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Interview de C.E. ANDERSEN poète, nomade du désert...et collaborateur de l'En Dehors

Voici un texte pour mieux connaître un collaborateur de l'En Dehors, aux multiples facettes. Dans cette conversation Christian aborde la question de l'antihumanisme sur laquelle il reviendra d'une manière plus approfondie dans un prochain article.

Document publié en janvier 2004 par la revue littéraire Remue – Méninges (Charleroi)

 

Christian Andersen,  d’où viens-tu ?

 

Parce que l’hypothèse de l’apparition de l’homme en Afrique est celle qui me séduit le plus, j’ai  choisi de naître entre les sources du Nil et la Grande Faille d’Afrique, du côté des lacs Edouard et Victoria, aux pieds du Kilimanjaro.  J’ai  dû, pour arriver à vous, suivre des chemins tortueux et je me suis égaré souvent.  Récemment encore, vers 1976 - 77, je me suis même perdu à Marchienne-au-Pont, chez un peintre raté qui a tenté de m’envoûter.  On ne m’y reprendra plus.

 

Il y a mieux. Mon voyage, qui n’est pas fini m’a conduit, vers 1720, à Erslev, dans le nord du Danemark, puis à Hambourg, enfin à Charleroi. J’avais alors les jambes de mon père André, les poumons de mon grand-père Erwin, les yeux de mon arrière grand-père Jens Peter et les mains de Anders Skomager. Ils sont tous en moi, là, je le sens et je le sais à ce qu’ils remuent.  Demain je repars. Vers le sud. Toujours plus loin.

 

Quels sont les auteurs ou artistes qui t’ont marqué, les livres qui ont changé ta vie ?

 

Un livre, tous les livres même, ne suffiront jamais à changer la vie. Le fatum est tellement fort. Mais certains livres ont été des stimulants, des phares dans la nuit noire : Georges Bataille, Céline, Artaud, Nietzsche, Desnos.

J’ai vécu à Bruxelles et là, certains « toutes boîtes » comme Vlan ont aussi influencé mon destin… l’aventure était au coin de la rue, à la faveur de mes  déménagements. La poésie est partout.

 

« Mon appétit de désert ne fut sans doute qu’un appétit de poésie et un appétit féroce de vivre »: écris-tu dans L’exorcisme du sable. Sans parler de tes divers engagements... On pense aussi à cette citation de Joë Bousquet : « plus de poètes, des  êtres de poésie. Les êtres de poésie  remplacent les poètes et la poésie » Peut-on vivre la poésie autrement que par l’écriture ?

 

L’appétit de vivre, quand on a le bonheur de l’avoir, est le plus extraordinaire des poèmes… Il est en vers libres, sans rimes ni raisons. C’est, de loin,  le plus beau que je connaisse.  Il me fait penser aux sagas de mes proches ancêtres Vikings ou aux histoires véhiculées par la tradition orale de ma très ancienne parente Lucy qui résidait non loin du lac Turkana, en Ethiopie, dans la vallée de l’Omo… Je les cite parce que cet appétit merveilleux c’est d’eux  que je le tiens…

Le reste n’est qu’une question de formes et puisque je viens de citer Artaud, faisons-le parler : « Vivre c’est brûler des formes ».

 

Tu as cessé d’écrire pendant vingt ans.  Peux-tu comprendre les écrivains qui ont fait une parenthèse dans leur oeuvre ou ont carrément arrêté (voir Bartleby et cie de Vila-Matas) ? 

 

Chacun à ses raisons, ou n’en a pas, c’est selon … Moi, je n’avais plus rien à dire,  j’étais « vide » et en pareil cas je crois qu’il faut fermer sa gueule. J’étais amer, bien sûr, mais c’était le prix de l’authenticité. J’ai une tellement haute opinion de l’art en général et de la poésie en particulier, de leur fonction dans la société, que je n’admets pas les faussaires, les singes, les écrivasseurs ou les barbouilleurs comme ce peintre qui aurait voulu m’envoûter. Il y en a trop, beaucoup trop. Il faut bien comprendre que nos civilisations, plus elles vont décliner, plus le cadavre des morales judéo-chrétiennes va se  décomposer, vont avoir besoin, impérativement, de l’art et en premier lieu de la poésie et des « êtres de poésie ». Nous devrons être prêts.

 

  

Bonello, réalisateur, déclarait récemment (Les Inrockuptibles n°411), à propos de son dernier film Tirésia : « Le mythe grec, c’est du polythéisme ; un bordel sauvage, barbare jouissif, très vivant, et, aujourd’hui, on se retrouve avec un Dieu unique, c’est-à-dire quelque chose de très austère où la notion de destin a disparu  au profit de la culpabilité » Je suppose que tu souscris à cet avis...

