L'En Dehors


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Pro-sexe, pro-porno, pro-pute, pour un féminisme des minorités
Morgane Merteuil défend le libre consentement à être travailleuse du sexe. Elle reproche aux féministes de promouvoir une image de la femme compatible avec le patriarcat : blanche ( ou blanchie c'est à dire non voilée comme le veulent les valeurs de notre universalisme français)  , ayant le droit de porter une jupe sans passer pour une "salope.  Et bien sûr, « comble du plus vil asservissement à la domination masculine »  qui n'est pas pute. Celle-ci est, en effet, devenue la bête noire de la majorité des féministes françaises qui la désigne à tour de rôle comme une « sois-victime-et-tais-toi », ou une ignoble complice du patriarcat. Et pourtant, dans son pamplet « Libérez le féminisme », c'est un féminisme pro-sexe, dont se réclame Merteuil, dans la veine du « King Kong théorie » de Virginie Despentes version hétéro, libertaire. et   queer intégrant les minorités ethniques dans la lignée du féminisme d'Elsa Dorlin(1). C'est un projet social, qui au lieu de faire de la réussite féministe un papier-calque asexué de la réussite masculine, vise à un enrichissement du collectif par   l'émergence sur la place publique de la  diversité des minorités sexuelles, et la production d'identités nouvelles .

Seule à avoir pu gagner de l'argent et son indépendance vis-à-vis des hommes depuis des millénaires, la pute a toujours pu subvenir à ses besoins face à l'asservissement le plus complet de la femme au plus totalitaire des patriarcats. C'est un constat que fait Morgane Merteuil, (sans pour autant le considérer comme le plus vieux métier du monde ce qu'elle considère comme un vieux principe essentialiste, en fait une seconde nature chez la femme). Admiratrice de Grisélidis Réal (2), reprenant le slogan féministe «  ne me libère pas je m'en charge », pour Morgane Merteuil être pute c'est une stratégie d'empowerment (3), une manière d'apprendre, à construire sa sexualité, domaine «toujours dominé par les hommes », où le « oui », d'après les féministes pro-sexe, est depuis toujours considéré plus subversif que le « non ». Du moins pour une femme. L insulte du « deux poids deux mesures » féminin-masculin en matière de sexualité est toujours en pleine forme à plus forte raison depuis les années 60), et peu de féministes osent l'évoquer. D'ailleurs Merteuil rejette la binarité hommes-femmes, (toujours utilisée par le nouveau féminisme contemporain ). Elle souhaite qu'on la dépasse et prône la multitude : en considérant « la diversité des parcours, des vécus, des expériences, des multiples rapports de domination, -bien plus complexes qu'ils en ont l'air sur le plan local- et par l'existence de prostitutions (au pluriel) ou encore de manières de porter le voile» et en dépassant la dualité des genres féminins/masculins au bénéfice de l'humain. Pour ces raisons : « aucune femme ne devraient se voir exclues du féminisme ». Ce qui est pourtant très au goût du jour.

 


 

Cachez cette pute qu'on se saurait voir...

 


 

Tout en s'opposant bien sûr à toute forme de prostitution forcée ou réglementariste intrusive, tout comme les membres du STRASS (4), Morgane Merteuil, pute « libertaire, anarchiste et féministe », admiratrice de Grisélidis Réal, lutte contre la stigmatisation des travailleurs(ses) du sexe. Elle dénonce leur « invisibilisation », souhaitée par ceux qui trouvent leur présence gênante, et ce qui pourrait les empêcher d'exercer leur activité dans la plus grande sécurité qui soit. Ainsi, elle s'est largement mobilisée, comme de nombreuses féministes, contre la loi de 2003 pour la sécurité intérieure et contre la loi réprimant le racolage passif, (pour rappel abrogée en mars 2013), contre la loi de pénalisation du client (adoptée en décembre 2013 cette loi prévoit une contravention de 1500 euros pour le client et/ou un stage de sensibilisation à l'achat de services sexuels, un débat qui a divisé autant la droite que la gauche). Ce faisant, elle oeuvre pour un autre féminisme, non-abolitionniste, réaliste plutôt qu'utopique, prônant l'émancipation de toutes les femmes, adoptant la réappropriation de l'insulte, ( « slutshaming » ou stigmatisation des « salopes », « Slutwalk s» ou marches des « salopes », qui commence à se développer depuis quelques années en France) et prenant en compte les minorités sexuelles. En bref d'un féminisme créateur d'identités nouvelles, portées par l'émergence de mouvements artistiques et intellectuels, vus comme une source d'enrichissement dans un projet de société sans coercition, ni discrimination, selon le mode de vie et de sexualité choisi, sans sexisme ni racisme même « voilé ».

