L'En Dehors


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LE TEMPS BENI DES COLONIES ?

La « représentation nationale » a refusé d’abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés imposant que les programmes scolaires « reconnaissant le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». La belle affaire !

Ce refus a donné lieu à une grande séance d’auto flagellation qui a défaut de réactualiser les Droits de l’Homme dans leur « patrie » a réactivé un débat politique qui peinait à repartir après la crise des banlieues.


LA VERITE HISTORIQUE A LA SAUCE POLITICIENNE


Imaginons un peu ce que peut-être la « vérité historique » lorsqu’elle est le produit d’affrontements politiciens. Car c’est bien de cela dont il s’agit dans cette affaire.

Si la Gauche, PS et PCF (pour l’abrogation), avaient eu une attitude claire et sans ambiguïté pendant la colonisation, alors on pourrait aujourd’hui prendre leur position au sérieux. Mais qu’elle a été leur attitude : pour ne prendre que le cas de l’Algérie, les socialistes au pouvoir de 1954 (date du début de l’insurrection) jusqu’en 1958 (date du retour de De Gaulle) leur attitude de colonisateur est « exemplaire » – confère les discours d’un certain François MITTERAND et de Guy MOLLET – Quand au PCF son attitude n’est pas plus glorieuse : il vote les « pleins pouvoirs » à Guy MOLLET en 1956 et à une attitude plus qu’équivoque quant aux consignes qu’il donne à ses militants mobilisés…. En gros : « Allez y et démerdez vous ! »

Et ce sont ces organisations politiques aujourd’hui, qui n’ont d’ailleurs jamais fait leur « autocritique » sur ces évènements qui jouent les « blanche neige anti colonialistes » ? Je ne crois pas à la sincérité de leur démarche, dans ce domaine, comme dans les autres. De même que l’attitude de la Droite qui est en pleine chasse sur les terres de l’extrême droite soulève avec cette question une polémique qui a plus pour objectif de séduire un certain électorat que de contribuer à la connaissance historique.

Mais il y a plus sérieux.

Cette affaire est révélatrice du rôle exorbitant que l’on donne au Parlement… pas seulement en terme d’initiative législative (vote des lois) mais aussi sur l’appréciation éthique de l’Histoire. Cette importance est tout simplement absurde et dérisoire Pourquoi ? Mais tout simplement parce que la « vérité » va fluctuer au rythme des majorités. Ce qui est « vrai » aujourd’hui peut devenir « faux » demain et redevenir « vrai » le surlendemain. ( ?). Autrement dit le « dire » du Parlement n’a aucun sens au sens de l’Histoire…. Il n’est que le produit des alliances, des magouilles, des ententes, des « déplacements de voix » dans le corps électoral, de la futilité des variations d’une opinion publique manipulée par les médias, les politiciens, les sondages, les évènements plus ou moins marquants, cachés ou « montés en épingle » par les médias…. Imaginez un instant ce que pourrait dire de la colonisation un Parlement où le FN aurait la majorité ?

Sans vouloir paraphraser une série télévisée américaine : « La vérité est ailleurs »… et certainement pas dans la bouche des politiciens… aussi légitimes soient-ils.


L’ENSEIGNEMENT PRIS EN OTAGE ?


Même pas.

La vérité historique serait gravée dans le marbre, et ce « marbre » serait les livres d’Histoire ? Là aussi, quelle dérision. La société change de livres d’Histoire comme un individu de chemises… Y aurait-il désormais une Histoire officielle ? Tiens, ce serait nouveau. Que n’a-t-on pas dit, à juste titre, sur ces sociétés totalitaires qui avaient une « Histoire officielle » ?

Apprend-on l’Histoire dans les livres d’Histoire ? Aujourd’hui de moins en moins. Le livre d’Histoire devient un instrument secondaire du savoir historique… et heureusement.

Et puis il y a le professeur d’Histoire

Ne nous faisons pas d’illusion, il y a une sacrée différence entre ce qui est écrit dans un bouquin, tout scolaire qu’il soit, et que généralement on parcourt d’un regard discret… et la parole d’un professeur. Car, dans toute cette affaire on a oublié le « prof », celui qui cause, qui explique, qui est présent devant les élèves qui répond aux questions, qui les suscite le cas échéant, qui intéresse ou qui « saoule » (comme disent les jeunes). Or un prof ne lit pas un livre, il peut même parfaitement s’en passer. Il parle de l’Histoire comme il la comprend, comme il la conçoit… et il y a fort à parier que deux profs parlant du même évènement n’en parleront pas de la même manière, en fonction de leur vision, mais aussi disons le de leurs convictions… et ce indépendamment de ce que le Parlement aura décidé d’écrire dans le livre. Il pourra même dire, sans aucun contrôle, que ce qui est écrit dans le livre est faux et en convaincre son auditoire.

D’ailleurs l’Histoire n’est pas la seule matière à être dans cas. Si l’on prend le cas de l’Economie, c’est pareil. La manière dont l’économie est expliquée dans les livres scolaires laisse rêveur, et il n’y a pas eu besoin d’une décision du Parlement pour raconter les sornettes que l’on y trouve.


UN SCANDALE ?


Un de plus dira-t-on, et certainement pas le plus terrible. Mais que peuvent attendre les anciens peuples colonisés, actuellement pillés, contrôlés de multiples manières (militaire, économique, diplomatique, culturelle) par les « grandes démocraties ?

Le scandale est ce eux qui le ressentent ou nous ? Bien sûr, quelques Etats plus ou moins fantoches, corrompus, totalitaires et/ou en manque de publicité dans les ex pays coloniaux vont en rajouter dans une indignation bien utilisée et à usage de politique intérieure, mais là n’est pas l’essentiel.

Cette décision n’est elle pas plutôt l’illustration pour nous-mêmes que nous ne savons pas tirer les leçons de notre propre histoire ?

Que cette Histoire nous colle à la peau et que l’on ne sait pas trop comment s’en défaire ?

Que cette Histoire nous renvoie « en creux » la réalité de notre existence « en relief », celle de nos banlieues et de nos murs érigés face à la pauvreté du reste du monde ?

L’héritage de la colonisation est moins les bâtiments et les routes qu’ont construit les colons, que la destruction d’un lien social spécifique à des peuples et la haine quelle a suscité.

L’héritage de la colonisation est moins les certitudes morales et économique d’une « œuvre civilisatrice » que la confiscation de leur histoire à des peuples qui ne demandaient rien… et qui sont aujourd’hui en perdition.

Le spectacle donné par la représentation nationale est, une fois de plus, pitoyable et ne saurait être mis à son crédit ni par les citoyens qu’en principe elle représente, ni par les anciens colonisés qui ont d’autres soucis que d’espérer une quelconque honnêteté, pour ne pas dire franchise, de leurs part de leurs anciens maîtres.

Pour l’édification des générations futures nous ne ferons pas confiance à la « vérité officielle »,… mais qui y fait encore confiance ?


Patrick MIGNARD

Ecrit par Patrick Mignard, à 21:31 dans la rubrique "Pour comprendre".



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