L'En Dehors


Quotidien anarchiste individualiste





Crée le 18 mai 2002

Pour nous contacter : endehors(a)no-log.org



Comment publier un article sur le site ?


Comment publier un commentaire à un article ?


Charte du site


D'où venons-nous ?


Nos références
( archives par thèmes )


Vous pouvez nous soutenir en commandant nos brochures :

Les éditions de L'En Dehors



Index des rubriques

Les collaborateurs et collaboratrices de l'En Dehors

Liens

A noter

Recherche

Archive : tous les articles

Session
Nom d'utilisateur
Mot de passe

Mot de passe oublié ?

FOI CONTRE CHOIX
Lu sur No Pasaran : "Le 27 septembre 2001, l’émission de Scalp-Reflex sur Radio Libertaire (89.4, à Paris) recevait Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue Prochoix et membre de l’observatoire du PACS.Elle est également l’auteure de deux ouvrages : Les sponsors du FN et ses amis et Les anti-pacs, la dernière croisade homophobe. Nous retranscrivons ici l’entretien réalisé à propos de son ouvrage Foi contre choix : la droite religieuse et le mouvement pro life aux Etats-Unis, paru aux éditions Golias (qu’on peut aussi se procurer en tapant foicontrechoix sur un moteur de recherche).


NP : Si on reprend le début du livre, tu expliques assez bien que l’avortement était admis au début du 19ème siècle. A partir de quel moment les anti-avortements, et les anti-IVG prennent leur essor ?
Caroline Fourest : L’avortement n’existait pas comme un droit affirmé au 19ème siècle, mais il était toléré, jusqu’à la période dite de l’animation : tant qu’on ne sentait rien bouger dans le ventre, il était normal d’avorter. Même l’église catholique ne disait rien à ce sujet et le laissait volontiers pratiquer. La réaction qui a conduit à son interdiction au 19ème siècle n’est pas venue des gens d’église, mais du milieu médical. Les médecins se constituaient en ordre, et ont cherché à asseoir leur légitimité sur le dos de ceux qu’ils jugeaient être des charlatans. Voyant qu’ils ne parviendraient pas à récupérer ce juteux marché médical, ils voulaient le supprimer, donc ils ont commencé à tenir un discours très moral sur l’interruption de grossesse.
Ils ont été rejoints ensuite par une réaction morale plus clairement affichée, portée par un certain Anthony Comstock. Ce Comstock était traumatisé par tout ce qui lui apparaissait immoral. Il s’est fait embaucher à la poste, ouvrait les courriers et a saisi notamment les recettes contraceptives échangées par des femmes. Il s’est alors rendu au parlement américain présenter ses trouvailles et a effrayé tout le monde. Il a réussi à faire passer une loi qui interdisait toute circulation et promotion, propagande, sur la contraception. Le chemin était tout tracé pour des lois de plus en plus restrictives à ce niveau là.

NP : A l’aube du 20ème siècle, le fondamentalisme religieux prend son essor, notamment au travers du débat entre créationnisme et évolutionnisme : dans la polémique autour du darwinisme.
Ce débat qui a enflammé l’Amérique reste une question très sensible aujourd’hui. Reconnaître que Darwin a apporté quelque chose à la science sur l’origine de l’être humain, c’est encore controversé aujourd’hui… Et encore plus à l’époque. Les théories de Darwin sont sorties à un moment très crucial pour le protestantisme américain. Il y avait un courant plutôt progressiste, le social gospel, qui essayait d’adapter les principes de la foi protestante à quelque chose de social et puis, un mouvement plus traditionnel, orienté vers un retour aux fondements (d’où le terme fondements de la foi protestante) de façon très radicale.
Le procès du singe intervient en 1920, à un moment ou la polémique est vraiment très forte : faut-il ou non revoir la foi en fonction de l’évolutionnisme ? Du côté des fondamentalistes se trouve le Pasteur Jennings Bryan, star totale, très charismatique, très écouté, très fondamentaliste et qui se propose comme procureur dans ce procès… et face à lui un avocat, Clarence Darrow, assisté par un autre avocat progressiste, plutôt engagé sur les causes féministes. Le procès s’engage et ne se passe pas très bien parce que le juge est très croyant. Mais la défense Darrow va emporter l’opinion publique. Au moment clef du procès, l’avocat fait citer Jennings Bryan comme témoin. Stupeur dans l’assemblée… Mais Bryan accepte le défi. Il va subir l’examen le plus ridicule de toute son existence : son argumentation repose sur le fait que la bible est un document révélé, qu’on ne peut pas l’interpréter et que les thèses de Darwin sont évidemment fausses et même anti-chrétiennes. Pour essayer de casser cette idée littéraliste, l’avocat de la défense a répété avec un copain pasteur pendant des jours et des jours pour piéger Jennings sur des points précis de la bible et le ridiculiser. Par exemple, il lui demande "M. Jennings Bryan, vous êtes d’accord que tout ce qui est écrit dans la bible est vrai ?". Bryan répond oui. "La bible dit que tous les êtres vivants qui n’avaient pas trouvé place sur l’Arche de Noë furent noyés dans le déluge, le croyez-vous ?". Bryan répond oui à nouveau. Et l’avocat enchaîne "Même les poissons ?" C’est toute une série de questions comme celles-ci qui s’enchaînent et le pasteur, star de l’époque, se décompose, transpire, bafouille. Les journaux font tous la une sur le retournement de situation ; la défense est acclamée. Dans les mémoires américaines, il s’agit d’un événement important.

