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La culture de l’Amour

Lu sur Infokioskes : "L’Amour et ses représentations ne sont pas des banalités niaises à mépriser en passant, mais des vecteurs de souffrances et d’exclusions à combattre...

« - Vous êtes dans une relation Amoureuse ?
-  Non, je ne dirais pas que c’est de l’Amour. C’est plus une amitié tendre, une amitié sexuelle, une chouette affinité, je ne sais pas. Mais de là à parler d’Amour... Le terme est un peu fort. »

« Amour », un terme un peu fort, un peu vague, plutôt indiscernable, relativement dévastateur. On ne sait pas trop quand l’employer. Certainement pas n’importe quand. On ne sait pas toujours vraiment tout ce qu’il recouvre, on se trouve souvent un peu perdu face à lui, la seule chose qu’on sait, c’est qu’il a du poids. On ne joue pas avec ce mot-là.

Bon. Peut-être faudrait-il donc commencer par des questions de vocabulaire. Alors. Quand des êtres éprouvent de l’affection, ils peuvent se transmettre différentes choses ; ils peuvent avoir divers échanges affectifs :

-  Des baisers sur la joue. Des baisers sur les lèvres. Des baisers sur le coude. Des baisers ailleurs. Des frotti-frotta sur le nez. Des caresses. Des étreintes, comme quand on se prend dans les bras. Des saisissures par la main. Des bras-dessus-bras-dessous. Des touchers de cheveux. Des sommeils côte à côte, ou collé-e-s. Des léchouilles. Des cuni, des fellations. Des chatouilles. Des attouchements génitaux. Des pénétrations anales. J’en passe et des meilleures. On appellera tout ça des échanges physiques. Il semble habituel de les diviser en deux groupes : ceux qui procurent un plaisir sexuel, qu’on appellera donc échanges sexuels, et ceux qui procurent d’autres plaisirs, qu’on appellera gestes de tendresse.

-  Des regards. Des discussions interminables. Des louanges. Des marques d’attention, d’écoute, d’intérêt. Des moments passés ensemble. Des mots doux. Des tranches de rigolade. Des sourires complices. J’en passe et des meilleures encore. Il s’agit là aussi d’échanges affectifs, mais sans contact physique : attitudes, comportements, dialogues...

Quand on participe à des échanges affectifs, et que l’échange se passe bien, on en retire des choses, qu’on appellera des biens affectifs. Sensations agréables, de douceur, de plaisir, de tendresse, sentiments de valorisation, sentiments de complicité, impressions d’exister, de compter,... Comme quand on échange des choses palpables et entreposables, comme quand j’échange deux pièces de monnaie contre une tondeuse à gazon, j’effectue un échange matériel et j’en retire un bien matériel : une rutilante tondeuse à gazon. Je pourrai dire à mes ami-e-s qui viendront admirer ma liste de biens matériels : « oui, j’ai ceci, j’ai cela, j’ai une pompe à vélo et une tondeuse à gazon ». Si je le voulais, après une heure passée avec Philippe, je pourrais faire intérieurement le compte de mes biens affectifs, et je verrais que notre heure d’échange m’a procuré 25 grammes de plaisir sensuel à l’orteil gauche et 89 onces de sentiment de complicité. Je ne dis pas qu’il faut tout compter, n’est-ce pas, j’essaye juste d’illustrer le vocabulaire que je propose.

Reprenons, reprenons, soyons sûr-e-s de ne pas nous embrouiller les pinceaux avec tout ça. Les échanges affectifs entre des personnes, ça peut prendre toute une série de formes, toute une série très longue et très diverse de formes, pleine de subtilités, d’originalités, de créativités et de tabous. Ca peut prendre la forme d’échanges physiques ou non, d’échanges sexuels, de gestes de tendresse. Et quand ces échanges affectifs nous font du bien, nous en retirons des biens affectifs. On y est ? Bon.

Les différentes cultures qui émaillent l’humanité ont chacune leur manière de gérer tous ces échanges affectifs. Certains sont interdits, d’autres sont tolérés, ou catégorisés, regroupés, codés, succédés, nommés, normés. Par exemple, notre culture a principalement deux mots pour les échanges affectifs : « amitié » et « Amour ». Surprenant, non ? Deux seuls mots, deux seules étiquettes, pour tant d’échanges affectifs différents.

« - Toi, tu crois qu’il peut y avoir de l’amitié entre un garçon et une fille ? Quelle est la différence entre l’amitié et l’Amour ? »

La question est absurde, déjà parce qu’elle sous-entend que l’Amour ne peut pas exister entre garçons ou entre filles. Mais en même temps elle est révélatrice : notre pauvre vocabulaire ne met que deux termes à notre disposition pour parler de relations affectives. On ne dit pas « avec untel il y a des bisous, de l’écoute et de la complicité » ou « avec unetelle il y a un peu de sexualité et beaucoup de rires », on dit « avec untel il y a de l’Amour » ou « avec toi c’est juste de l’amitié » . On classe nos relations dans deux cases très réductrices. Et ces deux cases ne sont pas équilibrées, loin de là. « L’amitié » recouvre une énorme variété d’échanges affectifs. « L’Amour » , lui, n’est rien d’autre qu’un point culminant, une totalité, l’amitié au centuple, l’amitié à l’extrême. Il est à la fois énorme et rarissime.

« L’Amour, l’Amour... C’est quoi au juste ? »

L’étiquette « Amour » a été inventée par notre riche et maudite culture dans les tréfonds du Moyen-Age. Une dose de christianisme et une dose d’amour courtois, et hop ! voilà façonné le mythe de l’Amour avec un grand A, l’idole Amour, qui traverse les âges sur son jeune et beau cheval blanc, de poèmes romantiques en drames contemporains. Bon moi je ne suis pas historien, mais il doit y en avoir qui ont étudié la naissance et la croissance de cette idole, un jour j’irai faire des recherches.

« Mais donc, c’est quoi l’Amour ? »

L’Amour est un Dieu. On communie avec lui dans l’extase la plus complète. On l’attend au tournant, on l’appelle au secours, on rêve d’être touché-e par sa grâce, on craint ses courroux plus que tout. On l’adore. On le prie, le soir dans son lit, de se manifester. Il nous sauvera. Il est la seule chose qui fera de notre chemin sur terre un paradis. En même temps il nous promet les douleurs les plus atroces et les plus saintes.

L’Amour, c’est une forme d’échange affectif totale. Totalisante. Totalitaire. L’Amour, c’est toutes les formes d’échanges affectifs réunies. Un monstre, un léviathan, une hydre à moultes têtes. Il n’y a pas d’affection partielle ou nuancée, sinon ça ne reste « que » de l’amitié, ou du partenariat sexuel, ou de l’affection fraternelle... En plus d’être absolu, absolument énorme et absolument exhaustif, l’échange affectif de type « Amour » doit correspondre à des critères précis. Il n’a lieu qu’entre deux personnes hétérosexuelles. Il doit être immortel, en tout cas il doit durer des années et des années. Il doit se vivre en couple exclusif, puis marié, avec des enfants, le chien c’est une option mais ça aide à se persuader qu’on y est bien, dans ce véritable Amour, avec sa véritable famille et ses véritables images d’Epinal. Il est d’ailleurs très important de se demander régulièrement si notre Amour est « véritable », « authentique ». Car on ne blasphème pas avec l’Amour, on ne prononce pas son nom en vain, sinon sacrilège, sacrilège !

« Un jour mon Prince viendra... »

Le Dieu Amour a ses Christs, ses rejetons incarnés : c’est le Prince charmant et la Princesse charmante. Les voici qui s’avancent, regardez leur prestance, leur allure, leur charme, leur beauté ! Ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des anges. Illes sont parfait-e-s, archi-désirables, légendaires. Daigneront-illes nous adresser un clin d’œil ? Arriverons-nous à les attraper, à les posséder, à s’unir avec elleux et l’Amour dans une sainte trinité ? Arriverons-nous à leur ressembler assez pour faire autant d’effet autour de nous ? Pour que partout, sans cesse, les gens se prosternent et nous déclarent leur flamme ?

Nous adorons le Prince ou la Princesse charmant-e-s, et à travers elle ou lui, nous adorons toutes les normes sociales dont notre culture l’habille. Notre culture dessine un Prince charmant grand et fort, rassurant et protecteur : femme, c’est celui que tu désireras ! Homme, c’est le modèle que tu suivras pour séduire ! Notre culture présente une Princesse charmante sensible et douce, mince et lisse : homme, ne rêve plus que de cet ersatz, femme, conformes-y toi dans la souffrance et le dévouement ! Les marchand-e-s de vêtements, les publicitaires, les usines de produits de beauté, et surtout le patriarcat, trouvent dans le Prince et la Princesse charmant-e leurs meilleur-e-s allié-e-s. Quelle autre norme sociale peut se vanter d’être ardemment désirée à ce point ?

« I’m feelin’ blue... »

Que de mélancolie dépensée pour des mythes. Que de rêves, que de fantasmes, que d’espoirs, que d’énergie, que de stratégies, que de temps, que de tremblements, que de peurs, que de nœuds dans l’estomac, que de hontes, que de larmes, que de larmes, que de larmes ! Pour des légendes ! L’Amour, le Prince et la Princesse charmant-e-s devraient rester de simples histoires à faire peur, des mythes identifiés et conscientisés comme tels... Mais non, nous voulons y croire, nous ramenons ces mythes dans notre réalité, nous les cherchons sans relâche, nous pensons « bien finir par les trouver un jour ». Dieu n’existe pas, le trésor du Roi Midas non plus, lae Prince-sse charmant-e encore moins, ce sont des légendes. Pourquoi ruiner notre vie, attendre, décevoir, pleurer, pour des légendes ?

On dira que j’exagère, que les gens comprennent vite que tous ces mythes sont des mythes. Moi je dis que ces mythes sont dangereux. Ils trifouillent allègrement des émotions très profondes, ils remuent ce qu’il y a de plus douloureux, de plus intime, de plus sensible en nous : l’ego, les affects, les besoins de reconnaissance, les peurs de l’abandon... Ils suscitent des dépendances, des haines, des crampes, des dépressions. Ils inspirent des harcèlements, des suicides, des crimes passionnels. Et même sans aller jusque là, énormément de gens passent toute leur adolescence, par exemple, à croire dur comme fer à l’Amour, et à en souffrir ; ils peuvent en sortir, mais garder d’inévitables séquelles pour des lustres. Une adolescence de souffrance c’est déjà trop, rien qu’une année c’est déjà trop, cessons d’inspirer la foi en un-e Prince-sse charmant-e, ce n’est pas « quand on sera grand-e » qu’on « comprendra », entraidons-nous dès maintenant à être autonomes et serein-e-s sur le plan affectif.

