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Le taoïsme, une philosophie libertaire
Lu sur Libertad : "« L'appel aux armes est de toutes les vertus, la plus basse ; les récompenses et les châtiments sont les modalités d'éducation les plus inférieures ; les rites et les lois les moyens de gouverner les plus méprisables »(Tchouang-Tseu).Selon Tchouang-Tseu, une des principales figures du taoïsme, l'homme ne peut être heureux que s'il ne vit que pour lui et non s'il se propose un but qui lui soit extérieur. La voie de libération individuelle est celle du non-agir, car l'homme est fondamentalement inutile. C'est son inutilité même qui permet à l'individu d'échapper à l'emprise de la société. Le rapprochement du taoïsme et de la tradition libertaire doit se comprendre comme prenant en compte la philosophie primitive taoïste à l'exclusion de sa décadence théiste plus tardive. D'autre part, le parallèle ne peut se faire qu'avec une vision de l'anarchie comme libération totale de l'individu. Ceci dit, on doit pouvoir reconnaître les nombreuses similitudes entre ce qu'on aurait bien du mal à appeler des doctrines.

Mais plus encore que dans ses principes, c'est dans sa pratique que le taoïsme s'apparente à l'action anarchiste. Tao signifie la voie, qui est avant tout une démarche d'affranchissement et de respect de la liberté de l'autre. Cette conception conduit au pacifisme et à la contestation de l'oppression socialsociale. L'attitude taoïste vis à vis de la nature est par exemple profondément libertaire. La relation avec la nature est celle du respect et de la non-domination. Le but du taoïste est d'œuvrer dans le sens de la nature pour créer le cadre matériel et social qui permette à chaque homme de réaliser le Tao : la libération de l'individu. Comment ne pas y voir un parallèle évident avec l'idéal et la pratique de l'anarchie qu'on gagnerait beaucoup à considérer également comme une voie, un cheminement, plutôt que comme le stade final de la lutte des classes ? Bertrand Russel ne s'y est pas trompé en mettant en exergue de son livre Le monde tel qui pourrait être : socialisme, anarchisme et anarcho-syndicalisme, les paroles subversives de Lao Tseu : « Produire sans posséder, agir sans s'imposer, développer sans dominer » que Proudhon aurait pu aussi bien formuler.

Conciliables, similaires, l'idée anarchiste et le taoïsme sont pour leur malheur trop souvent défendus par des esprits sévères et étroits, incapables de réaliser la parenté qu'il peut exister entre elles. C'est aussi que le jargon libertaire et la parole taoïste sont assez différents. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Profondément ancrés dans le langage populaire de deux civilisations qui n'ont eu que de très rares contacts. Les deux styles ont toutefois ceci en commun qu'ils s'adressent à l'homme, dans son propre langage, se méfiant de celui des doctrinaires. Si la pensée taoïste peut paraître hermétique c'est aux yeux d'un occidental de ce siècle. Le fossé à première vue infranchissable entre taoïsme et anarchisme ne peut se franchir sans une capacité d'ouverture et d'adaptation étrangement absentes chez nos contemporains. L'impossible collision de deux faces d'une même idée n'empêche pas en tous cas l'acte de reconnaissance réciproque, le signe entendu que se font entre eux les ennemis de l'ordre social.

C'est jusque dans leurs destins que ces modes de pensée et de vie se recoupent vraiment. Imprégnant également leurs sociétés respectives, ils ont été pareillement déformés par leurs propagandistes et commentateurs qui ont voulu ériger en système ces philosophies anti-système. Ce qu'on ne peut appeler autrement qu'une trahison montre la faculté qu'on les hommes perdus hors des sentiers battus à retrouver la route du conformisme même s'il faut pour cela qu'il travestissent leurs errances. On connaît le sort qui fut fait à l'indomptable anarchie par les pseudos révoltés en manque de nouvelles églises. L'épreuve de l'histoire fait dans les deux cas la perte de l'idéal. De la même manière, le taoïsme primitif de Tchouang-Tseu et Lao-Tseu qui constituait une force de contestation sociale susceptible de s'opposer à la doctrine de Confucius, partisan de l'ordre étatique, a été trahie. Le taoïsme historique a dégénéré vers une reconnaissance de l'ordre établi faisant du non-agir l'acceptation du conformisme social. Cette soumission à la société du néo-taoïsme sera vivement combattue par le groupe des « sept sages de la forêt de bambou » qui s'en prendront également à la religion d'État : le confucianisme. La philosophie du Tao reste aujourd'hui encore entachée des apports ultérieurs de la décadence théiste qui l'abaissera à n'être plus qu'une religion, un amas de superstitions et de symboles idiots à l'usage de faux mystiques assoifés d'exotisme et d'absolu faciles.



« Tchouang-Tseu dont il faut prononcer le nom avec précaution, puisqu'il n'est pas écrit, est un écrivain très dangereux. Et la publication de son ouvrage en anglais deux mille ans après sa mort est à l'évidence prématurée. Elle risque de causer beaucoup de peine à nombre de gens actifs et profondément respectables. Sans doute un idéal qui pousse à la culture et au développement de soi, ce à quoi tendent du reste ses vues philosophiques, est-il passablement nécessaire aux temps que nous vivons, où la plupart des gens prennent tant à cœur l'éducation de leur prochain que le temps leur manque pour faire la leur. Mais est-il prudent de l'avouer ? A mon sens, si nous admettions le pouvoir destructeur de certaines des critiques de Tchouang-Tseu, il nous faudrait aussi réviser quelque peu cette habitude nationale qui est sans cesse de nous glorifier. Car ce qui toujours console l'homme de ses stupidités, ce sont les éloges dont il se couvre après qu'il les a faites. »
(Oscar Wilde)
par Fabrice Magnone

Ecrit par libertad, à 23:38 dans la rubrique "Pour comprendre".

