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Extraits du livre de Bernard Charbonneau : Le Feu Vert. Autocritique du mouvement écologique.

« Certains activistes de l’écologie diront sans doute que les problèmes de fond ainsi posés sont sans intérêt : tout ayant été dit, il n’y a plus qu’à agir, c’est-à-dire '' faire de la politique ''. En ceci ils reprennent à leur compte l’idée centrale de la société qu’ils dénoncent, à savoir que la pensée est le contraire de l’action. » (p.104)

 

Liberté et lutte contre l'Etat.

 

« Puis l’Etat, l’organisation politique et juridique, rassembla cités et tribus en cumulant leur puissance. Enfin, la science occidentale dota le pouvoir politique et financier des moyens techniques qui lui permirent d’exploiter bien plus efficacement la nature et de contrôler les hommes. Car ce fut au prix d’une division, donc d’une concentration et d’une complication encore plus poussée des activités humaines ; et aujourd’hui, en dépit des rêves d’autogestion et de régionalisation, ce processus se poursuit comme la course même des astres. » (p.69.)

 

« Il en est de même de l’Etat : pour s’en libérer, il faut d’abord le reconnaître. […] Quand il s’agit de destruction de la nature – de centrales nucléaires, de camps militaires, d’autoroutes, de remembrements, etc. – même à l’Ouest, l’Etat est toujours au premier plan. Quant aux différences culturelles, elles sont abolies par l’administration, l’école et la caserne publiques autant que par les trusts. Donc, en se méfiant de l’Etat, la tendance anarchisante ne se trompe pas. Mais je crains une fois de plus qu’elle confonde la lutte pour la liberté absolue avec celle contre l’Etat absolu : dans le premier cas on se bat pour tout obtenir tandis que dans le second cas on le fait pour ne pas tout perdre. Et si la lutte contre l’Etat est de toujours, sa suppression n’est qu’un rêve qui jusqu’ici n’a abouti qu’à son renforcement au nom d’un dépérissement que l’on attend encore. […] Tout gouvernement d’une société d’une certaine taille, surtout équipée de moyens techniques, est le fait d’un Etat, fédéral sinon centralisé. Autant le savoir si l’on veut « cantonner » le pouvoir central dans de justes limites. Le problème n’est pas de remplacer l’Etat par l’autogestion généralisée, mais d’empêcher l’avènement de l’Administration totale. » (p. 99 et 100)

 

Réaction à l'organisation, le sentiment de la nature aboutit pourtant à la sur-organisation : enterrer l'écologie politique.

 

« Pour contrôler les dangers de moyens de plus en plus puissants et fragiles parce que complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtriser les réactions humaines qui empêcheraient de le faire, on est obligé de renforcer l’organisation. On est contraint de tout connaître, tout calculer, tout prévoir pour ce qui est de la nature et de l’homme. Et comme le phénomène, dépasse les frontières, seule une organisation – un Etat-Mondial, dirigeant l’ensemble planétaire par ordinateur, peut éviter le désastre. » (p.70)

 

« En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints d’agir pour gérer des ressources et un espace qui se raréfient. Une comptabilité exhaustive enregistrera avec tous les coûts, les bien autrefois gratuits qu’utilise l’industrie industrielle et touristique. La mer, le paysage et le silence deviendront des produits réglementés et fabriqués, payés comme tels. » p93

 

 « Déjà, l’action des écologistes a commencé à tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protègera la nature contre son exploitation incontrôlée. » (p.93)

 

« D’autre part, la conservation de la nature se distingue souvent mal de son exploitation, car l’une et l’autre ont pour base sa connaissance. Et elle se réalise selon la méthode et dans le cadre du système. La mise en chiffre de la nature et de l’homme par la science rendus ainsi digestibles pour l’ordinateur, comme celle du bien gratuit en francs et en temps chronométrés par la finance, les transforme en données ou marchandises manipulables et négociables. La mise en concept de l’indicible naturel ou humain le fige en élément statistique ou juridique stockable et administrable. » (p.129)

 

 

Sur l’urgence

 

« Si pressé par l’urgence, nous ne décollons pas de l’actualité, nous échouerons, soit par incapacité à juger la situation faute de recul, soit, pire, pour avoir réussi en oubliant nos raisons d’être. Notre paradoxe est de devoir nous hâter lentement, sommés de réfléchir dans une maison qui prend feu. Mais on ne force pas plus le développement d’un grand changement humain que celui d’une plante. » (p.105).

 

Sur la catastrophe

 

« Ce pourquoi la craie catastrophe, moins spectaculaire, aura lieu. Car elle ne sera évitée qu’au prix du renforcement du secret et du contrôle policier qui peuvent seuls empêcher un accident ou un acte de terrorisme. Le catastrophisme a raison d’annoncer l’apocalypse pour demain, mais ce demain n’est pas celui du sensationnel journalistique, c’est celui de l’histoire et de l’espèce qui vient, pas à pas, cumulant en silence pollutions et restriction de la liberté. (p.109).