L’art mièvre

Deux questions turlupinent la petite Elisabeth. « Dis Maman, pourquoi dans les histoires à la télé c’est toujours les gentils qui gagnent ? » Cette question est très juste et elle mériterait des schémas tortueux et des conciliabules approfondis. Mais ici elle nous importe moins que la seconde : « Dis Pépé, pourquoi toutes les chansons à la radio elles parlent toujours d’Amour ? » C’est vrai ça, l’Amour on le chante dans un micro, on le fredonne dans la rue, on en fait des disques d’or, Love par-ci, Love par-là. « Mais pourquoi, Pépé, les chanteurs ils parlent pas de la mort ou de la mer ou du pouvoir ou de la géologie ? Y’a tellement de choses à dire ! » Pépé répondra que de toutes ces choses, l’Amour est la plus belle, la plus intense, celle qui nous ébranle dans nos entrailles et qui nous fait écrire des chansons. Certes, notre culture ne nous apprend pas la sensibilité aux brises, aux odeurs, aux injustices, elle ne nous offre qu’un grand frisson, un seul, qui terrasse tous les autres : l’Amour. Tu trouves ça juste, Elisabeth ? L’envie ne te prend-t-elle pas d’appeler Jeannine, Béatrice et Maurice à la rescousse, et d’aller bâillonner tou-te-s ces romantic love songers, ces pépés normés, ces Barbie et ces Ken que l’on colle à tes doigts ?

Bah, nous ne sommes pas tou-te-s aussi fort-e-s qu’Elisabeth, et nous nous laissons entraîner par ces douces sarabandes, ces contes mielleux et amers. Difficile d’y échapper : les dessins animés, les fables, les films, les pubs, les magazines, les romans, les nouvelles, nos potes-sses même... l’Amour nous est raconté à tire-larigot. Ces récits d’Amour nous construisent, nous flanquent leur culture dans l’esprit, nous acculturent, ils nous apprennent à désirer tous ces mythes. Notre sensibilité est construite par eux, en même temps qu’elle les réclame. Quand nous allons au cinéma voir une « belle » histoire d’Amour, et que nous en sortons troublé-e, rêveur/euse, nous venons de vivre un peu de cet Amour raconté, et à la fois nous venons d’intégrer un peu plus qu’il est beau, qu’il est grand et que nous avons intérêt à y aspirer. Ces films compensent notre misère affective, nous offrant un moment d’identification et de catharsis, nous permettant de vivre par procuration ce que nous ne trouverons jamais dans notre existence. A la fois consolateurs et véhicules de la culture de l’Amour, ils apaisent nos souffrances, nos frustrations, en même temps qu’ils préparent le terrain pour qu’elles se renforcent.

Avez-vous remarqué comment fonctionnent les récits d’Amour ? Ce sont toujours les mêmes rengaines. Un Prince charmant et une Princesse charmante se rencontrent, l’Amour naît, malicieux, au coin des regards dérobés et des situations inattendues. Puis l’Amour se joue, c’est la phase de séduction, l’héroïne et le héros s’approchent, se guettent, se sous-entendent, se mésentendent... Suspense... Mais l’histoire d’Amour finit bien, le Prince et la Princesse se tombent dans les bras, c’est l’apothéose du Baiser, puis le générique. Et après ? Qu’en est-il de la vie post-Baiser ? On suppose l’Eden amoureux, une image figée, nacrée, rêvée, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est précisément là, dans cette cessation du récit, dans ce silence, que s’exprime le mythe de l’Amour : le bonheur dans l’Amour est tellement total qu’il ne reste plus rien à raconter. Les épreuves dignes d’effroi et d’attention résident dans la séduction ; la vie entre Amoureux et Amoureuse, elle, est lisse comme du beurre, exempte d’épreuves, de sursauts, de surprises. A la limite, si elle apparaît dans ses difficultés, elle ne sert que de décor pour que l’un-e des conjoint-e se lasse et démarre une phase de séduction avec quelqu’un-e d’autre.

Seuls les récits plus « intellectuels », plus difficiles d’accès, racontent les obstacles et difficultés une fois l’Amour déclaré, scellé : l’emprisonnement amoureux, la lassitude et la fin du sentiment Amoureux, la glauquitude de la vie de famille... Dans les magazines mièvres, les problèmes de la vie post-Baiser sont traités scientifiquement, à grands renforts de psychologues, comme des anormalités presque médicalisables, des maladies de l’âge. Mais le registre du récit, celui qui nous fait frissonner, celui qui marque nos émotions et nos désirs, reste réservé, lui, à la vie pré-Baiser : l’Amour dans le récit « populaire » n’est rien d’autre qu’un soulagement final, un happy end. Ce schéma se répercute dans notre caboche, et nourrit le mythe de l’Amour, plaqué ensuite sur notre réalité, nos projets et aspirations.

L’économie de l’Amour

La culture de l’Amour fait naître toute une économie de l’affection. Car, idéalisant et raréfiant à la fois les échanges affectifs, elle crée une misère et donc une demande.

Notre culture idéalise l’Amour. L’Amour c’est tout, tous les échanges affectifs réunis, tous les biens affectifs d’un seul coup. C’est une mine, un trésor affectif. L’Amour devient donc une forme de relation extrême, rêvée, désirée à outrance. Quand on ne l’a pas, on veut absolument l’avoir. Quand on l’a, on a une peur absolue de la perdre. Et quand on ne l’a plus, on meurt, ou presque.

Mais en même temps, la définition de l’Amour est si pointue, si exigeante... qu’on peine à le rencontrer. Il faut avoir tous les biens affectifs de l’Amour à la fois, ou n’en avoir aucun : pas d’entre-deux. Il faut entrer dans toutes les catégories sociales prévues pour l’Amour. Pas de tendresse sans couple exclusif, pas de couple sans Prince-sse charmant-e, pas d’intimité sans pacte éternel... Or, toutes ces conditions sont tellement restrictives, elles font de nous des êtres tellement exigeants, que les possibilités de vivre des échanges affectifs deviennent rares. Là commence la misère affective.

C’est ainsi que les biens affectifs deviennent des biens de luxe. On leur donne une aura, un éclat, une valeur complètement exagérée, en les cuisinant avec des mythes. En même temps, on les réserve à des situations tellement précises et totalitaires, qu’ils viennent à manquer. La culture de l’Amour encourage leur demande en même temps qu’elle réduit leur quantité disponible. Elle crée des individus schizophrènes, qui se construisent un désir ardent d’Amour en même temps qu’il s’en construisent une définition trop exigeante. Des êtres qui se rendent dépendants d’un idéal en même temps qu’ils se le rendent inaccessible. « Si je n’ai pas tout cela à la fois, je n’ai rien, je ne suis rien ».

Là où il y a une économie, une rareté, une misère, le capitalisme se précipite. Il débarque d’abord avec tous ses principes, représentations, comportements. La rareté d’un bien inspire à tou-te-s la peur d’en manquer, la compétition pour l’acquérir, la propriété pour ne pas le laisser filer.

La compétition affective concerne par exemple la capture du Prince ou de la Princesse charmant-e. Forcément. Ca ne court pas les rues, des gens si parfaits. On pense avoir identifié le sien ou la sienne, mais souvent on regarde autour et on surprend nombre d’autres visages tendus vers elle ou lui. Parce que nos critères amoureux, qui nous semblent si intimes et si personnels, ont des racines très culturelles, et sont partagés par plus de monde qu’on ne le croit... La/le Prince-sse charmant-e, c’est le beau ou la belle de la classe, la star du village... Ou, à l’extrême, le ou la sex-symbol, psalmodié-e à longueur de magazines et d’émissions TV... Il nous arrive même d’envier le/la conjoint-e du/de la sex-symbol, une star à son tour, mais plus proche de nous autres pauvres aspirant-e-s, star pour avoir gagné le sex-symbol, pour avoir grillé tou-te-s les autres prétendant-e-s, « quelle chance ille a ».

La peur de la misère affective, elle, mène à toutes les déclinaisons possibles de la propriété affective... Possessivité, jalousie, dépendance... « Elle est à moi, tu ne l’auras pas... Si tu la gagnes je me retrouve seul... A moins que j’aie un plan de remplacement, telle autre par exemple, je sais que je lui plais bien, heureusement parce qu’alors la solitude affective c’est la mort ». Le Prince ou la Princesse charmant-e-s sont des oiseaux rares qu’on met en cage. Des fois on se possède mutuellement et on reste ainsi, des années en couple, rivées l’un-e sur l’autre, parce qu’on a tou-te-s les deux peur de ce qui se passerait en dehors de cette relation, peur du chemin à accomplir de zéro pour retrouver et séduire un nouveau Prince ou une nouvelle Princesse.

Enfin, la rareté des biens affectifs creuse des fossés entre « possédant-e-s » et « non-possédant-e-s ». Les exclu-e-s de l’affection sont légion, exclu-e-s par leur physique, par leur manque d’expérience, leur manque d’aisance, leur manque de confiance en soi, face à cet enjeu énorme et complexe qu’est l’accès à l’Amour... On peut dire qu’illes manquent de capital affectif. Et comme dans tout système de domination, moins on a de capital, moins on a de chances d’en gagner : c’est un cercle vicieux. Les exclu-e-s de l’affection manquent d’assurance au départ, donc vivent peu d’expériences affectives, donc n’ont jamais l’occasion de gagner de l’assurance, donc restent handicapé-e-s, à moins d’une rencontre de type miraculeux.

Paradoxalement, et injustement, ce sont souvent les exclu-e-s de l’affection qui intègrent plus que tou-te-s les autres les mythes dominants et les comportements du capitalisme affectif. Leur manque de vécu ne leur permet pas de détruire les mythes de l’Amour, de comprendre leur absurdité. Trop habitué-e-s au manque, illes ont la terreur de perdre la moindre once d’affection acquise. On les oublie vite et les retrouve parfois dans les faits divers, dépressions, viols, internements, pétages de plombs divers et variés... La misère affective assèche le moral et affame les nerfs.

N’oublions pas que la misère affective n’est qu’une construction sociale, née de la culture de l’Amour.

Là où il y a une rareté, il y a une demande, et donc un nouveau marché. Là le capitalisme débarque, cette fois, assoiffé de profits, tirant avantage de la morale Amoureuse, comme d’autres morales. Vous désirez du produit affectif ? En voici des succédanés, moyennant finances : pornographie, prostitution, psychothérapies, poupées gonflables... L’argent est un bon raccourci. On ne peut acheter l’Amour, bien sûr, parce qu’alors on tuerait l’idéal de l’Amour et ses produits dérivés, mais on peut acheter tous ces biens affectifs partiels, isolés, spécifiques, que la culture de l’Amour rassemble et enferme dans ses mythes. De l’attention, de l’écoute, de la tendresse, du sexe, en voici des succédanés.

Comment accéder aux biens affectifs ? C’est la question que tout le monde se pose. Nous avons 4 réponses possibles face à nous.

1) Souscrire aux critères de l’Amour. Devenir un-e Prince-sse charmant-e et trouver son/sa Prince-sse charmant-e. Séduire. Mais cette voie est réservée aux puissant-e-s, aux jeunes, aux belles et beaux, aux confiant-e-s, aux expérimenté-e-s. Elle est complexe et sélective.

2) Acheter les succédanés de biens affectifs. L’argent est quand même un outil plus facile que toutes ces entreprises de séduction, si compliquées et si hasardeuses. Le problème, c’est que l’argent il faut le trouver... Faire partie des classes économiquement dominantes, et/ou être prêt-e à se vendre sur le marché de l’exploitation salariale... Mais après tout, l’argent est la solution de rechange la plus facile, dans une société qui nous pousse de toutes ses forces dans le travail rémunéré, et qui nous encourage à résoudre nos problèmes de manière individuelle.

3) S’adonner à la violence, le chantage, la menace, le viol. Un autre raccourci qui demande d’autres habiletés, que beaucoup choisissent, et qui fait des ravages.