 


 

Un féminisme normatif et excluant

 


 

Pour elle, le féminisme ne tient pas ses promesses intrinsèques et véhicule une mauvaise image. Elle illustre ainsi ses propos en décortiquant les trois principaux mouvements féminismes contemporains, leur méthodes et leurs projets de sociétés : les Chiennes de Garde ( qui se réclament du MLF et du féminisme radical), mais surtout Ni Putes Ni soumises ( actuellement dissoutes depuis la nomination de leur fondatrice Fadela Arama dans le gouvernement Sarkozy) et le plus récents Osez le Féminisme (celui qui irrite le plus l'auteure du pamphlet).

 

Morgane Merteuil n'est d'ailleurs pas la seule à montrer du doigt, Ni Putes Ni Soumises. Marcela Iacub l'avait déjà fait déjà lors de leur création en résumant leur nom par « ni salopes, ni voilées », ou encore Marie-Hélène Bourcier dans Sex-politique Queerzones 2.

 

Morgane Merteuil les accuse d'ériger un modèle normatif de la femme « libre », générant, par ce biais, une police anti-sexe anti-porno (accusé « d'objetiser » les femmes), anti-putes, anti-voile autant de catégories de femmes qui ne seraient pas  encore « éduquées à la réalité des rapports de sexe ». Ainsi ces associations féministes, par la censure, définissent une vision de la femme incapable de ressentir du plaisir dans la sexualité « forcement édictée par le mâle dominant », pute non pas par choix, mais victime ( de violences dans l'enfance, développant une schizophrénie de protection du Moi...) . Alors que ce serait la moindre des choses, pour l'auteure, en tant que féministes, de pouvoir envisager la femme comme un sujet, qui aurait réussi à s'abstraire des différentes formes d'oppressions qui pèseraient sur elle, quel que soit le « genre » de femme qu'elle aurait décider d'être et son mode de vie. Mais, selon ces féministes , la femme n'a pas de marge de manoeuvre pour se sortir elle-même de sa condition. Ainsi en s'arrêtant aux limites que pose l'oppression du patriarcat et des domaines toujours réservés aux hommes, elles ne font que redessiner les limites auxquelles les femmes sont assujetties pour se les réapproprier et ériger leurs propres normes oppressives, afin d'aligner la sexualité masculine sur la sexualité féminine, ( alors que selon Merteuil, et même si on s'en tenait à une logique binaire, le succès de ce genre de féminisme n'aurait-il pas été, avec l'accès aux femmes aux postes les plus élevés, non pas de faire disparaître la prostitution féminine, mais de permettre aux femmes de pourvoir à leur tour d'acheter des services sexuels?).

 

Pour Merteuil, en effet,   leur propositions abolitionnistes virulentes, sont soit dérisoires ( création de la journée de la jupe pour NPNS, suppression de mademoiselle au profit de Madame, promotion du clito comme plaisir sexuel -tout ce qu'il y a de moins subversif en matière de sexualité féminine-, sexistes et totalitaires par l'élaboration un « idéal féministe ». Pourtant, à l'image des féministes matérialistes (comme Christine Delphy par exemple), elles auraient pu déplorer que l'activité spécifiquement féminine de certaines femmes (les tâches ménagères par exemple) ne soient pas rendues visibles et inscrites dans la lutte des classes ( comme une classe de protituéEs libres, et syndiquées) .

 


 

« Le sexe tarifié est Queer »(5) :« parce que nous sommes trans, pédé,gouine, salope avortées, salopes professionnelles, « soumise quand je veux », ou pute »!.

