L’emprise
médiatique sur le quotidien est de plus en plus présente dans notre
société. Lire la presse ou passer plusieurs heures devant la télévision
ne peut qu’avoir une influence sur le comportement général, les choix
de mode de vie et de consommation quotidienne des individus. Il s’agit
bien de formater les esprits pour réduire leurs capacités d’analyse
autonome et leur faire admettre plus facilement les choix politiques
comme de simples réponses techniques et sans alternatives. Les médias
dominants formatent également le paysage politique en le personnalisant
à outrance. Ils participent ainsi d’une simplification dommageable pour
la démocratie. Dans le même temps, les instituts de sondage sont aussi
vecteurs de l’idéologie dominante.
Pour
remplir une fonction démocratique, les médias devraient être
diversifiés et soustraits à l’emprise directe des pouvoirs économiques
et politiques. De par leur position dominante, ce sont avant tout les
médias “ établis ” qui “ forgent l’opinion ”. Or, du point de vue
économique comme éditorialiste, les principales entreprises médiatiques
sont des vecteurs de l’idéologie dominante et des acteurs de la
mondialisation néolibérale – ceci au mépris de la diversité des
opinions et des aspirations de leurs lecteurs/trices, auditeurs/trices
et téléspectateurs/trices. Pour autant, si de part la place qu’ils
occupent dans la vie quotidienne des individus, les médias dominants
ont une capacité d’influence significative (notamment par la voie
audiovisuelle) sur leur comportement général, leur mode de vie et de
consommation quotidienne, celle–ci n’est certainement pas absolue.
L’exemple de la campagne référendaire sur le Projet de Traité
constitutionnel européen n a été une parfaite illustration. Les médias
sont donc souvent moins puissants qu’on pourrait le croire et la
surface de leur pouvoir est aussi la conséquence du niveau de
concessions que nous nous sommes finalement imposés nous mêmes
jusqu’ici.
Malgré
une apparente surabondance de médias, la concentration de ceux-ci entre
les mains d’une poignée de groupes industriels et financiers ne cesse
de s’accentuer. Cette concentration intervient non seulement au sein de
chacun des secteurs concernés (télévision, presse, édition…) mais aussi
de façon transversale de par le développement de grands groupes
multimédia eux-mêmes intégrés à de puissants groupes industriels
(Lagardère, Bouygues, Bolloré, Dassault ...). Les conséquences de cette
évolution sont toutes aussi lourdes pour les salarié-e-s concernés que
dangereuses pour le pluralisme et la qualité de l’information. Ces
rachats ne peuvent que renforcer un contexte général où dérives
déontologiques et pressions sur le contenu se multiplient. Pour l’Union
syndicale Solidaires il est manifeste que les propriétaires des
entreprises qui accaparent les médias et les "instituts de sondages" ne
le font pas pour améliorer la diversité éditorialiste et favoriser le
débat démocratique mais plus sûrement pour mieux imposer aux esprits
comme inéluctables les contre-réformes sur mesure que lui tricote le
gouvernement.
Même
si ce constat n’est pas nouveau, il a été exacerbé ces derniers mois
sous l’effet d’une convergence d’intérêts entre le nouveau chef de
l’Etat et celles et ceux qui détiennent les entreprises médiatiques.
Les interventions intempestives, les pressions insistantes sur les
patrons de chaînes, de radios, de journaux ou d’agences de presse et
les placements de proches de N. Sarkozy, sont devenus des pratiques
courantes. Dans le même temps, jamais l’information n’a été aussi
uniformisée, calibrée dans un seul sens : celui du conformisme, de
l’obéissance au patronat et de servilité à l’égard du pouvoir politique.
Le
secteur public de l’audiovisuel ne fait pas exception. Face aux chaînes
et stations privées, il se borne à la concurrence dans la course à
l’audience instantanée. L’annonce de la suppression de la publicité
doit entraîner un débat sur la finalité et le fonctionnement du service
public de l’audiovisuel.
Aujourd’hui,
en France comme dans la plupart des pays européens où régnait une
certaine liberté des médias, la multiplication des pressions
économiques, sociales et politiques, la marchandisation de
l’information, le développement de l’autocensure rédactionnelle par des
directions qui sont "dans la ligne", les dérives déontologiques, la
remise en cause de la protection des sources, la précarisation de
nombreux/ses salarié-e6s des médias, journalistes et non journalistes…
font peser une réelle menace sur le droit pour tout citoyen-ne à
pouvoir bénéficier d’une information pluraliste, indépendante et fiable.
Au
nom du respect de ce droit fondamental, notre Union syndicale porte un
certain nombre de revendications relatives aux médias élaborées en lien
avec ses organisations membres directement impliquées dans les champs
concernés et avec divers réseaux engagés sur ces questions, tels
l’Acrimed (Action critique médias) et les Etats généraux pour une
information et des médias pluralistes.
A ce titre, l’Union syndicale Solidaires revendique notamment l’adoption de dispositions visant :
- à lutter contre les effets conjoints de la concentration et de la
financiarisation des médias avec en particulier un renforcement de la
législation contre la concentration dans les médias ; une refondation
des aides publiques à la presse, pour que celles-ci bénéficient en
priorité aux médias sans but lucratif, aux médias d’information
généraliste et à faibles ressources publicitaires… ;
- à soustraire les médias aux différentes pressions et chantages
d’où qu’ils viennent avec en particulier l’interdiction pour des
groupes bénéficiant de marchés publics de posséder des entreprises
médiatiques ; la création d’une nouvelle instance de régulation des
médias, quel que soit leur support de diffusion de l’information, plus
démocratique que l’actuel CSA ; l’adoption d’une loi garantissant
l’indépendance des rédactions et l’attribution de nouveaux droits
collectifs aux rédactions et aux syndicats des salarié-e-s des
entreprises médiatiques… ;
- à préserver et à développer un pôle public des médias et de
l’AFP, avec en particulier un financement indépendant de la publicité à
la hauteur de ses missions et des garanties démocratiques qui le
soustraient au chantage politique des gouvernants ; l’arrêt de la
concession des chaînes privées à des groupes dépendants de marchés
publics ; la constitution d’un pôle public des médias… ;
- à favoriser l’essor des médias associatifs et à doter les médias
à but non lucratif du statut et des moyens dont ils ont besoin. Les
principales revendications portées par ces “ médias du tiers secteur ”
doivent être satisfaites, en particulier leur représentation dans
toutes les instances concernant les médias ; la pleine reconnaissance
professionnelle des personnes contribuant à les faire vivre ; la
protection du quota attribué aux fréquences associatives radiophoniques
et l’instauration d’un quota équitable de fréquences hertziennes pour
les télévisions associatives aux plans local comme national ;
l’instauration d’aides spécifiques à la diffusion et la révision des
conditions d’accès aux points de vente pour la presse écrite et
l’édition indépendante et sans but lucratif ; la mise en oeuvre de
mesures visant au développement d’un Internet solidaire et non marchand
et la promotion des logiciels libres et des formats ouverts…
- à conditionner les aides publiques à la presse par l’adoption
d’une charte sociale visant à résorber la précarité des salarié-e-s des
médias concernés.
L’Union
syndicale Solidaires et les organisations qui la composent sont
confrontées aux problèmes que soulève leur médiatisation. Pour
permettre une appropriation collective de cette question, l’Union
syndicale Solidaires organisera un débat sur les conditions de cette
expression.