4) Soigner le problème à sa racine : détruire la culture de l’Amour et répandre l’abondance affective qu’elle garde captive. Se lancer individuellement, collectivement, socialement, dans une déconstruction des normes relationnelles. C’est la solution en laquelle je crois.

Les biens affectifs sont disponibles en quantité, ils sont là, ils existent ! Nous regorgeons de ressources affectives, nous rêvons tou-te-s d’en donner et d’en goûter, il ne tient qu’à nous de le faire ! La rareté des biens affectifs est une illusion, un décret qu’il suffit de déchirer, elle est aussi fausse que la rareté des biens matériels, montée de toutes pièces par le système capitaliste pour sanctionner ceux et celles qui refusent de travailler pour les possédant-e-s.

Gratuité des biens affectifs ! Pour une affection abondante, égalitaire, sans dominations. Pour une pornographie live, pour des psychothérapies gratuites, pour la fin des spécialisations, des professionalisations de l’écoute et de la sexualité. Pour bannir un jour les rapports spectaculaires-marchands de nos vies affectives comme du reste de notre existence. Le plus tôt sera le mieux !

Quelques propositions pour une abondance affective :
-   Construire des relations affectives uniques, conscientes et particulières, au-delà de toute norme relationnelle, aussi diverses que les individus qu’elles impliquent et leurs envies.

-  Répandre et banaliser les relations affectives, plutôt que de les sacraliser.

-  Envisager la non-exclusivité, ce qui ne veut pas dire consommer nonchalamment les partenaires les un-e-s après les autres, mais se laisser la possibilité de découvrir petit à petit une diversité de relations affectives égalitaires, pourquoi pas simultanées, en étant très très conscient-e qu’en l’état actuel des choses ça veut dire se lancer dans une expérimentation, et que ça implique d’autant plus d’attention et de qualité de communication entre les expérimentateurices.

-  Cesser de dire « je suis amoureux-se de toi », dire plutôt « je suis dépendant-e de toi ».

-  Arrêter de parler d’Amour et d’amitié, choisir des termes plus précis.

-  Rajouter de l’acné et du bide aux icônes des Prince-sse-s charmant-e-s.

-  Parler aux enfants d’autres formes affectives que l’Amour.

-  Se déconstruire tout doucement tout progressivement.

-  Développer l’autonomie affective, ce qui ne veut pas dire se renfermer sur soi-même, mais varier et multiplier les sources d’affection (moments privilégiés avec des ami-e-s ou avec soi-même, câlins, massages, auto-sexualité,...), pour se relationner aux autres sans peurs et dépendances, sur des bases plus assurées et ouvertes.

Ecrit par libertad, à 16:31 dans la rubrique "Le privé est politique".

Commentaires :

  libertad
18-06-04
à 09:03

Je trouve cet texte très éclairant en particulier la partie sur "l'économie de l'amour" qui explique bien le pourquoi de la raréfaction des échanges affectifs au niveau social qui crée une misère où s'engouffre l'économie de marché. Compétition affective pour conquérir et garder le ou la prince(sse) charmant(e), propriété affective ensuite car c'est en fait dans le couple que l'on pourra avoir ces si précieux biens affectifs, sans couple il ne reste plus guère que la mendicité de ces biens.
Répondre à ce commentaire

  Cercamon
18-06-04
à 14:40

Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Et bien moi, je ne suis pas d’accord. Les arguments que ce texte propose ne sont pas seulement affligeants et misérables, ils sont surtout fallacieux.

 

Fallacieux : 1. Vieux ou littéraire Qui est destiné à tromper, à égarer. Syn. faux, fourbe, hypocrite, mensonger, perfide, trompeur. Contr. droit, franc, honnête, loyal, sincère. […]

 

Misérable : 1. Qui inspire ou mérite d’inspirer la pitié ; qui est dans le malheur, la misère.

Syn. lamentable, pitoyable. choses Triste, pénible. […] 3. Qui est sans valeur, sans mérite. Syn. insignifiant, méprisable, piètre. Ex. Une argumentation misérable. 4. vieilli Dont la conduite mérite l’indignation, le mépris. Contr. heureux, admirable, remarquable.

 

Affligeant : […] 2. Pénible, difficilement supportable en raison de sa faible valeur. Syn. déplorable, lamentable. Ex. …d’une bêtise affligeante. Contr. gai.

 

(Définitions du Petit Robert)

 

 

D’aucuns prétendront que la violence de mon commentaire n’est pas justifiée. Je tiens à préciser que d’un naturel doux et pacifique, je n’ai pas pour habitude de persévérer dans l’équarrissage des idées qui suppurent de propos que je juge révoltants. Il m’arrive de comprendre que précisément je ne saisis pas toute l’étendue du discours qui m’est proposé, qu’un élément du contexte m’a échappé, ou que je n’ai pas étendu au bon objet la définition de tel ou tel terme. Dans quelques cas, j’en suis cependant bien réduit à hausser des épaules et passer mon chemin, m’offrant pour me consoler quelquefois un soupçon de mépris. Mais face à une chose aussi déraisonnable et incohérente, insane et inconsistent comme disent nos amis anglois, je n’ai d’autre choix et devoir que de me saisir du tranchant de ma raison afin de défendre le sentiment et pourfendre le sophiste.

Ouvrir les champs de l’amour à l’analyse critique. Soit. Ausculter les représentations sociales de cette chose, j’y suis tout disposé. Prêt à les autopsier même, si quelqu’un en doute. Mais livrer une soupe comme celle qui dégouline juste au dessus, c’est de l’inconscience dans le sens le plus strict.  Rien ne m’est plus insupportable que de jeter le discrédit sur une cause en l’attaquant ou en la défendant mal. C’est pourtant ce à quoi l’auteur de cette propagande nauséabonde et dangereuse à consacré au moins quelques heures de son existence pourtant ô combien précieuse. Ca me fait penser que si j’ai le temps, un jour, je consacrerai quelques unes de ces heures à la programmation d’un générateur automatique de tracts et brochures « anarkotonom ». Deux ou trois neurones artificiels et un registre lexical bien défini (approprié ET limité), et je suis sûr que le tour est joué. C’est peut-être méchant, mais face à ce genre de prose, j’ai souvent du mal à départager chez l'auteur la part de réflexe de celle de réflexion.

 

Récapitulons les arguments et la théorie fumeuse de notre malheureux.

 

Personnellement j’ai eu beaucoup de mal à cerner quel était l’objet des récriminations dont il m’a fallu souffrir l’exposé. S’agit-il de la représentation sociale de l’Amour, de l’Amour lui-même, de l’Amour tel que vécu par une partie de la société ? Cette critique est elle atemporelle ou au contraire bien délimité dans le temps et l’espace (la société occidentale contemporaine) ?  Si l’on privilégie une option, on se rend vite compte que certains arguments avancés ne sont pas appropriés. Vraisemblablement il s’agit d’un peu tout ça à la fois : l’auteur condamne une « certaine idéalisation » de l’amour, généralement partagée (en fait très convenue), mais qu’il étend au sentiment lui-même (ce qui explique un peu la première phrase du texte : "L’Amour et ses représentations ne sont pas des banalités niaises à mépriser en passant, mais des vecteurs de souffrances et d’exclusions à combattre »). Quoiqu’il en soit, cette laborieuse démarche ne brille pas franchement par la rigueur, et même oserai-je dire qu’elle est même fumeuse : « je pense que les gens pensent quelque chose de condamnable, donc c’est condamnable » ?

 

Mais procédons avec méthode, prenons notre temps s’il le faut. Considérons, par exemple, l’assertion : « l’Amour est hétérosexuel ». Ah ? N’est-il pas possible de trouver  des homo  pour témoigner de leur Amour, qui je pense, est effectif ? Il n’est donc pas raisonnable de penser que ce n’est pas le sentiment qui est visé. Une représentation ? Je pense que les gens en général imaginent bien que des homo peuvent s’aimer (car au pire, s’ils haïssent les homos c’est bien parce qu’ils s’aiment, non ?). En outre, il suffit de sortir un peu pour trouver des films, des livres et même, horreur, des série télévisuelles, qui offrent de l’amour une image un tantinet différente de la caricature délirante sur lequel notre ami appui son argumentation. Notons au passage que les psychologues et sociologues travaillent depuis des années à des outils qui permettraient de mieux prendre la mesure des représentations sociales, ce qui demande des campagnes d’enquêtes très lourdes, dont on discute toujours la fiabilité. Notre pamphlétaire averti arrive sans problème à résoudre ces difficultés, d’autant qu’il avoue lui-même, « un jour j’irai faire des recherches » parce que bien sûr, pour écrire ce torchon, ce n’était pas la peine d’en faire, des recherches. On retiendra que, in fine, c’est une certaine idéalisation de l’amour qui est la cible de la critique, une « image d’Epinal », qui sera appelée « culture de l’Amour ». C’est courageux, moi je trouve, de faire de la socio/philo/psycho avec des images d’Epinal.

 

D’ailleurs le drôle l’admet lui-même : difficile de définir l’Amour. Alors l’idée géniale émerge : l’Amour est une idéalisation. Pas grave si l’idéalisation retenue n’est compatible à la rigueur qu’avec un mauvais téléfilm ou de la littérature de gare. S’il avait pris la peine de se rendre dans une bibliothèque ce maladroit aurait pu découvrir que depuis l’antiquité l’amour a été décrit sous de multiples formes et dans de multiples situations heureuses comme malheureuses. Ah pardon, c’est vrai, ça ne compte pas parce que c’est des trucs « intellectuels », « difficiles d’accès ». D’ailleurs, j’en profite pour conseiller vivement aux intellectuels la lecture du De l’Amour, de Stendhal, un monument d’ironie soi dit en passant.

 

Mais ne nous égarons pas, revenons à l’idée géniale. D’abord, un peu de philo. Après Hegel, ses disciples (dont Marx, c’est important pour la suite) retiendrons et développerons l’aliénation comme une soumission de l’être à un de ses attributs abstraits. Le processus est le suivant : le sujet pose une abstraction et « oublie » que c’est lui qui l’a produit. Cette production est alors comme indépendante, et l’homme ne se vivant plus que comme dépendant de celle-ci, est aliéné par son propre produit. Exemple : la religion pour Feuerbach, l’Etat et l’argent pour Marx. Et l’Amour pour notre prodige. Je pense que son raisonnement a été : l’Amour est aliénant. Il existe une idéalisation de l’Amour, donc en fait l’Amour ce n’est qu’une intériorisation de l’idéalisation de l’Amour, donc il n’existe pas vraiment (vous suivez ?), c’est pour ça qu’il est aliénant. On reprend : l’Amour n’existe pas, et il est aliénant, donc il n’existe pas, et donc il est aliénant. C’est pourtant simple à comprendre, bon sang ! Certes, l’argument n’est pas aussi ridicule que ce que j’ai l’air de vouloir le présenter, mais c’est l’usage qui en est fait qui me révolte.

 

Tout heureux de sa triste découverte, notre bonhomme poursuit en une analyse « économique » de l’Amour, inspirée par ce cher Marx (et qui me rappelle moi un roman qui rencontra quelque succès il y a quelques années, mais bon…). L’amour n’existe pas, en plus ça tombe bien, vu qu’il n’est pas quantifiable. Ce qui existe bien, ce qui est palpable, mesurable, quantifiable, c’est ce que notre triste sire baptise : « bien affectif ». Echangeable, capitalisable, etc. Et donc voilà que l’on sombre dans une vomitive critique économique de l’Amour. Les biens affectifs seraient en quantités infinies, mais les méchants capitalistes profitent de ce que le mythe de l’Amour nous aliène, pour nous faire croire à une pénurie, ce qui nous pousse à consommer des succédanés (et leur profite à eux). En outre, une telle misère affective est criminogène. Solution pour des lendemains qui chantent : se débarrasser de l’Amour et de sa « culture ». Rendre les biens affectifs gratuits.