NP : Malgré le fait que le procès soit perdu ?
Bien que le procès soit perdu. Il l’est parce que le juge est vraiment obtus et applique la loi bêtement. Mais les fondamentalistes, à partir de ce moment, vont se faire très discrets. Jusqu’à la réapparition de la droite religieuse à la fin des années 70.

NP : Après les médecins et le début du fondamentalisme, il y a également toute l’école évangéliste.
Les évangélistes sont beaucoup plus exaltés que traditionalistes, néanmoins ils partagent avec les fondamentalistes, à la fin des années 70, l’idée qu’il faut raviver la foi, par tous les moyens, et notamment par une certaine implication dans le monde politique et social, qui va se révéler de façon très conservatrice.
Ce sont eux qui inventent l’expression "born again", ce qui veut dire "naître à nouveau" : on considère que quelqu’un naît réellement quand il découvre la foi, quand il la redécouvre à l’âge adulte. Un des présidents a avoir le plus popularisé ce terme était Jimmy Carter qui, bien que démocrate, a été le premier président à se dire "born again".

NP : Peux-tu nous parler de Jerry Falwell, qui occupe une place particulière et inaugure une rupture avec un certain isolationnisme ?
Apres le procès du singe, le rêve de tout pasteur dans ces années 50 et 60, c’est de construire des universités, des lieux de propagande spécifiques. C’est le cas de Falwell, c’est aussi le cas de Robertson, dont on entend parler beaucoup plus tard. Ils ont les moyens de construire des universités pour permettre à des pasteurs d’enseigner directement à des générations de jeunes le créationnisme dans des classes qui pratiquent encore la ségrégation. Dans ces années, en effet, passent les premières lois anti-ségrégation, et les pasteurs ne supportent pas de faire des écoles, des églises, où ils seront obligés d’accueillir aussi des noirs. Dans cette course aux universités, le nerf de la guerre, qui va leur ouvrir toutes les possibilités, c’est la radio, puis la télévision. Donc Falwell, comme les autres, commence à envahir les ondes, ils sont très écoutés, ils élargissent considérablement le nombre de leur paroissiens, puis ils passent à l’étape de la télé, grâce notamment à des chaînes de TV locales. Les sociétés de production de Falwell et Robertson, c’est plusieurs centaines de millions de francs de recette. Cela leur permet à la fois d’avoir une audience considérable, des gens qui sont prêts à envoyer des dons au moindre appel, et avec cet argent, ils commencent à construire leurs universités fondamentalistes, où il pratiquent la ségrégation, enseignent le créationnisme, et tout ce qui peut être l’incarnation de leurs valeurs.
Ils ont commencé en s’appuyant sur des réseaux religieux, très importants aux Etats-Unis, mais très vite, ils ont trouvé sur leur route des alliés de taille : l’aile dure des républicains, la nouvelle droite. Quand on a ces deux éléments en présence : des pasteurs très riches avec plein de paroissiens, et des politiciens très futés, à la pointe des méthodes de lobbying avec des chaînes de courriers pour récolter des fonds et gagner des entrées au Parlement, on a la droite religieuse.
La réunion des deux se passe en 79. C’est Paul Weyrich, fondateur de la Nouvelle droite du parti républicain qui a trouvé le mot "la majorité morale" et qui l’a suggéré à Falwell. Pour comprendre comment cette alliance a été permise, il faut remonter les étapes de l’évolution de la société américaine dans les années 60 : il y a notamment l’application, sous Carter, des décrets contre la ségrégation. Quand on leur a dit "si vous pratiquez la ségrégation dans vos écoles, on supprime vos déductions fiscales, qui vous permettent de vivre", les gens se sont réinvestis dans l’activisme, dans des campagnes, parce qu’ils jugeaient que c’était une question de survie.
Il y a eu toute une série de campagnes contre les prémisses des quelques droits protégeant un tout petit peu les gays et les lesbiennes contre l’homophobie. La nouvelle droite et les religieux dépensaient une fortune en campagnes, en meetings, pour dire que c’était le début du prosélytisme auprès de leurs enfants, que c’était terrible, etc.
Arrive alors le droit à l’avortement. Comme en France, les deux combats (homophobie et anti-avortement) sont liés, au niveau des valeurs. Ce qui a mis hors d’eux les fondamentalistes dans le droit à l’avortement, c’est moins le fait d’arrêter une naissance, que la libération des femmes. C’était la fin de la famille patriarcale comme ils peuvent la concevoir, et ça c’était terrible pour eux.