 


 

Le féminisme de Merteuil vise à inclure les minorités sexuelles dans le féminisme qu'elle considère comme actuellement  bourgeois, conventionnel et conformiste .

 

Pour Merteuil,(comme pour Elsa Dorlin, féministe queer, prosexe ou Marie-Hélène Bourcier), le fait d'être pute rejoint le mouvement queer dans le sens où « la pute n'est pas une femme ». Celle-ci a plutôt une sexualité et une indépendance traditionnellement réservée aux hommes. Mertueil, peut-être par provocation se revendique comme faisant partie des « déviants », comme on peut le voir sur les réseaux sociaux d'internet. Elle fait un parallèle entre le statut de la pute à celui des minorités sexuelles, les plus marginalisée comme le PD ultraféminisé, le travesti, la « tafiole », le trans que même la communauté homosexuelle évince. Parce que sans être femme, elle surjoue, comme une performeuse, des attributs féminins, qui ne sont plus vus comme des entraves, mais comme une sorte de sport de haut niveau, relatif à l'empowerment. Comme la féminité des Gouines Fem(6),des femmes hétéros pourraient utiliser la féminité, comme une performance, pas comme quelque chose naturel mais de construit dans un but d'émancipation). Ce faisant elle rejoint le fameux « Trouble dans le genre » de Buthler, du féminisme queer, majoritairement prosexe, courant aux Etats-Unis, qui aurait du depuis longtemps émerger dans la troisième vague du féminisme dont on a si peu parlé sauf pour voir arriver des féministes institutionnalisés qui brillent par leur tiédeur.

 


 

Pute un travail comme les autres? Une sexualité? Un libre choix consenti?

 


 

Si toute activité salariée implique que l'on vende des techniques de travail ( issu du corps, ou du cerveau l'auteure ne voit pas pourquoi on ferait une distinction ), Morgane Merteuil admet que l'activité prostitutionelle n'est pas anodine pour autant. Car même si on « loue » son corps » ( le terme est important pour les putes) et des techniques de travail (« On peut faire la pute pendant vingt ans sans pénétration, et sans fellation, il y a des techniques pour ça» explique Gabrielle Partenza qui s'est protituée pendant 30 ans), parce c'est un métier où on « fait intervenir l'intime et on donne de soi même ».  L'acte, dans ce cas, ne peut se répéter indéfiniment comme un travail à la chaîne. « Mais ce n'est pas le seul métier où on donne de soi-même, bien des métiers où des qualité humaines interviennent, nécessitent un investissement personnel. La pute, en considérant cet état de faits, peut très bien refuser la passe et le client ».

 

La question du consentement est l'argument phare des abolitionnistes féministes ou non:  c'est vrai la pute fait ce travail pour de l'argent mais pas seulement. Gabrielle Partenza, affirme même : « les putes ne sont pas vénales, c'est un art de vivre ». Mais pour les abolitionnistes, consentir à un acte sexuel contre de l'argent, tient du viol, sinon pourquoi faire payer? Quid de l'amour libre?,Questionnent à juste titre les féministes, mais aussi, curieusement le mouvement d'orientation catholique du Nid association abolitionniste, subitement intéressé par cette question. Pour Merteuil la question d'une sexualité libre tient de l'utopie ( les militants du Nid le reconnaissent également) , d'une naïveté de roman à l'eau de rose centrée sur une attraction mutuelle idéale, ou d'une hypocrisie : il n'y a pas un désir unique mais une multitude complexes de « désirs » pour lesquels on décide d'avoir une relation sexuelle. Tarifée ou pas. « Ainsi si on attend pas autre chose d'une relation sexuelle que de l'argent, ce qu'on reçoit en plus, si c'est le cas, c'est un bonus à la relation sexuelle ( plaisir, affection, plus de confiance en soi, chaleur humaine, assurance...) », dit Morgane Merteuil. Dans ce cas, oui il existe une sexualité de la pute, pas systématiquement basée sur le désir sexuel, mais qui positive le sexe pour la femme. Et contrairement à ce qu'on peut croire, il est pratiqué avec des clients aux antipodes des « machos dominateurs » fantasmés par le public, considérant la pute comme déversoir à sperme, mais avec des hommes et leurs insuffisances qui une fois les masques tombés, montrent leur humanité avec une rare humilité, parfois une souffrance, ou cherchant la confidence. « Une bonne prostituée est dotée de qualités humaines et d'une richesse dans son vécu qui aurait beaucoup à apporter socialement », renchérit Merteuil. Que ça plaise ou non, pour l'auteure, c'est indéniable.