 

Franchement, peut on prendre au sérieux quelqu’un qui déblatère sur l’Amour et qui peut froidement vous déclarer que l’échange de « biens affectifs » vaut l’échange de « deux pièces de monnaie contre une tondeuse à gazon ». Sincèrement ? Je n’ai aucun doute que pour une telle personne, l’Amour n’existe pas. Parce que cette personne a beau jeu de dénoncer les « rapports spectaculaires marchands », mais elle interprète cette critique d’une manière pitoyable. Je n’ai rien contre Marx, même j’apprécie une bonne partie de son analyse, mais il faut le laisser à sa place. C’est une analyse très bonne pour dénoncer le capitalisme-bourgeois, car il s’agit d’une analyse bourgeoise. Une analyse pour laquelle ne compte que le quantifiable. Alors notre pourfendeur d’Amour de réduire l’Amour à quelque chose de quantifiable pour le faire rentrer dans son cadre d’analyse et de dénoncer l’exploitation ainsi mise en évidence. Tu veux dénoncer le spectaculaire-marchand, mais tu n’es pas capable d’imaginer autre chose que des rapports spectaculaire-marchands ! Que tu trouves quelque chose qui dépasse ce cadre, et tu es complètement perdu, parce que tu ne peux plus appliquer ton analyse stéréotypée ! Je chie sur tes biens affectifs quantifiables et capitalisables !  Je crache à la gueule de cette vision mesquine, petite et étriquée de l’affectif. Non, les êtres humains ne sont pas assimilable dans leur totalité à des agents qui procèdent à des échanges formels et rationnels de biens, fussent-ils affectifs ! L’autonomie que tu vises est une autonomie d’automate ! « Autonomie affective » cette oxymore n’est pas dangereuse dans la forme seulement, mais dans toute la vision de l’être et de ses rapports qu’elle renferme, sous des dehors libertairo-individualisto-branché. Tu aliènes toi-même l’Amour, et l’accuse d’être aliéné, et de t’aliéner toi. Tu aurais pu dire que tu ne connais pas l’Amour, seulement des êtres qui Aiment. Mais non, toi tu revendiques l’Amour comptable, quand bien même serait-il abondant et gratuit, et suprême subtilité, cacherait-il la honte de sa débilité sous un faux nom.

 

Tu accuses l’amour courtois, c’est la preuve d’une part de ton manque de culture, de ton manque de connaissance du sujet, et du danger qu’il y a à pérorer autour de stéréotypes.

Les troubadours n’ont jamais chanté « un » Amour. La civilisation qui a donné naissance aux troubadours, et les troubadours eux-mêmes, a été farouchement combattue par l’Eglise. Ils chantaient la fin’amour, ce qui peut se comprendre comme l’expérience amoureuse portée à sa cime. Le troubadour est singulier, le troubadour est habité par la joie, la gaieté et la vitalité qu’il chante. Le troubadour reçoit également peines et plaisirs d’amour parce qu’il est de ceux qu’emplit  la vie et qui ne se vautre pas dans la révolte des frileux qui ne se veulent heurter à rien et qui n’auraient aucune honte à déposer leurs réclamations contre la vie elle-même car elle ne saurait leur offrir le misérable confort du dû. Tu t’élèves contre des images déformées et délétères qui peut être ont été construites au XIXème s. dans un but effectivement coupable, mais tu t’empresses vite aussi de démolir les objets originaux qui n’ont rien à voir avec leur propre trahison. C’est un bienfait que tu ne naquisses point dans la Chine du grand Timonier quelque part dans la seconde moitié du siècle dernier.

 

D’ailleurs tu parles de te comporter en amour comme un « expérimentateur ». L’expérience amoureuse, que visiblement tu contestes, existe effectivement. Mais il y a un fossé entre cette expérience vécue et « l’expérimentation ». Vois-tu, une partie de mon activité consiste à concevoir des expérimentations justement. Dans une expérimentation, on calcule d’abord un « plan d’expérience » : tout est planifié, contrôlé, dans le but d’observer l’évolution de variables précises (quantifiables aussi, soi dit en passant) car le fantasme de l’expérimentateur c’est de ne rien laisser au hasard. Ainsi après un amour comptable, tu proposes un amour de laboratoire. Charmant programme. Combien sec et malheureux doit être ton cœur.

 

Ce qui me gène le plus dans ton texte, c’est qu’il pue le ressentiment. Et j’exècre le ressentiment. Un mépris total du monde et des êtres. Ah, tu peux dédaigner ceux qui vivent « en couple exclusif, puis marié, avec des enfants, le chien c’est option mais ça aide à se persuader qu’on y est bien… », ou qui « reste[nt] ainsi, des années en couple, rivées l’un-e sur l’autre, parce qu’on a tou-te-s les deux peur de ce qui se passerait en dehors de cette relation ». Ils sont innombrables ceux que j’ai pratiqués et qui vivent « en marge », en dehors des villes ou dans les villes, à traiter la masse de beaufs, mais à ne valoir guère mieux en fait. Non que je maljuge leurs choix, leurs initiatives et leurs vies, mais je ne peux souffrir cette condescendance, l’air victorieux accompagné de cette irrépressible satisfaction de soi d’avoir su abattre des idoles auxquelles personne ne croit plus déjà.

 

Bien sûr on peut me dire que somme toute, mis à part sur des aspects de rhétorique l’auteur de ce texte et moi-même sommes plus d’accord que ce que je veux le faire croire. Possible, mais ce texte n’a même pas la fraîcheur et les qualités littéraires d’autres écrits sur le sujet. Il se camoufle derrière une certaine « sophistication », mais ce que je réfute, ce n’est pas tant les conclusions que les fondements de la réflexion. Quand on est autant infecté par les maux de notre monde moderne, inculture, insensibilité, sacrifice du qualitatif au quantitatif, et j’en passe, on se soigne plutôt que de revendiquer son droit à contaminer les autres.

 

Mon verdict est celui-ci : je ne vois là qu’une tentative de se donner de l’importance. Tu aimerais que le monde soit aussi mauvais que tu le présentes, car ainsi, il aurait vachement besoin de toi. Et de tes idées.

 

Aller, une p’tite citation qui aurait pu m’économiser ses pages d’écritures rageuses :

 

Tous les hommes sont perfides, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en  arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Alfred de Musset, On ne Badine pas avec l’Amour, seconde partie, scène première

 

 

Ralala pouët pouët.

 

 

PS : Promis, ce genre de colère, ça ne m’arrive qu’une fois par an…

 

 

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  Anonyme
18-06-04
à 16:11

Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Bonne analyse Cercamon.
Dit moi, tu fais quoi ds ta vie?
:)
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  libertad
18-06-04
à 16:45

Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Quelle charge Cercamon ! Il me semble que tu défends l'amour ...avec passion ;-) je crains donc que la discussion ne prenne un tour passionnel.

Pour ma part je considère en effet ce texte excellent comme analyse, à partir d'expériences amoureuses souvent passionnelles, pour en arriver à une philsophie de l'amour proche de celle de Krishnamurti : une définition de l'amour parce qu'il n'est pas. Une fois que l'on a éliminé tout cela ( en fait la conception courante de l'amour ), s'il reste quelque chose qu'on ne peut pas nommer, c'est l'amour. Pour moi cet amour que l'on ne peut nommer est totalement compatible avec ce texte qui permet de mettre des mots sur la souffrance qui n'est jamais nommée.

Il me semble que l'on peut faire sienne cette analyse tout en parlant de l'intérieur de l'amour.

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  Yvan Grozny
18-06-04
à 17:11

Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Cercamon, tu devrais t'énerver plus souvent.
Tu as bien résumé ce que m'inspire ce texte, avec le talent en plus, ce qui ne gâche rien. J'adhère sans réserve à tes propos, et adhérer sans réserve aux propos de quelqu'un, ça ne m'arrive pas non plus deux fois par an!

"Tu aimerais que le monde soit aussi mauvais que tu le présentes, car ainsi, il aurait vachement besoin de toi. Et de tes idées."
Cette phrase pourrait répondre à une majeure partie des torchons prétendus (to pretend = faire semblant) libertaires sur les rapports affinitaires.
Ce texte, comme beaucoup d'autres, ne fait que niveler la pensée par le bas. La sociologie n'est pas affaire d'intuition. Ni de caricature.
Tout ce que je me demande lors de ces tristes lectures, c'est: de quel contexte psychosocial très réduit l'auteur est-il prisonnier pour voir le monde d'une manière si biaisée et partielle?

Pendant combien de temps encore le mouvement libertaire servira-t-il de cabinet de psychanalyse bon marché pour personnes en recherches de repères identitaires/idéologiques? Ou de théâtre juvénile de la lente prise de conscience de ses propres conditionnements traumatiques par la stigmatisation d'images d'Epinal confondues avec la réalité palpable? Quand la pensée prendra-t-elle enfin le pas sur l'image d'une révolte réactive qui s'inscrit dans le jeu qu’elle prétend dénoncer? Jusqu'à quand les éternels « incompris non-comprenants » viendront-ils tripoter la mythologie libertaire pour se soulager en retournant les stigmates réducteurs qu'ils portent sur le monde qui les insupporte?
Pire que le social simpliste que l'on subit, il y a le simplisme des critiques prétendues radicales que nous lisons, avec la sympathie trompeuse qu'on peut y attribuer "a priori".
Alors, personne n’est parfait (on se cache pour pleurer, ne jamais se mettre à genoux…), mais pense-t-on le politique pour tenter d’assumer ses propres malheurs ou simplement pour concevoir une vie sociale où chacun pourrait évoluer sereinement ?

« Le privé est politique » ne signifie pas que « la politique se résume aux idées reçues qui émergent d'une vie privée désabusée».

PS: pour ceux qui auraient, comme l'auteur de la chose, passé l'essentiel de leur vie dans une cave sur Mars, rappelons toutefois que des chansons comme "La mer" passent depuis des dizaines d'années sur les radios. Egalement, la mort est un thème très présent: "La mama" d'Aznavour, "Supplique pour être enterré..." de Brassens...
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  cercamon
18-06-04
à 20:24

Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

bon aller, une série de réponse en 1 dixième de seconde (ce sera donc moins "stylé" que ma charge..

1) Anonyme : envoie moi un mail à el_cercamon@yahoo.fr, on pourra ainsi s'échanger nos petits secrets en privé.

