L'En Dehors


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Les femmes et l'argent

J'ai l'impression que les femmes ont un problème avec l'argent. Dans le passé, la femme ne travaillait pas. Du moins, elle n'exercait pas une profession lui apportant directement de l'argent. Son role était de rester à la maison et s'occuper du ménage, de la cuisine, des enfants, sans contre-partie financière. Le mari, lui, travaillait à l'extérieur et gagnait de l'argent. Lorsqu'il rentrait à la maison, il devait trouver une maison bien tenue, des enfants sages et une femme accueillante (il suffit de lire les conseils prodigués aux jeunes filles de cette époque). Enfin, le mariage permettait à l'homme et à la femme d'avoir des relations sexuelles licites.

En échange des services gratuits rendus à la fois à l'homme (domesticité) et à la société (éducation gratuite des enfants), la femme partageait le même niveau de vie que son mari. Elle ne recevait donc pas un revenu direct, mais un revenu indirect en nature.

Puis, suite à la seconde guerre mondiale et la volonté des femmes d'accéder au monde du travail (je parle des femmes de la classe moyenne, entendu que les paysannes et les ouvrières ont travaillé depuis bien plus longtemps) et suite à l'égalité des sexes, les femmes ont commencé à sortir de leur foyer et à exercer un métier en échange d'un revenu. Elles sont donc entrées directement en contact avec l'argent.

C'est là que certains conflits intérieurs se sont posées aux femmes. Jusque là, les valeurs auxquelles les femmes étaient attachées étaient "don de soi", "dévouement", "amour de son prochain", "services rendus à autrui". La gratuité était donc valorisée, à l'opposé du service payant.

Même si ca fait 50 ans que les femmes travaillent, et travaillent de plus en plus, j'ai l'impression que ces valeurs ont la peau dure. Par exemple:

Différence salariale: à travail équivalent la femme gagne en moyenne 80 % du salaire de l'homme. Les causes sont multiples. J'en vois déjà 2:
1. le salaire de la femme a été considéré comme "une salaire d'appoint", comme un "argent de poche pour la femme", la responsabilité de l'argent du ménage reposant toujours chez l'homme.
2. la femme qui travaille est responsable de la négociation de son salaire et de ses augmentations. J'ai l'impression que les femmes ont certaines réticences à négocier un salaire élévé et, par la suite, demander des augmentations. Un peu comme si elles avaient honte de dire "j'ai envie de gagner plein d'argent", comme si elles trouvaient normal d'avoir une certaine modestie à ce sujet.

Les tâches ménagères: La double journée est de mise chez bcp de femmes. Une solution serait qu'elles engagent une personne pour s'occuper du ménage. Mais il existe une certaine réprobation sociale: une femme qui engage une personne pour le nettoyage passe aux yeux de la société pour une femme paresseuse, pour une femme qui ne s'occupe pas de sa maison. En tout cas, bcp de femmes ont peur de ce jugement et préfèrent dire fièrement qu'elles parviennent à s'occuper de leur ménage malgré le fait qu'elle travaillent à temps plein.
Cette réprobation existe aussi chez les féministes: ces femmes qui ont aujourd'hui accès aux métiers et revenus des hommes, reproduiraient une domination sur les femmes défavorisées qu'elles employent pour les tâches ménagères.
Il y a en quelque sorte un consensus pour dire "les tâches ménagères ne se monnaient pas".

La cuisine: C'est aussi traditionnellement le rôle de la femme d'aller faire les courses et de préparer le repas. Il est encore mal vu par certaines personnes qu'un couple aille systématiquement manger à l'extérieur, plutot que manger chez soi (un repas préparé par la femme sous entendu). De même, j'ai lu une statistique sur les célibataires: les hommes seuls ne cuisinent quasiment jamais (resto ou achat de plats préparés à réchauffer), tandis que les femmes seules cuisinent bcp plus pour elle-même. Encore ce réflexe: la cuisine est un role de la femme qui ne se monnaie pas.

Le bénévolat: toute une série de femmes qui se sont consacrées à l'éducation de leurs enfants, s'engagent dans du bénévolat lorsque leurs enfants sont plus grands. C'est une façon pour elles de continuer à se mettre au service des autres. Elles y trouvent une gratification certaine, par le fait que ce don de soi n'est pas rémunéré. La même activité rémunérée perdrait toute valeur à leur yeux. Je pense donc que pour les femmes, la gratuité est une valeur positive, à l'opposé de l'argent percu comme négatif.

La prostitution: c'est peut-être le sommet du "don de soi" qui est rémunéré. Dans le mariage traditionnel, la femme est tenue au devoir conjugal, elle doit donner gratuitement des prestations sexuelles à son mari. Le sexe a en plus quelque chose de sacré. Donc échanger quelque chose de sacré (et traditionnellement gratuit) contre quelque chose d'aussi négatif que de l'argent, ne peut susciter que du mépris.

Mwana Muke

Ecrit par Mwana Muke, à 21:11 dans la rubrique "Le privé est politique".



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