NP : La légalisation de l’avortement intervient avec l’arrêt Roe VS Wade en 1973, et provoque des réactions. A cette époque, il y a aussi la mobilisation et les batailles contre l’ERA, l’Equal Right Amendment.
Il a fallu attendre successivement la fin des années 60 puis le milieu des années 70 pour que certains médecins se réveillent en ayant marre de se taper des procès pour interruption de grossesses illégales, qu’ils soient rejoints par des juristes, puis des féministes pour que, finalement, en 1973, la jurisprudence américaine reconnaisse, sur le territoire fédéral, le droit d’avorter.
L’ERA voulait garantir dans la constitution l’égalité entre les hommes et les femmes et Phillis Schlafly, la Christine Boutin américaine de l’époque, avait dit "si on garantit l’égalité hommes femmes dans la constitution américaine, ça va nous mener tout droit aux toilettes unisexes, et au mariage homosexuel". Elle n’avait pas tout à fait tort, puisque quand on déconstruit la différenciation des sexes, on va vers plus d’égalité entre homosexuels et hétérosexuels, et peut être même vers des toilettes unisexes !

NP : Ça c’était sous Carter. L’élection de Reagan change considérablement les choses.
Carter avait dit qu’à titre personnel, moralement, il était contre l’avortement, mais qu’en tant qu’homme public, il était plutôt pour le laisser faire et il a énormément déçu.
Ronald Reagan, c’est alors un peu la revanche de l’aile dure. Sa victoire a été interprétée comme une alliance bien pensée avec ces fondamentalistes bourrés de fric, de paroissiens, d’audience, qui pouvaient toute la journée faire campagne sur les ondes. Reagan a su flatter ce public. Il a fait quelques déclarations contre l’avortement, l’a comparé à un génocide, un crime contre l’humanité, etc. Il a dû prendre très clairement position, et a été soutenu par ces milieux et son élection a été vécue par les milieux fondamentalistes comme la réussite de leur engagement politique, même si plus tard, ils ont été assez déçus.