2) Libertad : rassure toi, je sais discuter raisonnablement.
Je comprends à peu près ce que tu veux dire. Mais je ne suis pas d'accord avec ta position par rapport à ce texte. Depuis le temps, je pense que tu sais que je suis dans une attitude que l'on peut qualifier de "gnostique" par rapport au monde : je cherche la vérité au sens de ce qui est (sera) dévoilé. Ce n'est pas parce que quelque chose évoque l'amour que c'est parfait. Qu'il y ait un amour parfait, pur, fin'amor ou "amour qui ne peut pas se dire" OK. Qu'il y ai un amour banal et imparfaitement vécu, ou plutôt que "l'amour qui ne peut pas se dire" ne soit pas reconnu OK. Que ce soit ça qui empoisonne l'existence OK. Mais je ne comprends pas ce que ce texte a à faire là-dedans. D'après moi, tu interprètes ce texte de ton point de vue, et tu trouves ce texte bon parce le fait qu'il mette en exergue l'aliénation résultante d'un amour imparfait entre en raisonnance avec ton parcours. Mais deux choses : premièrement je pense que c'est ton point de vue qui est intéressant, et pas ce texte. A ce compte, j'aurai dix mille fois préféré que ce soit toi qui écrive quelque chose sur l'amour. Deuxièmement c'est trés dangereux ce que tu fais Libertad. Pourquoi : tu dis ce texte est bon, parce que tu fournis toi l'essentiel qui permettra de le trouver bon. Imagine quelqu'un qui n'a pas le même vécu que toi et qui lis ce texte et n'y trouve que ce qu'il y a dedans : c'est la catastrophe selon. Parce que troisièmement même dans cette ordre d'idée je trouve ce texte pourri. l'attitude de ce texte c'est :"vous voyer ce truc nul, et bien je vais réfléchir dessus et vous prouver que c'est nul". ou " vous voyez cette grosse merde ? et ben je vais sauter à pied joint dedans [...]oh ben zut, j'ai marché dans une merde !"

nous pondre un truc pour nous dire que l'amour ça fait mal parce qu'on idéalise, merci, mais ça fait des siècles qu'on en parle. Moi ce que j'aimerai c'est qu'on change de perspective. oui l'amour ça peut faire mal. Heureux, ou malheureux, soient ceux qui n'ont connu de chagrin d'amour. Mais ce que j'aimerai c'est qu'on arrête avec l'illusion "du tout performant", "tout positif". Et c'est dommage parce que c'est à côté de ça qu'est passé l'auteur du texte. OK je suis contre l'image de l'amour qui fini toujours bien et blabla. Mais je veux qu'on parle des difficulté et des peines de l'amour qui font notre grandeur quand on les dépasse. au lieu de ça l'autre propose d'escamoter tout ça en disant : "on fait comme si tout le monde il s'aime, parce que les gens ressentent, c'est du bidon, ça fait un monde de merde". c'est pire encore que les images lisses qu'il critique. Pardonnez moi le mot (j'en ai pas trouvé un meilleur pour l'instant) mais il manque un peu de nos jour c'est l'enseignement d'une certaine "virilité" (pardon, pardon!), une force (qui concerne individu, fille ou garçon) de dépasser les choses, de prendre les épreuves à bras le corps en tant qu'individu singulier, un espèce de "c'est dur mais je vais le faire", et ce afin de ne pas faire chier les autres en se répandant en larmoiement ou en crise de nerfs ou toute autre manifestation négative expression du ressentiment. Cet affirmation de soi dans la joie et l'insolence généreuse de la certitude de bien faire parce qu'on est pas centrer uniquement sur son petit moi mesquin et égoïste, c'est ça qui m'apparaît le plus fondamental quand on veut changer le monte. Moi, le texte au dessus il me fait penser à un formulaire de réclamation. Mais dans la vie, personne n'a signé de contrat, et personne n'a obligé personne d'en signer. Expliquez moi comment on fera un monde plus juste si notre seule énergie est le ressentiment ? Seulement il est de tradition dans les mouvement revendicatifs de se voiler la face quant aux aptitude de l'individu de "temporiser". Quelle révolte si on réprime ce sentiment. A force de voir le monde injuste dont on est la pauvre victime, on fini par ne plus demander à l'individu de prendre en charge quoique ce soit. Sinon c'est être réactionnaire, à la limite contre-révolutionaire, servir l'exploitation qui vient forcément de l'extérieur. Moi je trouve ça un rien infantilisant. Il est grand temps de revenir à un équilibre et de réinventer une autre rhétorique sur la liberté/contrainte. L'idée de travail, l'idée de contrainte ce n'est pas seulement l'aliénation c'est aussi l'affirmation du pouvoir de ma personne sur le monde, sur mes émotions, sur tous les objets que je (crois) persovoir.

Il eut été bien plus profitable de démarrer sur une réflexion amour sans possessivité ? amour sans dépendance ? Et me dites pas que c'est ce qu'il font dans ces textes parce que c'est pas vrai. Ce n'est textuellement pas ainsi qu'ils posent le problème.

3) Yvan. je crois qu'on est sur la m$eme lontuer d'onde. tu fais desremarques auxquelles j'avaient penser mais que j'ai tu pour pas faire trop lourd...

bon n'ai même pas le temps de relire... j'espère que ça ce comprend (parce que ça m'a pris plus d'un dixième de second) !
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  Rakshasa
18-06-04
à 22:29

Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Je suis en train de manger des crèpes avec "ma" compagne, et on se disait qu'on allait sentir la friture à cause de l'amour que l'on ressent l'un envers l'autre, et c'est vraiment souffrance que de sentir la friture... Bon, j'déconne, n'empêche que le premier texte il me fait le même effet qu'un autre du même accabit sur la non-exclusivité, mis en ligne sur l'en-dehors "que ta solitude soit accueillante aux tendresse". Il était aussi question de comptabilité dans les relations. Le sentiment et l'acte gratuit sans attente d'un retour, visiblement ces personnes ne connaissent pas. Puis, ils partent toujours sur la base que l'amour fait souffrir. Mais encore une fois, ce serait pas son absence qui fait souffrir? Pour reprendre leur topos matérialiste, on peut aussi condamner la bouffe parce que son absence fait souffrir. Alors bien sûr la bouffe ça se partage parce que c'est quantifiable...mais le sentiment amoureux? C'est en tout cas ce qu'ils ont essayé de faire, donc peut-être qu'ils peuvent aller voir du côté de la scientologie. Ils ont une petite machine, une sorte d'électromêtre qui pourra peut-être leur mesurer le potentiel affectif, ou à défaut leur faire une place de petit gourou au sein de l'organisation. Non, je ne vois pas des sectes partout, mais dans le genre manipulateur il est digne d'un discours de Rael le texte du haut. Dépeindre un tableau catastrophiste et crier au complot capitaliste sur le sentiment amoureux, c'te blague. Puis, un argument qui revient souvent, c'est celui de la souffrance générée par l'éloignement de l'être aimé. Jamais ils ne pensent aux personnes qu'ils aiment en se disant qu'elles sont heureuses d'être là où elles sont, en train de vivre des expériences plaisantes (surtout loin d'eux, gnac, gnac). En tout cas, j'aime bien Cercamon et Yvan, mais pas l'autre, l'affreux avec son texte qui glace le sang et le coeur...alors comment on fait? On calcule aussi le potentiel de haine en nombre de poings dans la gueule?
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  libertad
19-06-04
à 02:12

Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Cercamon, pourquoi ne pas avoir moi-même écrit de texte certainement parce que je ne savais pas mettre les mots qu'il fallait et que je les ai trouvé dans ce texte. Je ne comprend pas du tout votre unanimité contre lui. Elle me pose problème d'ailleurs.

Je le répète faire un bilan critique de l'amour, ou plutôt du sens commun de l'amour  me semble tout à fait salutaire. Cela relève-t-il uniquement de la psychologie et devrait être laissé aux psys ? Certainement pas car alors pq s'occuper d'économie, de politique, il y a des spécialistes pour ça, comme anarchistes nous devrions renoncer en fait à toute critique concernant la société, puisque critiquer ce serait "désespérer Billancourt". Or personnellement j'essais de réfléchir en individualiste anarchiste et de ce point de vue, rien de ce qui peut oppresser l'individu, n'échappe à ma critique. Or je considère que ce qui fait sens commun dans l'amour oppresse l'individu et entrave sa liberté.

Ma critique ne concerne donc pas l'amour en tant que tel puisque je considère qu'il est impossible d'en parler et que celui qui en parle ne peut le connaitre. C'est ma conception, enfin pas exactement puisque c'est Krishnamurti qui explique bien cela ( et qui a simplement trouvé les mots pour le dire car je n'en fait pas un gourou ). Donc ma critique ne concerne pas le fait d'aimer puisque chacun peut aimer dans ce sens.

C'est le sens commun de l'amour qui est dangereux car ses dégats sont énormes : on tue au nom de l'amour, on frappe au nom de l'amour, on emprisonne l'autre au nom de l'amour et on s'emprisonne soi-même.

Un fait divers révélateur de cette conception de l'amour (sens commun ): l'affaire Cantat-Trintignant, je n'aime pas les faits divers de célébrités mais comme on ne parle pas des autres... Il l'a tué parce qu'il l'aimait ! Voilà un couple sorte d'archétype du couple moderne, divorces et séparations en séries, au nom de l'amour. Un jour amour tout est merveilleux, désamour tout est horrible. Et les enfants dans tout ça ? Ils comptent les points ( dans le meilleur des cas )

Je ne connais pas exactement les chiffres mais je crois que les divorces représentent un tiers des mariages, au minimum.

Alors je pense qu'il est temps de réfléchir sur le couple, sur l'amour ( ciment du couple ) faisant cela je ne me situe dans la tradition anarchiste individualiste, je n'invente rien, qui condamnait le mariage (au sens de couple exclusif ) et pronait l'amour libre.

Malheureusement tous ces acquis de l'anarchisme sont envolés et je crois que la société nous amène une régression du débat car le couple et l'amour sont intouchables aujourd'hui, y compris chez les anarchistes.

Revenons au texte, la decription des échanges affectifs entre les individus me semble être une description de tout un tas d'échanges possibles, sans limitation. Vous avez été choqués par l'expression biens affectifs. Or quand on a des échanges affectifs, cela procure non pas des biens matériel mais du BIEN. Que celui qui me dit faire l'amour et que cela ne le lui fait rien, lève la main, il a gagné, c'est quelqu'un de vraiment désintéressé, il peut déjà éliminer une fausse conception de l'amour : l'attachement sexuel. Ceux qui se caressent, ils font quoi, ils se font du bien, ils échangent de l'affectif. Donc ne nous leurrons pas sur ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons, moi comme les autres, nous échangeons de l'affectif et arrêtons de nous croire comme le summum de l'évolution et de l'amour humain lorsque nous faisons cela. Les singes bonobos le font dix fois mieux que nous et dans une société sans violence alors qu'ils n'ont jamais entendu parler des troubadours et de l'amour courtois ( que je trouve par ailleurs intéressant ).

Le texte décrit bien toutes les possiblités d'échanges affectifs entre individus et a raison de dire que pour accéder à la totalité de ces échanges il faut être en couple. En effet l'amitié ( toujours au sens commun, les exceptions n'infirment pas le raisonnement ) ne permet pas les échanges affectifs physiques.

Pour en revenir aux bonobos qui nous sont bien supérieurs dans l'organisation sociale, il n'y a pas cette rareté des échanges ni ces distinctions et leur société est pacifique, contrairement à celle des chimpanzés, dont l'organisation politiques est proche de la notre.

Donc comme nous sommes tous dépendants des échanges affectifs ( émotionnels et physiques ) acquis depuis l'enfance ou recherchés depuis nous sommes dépendants de la structure sociale qui nous permet d'avoir ces échanges. C'est pourquoi nous cherchons autant à trouver quelqu'un d'accord pour avoir ces échanges et actuellement cela ne peut se faire que dans le couple ( il y a toujours des exceptions ). Le couple nous permet donc d'avoir ces échanges quasi à volonté ( des deux bien sur ) alors qu'en dehors du couple il va faloir ramer comme une bête pour grapiller un échange affectif qui sera souvent un moyen d'arriver à créer un nouveau couple. Je n'échappe pas à la loi commune mais je n'aime pas me leurrer sur ce que je fais.