 


 

La violence d'être niéE en tant qu'être humain apte à faire des choix

 


 

Au final, c'est la violence d'être considérée comme une chose, le fait qu'on considère le contrat tarifé, ce « oui » des putes considéré comme un « non », qui est vécu et ressenti par l'auteure comme une violence comparable et symétrique à celle du viol, où là c'est le « non » qui est considéré comme un oui. Voire plus dure que la violence supposée du contrat tarifé. Car renforcée par la force performative de la stigmatisation de leur choix que les travailleurs du sexe intériorisent comme un profond désaccord social et culturel, allant à l'encontre des normes. Et ont ainsi le sentiment d'avoir fait quelque chose d'irréparable pour eux-mêmes. Ceci est valable aussi, par extension, à toutes celles qui ne correspondraient pas à cette image de la femme digne, qui assument une sexualité différente, qui ont fait un IVG et l'assument pleinement, ou qui on vécu un viol et qui s'en sont remises de la manière qu'elles jugent la meilleure pour elles-mêmes. (7) Cette violence (encore plus durement vécue quand elle vient des féministes, elles-mêmes) intervient alors comme une souffrance supplémentaire, parfois plus douloureuse que le fait de devoir assumer des choix différents.

 


 

Un problème avec le sexe, les putes?

 


 

Alors peut-être que tout le monde, les femmes comme les hommes auraient un problème ( personnel ou plus sûrement culturel) avec le sexe, pour qu'il existe des situations où un homme aie besoin de payer une pute, ou si une femme se sent plus victorieuse, moins lésée à pratiquer une sexualité tarifée, ou qui lui permet de s'émanciper par rapport à la « prostitution légale versus pute gratuite à la maison avec enfants » décrite et vue d'un mauvais oeil par les féministes pro-sexe. ( Pas par Morgane Merteuil, celle-ci admet très bien qu'il est possible dans certaines situations, pour un temps donné, qu'une femme puisse avoir envie de se soumettre à quelqu'un par confort). En tout cas, si beaucoup de gens, au final, ont un problème avec le sexe ce n'est pas en le normalisant que cela rendra la sexualité moins difficile à appréhender. Par ailleurs, on ne peut pas nier qu'on voit partout des actes sexuels dégradants qui relèvent de la prostitution, précisémment parce qu'ils ne sont pas inscrits dans une activité de pute mais sont inscrits dans la vie de tous les jours, banalisés, aucune femme n'en est exemptée; les exemples foisonnent, si on est honnête avec soi-même.

 


 

La femme ou pute qui s'émancipe, objet de haine

 


 

En tous cas, loin de l'isoler, de la marginaliser,comme le voudrait les abolitionnistes, le statut de pute définit par Merteuil, lui ouvre les porte du militantisme via le Strass, Act'up et qui l'ont incluses dans le milieu militant des travailleurs du sexe. Ce statut lui donne un rayonnement et une foule de nouvelles rencontres enrichissantes qu'elle n'aurait peut-être pas eu avec un gagne-pain alimentaire. Alors finalement, comble des contradictions, ce serait la pute qui aurait pu échapper à son sacro-saint statut biologique de femme-victime? La femme-victime, invention d'un certain féminisme ( à la grande joie des masculinistes en tous genres, d'ailleurs) qui ne devrait (ne pourrait) se définir que dans le négatif; par le viol qu'elle peut subir dont elle n'est sensée ne jamais se remettre (sinon coupable), qui se doit de se sentir traumatisée suite à un IVG ( sinon coupable), qui doit se sentir souillée par la prostitution ( sinon coupable) . (Merteuil fait d'ailleurs un parallèle très évocateur, en prenant un extrait du manifeste des 343 salopes où elle remplace le « avortées » initial par « prostituées ». Il fallait oser et cela n'a pas du plaire à tout le monde chez les féministes).

