement avec une personne ayant reconnu une infraction: sans qu'il y ait procès, il lui propose une peine contre une reconnaissance préalable de culpabilité. Économique et de bon ton, non?


Au moment du vote à l'Assemblée du projet Perben, un amendement déposé par l'UMP Jean Paul Garraud a fait particulièrement hurler les député e s de gauche. II préconisait de créer un délit d' interruption involontaire de grossesse», et de punir par un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende une interruption de grossesse causée « par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence », avec doublement de la peine lorsque la faute commise serait jugée délibérée. Certes, cet amendement sous entendait l'attribution au foetus d'une «qualité juridique» qui lui a jusqu'ici été refusée par le Parlement comme par la Cour de cassation (selon son arrêt du 29 juin 2001, «l'homicide ne peut être étendu au cas de l'enfant à naître »). Cependant, dans plusieurs cas, des cours d'appel ont condamné ces dernières années des personnes pour homicide involontaire sur un foetus...

À la manifestation organisée le même jour en soutien au Planning familial (300 personnes, contre les 30 anti IVG de SOS Toutpetits rassemblé e s devant ses portes), sa présidente Françoise Laurant s'est insurgée à juste titre contre une tentative de « remettre en cause le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps ». L'acharnement de Garraud sur le sujet (il a proposé ce genre d'amendement lors de deux précédentes discussions à l'Assemblée) montre que certaines thèses ne sont pas propres à l'extrême droite et aux intégristes. Mais quoi d'étonnant? La position de l'Église catholique, pour s'en tenir à cette institution pilier du patriarcat, n'a telle pas toujours été que les femmes existent avant tout comme porteuses d'enfants, et qu'en cas de problème à l'accouchement il faut sauver l'enfant plutôt que la mère? Et, de par le monde, combien d'hommes   et de femmes  préciseraient: Surtout si c'est un garçon, l'héritier du nom?

Toujours est il que, obstétriciens et gynécos ayant de leur côté fait connaître leur crainte de courir un « risque majeur de délit » s'ils elles soignaient des foetus lors de traitements in utero et que les soins tournaient au vinaigre, l'amendement Garraud a été retiré devant la levée de boucliers suscitée. Sans doute en partie pour inciter les partis de gauche à accepter les autres dispositions de la loi Perben... mais aussi et surtout sans doute parce que l'actuelle loi sur l'avortement ne gêne guère le gouvernement, en fait (la position anti IVG n'est par ailleurs défendue ni par toute la droite ni par elle seule). Elle ne le gêne pas pour la simple raison que son financement problématique suffit à la rendre peu opérante. On l'a constaté en particulier l'été dernier, où le manque de places et de délais dans les hôpitaux   mais aussi dans les cliniques, leur roue de secours habituelle pratiquant cet acte a contraint bien des femmes à partir aux Pays Bas, en Espagne ou en Grande Bretagne quand elles le pouvaient. Les autres...

Le secteur hospitalier par rapport à l'IVG, étant donné que les tarifs forfaitaires ne couvrent pas les frais, et qu'il n'est évidemment pas question pour ses établissements de travailler à perte: «service public», connais pas, hein? Et les hôpitaux, censés connaître, eux, traitent de plus en plus les seules urgences, vu leur état de déliquescence avancé (déficit de personnel pour cause de départs non remplacés, de RTT, etc.). Enfin, la RU 486 (utilisable jusqu'à neuf semaines d'aménorrhée) n'est toujours pas disponible hors hôpital... En l'absence d'une véritable mobilisation sur le sujet, l'«avortement libre et gratuit y compris pour les mineures » ne paraît vraiment plus guère à l'ordre du jour.

On en revient ainsi toujours au même point: dans un système économique qui fonctionne sur la rentabilité point final et dont le pouvoir politique sert les exigences, la notion même d'utilité sociale est incongrue. La loi sur l'avortement n'a été arrachée que sous la pression de la rue; sa mise *en pratique réelle et son élargissement à toutes les femmes ayant besoin de recourir à une IVG, quelles qu'elles soient et quelles que soient leurs ressources, ne s'obtiendront que par le maintien d'un rapport de forces conséquent dans la société.

