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Évolution, créationnisme et libre-échange
--> A propos du livre de Thierry Lodé : Manifeste pour une écologie évolutive Darwin et après ? (2014, Eds O jacob)

Après avoir revisité le paradigme néodarwiniste de la théorie de l’évolution à travers l’histoire des idées, ce manifeste pour une écologie évolutivese propose à la fois de réfuter les idéologies qui parcourent la science du vivant et d'esquisser les fondements d’une nouvelle synthèse de la biologie évolutive intégrant les découvertes les plus contemporaines.

 
Le texte du livre développe, à travers l'histoire des idées et de l'élaboration du concept d'évolution, une argumentation critique de la biologie moderne, appuyée sur les dernières découvertes scientifiques et souligne combien la biologie reste encore parcourue
d'idéologies et de malentendus. Il intéressera tous ceux qui cherchent à comprendre comment se livre le discours scientifique dans la société et comment la science contribue à la constitution du contrat social. Le dépassement en cours constitue une perspective enthousiasmante pour tous les jeunes chercheurs et pour tous ceux qui tiennent à rendre la science populaire.  

La biologie est au cœur de la société tant par ses avancées scientifiques que par les énoncés normatifs qu’on attribue à la nature. Certes l’histoire évolutive est louée comme le fondement de la biologie Pourtant, le récit des manuels montre que l’évolution n'y possède qu'une place marginale. En outre, l’enseignement de la biologie parait échouer à retoucher nombre d’erreurs et d’approximations notoires que partagent nos contemporains.


De fait, dans la plupart des abrégés de biologie, Darwin est considéré comme le seul véritable fondateur de la biologie évolutive et la sélection naturelle est présentée comme le principe universel de l’évolution. Pourtant, les importants malentendus qui persistent à propos du discours scientifique révèlent à la fois des lacunes éducatives et laissent supposer que l’évolution ne serait pas une condition nécessaire à la biologie.  

Si l’évolution est la seule explication scientifique à la diversité biologique, le paradigme évolutif s’est mis en place au cours d’une longue histoire qui débute avec Lamarck. Nombre d’idées fondamentales sont alors posées. Le darwinisme, corrigé à la fin du 19ème siècle par Haeckel et Weismann notamment, va ensuite conforter la théorie évolutive en célébrant Darwin autour d'un corpus d'énoncés simples comme la concurrence des apparentés, la survie des plus aptes, la sélection naturelle et la lutte pour la vie. Mais cette biologie a aussi été parcourue par des conceptions ambiguës tolérant de poser le racisme ou l’eugénisme au centre de ses préoccupations.


Néanmoins, les faiblesses de la théorie darwinienne et l’apparition de la génétique ont entrainé une importante rénovation théorique dans la seconde moitié du 20
ème siècle. Cette modification des grands principes ou néodarwinisme a tendu à faire disparaître certains concepts darwiniens les plus contestables, comme la survie des plus aptes, au profit d'une théorie générale de la simple propagation des « bons gènes favorables » selon les définitions de Mayr et Simpson, notamment. La sélection est alors réduite à une fonction d'invasion des gènes favorables dans les populations biologiques. 

Le recentrage de la théorie évolutive sur la diffusion des bons gènes a ensuite favorisé l’apparition de nouveaux paradigmes, et celui du gène égoïste de Dawkins est devenu l'un des plus consensuels. Se redéfinissant dans la continuité d’un darwinisme officiel, cette théorie, centrée sur le gène, fonde le principe matériel de l’évolution sur un matérialisme véritable, la réplication des gènes alors confondu avec la reproduction. Pourtant, des paramètres nouveaux comme la dérive génétique et le neutralisme de Kimura ont en même temps révélé que les variations évolutives pouvaient provenir de processus non sélectifs.


En fait, de nombreuses exceptions avaient déjà parcouru la biologie évolutive sans qu’on y prête assez d’attention, s’écartant du néodarwinisme orthodoxe comme ce fut le cas de Waddington (avec l’assimilation génétique), de
Goldschmidt (les monstres prometteurs) et de Gould (les équilibres ponctués) par exemple. Et si Lamarck avait été relégué parmi les erreurs théoriques, un grand nombre de découvertes récentes a fait émergé dans l’évolution des schémas visiblement plus lamarckiens que sélectifs. Car sans sélection, il n’y a pas de darwinisme possible. 

Les oppositions réactionnaires à l’évolution n’ont cependant pas cessé, déterminant contradictoirement une hégémonie de la théorie sur des positions affirmées irréductiblement néodarwinistes et sélectives. L’évolution est un fait scientifique, mais l’absence de finalité des processus continue d’être contesté par les réactionnaires. Comme le créationnisme est un révisionnisme fondamentaliste, il a aussi pris des aspects laïcs et s'est inscrit parmi d'autres confusions admises, religieuses ou ésotériques.