NP : Avec les années Reagan, c’est l’essor du mouvement prolife ?
Certains trouvent que ça n’a pas été si terrible, vu ce qui était redouté : le droit à l’avortement est resté acquis. Mais quand on pousse un peu l’analyse, si le droit est toujours là, c’est catastrophique sur le terrain. Pendant toutes ces années (Reagan plus Bush père) les prolife ont bénéficié d’infrastructures, de moyens, d’aides au parlement et de facilités inouïes. Ça a été l’âge d’or de ces mouvements, qui ont pu se développer à partir de la victoire de Reagan, tout en le critiquant parce que, selon eux, il était censé interdire l’avortement. Mais, chaque fois que le coup de boutoir contre le droit à l’avortement par le haut échouait, le parti républicain compensait en laissant les militants prolife agir sur le terrain. Et c’est un terrorisme intérieur effrayant qui a commencé par des sit-in, du harcèlement, des méthodes de surveillance infernales vis-à-vis des médecins, du personnel…
Sous les années Clinton, c’est devenu pire encore : les plus radicaux des militants prolife sont passés à l’étape supérieure : celle du meurtre, des attaques à l’acide contre des cliniques (à l’anthrax, par exemple). Et pourtant, malgré des centaines et des centaines d’attaques contre des centres d’IVG, des millions de francs de dégâts, et plusieurs meurtres, le militantisme prolife n’a jamais été classé comme terrorisme, spécialement par le FBI de Reagan, qui avait pour instruction de laisser faire. Il a fallu attendre un démocrate, poussé sur sa gauche par des militants prochoix organisés, pour commencer à voir des lois, qui, au début des années 90, après des meurtres répétés, ont instauré une espèce de périmètre de sécurité autour des cliniques, avec des vigiles. Mais ça n’empêche pas que des médecins soient tirés comme des lapins à travers les fenêtres de leurs appartements, par des tireurs isolés.
Avorter aujourd’hui aux Etats-Unis, ça n’est vraiment pas une sinécure. Les hôpitaux qui pratiquent l’IVG n’ont aucun moyen, tout est coupé au niveau financier, et rien n’est remboursé. Si vous êtes pauvre, vous ne pouvez que recourir aux méthodes traditionnelles. Une jeune femme s’est tirée une balle dans l’abdomen parce qu’elle n’avait pas les moyens de se payer une interruption de grossesse… Les femmes qui veulent se faire avorter doivent parfois faire plusieurs jours de car avant de trouver un centre où un médecin accepte de le faire. C’est le résultat direct et concret des actions prolife depuis des dizaines et des dizaines d’années, et ce n’est pas près de s’arranger avec la nouvelle administration.

NP : Quant aux discours et à l’idéologie de ce mouvement, quels sont les points communs et les différences avec ce qu’il se passe en France.
Quand James Cop (accusé du meurtre du Dr Slepian), qui avait fait pas mal de commandos, d’attaques terroristes avant, a été retrouvé en Bretagne, les observateurs se sont interrogés sur les liens éventuels entre les mouvement prolife américains et français. Les groupes français provie ont des relations avec les groupes prolife américains, au moins deux : la trêve de Dieu, et Droit de naître, qui, entre eux, n’ont rien à voir. Elles ont des contacts avec Human Life International, la principale organisation catholique prolife américaine, qui projetait d’établir une filiale en France. Accueillis par des militants prochoix, des militants libertaires, Act-Up, le planning familial, ils y ont renoncé. A ce jour aucune antenne de HLI n’a été ouverte en France. C’est vraiment quelque chose qu’il fallait s’épargner parce que quand HLI s’implante quelque part, cela signifie des tonnes de caisses de propagande, des moyens considérables…
Les associations françaises sont cependant très radicales et le point commun le plus flagrant qu’elles ont avec les prolife américains, c’est l’idéologie et l’importation régulière de concepts.

NP : Ils ont aussi inventé le syndrome post-avortement ?
C’est typiquement quelque chose qui nous est importé des Etats-Unis, et largement repris par les mouvements français. C’est l’idée que si on subit un I.V.G., on finira déprimée tôt ou tard.
Certains mouvements français ont importé le concept du survivant. Et ça consiste à dire quand on est né dans un pays après la légalisation de l’avortement, on est des survivants du plus grand génocide contre l’humanité que serait l’avortement. Ça a été piqué à Young For Life, Jeunes pour la Vie, aux Etats-Unis. Se réclamer de la lutte pour LA vie, est la base de la lutte contre l’avortement : avoir une conception de LA vie, au singulier, comme quelque chose de donné par dieu aux êtres humains. Donc on ne choisit pas de vivre son homosexualité si l’on est homosexuel, on ne choisit pas de donner naissance à un enfant ou pas, on subit la loi divine.