 

Sur la contradiction

 

La nébuleuse écologique est traversée de contradictions qui peuvent s’illustrer à travers les couples d’opposition suivants : violence / non-violence ; électoralisme / refus des élections ; science, raison / subjectivité, rêve ; ascétisme, puritanisme / désir, fête ; organisation / spontanéisme ; déterminisme naturel / liberté humaine… (p.49.)

 

« Certains activistes de l’écologie diront sans doute que les problèmes de fond ainsi posés sont sans intérêt : tout ayant été dit, il n’y a plus qu’à agir, c’est-à-dire « faire de la politique ». En ceci ils reprennent à leur compte l’idée centrale de la société qu’ils dénoncent, à savoir que la pensée est le contraire de l’action. » (p.104).

 

Sur l’opportunisme des écologistes

 

« Dans cette société de plus en plus spécialisées, l’écologiste scientifique a sa place comme spécialiste du Tout, contrôleur des nuisances naturelles ou humaines qui bloqueraient la machine, gérant des réserves d’eau, de paysages ou de paysans, momentanément protégés des promoteurs Industriels,fonctionnaires, universitaires, à vos marques ! Le feu passe au vert, il y a des profits à réaliser et des places à prendre. »  (p.129).

 

« L’écologie court désormais les rues. Avec les premiers signes de la crise de l’énergie et du Progrès, elle envahit les discours des medias et des ministres, ce qui ne signifie pas forcement qu’ils se traduisent en actes. La prise de conscience solitaire devient un fait social signifié à la télé. Mais par là même le mouvement écologique n’est-il pas réintégré dans la société qu’il prétend transformer ? » (p.122).

 

« Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’écologie. Une prospective sans illusions peut mener à penser que, sauf catastrophe, le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition très minoritaire dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra faire autrement. Ce seront les divers responsables de le ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie : ils ne croient qu’au pouvoir, qui est celui de faire ce qui ne peut être fait autrement. » (p.131)

 

Sur la politique et le pouvoir

 

« L’optique politique, au sens actuel, aboutit à identifier l’action à la conquête de l’Etat-nation, c’est-à-dire au type de société que le mouvement écologique prétend combattre. Autant qu’on le prend, le pouvoir vous prend ; une fois qu’on y est, l’on y reste. Pas d’exemple qu’après la révolution l’Etat ait jamais dépéri de lui-même ; au bout d’un certain temps, il pourrit, ce qui n’est pas la même chose. » (p.146).

 

« Ce qui est consacré en temps ou en argent à l’action électorale risque de manquer pour d’autres activités, notamment le travail d’information du mouvement au grand public. Le souci politique et électoral, si l’on n’y prend garde, devient une sorte de cancer qui absorbe tout. » (p.147)

 

« Et la lutte pour le pouvoir se déchaînera à l’intérieur du parti entre les tendances où l’idéologie dissimule les rivalités de personnes. La courte histoire de l’écologie a suffisamment montré à quel point l’engagement politique cultive ce genre de querelles ridicules et paralysantes. Le pouvoir corrompt… Le pouvoir rend fou… » (p.148.)

 

 « Qu’on le subisse ou l’impose, on n’échappe pas au pouvoir : le seul moyen de le faire est de l’exercer sur soi-même. En dehors du pouvoir il n’y a qu’une chose : subir. Le refuser serait refuser de vivre. » (p.181)

 

Sur la liberté et la contrainte, la hiérarchie

 

« On rejette la contrainte, la hiérarchie, la violence. Mais le jour où l’on se trouve confronté à la nécessité d’agir, on a plus le choix : si il ne veut pas être anéanti par l’adversaire, il faut bien s’organiser comme lui. Et alors l’idéaliste repenti engagé dans la politique, persuadé de sa bonne cause, organise, discipline, hiérarchise encore plus efficacement que l’ennemi. Tant ainsi tout contenu à son action, les moyens faisant oublier les fins. » (p.82)

 

« Tout en protestant contre le pillage de la nature, des ressources, des paysages et des cultures locales existantes, [la gauche libertaire] réclame la suppression de toute contrainte exercée par la société sur ses membres, même mineurs, délinquants et fous. Elle a tendance à confondre la répression relative telle qu’elle se pratique dans les sociétés occidentales avec celle, absolue, de certains régimes totalitaires ou celle, totale sinon totalitaire et de plus intériorisée, que pourrait bien nous valoir le progrès et génétique. En ceci le gauchisme écologique commet un contre-sens lourd de conséquences ; il exige toute la liberté alors que le système industriel à l’Ouest comme à l’Est menace par d’innombrables voies de la nier totalement : il revendique le Meilleur des Mondes alors qu’il s’agit d’éviter le pire. » (p.96).

 

« Les rares communautés qui réussissent sont celles qui renoncent à la fête permanente inspirée par le Saint Esprit et se donnent un cadre et des lois, qui s’instituent, en excluant au besoin par la force ceux qui ne les acceptent pas. » (p.99).


Ces extraits (tapés par D. L. ) sont issus du livre de Bernard Charbonneau, Le Feu Vert. Autocritique du mouvement écologique, éditions karthala, 1980

 

Ecrit par Diggers, à 22:00 dans la rubrique "Ecologie".



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