Commentaires :

  Anonym3
18-09-04
à 13:04

ni tao, ni lao-tseu

  • Comment ne pas y voir un parallèle / avec / l'anarchie / comme une voie, un cheminement, plutôt que comme le stade final de la lutte des classes ?

Il faudrait sans doute dire cela aux indiens d'amérique ou de guyane, ou certaines peuplades en afrique, et entendre si pour eux la lutte contre le dominateur n'est plus leur seul et unique but, surtout quand ils se font déposséder.
La lutte des classes est une réalité de ce systéme (divisé en dominants/dominés ou exploiteurs/exploités), c'est une voie, un cheminement imposé par le poids de son histoire et de sa structure.
Prendre un autre chemin, oui, c'est le moyen idéal, mais en gros, il y a des gardes qui empéchent de passer, il faut donc se battre contre, je vois pas d'autres moyens (et ça prend différentes formes).
  • Conciliables, similaires, l'idée anarchiste et le taoïsme sont pour leur malheur trop souvent défendus par des esprits sévères et étroits, incapables de réaliser la parenté qu'il peut exister entre elles.
Il me semble que c'est la réalité matérielle, voire historique, qui oriente l'esprit à étre sévére ou étroit, parfois aussi l'idéologie, mais qui de l'oeuf ou de la poule?
Il y a un certain individualisme dans le taoisme, tout comme dans l'anarchisme (et même dans le libéralisme). Mais l'invidualisme anarchiste me suffit. Et puis dans le taoisme il y a des trucs un peu zarbis, comme des principes flous "Il convient d'être inutile, vide, sans qualités", ou même politiquement et socialement "La société proposée comme idéal de simplicité est une constellation de villages autonomes sans liens entre eux et des humains sans curiosité pour le monde extérieur".
Il paraitrait même que ce n'est pas lao-tseu qui aurait écrit le tao-te-king (il vécu au 6eme siecle avant JC et le TTK aurait été écrit au 3 eme av JC), c'est un peu comme jésus christ, ce serait ces disiples qui lui aurait écrit la bible (vers 300 ap JC).
Répondre à ce commentaire

  libertad
18-09-04
à 16:03

Re: ni tao, ni lao-tseu

Effectivement Lao Tseu n'est qu'un mythe, il n'a jamais existé, je viens de trouver une analyse intéressante sur l'utlité du taoisme pour la construction de l'empire chinois, dès que j'ai un moment, je la présenterai ici
Répondre à ce commentaire

  Anonym3
20-09-04
à 12:10

Re: Re: ni tao, ni lao-tseu

Si en plus c'est un mythe, alors là c'est encore plus clair. Je serais intéressé de lire cette analyse...
Répondre à ce commentaire

  libertad
04-10-04
à 19:54

Re: Re: Re: ni tao, ni lao-tseu

J'ai remis la main sur le texte dont je te parlais et qui analyse assez finement comment l'empire chinois a utilisé le taoisme comme relgion d'état : http://www.mindorg.com/ant_sys/Sys06.htm#D

En fait il faudrait relire toute l'histoire du taoisme, j'ai les documents quelque part mais sous forme papier : il y a plusieurs courants dans le taoisme : philosophique d'un côté, église de l'autre ( récupérée par l'état ) . L'écriture du Tao te king par le soi-disant lao-tseu n'est déjà qu'une forme de récupération d'une spiritualité populaire dont des espèces de propagateurs vagabonds étaient le support ( il faudrait que je recherche leur nom mais leur façon d'agir pourrait se comparer à une forme d'undividualisme anar : si ça peut vouloir dire quelque chose à cette période).

Ce texte est très intéressant aussi sur d'autres questions: par exemple le problème du citoyen et sur la naissance des religions( un autre chapitre )

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  Karl-Groucho
25-03-07
à 14:22

Re: Re: Re: Re: ni tao, ni lao-tseu

Mythe ou pas, et il s’agit de ne pas être péremptoire dans l’une ou l’autre affirmation !


Mythe ou pas, deux petites citations :


« Le wu-wei est le principe d’action du sage qui agit en harmonie avec le Tao, à l’extérieur comme à l’intérieur. Selon John Blofeld, il s’agit de “[...] ne pas aller au-delà de l’action spontanée qui est adaptée aux besoins tels qu’ils se présentent, de ne pas s’engager dans des actions savamment calculées et de ne pas agir avec l’intention de dépasser le strict minimum nécessaire pour obtenir les résultats voulus.” »


Renseignement pris, le Blofeld en question semble être un converti au boudhiisme.
Grand bien lui fasse... Pour moi,  ça ressemble furieusement à du curé, mais en attendant, je trouve son explication du  wu-wei intéressante !


Anti compète, anti stratégie, décroissance, etc.


Et aussi :


« [...]
Produire et entretenir
Produire sans s’approprier
agir sans rien attendre
Guider sans contraindre
voilà la vertu primordiale. »


Tao-tö king, X

Lao-tseu


Pas mal, non ?


Le cacapitalisme peut aller se faire voir, avec ça !
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