Pourquoi toutes ces questions me semblent si importantes ? Parce qu'elles sont à la base de l'organisation sociale et que si ne nous sommes pas capable d'organiser ces échanges affectifs pour qu'il n'y ait plus de rareté et bien la violence et les névroses sociales perdureront.

Et là on ne peut dire "c'est de la faute de l'Etat", "c'est de la faute du capitalisme", ce sont nos structures mentales qui nous dictent ces comportements. Que font les bonobos quand un conflit nait entre deux individus  ? Ils baisent, se sucent et s'enculent, se papouillent. Ils échangent de l'affectif. Prenons leçon sur les bonobos : pas de hiérarchie, pas de guerre, pas de conflits sociaux.

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  Yvan Grozny
19-06-04
à 11:41

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

"Faîtes l'amour, pas la guerre!" Quel hippie, ce Libertad! ;-)

"je crois que la société nous amène une régression du débat car le couple et l'amour sont intouchables aujourd'hui, y compris chez les anarchistes."
Intouchables, non. La preuve, c'est que ce genre de thèmes abonde. Mais de là à s'extasier à la première connerie qui prend l'habit de la critique...
Il y a quand même une différence entre ce que tu développes là et "L'(in)culture de l'Amour". Ta démarche est déjà plus honnête, moins perverse (dans le sens de détournée de son objectif).
Ben oui, avis à tous ceux qui écrivent sur le couple, l'amour, etc.: au lieu d'aller chercher par A+B pourquoi vivre comme ça serait 'achement mieux politiquement que vivre autrement, soyez honnête, dîtes franchement:
"On aimerait bien pouvoir baiser en dehors du couple, et y'a pas grand monde qui veut, et ça nous ennuie". Parce que la question se trouve d'abord là, avant de se trouver dans les acrobaties du genre: "l'amour est vilain, le couple, c'est pas bien", bref, pour tuer le chien, disons qu'il a la rage.
D'ailleurs, ce genre de développement (celui du 1er texte), ça n'ébranle ni le couple, ni l'amour, car c'est pauvre, petit, réducteur. Et à bacler un débat, il ne faut pas s'étonner qu'on en soit à ce que tu considères comme une régression.
Bref, diaboliser l'Amour revient au même que le sacraliser. Idéaliser l'amitié est de bon ton, mais ne nous mène pas plus loin. Même problème que pour les rapports mâles/femelles: dès qu'un discours théorique vient se plaquer sur l'intimité, on tombe presqu'à chaque fois dans la caricature. Au bénéfice de l'ordre en place...
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  Nk
19-06-04
à 12:00

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

D'accord avec Yvan et Cercamon..

je trouve que le "soyez honnête, dîtes franchement:
"On aimerait bien pouvoir baiser en dehors du couple, et y'a pas grand monde qui veut, et ça nous ennuie"" résume assez bien le truc mais je pense quand meme que la notion de couple a évolué dans un sens: je pense pas qu'on verra dans quelques années des "vieux couples" autres que par accoutumence, à partir au jeu de la baise y'a de moins en moins de recherche et de dev d'"amour", chose dont ce texte se fait pseudo manifeste d'ailleur...

Puis l'amour c'est comme la liberté, "quand on ne fait que parler d'une chose c'est que celle ci a disparut de la société"


Oh shit, they killed love!
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  libertad
19-06-04
à 15:34

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Bon les gars ok le salariat faut rien en dire car ça nous permet quand même d'en vivre et si je suis votre dernier argument à propos de ceux qui critiquent l'amour et le couple, ceux qui critiquent le salariat ne seraient que des paresseux qui voudraient gagner du fric en ne faisant rien. Ne parlons pas du capitalisme, on ne peut plus rien en dire non plus car si on le critique, c'est parce qu'on n'a pas réussi soi-même à devenir patron et que l'on veut s'emplir les poches alors que l'on est des ratés. Vraiment il ne nous reste plus grand chose à dire. Je me demande si je ne vais pas me recycler dans la vente de vieux bouquins de la collection Harlequin !

J'avais déjà observé le même unanisme et la même levée de boucliers lorsque j'avais essayé de lancer un débat dans une organisation anarchiste que je ne nommerai pas à propos de la sexualité : pas touche non plus. Là on entre dans les sujets tabous : le privé n'est surtout pas politique.

Pour moi comme individualiste le privé est avant tout politique, surtout la question du couple et de l'amour qui n'en est qu'un aspect ( dans le sens où nous en parlons ). Le couple est une association d'individus, c'est la base de la société. Toute association d'individus mérite examen sur le contrat. Or actuellement le contrat est implicite et même forcé : tu es un humain, tu as besoin d'échanges affectifs, tu ne peux les avoirs que dans le couple. Merci pour l'autonomie des individus.  Disons que nous payons le prix de notre dépendance affective mais ne prétendons pas être libre de nos choix, pas plus que ceux qui travaillent ne prétendent être libre : ce sont des esclaves ( j'en suis un ) qui vendent leur force de travail, comme les prostituées vendent leurs services sexuels.

Alors ce n'est pas parce que l'on remet en cause l'amour et le couple que ce serait une nouvelle inquisition, car chacun dans sa vie fait ce qu'il peut mais gardons notre esprit critique sur ce que la société nous impose.

Ce débat pour moi rejoint celui sur les milieux libres et colonies anarchistes car la non résolution de ces questions est un des éléments des échecs des expériences de vie en commun. Car il ne suffit de partir vivre ensemble, on emmène tous avec soi cette foutue dépendance que l'on peut appeller de noms bien différents et les problèmes recommencent, y compris avec des gens censés avoir les mêmes idées. Il faut à mon avis commencer par le début, on en est encore bien loin.

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  Cercamon
19-06-04
à 15:41

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Tu as trouvé les mots qui te manquaient dans ce texte ? A la bonne heure, il fallait te les approprier, car ces mots ne sont en l'état qu'une partie de ta pensée, un texte que tu aurais écrit aurait été plus complet, plus mesuré et plus intéressant. Si j'ai employé le terme fallacieux, c'est bien parce que l'auteur nous appâte avec des questions fondamentales, des morceaux d'idées très intéressantes, mais tel un sophiste, il nous arnaque car son raisonnement repose sur des bases complètement biaisés.

 

Vous vous en prenez au "sens commun de l'amour". Moi, je ne sais pas ce que c'est. Je n'ai pas besoin du "sens commun" pour mal aimer. Mes frustrations me suffisent, mon inconscience aussi. Ce n'est pas la faute de la société si je peux confondre amour et possessivité, amour et attachement. Mais ça ne veut pas dire qu'il est aisé d'aimer "purement". Moi se qui me gêne, c'est qu'il me semble que tout ces gens veulent "décréter" l'amour libre. D'ailleurs ils ne parlent même pas d'amour libre.

 

Les peines (crimes) de l'Amour, sont ils dû à l'Amour ou à un mauvais amour ? Ce n'est pas ce que dit ce texte. S'il y a des divorces, ça veut bien dire que personne ne croit à l'amour éternel. Et que donc le couple est périssable. Je ne vois pas de sacralisation du couple. Où est le problème ? C'est qu'il y a souffrance. Comme le disent les autres, c'est bien parce qu'il n'y a pas d'amour qu'il y a souffrance.

 

D'après vous le problème vient de ce que les échanges physiques n'ont lieu qu'en couple. Moi je ne le sens pas comme ça. Bien sûr, je ne vois pas pourquoi on l'interdirait à ceux qui en souffrent. Mais est-ce bien la peine de vouloir en faire une norme, de jeter le discrédit sur les autres ? (Ce que fait ce texte). Moi tout ceux (et celles) que j'ai connu qui avaient fait ce choix, immanquablement il y a de la frustration qui ressortait (paradoxal, non ? :-) ou alors ils arrêtaient parce qu'illes se rendaient compte que malgré leurs beaux discours illes courraient en fin de compte après quelque chose qu'ils identifiaient mal et ne parvenaient à obtenir. Alors on peut dire que ça marche pas parce que la société bla bla. Mais je pense quand même que qui veut vivre une diversité d'expérience le peut actuellement. Où alors j'ai pas bien compris ce qui était revendiqué.

 

Il y a quelques années, une nuit que je faisais du stop, un couple s’arrête et propose de m’embarquer de manière suffisamment étrange pour que je m’inquiète de leur motivation. Finalement, ils me proposent un plan à trois. Je décline poliment leur invitation : je n’ai rien contre eux mais c’est pas mon trip. Ils insistent. Je prends ça à la rigolade, mais ils insistent encore : voilà le mec qui veut me convaincre en vantant les fellations de sa femme. Heureusement qu’ils ont redémarré au bon moment, j’étais à deux doigts de laisser libre court à ma colère. Enfin, tout ça pour dire que le nœud du problème, c’est plus le respect de l’autre et de ne pas le considérer comme un objet que ce qu’on fait avec son sexe.

 

Bien sûr que l'amour et l'affection qui l'entoure fait du bien. Mais à quoi est ce que je m'adresse quand j'offre et reçoit ces preuves d'amour ? "N'est-il pas temps qu'aimant nous nous détachions de ce que nous aimons et l'emportions tremblants : comme la flèche vient à bout de la corde pour être rassemblée dans son jaillissement, plus que soi. Car il n'est rien nulle part qui demeure." (Rilke : première Elegie de Duino). Comme si j'estimais la valeur d'un banquet d'après les restes. Tu peux compter les restes, mais comment le nombre ainsi comptabilisé saurait ne serait-ce que refléter la joie, les chants et les danses qui ont eut lieu ? Ce que je conteste (que nous contestons, je suis pas seul visiblement), c'est la comptabilité qui est établie.

 

Pour moi le problème tien dans ce qu'on rend l'infini fini en imaginant embrasser la personne aimée dans son ensemble, qu'on l'imagine contenue toute entière dans notre désir.

 

Traçant des signes sur le sable,

j'ai pu dénombrer les étoiles.

Caressant le corps de ma douce,

j'échoue à découvrir son coeur.