 

Et c'est encore la pute, en échappant à ce statut de femme-victime du sexe, qui parviendrait mieux qu'aucune autre femme à vivre la sexualité qu'elle souhaite. Qu'elle soit désignée comme coupable, par les bien-pensants judéo-chrétiens il fallait s'y attendre, mais aussi par les féministes qui la qualifient de traîtresse pactisant avec le patriarcat, on a du mal à y croire. Et pourtant quand on voit la réaction épidermique que Merteuil a eu lors de la publication du manifeste abject « touche pas à ma pute » des « 343 salauds » on observe qu'elle n'est pas de ce bord là. La désignation de coupables cache en vérité une haine et un mépris non avouables par une partie des féministes (bien bourgeoises sur ce coup là) envers les prostituées, partagée par bien des misogynes. Bref, Merteuil propose un féminisme qui n'a pas besoin de l'autorisation des « hommes » enfin éduqués, devenus moins machos. Ce nouvel homme, attendu, par bien des féministes (aussi surprenant que cela puisse paraître pour un mouvement émancipateur, promoteur de libertés, et sensé étendre le droit des femmes). Investir des lieux qui se sont pas les leurs, et mettre un bon coup de pied dans le patriarcat, si ses normes les empêchent de vivre ce qu'elles veulent. Et ça c'est une bonne nouvelle pour Merteuil et pour beaucoup d'autres femmes.

 


 

Le bémol, à propos de ce féminisme queer-pro-sexe ( et la critique s'adressant au féminisme en général) c'est la perte de sa force subversive provoquée par un effet pervers de récupération par le marché : «le titre « Etes-vous prêts pour le queer stream? » de Tecknikart, dans son numéro 149 est révélateur....Courants musicaux commerciaux, récupération dans la publicité pour vendre tel au tel produit ( Panthène, pub de la start up Goldie Blox...) émerge aux Etats-Unis et ratissent un large public.  Ce qui n'était vraiment pas l'objectif de départ. 

 

Même si la tendance serait pour Morgane Merteuil de créer des coopératives autogérées, on peut légitiment douter que cette existence en vase clos rassemble la majorité des "20.000" personnes qui se prostituent en France ( le Strass considère qu'il ne s'agit là que de la prostitution de rue).

 

Ce qu'on pourrait également reprocher à Morgane Merteuil c'est aussi sa technique bien féministe, de tirer sur toutes ses consoeurs en les accusant de favoriser la progression du sexisme et la montée du masculisnime.

 

Badinther le fait en fustigeant les radicales américaines, les radicales tout-court ( alors qu'une partie du mouvement queer vient des radicales), les radicales différentialistes dites french féminisme et les Chiennes de Garde.

 

Iacub l'a fait en montrant du doit NPNS, Virginie Despentes ( et les « propos insignifiants » de son « KK Théorie »)et les différentialistes (qu'elle nomme très sarcastiquement « l'Ode aux ovules »).

 

Les radicales le font en accusant les théoriciennes Queer « d'avoir repris leur constructivisme social en le vidant de sont engagement politique et féministe  ».

 

Merteuil le fait dans son livre, mais aussi sur les réseaux sociaux : les Femen sont « abolotes et racistes », Iacub « fantasme sur les putes, elle est libertarienne et bourgeoise » ( tiens! un point de vue qu'elle partage avec les Chiennes de Garde...). Quand à Badinther et Wittig ce ne sont que deux « bourgeoises ». (il est bien curieux que la hantise d'être bourgeoise soit si courant dans le féminisme....).

 

Des querelles de féminisme, il y a en a toujours eu, il y en aura toujours, ça fait ricaner tout le monde, et c'est à se demander si ce n'est pas ce qui fait le plus de tort aux féministes elles-mêmes. Le féminisme n'a pas bonne presse souligne justement Merteuil, mais ce n'est pas né d'hier. Surtout en France où « il n'est pas bon d'être féministe », déplore et résume simplement Marie-Hélène Bourcier en évoquant la Une de couverture du Nouvel Obs' avec Simone de Beauvoir nue, dans queer-zone 3.