 

Oui, bien que certains termes me semblent inadaptés. Je le formulerais autrement. Je ne me référerais pas uniquement aux Grecs. La vie ne peut être digne de ce nom et d’être vécue que dans son « essence la plus profonde, sa fonction la plus sublime» : la création. Et que voulez-vous inventer de plus prodigieux – et de plus nécessaire - que des dieux ? Chaque jour, à chaque moment, dans toutes les circonstances ?  Pour la joie comme pour la peine, des dieux cruels ou fraternels, beaux ou laids, sages ou écervelés … comme nous, inégalables !

 

Tu déclares : « Je suis un antihumaniste qui se retient ». C’est mal aujourd’hui d’être antihumaniste ? L’homme ne serait-il pas bon ?

 

L’homme n’est ni bon ni mauvais. Comment pourrait-il être l’une ou l’autre chose  puisqu’il n’a jamais, de toute son histoire (sinon à l’époque des chasseurs-cueilleurs qui, c’est scientifiquement établi, fut une période d’abondance), eu le loisir, le bonheur « d’être » , simplement « d’être ». Et puis ces qualificatifs sont tellement grossiers, approximatifs !

Quant à l’anti-humanisme il fallait que l’on y arrive. Le bain de sang dans lequel nous barbotons a assez duré. On ne peut décemment pas appeler humanisme l’ensemble des doctrines (philosophie, éthique, conception politique, etc …) qui ont conduit à cette faillite sanglante. Il faut les dénoncer, toutes !  Il n’y a pas que Marx, Lénine, Trotsky et leurs amis qui avaient de l’homme une vision infantile. Les autres aussi, quasi tous. Et ça vaut aujourd’hui encore. La séculaire duperie de l’humanisme est peut-être ce qu’il faut combattre avec le plus de vigueur, le plus impitoyablement. Il faut simplement espérer que la période « anti » ne dure pas trop longtemps, qu’il n’y ait pas trop de casse. Et lorsque je dis que je me retiens, c’est une boutade … mais partiellement  seulement… je me retiens parce qu’il est  dangereux d’être antihumaniste, que c’est éminemment subversif et que j’ai déjà un volumineux dossier à la Sûreté de l’Etat…

Bien sûr je serais le premier à souhaiter que l’on s’attaque au problème avec un esprit positif, sans violence mais la violence va éclater, partout . Ca va déraper car ceux qui se cachent derrière le paravent du mythe humaniste, les conservateurs aussi bien que les « progressistes » grugés vont devenir enragés en sentant toutes leurs valeurs s’effondrer avec les cours de la bourse !

La redéfinition de l’homme doit être radicale. Elle a commencé d’ailleurs. Ouvrez les yeux. Les intellectuels et les artistes doivent y tenir le premier rôle et s’y préparer. C’est par les voies de l‘art que la connaissance de l’être humain a le plus avancé,  par la quête inlassable de la beauté qui seule peut sauver le monde.

Il faut que l’on sache qui est l’homme « dans son tréfonds, au plus profond de lui-même » et ce qu’il veut avant de lui fourguer des doctrines, des dogmes, de l’enfermer dans des codes, des lois …  les Grecs avaient commencé ce travail qui a été réduit à néant par la catastrophe du monothéisme mosaïque. Car enfin, parler d’humanisme c’est comme tailler un costume à  un fantôme : l’homme n’existe pas encore … il arrive… là-bas…essayons de faire sa connaissance, de prendre ses mensurations, de le connaître. Il est couvert de la boue du christianisme … du communisme, du nazisme, du capitalisme… de l’égoïsme libéral… laissons lui le temps de se doucher. Ensuite, et alors seulement, quand il aura soufflé un peu, il parlera …  et je vous assure qu’il y aura des surprises quand il dira « ce qu’il veut, ce qu’il lui faut ». Qui est si simple…

 

Henry Michaux : « Qui laisse une trace, laisse une plaie .»  Vivre pleinement, c’est  nécessairement blesser ?

 

Si, comme dans Maldoror, on « plante ses ongles dans le ventre d’un bébé » oui. Mais vivre pleinement n’implique pas que l’on blesse. Et puis, qu’est-ce que la « blessure » ?  Les griffes laissées dans le dos par une maîtresse exacerbée ? Une épisiotomie est-elle une blessure ? Une violence oui. Une brutalité non (Voir la distinction faite par Jean Genet). Tout est relatif et je prévois que dans les quelques deux ou trois centaines d’années à venir le sens des mots va changer considérablement, jusqu’à inversion complète même, avec l’arrivée, enfin, de l’homme… Michaux a dit – et surtout écrit -de bien meilleures choses.

 

Valéry : « Le poème, cette hésitation prolongée ente le son et le sens. » ; Michaux : «  La seule ambition de faire un poème suffit à le tuer. » Ta définition du poème ?