(VIème Dalaï-Lama, traduction de Zéno Bianu)

 

Tout le drame est là. Mais alors on fait quoi ? On essaie de mieux aimer, ou on fait sa crise d’adolescente « c’est trop zinjuste », on se révolte contre sa condition, mais on dit que c’est la faute aux autres (de préférences ceux d’avant, n’oubliez pas, c’est une crise d’adolescence, et puis c’est pratique, en plus, ils peuvent pas répondre). On peut imaginer que les bonobos sont au top, c’est vrai que quand j’étais petit, j’aurai voulu me réincarner en chat : on passe sa journée à dormir, on va pas à l’école, on s’amuse avec ses potes dans la rue… Mais bon je suis né homme, à une certaine date en un certain lieu. Et c’est super cool parce que comme ça je suis allé à l’école, j’ai appris à lire, et je peux lire des bouquins comme Citadelle de St-Ex. ( à mon tour de citer quelqu’un qui parle mieux que moi ! Mais cette fois-ci c’est vrai ;-) attention, c’est long, mais qu’est-ce que c’est bon ! (nota : j’ai supprimé les passages trop « mystiques » ou allégoriquement ambiguë pour pas que le débat parte dans tous les sens, ce qui compte, c’est ce que j’en retiens de toute façon)  :

 

Toute ascension est douloureuse. Toute mue est souffrance. Et je ne pénètre point cette musique si d'abord je n'en ai souffert. Car elle n'est sans doute que le fruit même de ma souffrance et je ne crois point en ceux-là qui se réjouissent des provisions amassées par autrui. Je ne crois point qu'il suffise de plonger les enfant des hommes dans le concert et le poème et le discours pour leur accorder la béatitude et la grande ivresse de l’amour. Car l’homme certes est faculté d’amour mais il l’est aussi de souffrance. Et d’ennui. Et de maussade mauvaise humeur comme d’un ciel pluvieux. Et même chez ceux-là qui sauraient goûter le poème il n’est point que joie du poème car autrement jamais ils ne paraîtraient tristes. Ils s’enfermeraient dans le poème et jubileraient. Et l’humanité s’enfermerait dans le poème et jubilerait sans avoir plus rien à créer. Mais l’homme est ainsi fait qu’il ne se réjouit que de ce qu’il forme. Et qu’il lui a fallu, pour le goûter, faire l’ascension du poème. Mais de même que le paysage découvert du sommet des montagnes s’use vite dans le cœur et qu’il n’a de sens que s’il est une construction de la fatigue, une disposition des muscles, et que bientôt , une fois reposé et avide de marche, le même paysage te fait bailler et n’a plus rien à te livrer, ainsi du poème qui n’est point né de ton effort, de ton ascension intérieure, et les greniers ne forment que des sédentaires qui n’ont point qualité d’homme. Je ne dispose point de l’amour comme d’une réserve : il est d’abord exercice de mon cœur. Et je ne m’étonne point qu’il en soit tant qui ne comprennent pas le domaine, le temple, ou le poème ou la musique et, s’asseyant devant, disent : « Qu’y a-t-il là sinon disparate plus ou moins riche ? Et rien qui mérite de me gouverner. » Ceux-là comme ils disent, sont raisonnables, sceptiques et pleins de l’ironie qui n’est point de l’homme mais du cancre. Car l’amour ne t’est point donné comme un cadeau par ce visage, de même que la sérénité n’est point le fait de tu paysage mais de l’ascension vaincue. Mais de la montagne dominée. Mais de ton établissement dans le ciel.

Ainsi de l’amour. Car l’illusion est qu’il se rencontre quand il s’apprend. Et se trompe celui-là qui erre dans la vie afin de se faire conquérir, connaissant par de courtes fièvre le goût du tumulte du cœur et rêvant de rencontrer la grande fièvre qui l’embrasera pour la vie, quand elle n’est, de la maigreur de son esprit et de la petitesse de la colline qu’il a vaincue, que la faible victoire de son cœur.

De même, ne se repose-t-on pas dans l’amour s’il ne se transforme de jour en jour comme dans la maternité. Mais toi, tu veux t’asseoir dans ta gondole et devenir chant de gondolier pour la vie. Et tu te trompes. Car est sans signification ce qui n’est point ascension ou passage. Et si tu t’arrêtes tu n’y trouveras que l’ennui puisque le paysage n’a plus rien à t’apprendre. Et tu rejetteras la femme quand c’est toi qu’il fallait d’abord rejeter.

 

[...]

 

Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour.  […] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour. Et si se montre tellement important, pour enseigner à l’homme l’amour des hommes, l’exercice de la prière, c’est parce qu’il n’y est point répondu.

Votre amour est à base de haine car vous vous arrêtez dans la femme ou dans l’homme dont vous faîtes vos provisions et vous commencez de haïr, pareils à des chiens quand ils tournent autour de l’auge, quiconque lorgne votre repas. Vous appelez amour cet égoïsme du repas. A peine l’amour vous est-il accordé que là aussi, comme dans vos fausses amitiés, de ce don libre vous faites une servitude et un esclavage et commences de la minute où on vous aime à vous découvrir lésé. Et à infliger, pour mieux asservir le spectacle de votre souffrance. Et certes vous souffrez. Et c’est cette souffrance même qui me déplaît. Et en quoi voulez-vous que je l’admire ?

 

Certes, j’ai marché, quand j’étais jeune, de long en large sur ma terrasse sous les étoiles brûlantes à cause de quelque esclave enfuie où je lisais ma guérison. J’eusse levé des armées pour la reconquérir. Et, pour la posséder, j’eusse jeté à ses pieds des provinces, mais Dieu m’est témoin que je n’ai point confondu le sens des choses et n’ai jamais qualifié amour, même s’il mettait en jeu ma vie, cette recherche de ma proie.

 

L’amitié je la reconnais à ce qu’elle ne peut être déçue, et je reconnais l’amour véritable à ce qu’il ne peut être lésé.

 

Si l’on vient te dire « Rejette celle-là parce qu’elle te lèse… », écoute-les avec indulgence, mais ne change point ton comportement, car qui a le pouvoir de te léser ?

Et si l’on vient te dire : « Rejette-la, car tous tes soins sont utiles… », écoute-les avec indulgence mais ne change point ton comportement, car tu as une fois choisi. Et si l’on peut te voler ce que tu reçois, qui détient le pouvoir de te voler ce que tu donnes ?

Et si l’on vient te dire : « Ici, tu as des dettes. Ici, tu n’en as point. Ici, on reconnaît tes dons. Ici, on les bafoue », bouche-toi les oreilles à l’arithmétique.

 

A tous tu répondras : « M’aimer, d’abord, c’est collaborer avec moi. »

 

Ainsi du temple où seul l’ami entre, mais innombrable.

 

[…]

 

Dis-lui :

« Je me suis certes hâté vers toi, dans la joie de te joindre. Je t’ai fait porter des messages. Je t’ai comblée. La douceur, pour moi, de l’amour c’était cette option que je te souhaitais sur moi-même. Je t’accordais des droits afin de me sentir lié. J’ai besoin de racines et de branches. Je me proposais pour t’assister. Ainsi du rosier que je cultive. Je me soumets donc à mon rosier. Rien de ma dignité ne s’offense des engagements que je contracte. Et je me dois ainsi à mon amour.

« Je n’ai point craint de m’engager et j’ai fait le solliciteur. Je me suis librement avancé, car nul au monde n’a barre sur moi. Mais tu te trompais sur mon appel, car tu as lu dans mon appel ma dépendance : je n’étais point dépendant. J’étais généreux.

« Tu as compté mes pas vers toi, ne te nourrissant point de mon amour mais de l’hommage de mon amour. Tu t’es méprise sur la signification de ma sollicitude. Je me détournerai donc de toi pour honorer celle-là seule qui est humble et qu’illuminera mon amour. J’aiderai à grandir celle-là seule que mon amour grandira. De même que je soignerai l’infirme pour le guérir, non pour le flatter : j’ai besoin d’un chemin, non d’un mur.

« Tu prétendais non à l’amour mais à un culte. Tu as barré ma route. Tu t’es dressé sur mon chemin comme une idole. Je n’ai que faire de cette rencontre. J’allais ailleurs.

« Je ne suis ni idole à servir, ni esclave pour servir. Quiconque me revendiquera je le répudierai. Je ne suis point objet placé en gage, et nul n’a créance sur moi. Ainsi n’ai-je créance sur personne : de celle qui m’aime je reçois perpétuellement.

« A qui m’as-tu donc acheté pour revendiquer cette propriété ? Je ne suis point ton âne. […]

Mais si je rencontre celle-là qui rougit et qui balbutie et qui a besoin de présents pour apprendre à sourire, car ils lui sont vent de mer et non capture, alors je me ferai chemin qui la délivre.

Je n’irai ni m’humilier ni l’humilier dans l’amour. Je serai autour d’elle comme l’espace et en elle comme le temps. Je lui dirai : « Ne te hâte point de me connaître, il n’est rien de moi à saisir. Je suis espace et temps, où devenir. »

Si elle a besoin de moi, comme la graine de la terre pour se faire arbre, je n’irai point l’étouffer par ma suffisance.

[…]

 

Antoine de St-Exupéry, Citadelle.

 

Voilà, c’était pas un anarchiste, il a pas fait la révolution, mais il a écrit des trucs plus intelligents (et profond) que le type là-haut.

 

Allez a+

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  libertad
19-06-04
à 16:20

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Je suis tout à fait d'accord avec cette citation de St Exupéry qui décrit un amour tel qu'il n'est pas en ce moment : "Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour.[…] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour. " Dans cette sorte d'amour qui effectivement pourrait servir de base à un contrat entre individus dans une société anarchiste, il n'y aurait pas d'instinct de propriété donc les échanges sensuels pourraient avoir lieu librement en dehors du couple ou dans le couple.Puisqu'il n'y aurait pas rareté des échanges affectifs, il n'y aurait pas de dépendance affective...pas plus qu'il n'y en a chez les bonobos.

Cette comparaison avec les bonobos rejoint également d'une certaine façon la discussion sur l'anti-spécisme car nous nous croyons bien souvent supérieurs aux animaux, or comment expliquer que ces singes sont infiniment supérieurs à nous d'un point de vue de leur organisation sociale ? Qu'il ont atteint une sorte de "sagesse" dont nous sommes encore bien éloignés. En fait nous ne sommes qu'un race particulière de chimpanzés, rien de plus, nous continuons dans leur lignée en essayant par des mots de nous leurrer.Nous enrobons ce que font les chimpanzés à l'état brut : hiérarchie, guerres, génocides.

Arrêtons tout et étudions les bonobos !

 

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  cercamon
19-06-04
à 16:21

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Un truc que je voulais rajouter. J'ai rien contre l'amour libre. Mais lisez ce que raconte St-ex d'un point de vue exclusif/non-exclusif, chacun y trouve son compte. Ce qui n'est pas le cas du texte de tout en haut. C'est ça qui me fait bondir.
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  Cercamon
19-06-04
à 16:52

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Mais je ne suis pas d'accord avec cet amour-comptable >:-(

Ce n'est pas la rareté des échange qui fait la dépendance. Si j'aime quelqu'un, je m'adresse à sa singularité. Que vaudrait à mes yeux autre chose en échange ? Ca me fait un peu penser au Meilleur des Mondes. Comme quand on donne une friandise à un enfant pour détouner son désir du jouet qu'il convoite.

L'amour ne se compte pas, on ne cherche pas à équilibrer dépenses et recettes.

Non ! tout ne se vaut pas, et surtout pas les relations entre des individus particuliers.

Ce qu'il faut, c'est apprendre à respecter un choix, fût-il en sa défaveur. Montrer que l'amour sait être éconduit, partagé ou encore exclusif, même si c'est dur. Et que pas une de ces situations n'est à mépriser. Que tout est honorable, du moment que ce choix est libre, ou du moins assumé. C'est pour ça que je m'élève contre ces publications de "commissaires au plan de l'amour", qui nie l'être, sa singulairté et son expérience sous des dehors d'individualisme. C'est du collectivisme amoureux né du ressentiment et de la frustration.