 

Morgane Merteuil en parle également pour accuser les Chiennes de Gardes d'être autoritaristes de considérer qu'il est indigne de montrer Beauvoir nue, puisque c'est une intellectuelle. C'est inexact, soit dit en passant, elles ont également dit : « on veut voir, Levinas, BHL, Sarthe à poil ». Mais passons. La réalité est que le féminisme, en plus d'être mal vu, ne dispose que d'une faible audience et de moyens d'expression limités dans les milieux sociaux, à fortiori là où les droits de l'homme sont déjà limités.

 

Ne serait-ce pas plutôt en faisant cohabiter ces différents féminismes, chacun ayant son rôle, dans le domaine pour lequel il a émergé, en faisant tout pour que ça se passe le mieux possible, qui pourrait permettre d'obtenir un progrès global de société?

 

Puisque Merteuil parle de pluralismes, ne pourrait-elle pas prendre en considération la pierre que chacune met à l'édifice, si petite soit-elle, en bonne cohabitation avec son féminisme inclusif? Un difficile pari....

 


 


 

Vie d'Ailes.

 


 


 

(1) Elsa Dorlin est une philosophe contemporaine - spécialiste des questions de genre. Elle est professeure de philosophie politique et sociale et féministe Queer. Ses recherches portent sur les philosophies féministes, études sur le genre et les sexualités, mais aussi sur l’esclavage, le colonialisme et le postcolonialisme. Dans son livre la Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation, Elsa Dorlin y analyse les articulations entre le genre, la sexualité et la race, et leur rôle central dans la formation de la nation française moderne.

 

Pour Elsa Dorlin il s'agit, de se réapproprier le contenu de l’insulte pour essayer de neutraliser son rôle policier : si vous dites "oui je suis une salope", vous en faites une fierté, vous en faites une catégorie politique et l’insulte de "salope" est resignifiée ; elle devient une autre façon de politiser le rapport de genre : si les femmes sont des "salopes", c'est en fait parce qu’elles revendiquent une sexualité libre qui leur appartient. Il s'agit de devenir pour soi-même et en face des autres, des sujets à part entière, et plus des sujets de secondes zones.

 

(2) Peintre, écrivaine et prostituée, activiste dans les années 70

 

(3) L'empowerment est l'octroi de plus de pouvoir aux individus et au groupes pour leur permettre d'agir dur les conditions sociales, économiques, politiques qu'ils subissent. On l'apelle aussi « dévelloppement du pouvoir d'agir », « émancipation » ou « pouvoir-faire »

 

(4) Syndicat du Travail Sexuel, crée par Thierry Schaffauser, (fondateur également du groupe activiste Les Putes né en 2006), dont Morgane Merteuil est secrétaire depuis 2011

 

(5) La Théorie Queer est une théorie transversale qui vise à déconstruire les catégorisations sociales d’identité, en refusant de classer les identités selon des raisonnements binaires comme le rapport masculin/féminin. Elle englobe autant les problématiques de genre , de féminisme, que les problématiques LGBT.. Le mot Queer, qui à la base est une insulte qui fait référence à ce qui est étrange, hors norme.

 

(6) Les gouines « fems », cultivent une allure féminine mais, par leur sexualité, n'adhèrent pas aux attentes hétérocentristes des sociétés. Elles ne sont pas dépolitisées pour autant, la fem tient à défendre son identité sexuelle. Depuis peu, un certain nombre de fem, nourries de la lecture de Butler, affirment transgresser leur genre en hyper-féminisant leur apparence. Elles s’appuient notamment sur l’esthétique burlesque ou rétro pour jouer les femmes fatales. Maquillage outrancier, talons vertigineux, robes vintage participent d’une monstration de leur être femme. Il ne s’agit pas d’être naturelle ! Au contraire, il faut montrer le caractère artificiel de la féminité, qui est une construction sociale. Pour elle, le genre est une performance.

 

(7) voir KK Théorie de Despentes où elle affirme s'être reconstruite par la prostitution alors que son intimité, donc elle-même aurait du être détruite à vie

Ecrit par libertad, à 21:07 dans la rubrique "Pour comprendre".



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