 

Ce qui est sacré ne peut être défini. Ce tabou doit être total. On ne peut pas vivre sans tabou. Impossible !

 

  

Quand es-tu déjà mort ?

 

Je ne m’en souviens plus.  Mais pas assez souvent.  Je manque encore d’expérience. Pourtant il serait temps… sinon je risque de ne pas savoir comment m’y prendre le moment  venu !

 

Qu’est-ce qui te fait lever le matin ? 

 

L’aventure d’une nouvelle journée.

 

A quoi as-tu renoncé ?

 

Définitivement à rien. C’est une réponse définitive.

 

A quoi te sert l’art ? 

 

A cultiver mon jardin.

 

Qu’as-tu été capable de faire par amour ? 

 

Douter, douter, douter.

 

Le don de la nature que tu aurais aimé avoir ?

 

Je n’ai pas de convoitise et si j’avais  trop de dons ils se chamailleraient.

 

Si tu pouvais modifier une seule chose dans ta vie, ce serait quoi ? 

 

Sa masse.  Jusqu’au seuil critique.

 

L’engagement (politique qui te paraît) prioritaire aujourd’hui ?

 

Développer la démarche antihumaniste, expliquer ce que c’est et pourquoi on doit passer par là, favoriser l’émergence pacifique de l’homme post-chrétien, revenir au paganisme, au chamanisme (on en parle beaucoup depuis quelques années,  c’est révélateur de besoins profonds) mettre un terme au développement  des macro sociétés invivables et suicidaires qui conduisent êtres et choses  à l’abîme, il n’y a pas une mais des familles humaines, il y a « des » civilisations, il y a « des » cultures » il ne peut y avoir une seule et gigantesque société, il faut revenir aux microsociétés … hiérarchisées et codifiées à la mesure de l’homme… et CA URGE ! Et puis, ceci, pour que vous y réfléchissiez (et je resterai  volontairement sibyllin) : la nature, qui est si belle… savez-vous qu’elle est profondément inhumaine ? Avez-vous remarqué qu’elle ne fait pas de sentiments ? Mais peut-être n’êtes-vous pas d’accord avec Artaud : « la cruauté est une des formes supérieures de l’amour ! ».

 

Quel est ton vers préféré ? 

 

Il est de Robert Desnos : « Enfin sortir de la nuit, sortir de la boue. Ho ! Comme elles tiennent aux pieds et aux membres la nuit et la  boue »… 

 

Ton plus beau moment de poésie ?

 

Il y en a deux : la libération de Saïgon par le Vietcong, la  défaite américaine au Vietnam et le soleil couchant sur  Tagrera lorsque j’y suis arrivé, en 1983, après avoir marché 10 jours et parcouru 300 km  dans le Tassili du Hoggar, Sahara algérien.

 

Propos recueillis par Eric Allard le 26.11.03 - (Certaines questions sont tirées du questionnaire de Sophie Calle et Grégoire Bouillier)

 

Ecrit par libertad, à 20:38 dans la rubrique "Culture".

Commentaires :

  meta-blouse
05-04-04
à 21:01

une orangeade ne serait pas aussi rafraichissante !
méta
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  libertad
06-04-04
à 23:45

la sagesse des bonobos

Christian a raison de souligner que la notion de temps est arbitraire, nous ne sommes pas si éloignés de la préhistoire ou plutôt nous tentons de créer une distance car nous nous croyons supérieurs puisque nous dominons le monde et la science. Mais ne fonçons-nous pas droit dans le mur ? Combien de siècles d'existence pour notre espèce avant que nous ayons détruit le monde ? Alors j'attend avec impatience la définition de l'antihumanisme que Christian prépare : notre espèce se considère supérieure à toutes les autres mais n'aurions-nous pas à tirer des enseignements de sociétés animales ? Les singes bonobos ne seraient-ils pas plus sages que nous avec leur société sans conflit social ni individuel.

Oui peut-être devrions-nous comme Christian partir et traverser le désert ... pour retrouver la sagesse des bonobos !

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  emmerdeur-public
07-04-04
à 17:25

Re: la sagesse des bonobos -<-- oui mais !

Les singes bonobos ne seraient-ils pas plus sages que nous avec leur société sans conflit social ni individuel.

la société bonobo est, il me semble, d'aprés quelques articles péchés par ci par là, assez matriarcale. ce sont les féminines bonobos qui réglent les conflits et qui ont une relation de domination envers leurs congénères males, car apparemment il y en a des conflits. la société bonobo semble plus à même d'avenir que la société humaine telle qu'elle est partie, car les solutions aux problémes ne se posent pas en termes d'exclusion , mais plutot d'inclusion, certes, mais ce n'est pas l'harmonie (fut elle désirable?!).
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  10
23-02-06
à 02:55

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  10
23-02-06
à 02:56

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23-02-06
à 02:56

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