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  Rackshasa
19-06-04
à 17:04

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Libertad, il faut quand même pas idéaliser les bonobos. Certes ils règlent l'essentiel de tous leurs conflits en baisant, mais pas toujours. Quand un mâle s'énerve parfois un peu trop, et ça arrive, ce sont les femelles qui s'unissent pour lui faire comprendre qu'il serait bon qu'il la tasse, sa gueule. Bon, c'est toujours mieux que les couillions qui se font la guerre, mais ça reste une organisation matriarcale, les mâles étant individualistes et ne sachant pas s'allier à la différence des femelles. Et je ne précise pas ça pour dire que c'est dommage que les mâles puissent pas mettre ensemble sur la gueule des femelles, je dis que c'est pas le top non-plus. Les humains ont inventé l'anarchie qu'il n'arrivent pas à réaliser pour le moment ( qu'ils réaliseront peut-être jamais), c'est quand même mieux qu'une organisation matriarcale, aussi sympa soit-elle?
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  libertad
19-06-04
à 19:23

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Tout à fait d'accord sur ta remarque à propos des bonobos. C'est vrai que d'après ce que j'en sais c'est une société matriarcale et tu as raison de dire que les femelles exercent une certaine contrainte, au moins morale sur les males qui voudraient en découdre. Mais comment le conflit se résout-il, d'après ce que j'en sais aussi ? Les males en conflits échangent de l'affectif, au moins physique ( c'est ce que nous voyons , nous ne savons rien de leurs sentiments ) : les mâles se sucent et s'enculent et le conflit disparait, ça vaut bien un génocide non ? Les males sont-ils opprimés dans cette société matriarcale ? Je n'en sais rien il faudrait vraiment étudier cette société. Les sociétés matriarcales ne sont certainement pas le top mais dans ce cas elles évitent à la fois la violence et la hiérarchie, deux phénomènes qui ravagent notre monde humain et qui nous interpellent tout de même un peu comme anars.

Pour ma part je ne pense pas que nous ayons toujours vécu dans des sociétés patriarcales, hiérarchisées et violentes, je pense que les sociétés de la fin du paléolithique jusqu'à l'age du fer étaient pour beaucoup, pas toutes, des sociétés matriarcales dont nous ne savons rien puisque nous n'avons pas encore su déchiffrer leur écriture ( pour les plus récentes : société de L'indus par exemple ). Ce n'est que par la lecture des mythes sumériens, en creux que l'on arrive un peu à reconstituer ce qu'était ces sociétes sans hiérarchie religieuses, sans rois ni souverains, égalitaires ( voire leurs constructions ) ayant atteint un haut niveau de développement. La fin de ces sociétés ne fut certainement pas une partie de plaisir pour les hommes puisque les mythes sumériens parlent de la castration des hommes lors des cérémonies du culte de la fertilité. Le matriarcat n'est pas la panacée mais les bonobos ne sont pas castrés par les femelles que je sache ;-)

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  Yvan Grozny
19-06-04
à 20:33

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Pas physiquement, mais...
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  Mirobir
19-06-04
à 23:17

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Bien, abordons le mythe des amazones maintenant... ;)
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  Anonyme
20-06-04
à 17:05

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Hello, Cercamon. Tu n'as toujours pas commencé et terminé ton deuil. C'est un comble pour un libertaire/anarc histe de ne pas savoir que Dieu est mort, que l'Etoile est inaccessible, que Tout es relatif. C'est bien connu, l'Amour éthéré des superbes textes de Musset, de St Ex... est chaud, lumineux, clair, humain... Tandis que l'amour terrestre pratiqué par le(s) citoyen(s) lambda est froid, ténébreux, obscur, mécanique... L'Amour éthéré te joue des tours d'illusion et ton jugement altéré repose plus sur le paraître (les mots: "biens affectifs"...) plutôt que l'être (le vécu affectif, intellectuel, moral,émotionnel , physique, social, matériel, politique... de l'auteure), le signifiant plutôt que le signifié, la forme plutôt que le fond, le contenant plutôt que le contenu... Bonne involution et/ou évolution à toi. PENELOPE (une libertaire libertiste et non une libertaire totalitariste ou autoritariste)
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  Nk
20-06-04
à 19:08

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Ahlalala

On en revient tjs à un certain anarchisme pseudo scientifique se bornant à une vision presqu'utilitaire de la vie...

M'enfin ce qui peut paraitre "bien connu" ne l'est peut etre pas pour tous, et même si la masse (bêêêêêêê) de(s) citoyen(ne-s) lambda(s) le bêêêle (ou non) ça n'est pas necessairement suffisant pour en faire une vérité générale et/ou il y aura toujours des gens qui chieront sur ces faits "bien connus" et croieront/vivront l'amour ou la spiritualité ou toutes ces choses inutiles pour produire éfficacement.. (que ce soit de manière autogérée ou non d'ailleur!)

Nk, quedalliste anti"iste" et non le libertruc machintruc bidultruc par ce qu'il faut pensertrucetpastruc (pis si Nk était "libertaire/anarchiste" (iste iste iste) il devrait savoir obligatoirement pleins de trucs de fou pour pouvoir continuer à porter cette ho combien noble étiquette...)
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  cercamon
20-06-04
à 22:01

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Eh Penelope, ton commentaire commençait si bien que je ne m'explique pas qu'il finisse si mal. Car à la fin, ne me reproches-tu pas ce que je reproche à l'auteur ? A ce jeu de miroir, te vanterais-tu d’avoir déniché la place de qui ne perdra pas ? Toi, tu n'as pas fait le deuil de ton perchoir, si bas fût-il, semble-t-il. Le miroir peut s’enorgueillir de ne point se troubler, de ne point s’agiter, car c’est l’image, dit-il ; cela ne l’empêchera pas de n’être que glace inerte et froide. Telle qui, en outre, n’a pas franchi la porte du gain et de la perte.

Revenons au début qui, si j'en apprécie l'acuité, n'en est pas moins faux.

Mes propos sont donc trop apolliniens pour toi. C'est leur danger, auquel tu n'as pas échappé, que d'être compris ainsi.

Tu m’accuses de n’avoir point commencé de deuil. Qu’en sais-tu toi qui n’a su reconnaître le jeu ni la danse ? Peut être étaient-il cachés, ou même pas, peut-être étaient-ils là, simplement, sans affirmation superflue. Toi aussi tu as des réflexes : « transcendance » ; « attaque ». Reste à l’ombre, en ne m’en veut pas de voleter à ma guise entre le jour et la nuit. Et laisse lambda en dehors de ça, espèce d’universaliste !
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  Anonyme
10-12-05
à 11:38

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Cercalmon, 

             tu n'est  pas ce vent qui va au gré des secrets sans jamais se laisser enchainé où enchanté. 

Je ne veux pas que mon nom serve une cause, une idée, un raisonnement abscon  déguisés de trops de mots.

Hier, mon humanité nommait les choses, tandis que ton monde ne nomme plus que des mots qui seraient des choses à venir, des choses en lesquelles croire, des choses en lesquelles espérer.

Allons ! Enfant, de quelle energie, de quelle nourriture, de quelle essence, de quelle origine te réclame tu pour venir en mon nom débattre où rabattre de vérités dont tu n'as pas connaissance ? 

La poésie  n'est pas  une prison de mots dont l'auteur serait à la fois le geolier et le détenu, la poésie est la porte d'accès à la Dimension Humaine, quant aux auteurs cités par toi en mon nom, où ceux cités par ton comparse qui s'affuble d'une désignation nomminative comme l'on s'oublie dans une défroqiue fonctionnelle,  ils ne sont que des littérateurs, des metteurs en formes, des amuseurs de petites filles, des bouffons de modes et de tendances, des aliénés de styles.

Rheu rheu rheu, est-ce donc  un charabia de ton invention où les symptômes de tes illusions ?

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  delphine314
08-04-07
à 22:23

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Ben tiens ! Un capitalisme affectif !

Finalement après lecture complète des arguments défendant ce texte, vous n'en avez vu que le négatif et le côté superficiel, alors que l'objectif était de rester critique dans un certain contexte....Il me parait évident, rien qu'à la première lecture que tous les arguments de Libertad ( mieux admis par la suite, mis à part le côté comptable etc) y figuraient déjà...Vous vous emportez alors que la culture du paraître n' a jamais aussi prégnante...Vous avez sûrement eu la chance d'évoluer dans des milieux déjà favorables (?) qui vous permettent d'avoir cette belle force ( virilité?) libératrice, félicitations...
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  Mako
24-04-07
à 19:28

Un peu de poésie...

 

Les bruits de la rue

 

J’entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde

Paul Eluard

 

Ce n’est pas ta voix que j’entends vibrer dans tous les bruits du monde

C’est ta peau que je vois hérissée

Ma peau

qui frissonne

à chaque passante dans la rue

Tous ces canons qui m’envoient des boulets

que j’avale

gavé comme une oie au désir

  [végétarien]

de chair animale

Ces femmes sex-appeal me font rêver

de toi

 

Sangles de cuir montant jusqu’au genou

 mollet

Mon regard s’écrase en une main fugace et improbable

Brides comprimant la chair ou coupant le souffle

Jupe qui pend, se répand en frous-frous

en arabesques aériennes

qui tangue à chaque mouvement de fesses

 dont on lit précisément le dessin

plus ravageuses que si elles étaient nues

Je mords mon poing en prenant soin de ne pas boire mon sang

 

Le choc du talon sur le pavé

Le pas muet et glissant d’un pied léger sur la dalle

Fantasmes éclatants tourbillonnant en un flot de pétales

qui tombent rigides

et déjà secs

sur la chaussée

Collants qui crissent

vrombissant sous le pincement de l’ongle

flottant et vacillant tes pieds glissés dans des mules

gémissant quand tu frottes l’une contre l’autre tes deux divines jambes

 

Ces bas

qui disparaissent

en klaxonnant jusqu’à me rendre aphone

rubans, ceintures, opaques, strassées, satinées

Tu brilles comme un paquet cadeau

Sandales montant à mi-mollets

 cuissardes

se répandant en vent de cordelettes

sur le calme plat feutré de ton épiderme

Boucles métalliques

Cheville qui se déplie

craquant dans ma tête

 

Je sursaute

Puissance de la bottine

ou du pied nu

De la force, de la souplesse, du fracas silencieux

Je t’aime parce que tu m’assassines sans bruit

Ninja du désir souffle de vie

 

Pas de tongues

pas d’écrase-merdes sans style, sans âme

La petite touche fatale :

le bout de cuir qui gaine de la cheville au talon sans rien masquer

 

L’eau à la bouche

 

Suggestion

T’es comme une malle au trésor

Pas besoin de voir l’intérieur pour succomber à la tentation

En te cachant un peu tu provoques un appétit sans fin

 

Mets-moi par terre ou je te baise

Attache-moi ou c’est moi qui t’attaque

Si je t’attrape je te mords jusqu’au sang

 

Mon allumette piégée

je t’éteins et tu repars aussitôt

lumineuse brûlante pour me consumer

 

Arme de construction massive

de poèmes et de scénarii érotiques

 

Odeur de sueur, de suif et de corail musqué aux fines herbes

Râle de satin, caresse d’écrevisse, sourire d’église gothique

Parfum d’étoile, manières de putain de luxe

Excuses si je dis putain

Je ne t’insulte pas

La putain racole, provoque en accentuant son côté femelle

Toi tu débordes de femellité

 

Tes quilles satinées musclées, déesse intemporelle

Mortelle, ton souffle m’appartient

Je fais couler ton sang tes larmes

ton jus

ton repentir

et mes soupirs s’élèvent lorsque tu m’enchaînes

 

Mako le 22/4/2007

 
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