Mais plutôt que corriger les errements eugénistes du passé, les arguments défensifs répétés par les néodarwinistes ont davantage cherché à récuser toute ingérence critique dans la théorie, révélant à la fois la rigidité des positions et admettant paradoxalement une invraisemblable désinvolture avec des idées religieuses. Dans nombre de publications néodarwinistes, le sensationnalisme des arguments s’est vu doté d’un éclairage mystique, acceptant par exemple de nommer
scientifiquement le monstre du loch Ness ou alléguant la découverte du « gène de la monogamie » ou du « gène de la foi » en dieu. Une fois pour toutes, on ne peut pas être scientifique en adhérant à l’idée de la primauté de la croyance sur le raisonnement scientifique. La science ne saurait exister sans cette rupture, sans un matérialisme épistémologique fondé sur le principe de la raison. 

Il a fallu attendre l’émergence de chercheures féministes pour réfuter le sexisme de la théorie et certaines des conceptions les plus arbitraires du néodarwinisme. Enfin, plusieurs aspects clé de la théorie moderne comme la concurrence, la référence à l’égoïsme, les manifestations génétiques ont été interrogés par des modèles nouveaux (Reine rouge, exaptation, transferts horizontaux, épigénétique) contestant progressivement la suprématie d'une réduction de la biologie évolutive à la sélection des gènes. En outre, l’incertitude qui persiste autour des termes « sélection naturelle » et « concurrence » a fait subtilement, mais sans le dire, glisser la théorie biologique vers une conception quasi-lamarckienne où l’histoire naturelle prend le pas sur ces grands principes autrefois considérés comme universels

 
En même temps, l’affirmation désintéressée de la quête du savoir s’est de plus en plus effacée derrière des impératifs marchands.
Bien peu de protestations sont émises contre la dépendance de la biologie envers le monde marchand et son incroyable clémence envers le religieux et le sexisme. Or l’indifférence scientifique aux privatisations de la biologie pose tout à la fois un problème éthique et des questions sur la validité des concepts utilisés, eux-mêmes de plus en plus intégrés dans une conception autoritaire et marchande de la connaissance. Pourtant, c’est bien l’oubli du paradigme évolutif dans la recherche qui a contribué à aggraver la pollution de la planète et la disparition des espèces, en dépit des victoires provisoires contre les insectes, les bactéries et les virus. On ne pourra donc pas faire l’économie du questionnement du rôle social de la biologie. 

Cependant, des orientations scientifiques modernes, qui participent à une correction de l’ubiquité du paradigme sélectif du néodarwinisme, semblent dessiner les contours d’une nouvelle synthèse qui incorporerait nombre d’épisodes non darwiniens. La prise en compte de la reproduction différentielle et du principe d’efficacité en lieu et place de l’usage ambigu du terme sélection, favoriserait de beaucoup l’intégration des récentes observations dans un paradigme évolutif modernisé et permettrait d’en finir avec de nombreux de concepts périmés. Car, n’en déplaise à Dawkins et aux néodarwinistes orthodoxes, bien plus que les gènes, c’est leur expression qui reste l’objet de l’évolution biologique. La question évolutive ne réside pas dans le gène qui se « reproduirait », mais dans la diversification des phénotypes et l’évolution est une histoire collective.

 

La compréhension de mécanismes, dont le néodarwinisme ne rend compte que très imparfaitement, comme l’évolution de la sexualité, pourrait aussi permettre d’esquisser une piste vers un renouveau du paradigme évolutif. En se penchant sur l’importance des échanges archaïques de gènes, un autre scénario évolutif (théorie des bulles libertines) peut être construit qui privilégie les seules interactions immédiates, quand bien même les « bénéfices » sont nuls ou de faible ampleur. D’ailleurs, plutôt que de s’arrêter à la seule interaction négative de la concurrence, c’est l’ensemble des relations que les êtres vivants construisent avec eux-mêmes et avec les autres qu’on pourrait analyser. L’évolution se fait toujours avec les autres. Une interaction n’est jamais négative et même la pire apparemment, la prédation bénéficie aux populations de proies en réduisant la propagation des maladies. Car ici agit un principe matériel, la force structurante des interactions qui révèle combien l’évolution est l’histoire d’un agencement d’événements organisant progressivement des cellules, des organismes, des populations et des communautés à un travers un modèle en poupées russes. Que les mécanismes non-darwiniens soient rares ou très fréquents n’y change rien, une autre évolution est possible.

 
Enfin, en questionnant les avancées de la connaissance, les grandes découvertes de la médecine et le rôle social de la biologie, de nouvelles perspectives se dessinent, stimulant l’innovation sociale et scientifique des sociétés modernes.
Or, si je ne me trompe pas, l’introduction de conceptions critiques et originales semble aujourd’hui entrouvrir une porte, vers une synthèse nouvelle, plurielle et postmoderne, une écologie évolutive qui, incorporant, tant les épisodes non-darwiniens que darwiniens ou lamarckiens, soulignera l’importance évolutive des interactions des êtres vivants.  

Et ce dépassement en cours constitue une perspective enthousiasmante pour tous les jeunes chercheurs et pour tous ceux qui tiennent à rendre la science populaire.


Ecrit par libertad, à 20:36 dans la rubrique "Pour comprendre".



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