NP : Ils affirment donc que le plus grand génocide, c’est l’avortement. Dans le cas du meurtre du Dr Slepian : sa tête était mise à prix sur le site "Nuremberg pour la vie".
Ce site banalise notamment la Shoah puisque l’idée est que l’avortement est un génocide, un crime contre l’humanité. Il leur faut donc faire leur propre Nuremberg et juger, dans un tribunal virtuel, les partisans et les promoteurs de l’avortement. Donc quand vous allez sur ce site, qui vient d’être réautorisé par Bush Junior, après avoir été longtemps interdit, vous trouvez des images sanguinolentes avec des procureurs qui montrent du doigt des accusés, qui ont chacun un dossier. Les accusés, ce sont des médecins, des directrices de planification familiale dont les internautes sont chargés de traquer le moindre élément pour monter le dossier d’accusation. Il n’y a qu’un seul juge : le webmaster. Le couperet tombe assez vite, ils sont tou-te-s déclaré-e-s coupables, et la seule peine qu’ils jugent intelligente, c’est la peine de mort. On s’est aperçu, à l’occasion du meurtre du Dr Slepian que son nom avait été rayé du site, au moment de sa mort. Suite à cela, c’était sous Clinton, le site a été condamné à une très lourde amende, et retiré du web.
L’administration de Bush a réouvert le site " Nuremberg pour la vie ". Il est moins gore qu’il y a deux ans mais les listes de noms y sont toujours. Et les meurtres de médecins qui s’étaient arrêtés au moment où le site avait été retiré pourraient bien reprendre depuis la réouverture du site.
Il y a pas mal de journalistes qui disent : "les militants français, eux, ils n’iraient pas jusqu’au meurtre". Les provie français sont aussi radicaux que les américains au niveau des objectifs. La lutte contre l’avortement, pour eux, c’est important, mais ce n’est qu’un pourcentage de leur militantisme : depuis les années 90, le gros des actions des militants prolife, ce sont des actions homophobes et antigays. Comme on a vu les mouvements anti-avortement de Christine Boutin (dont on a entendu parler pour le PACS), la reconversion de milieux catholiques traditionalistes en mouvement anti-PACS est d’une logique totale quand on connaît leur idéologie.
C’est tout à fait comparable à ce qu’il s’est passé aux Etats-Unis dans les années 90 : tous les moyens lobbyistes et financiers de la droite religieuse ont été réorientés vers des campagnes antigays. Cela passe par des spots publicitaires invitants les homosexuel-le-s américain-e-s à se reconvertir et à devenir au moins abstinents, les "gays repentis". Il y a des camps de rééducation où des homosexuels vont suivre des cours pour devenir hétérosexuels, ou au moins abstinents.
Mais toute cette propagande et cette haine entretenue par les pasteurs protestants est arrivé à un stade de tension telle aujourd’hui qu’on a autant de meurtres de gays que de meurtres de médecins. A quelques semaines du meurtre du Dr Slepian, médecin pratiquant l’IVG, par un fou de dieu protestant, on a retrouvé le corps d’un jeune gay sur un campus qui avait été tabassé, torturé par des jeunes protestants serinés par des prêches. On a seulement commencé à mettre en accusation la droite religieuse sur le discours qu’elle tient quand on a entendu, à propos du PACS, les réseaux catholiques traditionnels crier "les pédés au bûcher". Il faut bien réaliser que parfois, ce ne sont pas de vaines déclarations, cela peut avoir des effets très concrets.

NP : Peux-tu nous dire quelques mots des conséquences directes de l’arrivée de Bush, par exemple quant à l’attribution de certains postes de pouvoir ?
Bush a mis au ministère de la santé un militant prolife acharné. Il en a fait de même pour beaucoup de postes de gouvernement, qui auraient été intéressants pour le droit de choisir. Contrairement à Reagan, il n’y est pas allé de main morte sur les nominations. Les conséquences directes sont financières, essentiellement. Les centres d’interruption de grossesses peuvent de moins en moins compter sur des aides, donc ils sont en train de crever doucement dans leur coin avec une absence de relève au niveau des médecins.
Le site " Nuremberg pour la vie " a été remis en ligne, et il y a un chantage international qui court à l’encontre de toute ONG soutenant l’avortement. Tout ce qui peut être fait en dehors d’interdire l’IVG par le haut est fait. Cela signifie que les prolife ont des moyens, sont plus actifs que jamais. Cependant on en entend encore moins parler puisque le FBI n’enquête pas sur eux : le FBI est sur des affaires beaucoup plus importantes en ce moment… Donc ils ont le champ libre. Pour l’instant, ils sont toujours très axés sur les gays. Falwell a déclaré dernièrement dans l’émission de Pat Robertson, que si les Etats-Unis s’étaient pris un avion en plein dans les tours, c’était la faute aux homosexuels… Puisqu’ils menaient tout droit les Etats-Unis à la décadence, ils avaient provoqué la colère de dieu. Et c’est à peine caricaturé ! Quand on aura du recul sur la politique intérieure de Bush, on se rendra compte de tout ce que cela va coûter au droit de choisir.

Propos recueillis par Fioul et Pirouli,
Mis en forme par Mélanie et Pirouli"
Ecrit par libertad, à 19:19 dans la rubrique "Le privé est politique".



Modèle de mise en page par Milouse - Version  XML   atom