Les modifications législatives en cours montrent la volonté d'en découdre qui anime l'actuel gouvernement et son désir de réduire tout ce qui s'oppose à lui. Pour autant, il vaudrait mieux ne pas en rester à la dénonciation de son programme répressif, comme les libertaires ont trop tendance à le faire   ouvrant d'ailleurs par là un boulevard à la gauche, sous prétexte qu'elle serait « moins pire» en la matière  , car il est l'arbre qui cache la forêt. Les répercussions sur les chômeur se s et précaires qu'entraînent les récentes réformes de l'UNEDIC, de l'allocation spécifique de solidarité et de la taxe professionnelle, pour ne prendre que cet exemple, ont une importance au moins aussi grande:

  Le plan de redressement de l'UNEDIC a déjà mis au le, janvier 180000 demandeurse s d'emploi en fin de droits (sur les 53,7 % des chômeur se s indemnisé e s que comptabilisait lANPE, il n'en reste plus que 47,3 %), et les nouvelles conditions d'obtention de l'ASS réduisent pour 130000 personnes leur durée d'indemnisation d'un à sept mois. Des milliers d'autres subiront les effets de cette politique dans les mois à venir. L'annonce par Chirac, en guise de meilleurs voeux, d'une « grande loi de mobilisation pour l'emploi » ne devrait elle pas donner à beaucoup l'envie de mordre?

De telles réformes vont augmenter le nombre d'allocataires RMI et RMA alors que la prochaine étape de la « décentralisation » affairante en 2004 transfère l'organisation et le financement de ces allocations aux départements. Une nouvelle hausse des impôts locaux suivra forcément, après celle de 4,57% qui a servi en 2003 à payer PAPA (allocation personnalisée d'autonomie des personnes âgées). Car même si l'État doit fournir une compensation monétaire, la précédente régionalisation effectuée, à savoir la gestion des collèges, lycées et transports ferroviaires, l'a prouvé :l'effort financier à garantir par les départements doit toujours être beaucoup plus important que celui consenti auparavant par le pouvoir central.


  Les changements apportés concernant la taxe professionnelle aggraveront encore la situation de l'emploi. Cette taxe joue en effet un rôle central dans le financement des collectivités territoriales, puisqu'elle représente à peu près la moitié de la fiscalité directe locale. Or, depuis le 1 e, janvier, les entreprises sont exonérées de TP sur leurs nouveaux investissements et, là encore, l'État s'est engagé à donner en compensation aux collectivités territoriales des dotations supplémentaires (dont il récupère, semble t il, la majeure partie grâce aux mesures d'accompagnement de la réforme...). La «décentralisation » menée contribue de ce fait à diminuer les ressources propres des collectivités territoriales et à accroître leur dépendance par rapport au pouvoir central, affaiblissant leur autonomie réelle de décision et les déresponsabilisant par rapport au développement de l'activité économique sur leur territoire. En effet, pourquoi les communes essaieraient elles de faire venir des entreprises (d'autant que ces dernières sont souvent polluantes) alors qu'elles n'en tireront pas de ressources en termes de TP? On peut donc s'attendre à une baisse en termes d'offres d'emploi...


Les mouvements sociaux du printemps 2003 n'ont pas abouti. Cependant, aucun pouvoir ne pourra empêcher l'apparition de brèches dans le consensus organisé, car les antagonismes de classe demeurent. L'État chiraquien tente aujourd'hui de les réduire en cantonnant aux marges de la société dans les banlieues, quartiers ou cités ghettôisés, les régions économiquement sinistrées   tous les laissés pour compte du système capitaliste, les stigmatisant facilement comme déviants, délinquants, voire criminels. Hors de la vue, les personnes ou les communautés (formées sur une identité économique, ethnique, linguistique, religieuse...) sans pouvoir d'achat suffisant pour participer vraiment à l'orgie de consommation, réfractaires aux valeurs dominantes du fait de leurs références de classe ou de leur identité culturelle spécifique...

C'est pourquoi une mobilisation contre le seul « bon à cogner » que s'octroie en ce moment le gouvernement serait aussi vaine que d'escompter une « politique sociale » de la gauche institutionnelle: il faut également combattre la logique économique qui la soustend et le « prêt à penser » idéologique qui la conforte!


Vanina

Courant alternatif n°136 février 2004

Ecrit par libertad, à 18:41 dans la rubrique "Pour comprendre".



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